SOUVENIRS. — CHAPITRE XI. 1Ô
musique, je vends mon poème trois ou quatre cents francs et vous vendez votre partition trois ou six mille francs ; je demande à être au moins en tiers avec vous , ce qui s'est fait; aujourd'hui on partage également. Je lui ai acheté une brochure, pour la défense des Deux gendres, six cents francs. Je me présente chez lui à Passy avec le bon Nicolo , et il ne voulut pas de mon billet de banque de cinq cents francs, parce que, disait-il, cela peut se brûler; il me fit revenir à Paris pour chercher de l'or. Tout le monde sait qu'il bégayait; il dit un jour à Nicolo. 11 me faudra au printemps faire un voyage dans le midi pour ma santé ; Nicolo y consentit. Hoffmann arrive un jour chez Nicolo avec son porte-manteau sous le bras, lui disant : Je pars pour Bordeaux , vous répondrez à mes lettres sur ce que je vous démanderai. Arrivé à la diligence, il demande s'il y a une place, on lui dit oui. Pendant qu'il va au bureau payer sa place , on met son portemanteau sur la voiture , il y monte. A sept ou huit lieues de Paris , il demande où la voiture va. A Bruxelles , lui répond-on. J'allais à Bordeaux; mais c'est égal. Quel fut Fétonnement
de Nicolo qui attendait une lettre de cette ville de la recevoir de Bruxelles ! Il ne recevait jamais personne à Passy, il n'y était point; mais, à peine arrivé chez vous, vous receviez une lettra de lui dans laquelle il vous témoignait des excuses de ne s'être pas trouvé chez lui. J'ai acheté chez Gobelet, à Troyes, deux à trois mille pièces de théâtre, dans lesquelles se trouvaient une cinquan taine de pièces du Romnn d'une heure, pièce tombée à Paris , quoiqu'elle fût jouée par Mole et Contât ; je vais le trouver et je lui dis cela, il me répondit que c'était la pièce qui lui rapportait le plus d'argent en province, et que l'édition n'était pas correcte; je lui offre de la réimprimer; quel fut mon étonnement lorsque je vis une préface faite contre moi? Je portai ladite brochure , couverte avec des affiches de Troyes, pour prouver la vérité de ce que j'avais dit. Hoffmann faisait un petit journal aussi méchant que lui. Il y avait mis des méchancetés contre moi. Les voici : « Au bas du Parnasse il existe un gros oiseau de rapine, qu'on appelle le gouaran ou le Barba, etc. » Je fis voir cela à ÎVlartainville,en lui disant : Réponds donc à ce vilain homme. Il fit les vers suivants :