RUE DE LILLE
AVIS SUR CEtTE ÉDITION.
Les morceaux qui composent ce voiiimc, c'est-à-dire, — Souvenirs de jeunesse y — Mademoiselle de Marsan , — la Neuvaine de la Chaude leur ^ — ont élé publiés isolément à plusieurs années d'intervalle, soit en volumes, soit en articles. Ils se trouvent ici réunis tous trois pour la première Tois, et ce n'est point au hasard , car ils sont liés entre eux par une même pensée, et ils forment la partie la plus intime et ia plus personnelle des œuvres purement littéraires de Nodier, études psychologiques, nouvelles ou romans.
Dans les ConleSjôans Jean Sbogar, Inès de Las Sierras, la Fée aux Miettes, etc. , tout en se montrant toujours un observateur plein de finesse, un rêveur plein de sensibilité , Nodier est surtout un bomme d'imagination. Il court d'Espagne en Dalmatie , des montagnes du Jura aux montagnes de l'Ecosse , partout enfin où le pousse le caprice de son esprit ouvert à tant d'impressions diverses. Charmé de tenir suspendu à ses lèvres de conteur ce public qui l'aime et l'écoute sans se lasser, il passe tour à tour des fictions du monde réel aux fictions du monde fantastique , et prend pour théâtre les domaines sans limites de sa fantaisie.
Ici, au contraire, il se renferme dans son cœur, s'arrête et se repose au milieu de sa vie , comme pour évoquer, en les embellissant encore, tous l«s enchantements de sa jeunesse. Il semble que dans ces pages où l'on sent battre son cœur, il ait recueilli et fixé ses plus vives émotions, ses joies les plus douces et les plus sérieuses ; il semble qu'il ait pro-
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digue ses plus fraîches couleurs pour peindre ces portraits charmants, Séraphine^ Amélie^ Diane ^ Cécile.
Réunis aujourd'hui dans un même cadre i ces portraits forment une galerie complète , et quand on les embrasse dans leur ensemble et d'un même coup d'œil > on reconnaît que cette dispersion qu'on a reprochée à Nodier est plus apparente que réelle, et que souvent elle tient uniquement aux hasards de la publication. Tel volume, après dix ans, se complète par un article de revue, tel article par une préface ou un feuilleton. Il s*agitde chercher et de lire. La donnée générale est plus persistante, l'unité plus sensible qu'on ne le croit au premier abord , et il est facile d'assortir dans un même écrin toutes ces perles semées au hasard. Chaque œuvre vient naturellement retrouver sa place. On en a la preuve par la composition même de ce volume.
Séparés par le mode et la date de la publication , les Souvenirs^ Mademoiselle de Marsan, la Neuvaine de la 67eafufe/€ur^ se rapprochent et se complètent par les sentiments qui dominent de la première à la dernière page , c'est-à-dire Tadoration idéale de la beauté de la femme et de la beauté de la nature , et le regret de la jeunesse t'endu plus vif par le désenchantement de l'âge mûr. Nodier nous a donné dans ces pages l'idylle entière de ses belles années. Séraphine^ Thérèse, Clémentiney Jmélie, sont les sœurs de Diane de Marsan, comme Cécile Savernier, la rêveuse fiancée de la Neuvaine. C'est toujours ilfaa;tm«, le héros des Souvenirs^ qui est le héros de ces amours; et ces amours elles-mêmes se touchent, pour parler la belle langue de Nodier , « comme des nids placés sur les mêmes rameaux , comme des fleurs écloses sur les mêmes tiges. »