‹ Souvenirs de Jean-Nicolas BarbaChapitre 99 sur 122 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Anecdotes sur les acteurs et auteurs. — Trial. — Talina. — Dugazon. — MonveL — Étieune. — Belloy. — Casti.

Trial, de la Comédie-Italienne, Opéra-Comique maintenant, jouait l'emploi des comiques et a donné son nom à cet emploi. Il avait été officier municipal pendant la terreur ; quelque temps après, des mauvaises têtes le firent mettre à genoux sur le théâtre ; il en mourut de chagrin. C'était un fort honnête homme et très poli ; je lui portais des livres , étant chez M. Lami. Il est pourtant fort heureux pour les citoyens quand un honnête homme veut bien acce])ter une place dans ces moments difliciles de crises révolutionnaires : ils sont préférables aux méchants.

SOUVENIRS. — CnAPITRE XV. 231

Il n'en est pas de même de Dugazon, à qui on voulut faire la même chose : il mit l'épée à la main et défia les plus mutins. Aucun n'osa monter sur la scène où il attendait. C'était un homme énergique, de beaucoup d'esprit. Il a fait une comédie en deux actes et en vers, le Modéré, qui a eu du succès et que j'ai vendue. Sur la fin de sa carrière, il n'avait plus la tête à lui. Il me fit réimprimer les Originaux de Fagan, auxquels il avait ajouté deux scènes ; six mois après, il la fit aussi réimprimer à Vente, mon confrère. Avant cela, il jouait Mascarille de r Étourdi de Molière, le rôle le plus diflicile de l'emploi. 11 arriva sur le théâtre avant la pièce, soûl à ne pom^oir se tenir sur ses jambes. Je le vis ; il prit dix à douze demi-tasses de café sans sucre. J'allai me placer à l'orchestre; je fis part à un voisin de ce que je venais de voir. On leva le rideau ; il parut avec Armand qui jouait l'Étourdi, et Dugazon ne fut jamais meilleur de sa vie.

On est étonné que les comédiens aient donné à tête perdue dans la révolution ; qu'on pense donc qu'on ne les recevait dans la société que comme bouffons, et qu'ils étaient excommuniés,

et que Guérin Galimafré est aussi estimable que le premier négociant. Un honnête homme a le droit d'être bien reçu partout où il se présente; si quelques sots jugent difTéremment, tant pis pour eux. Un honnête homme sera toujours un honnête homme, malgré la différence de fortune; je mourrai avec cette conviction.

Monvel avait quitté le Théâtre-Français et s'était engagé en Suède; Gaillard et Dorfeuille, qui exploitaient le théâtre en planches de bateaux, engagèrent Monvel pour venir chez eux. Il débuta dans une pièce de Pigault, intitulée : le Pessimiste, ou l'homme mécontent de tout, pour faire le pendant de l'Optimiste, ou l'homme content de tout, du bon Collin d'Harleville. C'était l'auteur de la pièce qui jouait ce rôle. Pigault, qui s'est toujours wm a' d'être un mauvais comédien, me disait : « J'étais plus dans le caractère du rôle que Monvel qui le jouait. »

Pendant ce temps, on bâtissait le théâtre de la République ; il portait ce nom à l'ouverture : c'est le Théâtre-Français d'aujourd'hui. Talma était à l'Odéon, où il ne jouait que des bouts de Ole, tels que Proculus de la Mort de César; il eut le bonheur d'avoir Charles IX de Marie- Joseph

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