L*ÉCOLE NORMALE
st de la vertu de M^^® Labé et de la naïveté de soa défenseur.
— Cest une thèse hardie que vous venez de soutenir, dit à Vignon M. Gérusez avec son air d^indifférence narquoise.
Et comme Vignon faisait modestement le gros dos :
— Oui, reprit-iî, il faut une grande hardiesse pour répondre de ces choees-là.
Huit jours après, Ordinaire, qui tournait très joliment le vers et qui excellait aux pastiches, nous apporta deux madrigaux qu'il assura avoir trouvés et copiés à la Bibliothèque nationale dans un manuscrit des poésies inédites de Loyse Labé. Je regrette bien de n'avoir pas gardé le texte de toutes les deux, car ces deux courtes pièces étaient deux bijoux. On les communiqua au pudique chevalier de la dame ; il ne put faire autrement que d'en admirer le tour galant et la langue exquise. Il y reconnut d'emblée le style de sa belle ; oui, c'était bien son style, d'une grâce aisée et mignarde. Mais, hélas ! ce n'était plus cene virginale chasteté de sentiment et de langage. Il n'y avait plus à en douter : Loyse, la belle et tendre Loyse, avait, com.me la rosière de Dourdan, dénoué sa ceinture. Elle avait tout au moins laissé fuir son âme sur ses lèvres ! mais mieux vaut donner la pièce en lière ; elle est bien jolie •
OÙ me cacher, sans que Amour me voye ?
Larron d'Amour, qui ha mon cueur en proye,
Et comme oyseau l'a prins à la pipée.
Ha ! mauvais jour où je fus occupée
A veoir passer archiers et gens du roi !
Ha ! mauvais jour où la ville en esmoy
Portant ès cieulx chants et cris d'alégrcsse
Devers iceulx couru^ en grant liesse !
Dames, plaignez ma jeunesse perdue,
Fleur prinptanière en sa tige mordue,
Et desséchée ! Ha I povre Lyonnoise
Que ce voïage hélas ! à ton cueur poise !
Tu has trop tost cogneu pour ton malheur
De ses yeux bruns le charme emmielleur
Tu has trop tost en tes baisers de flame
Laissé fuir sur ses lèvres ton âme.
Mais quoi ? Amour au berceau m'a fait sienne
Comme jadis Sappho, la Lesbienne.
Ce fol Amour, archier de grant renom,
M'ha dans les camps de Mars, son compagnon,
Faict enroller, moi gentille fillette
De seize hyvers, et m^ha donné sagette
De son carquois, et m'ha dict : — « Belle amie,
Avec ce fer frape et n'espargne mie
Cents cavaliers ; cil que tu frapera
Tant dur qu'il soit, je dys qu'il t'aimera. »
Ainsi ha dict et juré sur sa foy ;
Mais n'ha pas dict : a II n'aimera que toi ! »
Quand M. Gérusez vint, on le mit au courant de cette fatale nouvelle : Tauréole de la belle Lovse perdue ; on lui lut les vers accusateurs, on les lui commenta malignement. Vignon avait eu le temps de se remettre en selle. Il protesta avec la chaleur d'un Lyonnais indigné contre cette odieuse imputation de l'âme de Louise fuyant sur des lèvres de flamme ; il se porta de nouveau garant de l'honneur immaculé de sa cliente et déclara que les vers
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n'étaient pas d'elle; ils ne pouvaient pas être d'elle.
— Je le crois 'comme vous et je le regrette, dit doucement M. Gérusez. Mais si elle n'est pas Fauteur de ces deux pièces, il me semble qu'il ne vaut plus la peine de parler d'elle.
