‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 74 sur 122 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

est avec moi. » Le seigneur n'avait que du pain et du vin ; il leur donna une miche et du vin du crû. Le roi dévora le tout et dit : «Yentre-saint-gris ! je n'ai jamais fait de meilleur repas. » Iltrouvale vin tellement bon, que tous les ans on lui en envoyait une barrique. Cette course, sans rien trouver à manger , lui fit dire sans doute : a Je veux que tous les paysans mettent la poule au pot. » Qu'on ne croie pas que je veuille ridiculiser co bon prince. Le gibier des forêts et des bois ravageait le peu de récoltes qu'il y avait ; les seigneurs , avec leurs droits féodaux et leur infernal privilège, étaient gorgés de tout; le malheureux paysan n'avait rien. Il y a pourtant encore des gens qui regrettent cette misérable épo jue. Je voulais quitter la noce; il était quatre heures du matin et je savais que chez mon hôte , qui était épicier , on m'attendaiten faisant du feu toute la nuit dans ma chambre. On me traitait en libraire et non en paysan. On m'avait caché ma redingote , et la neige tombait assez fort. Je m'en plaignis à Danré et à Maugras ; ils me promirent une voiture sous une demiheure. En sortant pour parler à ces messieurs, je me sentis tirer par mon habit, en signe de

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moquerie. Quel était donc le gamin qui voulait me rouler ? On me l'indique et je l'appelle.... Il fit des façons. « Avance, ou je vais te chercher. » Je le fis asseoir sur un banc en face de moi, et je lui dis : « Ah ! tu fais donc le malin , l'espiègle ; tu veux donc rouler le paysan de Sommelan ; mais tu as oublié d'apprendre qu'il y a plus decinquanteansquejesuisàParis, que j'ai vécu avec des gens d'esprit qui ne te ressemblent en rien ; tu veux passer pour le plus spirituel de Yillers , moi , je te trouve le plus bête. » On crie que ma voiture est prête ; je me lève et je lui dis : « Adieu , mon garçon , je te dirai le reste à la première occasion ! » Pendant ce colloque, il voulut se lever plusieurs fois, mais je lui mettais les deux mains sur ses épaules et je le tenais comme dans un étau. Son nom est, je crois, Lefèvre, riche épicier. A cette noce , on but trente bouteilles de Champagne , y compris les jours suivants. A celle de M. Vignon, fils du maître de poste de la Ferme-Paris, qui est aujourd'hui notaire à Charly , bourg près Château-Thierry, on en a bu trois cent quatre-vingt-treize. J'ai eu occasion de trouver quatre convives qui étaient de ce Ile noce, et le

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