‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 58 sur 122 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

cents francs, ils sont à votre service. » Sur mon refus, il ajouta : « J'ai mille quarante francs, je vous en offre mille. » Je refusai encore. ; C'est donc par fierté? me dit-il. — Non, répondis-je, les larmes aux yeux ; je puis tomber demain sous le coup de mes créanciers, je ne veux point vous entraîner dans ma chute, et je ne puis accepter l'argent que vous m'offrez si généreusement. »

Plusieurs de mes créanciers ont été méchants, quelques-uns même me demandèrent des livres en garantie. J'accédai à ces propositions et j'en fis brocher une certaine quantité; mais mon courage à lutter contre l'adversité inspira bientôt plus de confiance qu'une garantie matérielle: ces créanciers y renoncèrent et finirent par accepter des renouvellements plus ou moins éloignés ; mes nouveaux billets , qui furent tous payés exactement, en me libérant, rétablirent mon crédit , ébranlé par ma mauvaise fortune.

Je ne dois pas oublier les bons créanciers. Jules Renouard, rue de Tournon, reprit les livres qu'il m'avait vendus ; MM Goudchaux , Tenré, banquiers, et quelques autres honn<?tes

gens ne m'ont fait aucun mal. Tenré, un jour, place du Carrousel, étant en faction, me félicitait de la belle conduite que j'avais tenue pendant ces quatre années difficiles; je reçus ses compliments, parce que je les méritais. Je partis sans répondre un mot; il revint à la charge, et je lui dis : « Mais vous n'êtes pas gauche.... non plus, vous! » et je me sauvai, sans lui laisser le temps de répondre un mot.

Je tenais un jour sous le bras mon ami Tliirion , syndic de la halle aux fruits, sur le boulevard , près du passage Vendôme , lorsque M. Goudchaux l'aîné vint à moi. Je lui demandai ce qu'il désirait ; il me répondit qu'il ne passerait jamais devant moi sans me féliciter de la belle conduite que j'avais eue à leur égard et envers tout le monde. Je repartis assez brusquement que je n'avais fait que mon devoir. Je le prie aujourd'hui d'agréer mes excuses de ma brusquerie. Un M. Larieu, qui vient de mourir, m'a répété souvent qu'il avait des valeurs considérables à moi à cette époque, et que son seul regret était de m'avoir fait un protêt.

Le 28 janvier dernier, causant avec un de â

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