Pauvre père Gérusez ! C'étaient ses bons jours, quand nous avions ainsi de quoi emplir l'heure et demie de sa conférence. Que de fois, après les premiers propos échangés, il nous demandait : Eh bien ! messieurs, personne de vous n'a rien à nous lire aujourd'hui? Point de devoir? Point de leçon ? »
C'était toujours notre cacique Taine qui sauvait la situation. Dans cet éparpillement de nos forces, il trouvait moyen de ramasser les siennes : il travaillait sans relâche ; il élevait des montagnes de mémoires sur des montagnes de notes, Pélion sur Ossa. About l'avait nommé le grand bûcheron. Gai néanmoins et prenant sa part, à l'occasion, de nos folies.
On pourrait croire, au tableau que j'ai tracé, que nous étions des discuteurs passionnés, mais tranchants et secs, voire même un peu farouches. Non pas, mes amis. Le sang riche et chaud de la vingtième année bouillonnait en nos veines comme un vin généreux. Nous débordions d'une joie fumeuse, et, comme il arrive toujours quand les jeunes gens sont tenus prisonniers ensemble, cette
joie s'exhalait, s'évaporait en gamineries folles.
Il y en a une que je ne puis me rappeler encore aujourd'hui sans un vif plaisir, et que je conte parce qu'elle vous donnera peut-être la clef de certains défauts que Ton s'est plu à critiquer dans mes articles.
L'Ecole était chauffée par ces gros poêles dont je vous ai parlé, dans lesquels circulaient de larges tuyaux pleins d'eau bouillante. L'avantage de ce système est, au dire des inventeurs, qu'il donne une chaleur égale et constante. Nous ne nous en apercevions guère. Il est vrai qu'il s'était formé deux partis dans la salle d'études : l'un qui trouvait toujours que l'on avait trop chaud ; l'autre, que Ton grelottait ; le parti des fenêtres fermées et celui des fenêtres ouvertes.
On se querellait sur la température, on votait, car c'était notre grand moyen d'aboutir à une solution, et, selon que la majorité s'était portée d'un côté ou d'un autre, le chef de la section se rendait en députation dans l'antre du chauffeur et le priait soit d'activer, soit de ralentir le feu de ses fourneaux. Comme toutes les salles d'études ne s'accordaient pas ensemble, le malheureux ne savait à qui entendre ; il se plaignit, et l'administration prit un arrêté en vertu duquel la température générale de l'École devrait être tenue à un degré de...
Le lendemain du décret, le chauffeur, qui n'p
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vait pas encore Thabitade, poussa le feu moins qu'il n'aurait dû faire. Il fit réellement froid dans l'étude, et nous convînmes tous de simuler la mort par congélation. Quand le surveillant entra dans la salle pour nous appeler à une conférence, il se vit en face de vingt-quatre cadavres, immobiles et rigides dans les manteaux où ils s'étaient roulés.
Nos surveillants étaient tous d'anciens élèves de rÉcole qui, préparant quelqu'un de ces grands travaux qu'on ne peut mener à bien qu'à Paris, où sont accumulées les ressources de riches bibliothèques, avaient demandé comme une faveur d'y revenir en qualité de surveillants. C'étaient plutôt pour nous des camarades que des maîtres d'études. Ils prenaient leurs précautions pour ne point nous surprendre dans les occasions où la discipline, trop ouvertement violée, eût exigé que il'on sévît. Ils s'amusaient franchement de gamineries qui ne tiraient point à conséquence.
On trouva la plaisanterie drôle, et Ordinaire, quî était le Tyrtée de ces expéditions burlesques, eut la fantaisie de composer sur l'air de jPt/aWè^ une complainte de vingt-quatre couplets sur le trépas cruel de vingt-quatre infortunés jeunes professeurs, morts gelés par la faute d'un homme qui se disait chauffeur. A peine le thème fût-il donné, qu'About se mit de la partie. Chacun de nous devait jouer
son rôle dans celte tragédie et avoir son couplet, un couplet épigrammatique, où ses défauts connus seraient tournés en ridicule.
Je ne me souviens que du mien, qui est fort plaisant, et que je me suis, depuis, bien souvent cité à moi-même ; câr il touchait des points délicats et sensibles.
