CHAPITRE IX
vingt-douze volumes in-douze à vingt-quatre sous , écoulée en deux ans , et une à trois mille à trente sous , qu'on trouve encore aujourd'hui ; une édition in-octavo en soixante-dix volumes à trois francs ; une id. à quatre fr.; id. une autre à six francs le volume , et une à neuf francs , papier vélin. On prétend que Beaumarchais a perdu de l'argent dans cette entreprise immense. Il était fort gai et ami de la famille des Baptiste, dont l'aîné avait joué à son théâtre, rue Culture-Ste-Gatherine , Robert chef de brigands, sa Mère coupable qui fut sifîlée. Ils donnèrent une fête à cet auteur ; Madame de Beaumarchais était la conductrice de la fête ; c'était dans son jardin, près la Colonne de Juillet, à Paris, que le repas qui fut fort gai eut lieu ; on chanta des couplets faits par le premier poète comique de Paris , Beaumarchais.
C'est Didot jeune qui a imprimé la première édition du Voyage d'Anacharsis , qui se vendait chez les frères Debure, rue Serpente. J'ai lu l'introduction de ces œuvres plusieurs fois; c'est le meilleur ouvrage qu'on ait fait depuis un demi-siècle. Chateaubriand n'avait encore rien publié ; il n'avait alors que dix-huit ans.
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J'ai lu de lui les Quatre Stuart plusieurs fois avec autant de plaisir que l'introduction d'Anacliarsis. Cet ouvrage est de l'abbé Barthélémy qui passa trente-trois ans de sa vie à faire ce chef-d'œuvre. Pigault regarde Chateaubriand comme le premier écrivain en prose qui ait paru. Tout le monde sait que Pigault écrivait bien. Voici une anecdocte que je puis raconter, car j'étais l'amphitryon du repas que je donnais à l'auteur de la Famille Glinet, jouée salle Favart. J'ai imprimé cette pièce dont j'ai beaucoup vendu. Picard, Évariste Dumoulin, Etienne, Valville , etc. , se trouvaient à cette réunion qui eut lieu chez Beauvillers, rue de Richelieu; on parla de beaucoup de choses ; Pigault dit, en parlant de Chateaubriand : " Je lis avec un charme inexprimable trente pages de cet auteur, et, ce qui prouve son grand talent, c'est que ce mâtin-là ne pense pas un mot de ce qu'il écrit. Il allait faire un ouvrage contre les prêtres, on lui fit observer qu'ils étaient persécutés et que ce n'était pas le moment, et il fit le Génie du christianisme. »M. Chateaubriand est entré au ministère avec soixante-sept mille francs , il en est ^orti avec quatre mille francs de dettes, Voici
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comment Pilorge, son secrétaire, qui l'a toujours aimé comme un père et l'aimera toujours, lui dit : « Je ne sais pas. . . , mais il y a du louche dansles bureaux quand je parais. — Tu es un poltron, lui dit Chateaubriand, tu vois tout en noir. » Un dimanche matin , il était allé au château, puis à la messe de Charles X ; Pilorge était chez le vicomte, lorsqu'un personnage haut placé arrive avec sa voiture. Un instant après arrive un message. — Personne n'ose l'ouvrir... Pilorge l'ouvre.... C'était la démission de M. Chateaubriand ; il prie la personne qui était là de courir au château ; elle s'y refuse en disant que c'est une trop vilaine commission... Le bon Pilorge passe une redingote, prend la voiture du ministre et arrive à temps. La messe avait été retardée , et il prend son patron par le bras et lui montre sa démission ; il embrasse Pilorge et dit : « Je suis bien débarrassé.... » Du vivant de Louis XVTIT, il sollicitait pour Pilorge une place digne de lui; le roi accorda une place de consul à Hambourg; Pilorge refusa en disant: « Je ne vous quitterai jamais. » Il fut obligé de retourner dire au roi qu'il refusait. «Eh bien! qu'il accepte la croix d'honneur de ma part! » Pilorge prenait