Chacun de nous était censé dire ce qu'il pensait du chauffeur ; et moi, voici ce qu'on me mettait dans la bouche :
Francisque, en faisant sa moue,
Dit : « Est-il sage ? est-il sot ? »
Il fait froid, mais il fait chaud :
Je le blâme et je le loue.
Et l'administration
A tort, bien qu'elle ait raison.
C'était ce diable d'About qui avait improvisé ce couplet en mon honneur. Il fut accueilli par de grands éclats de rire et resta légendaire. C'est qu'en effet, c'était si bien moi ! J'avais poussé à Textrême, un peu peut-être par incertitude naturelle de jugement, beaucoup, je crois, par goût de tolérance et parti pris systématique d'équité, cette habitude que nous avions de tenir compte de l'opinion de l'adversaire autant que de la nôtre, d'entrer dans ses raisons et de les admettre si elles nous paraissaient concluantes. Personne ne défendait avec plus de conviction que moi le pour et le contre ; et, ce qu'il y a d'admirable, c'est qu étant de
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sang impétueux, d'esprit entier et tranchant, j'embrassais d'une même ardeur l'opinion opposée à la mienne, pour peu qu'on m'apportât quelque argument qui me parût solide. Il est vrai que si l'on m'opposait quelqu'une de ces raisons qui n'en sont pas et que je vois sans cesse se produire dans le journalisme contemporain, je ne répondais plus rien et, par un mouvement bien connu de mes camarades, j'allongeais la lèvre inférieure, je faisais ma lippe, disait About.
Francisque, en faisant sa moue...
Et je me surprends encore bien souvent, passé la cinquantaine, à écrire comme en ma jeunesse :
Il fait froid, mais il fait chaud ; Je le blâme et je le loue, Et Tadministration A tort, quoiqu'elle ait raison.
Je n'en ai pas fini avec ceo souvenirs d'Ecole. Quelques-uns jugeront peut-être que je me perds en d'inutiles radotages. J'espère que la plupart de mes lecteurs y trouveront quelque intérêt. Quand j'ai entrepris de conter comment je devins journaliste, ce n'était pas pour le sot plaisir d'entretenir le public de ma personnalité, qui lui est fort indifférente. J'avais des visées plus hautes : je vou-
lais le renseigner, sur l'éducation, le tour d'esprit et les tendances d'un groupe de jeunes hommes qui ont tous, à divers titres et avec des fortunes différentes, exercé une part d'influence sur la littérature de leur temps. On a si souvent, depuis trente années, parlé avec railleries des normaliens et de leur invasion dans le journalisme contemporain ; on a tant fait de gorges chaudes de leur prétendu pédantisme, on les a si durement traités de pions, sans excepter même les plus brillants d'entre eux, About, .T.-J. Weiss et Paradol, entre autres, qu'il n'est pas inutile et quMl sera peut-être même agréable aux gens qui aiment les analyses exactes de lire un détail sincère des études qu'ils tirent, des maîtres qu'ils rencontrèrent, des espé^rances qui gonflaient alors leur poitrine et, en un mot, de la façon dont se forma leur génie, ou — si ce mot vous semble trop ambitieux parce que vous en ignorez le sens propre — leur originalité future.
Parmi les maîtres que nous avons eus, je n'en sais point qui aient ei:ercé sur l'avancement de notre esprit une influence bien décisive. 11 faut dire que nôus les jugions avec cette sévérité cassante qui est le défaut de la jeunesse^ et ce défaut s'exaspérait chez nous de je ne sais quel goût de dénigrement qui nous était particulier. Nous avions vite fait le tour d'un professeur et, avec
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cette implacable clairvoyance des écoliers dont j'ai eu plus tard à souffrir moi-même, nous nous étions du premier coup rendu compte de ses côtés faibles, de ses défaillances. Nous eussions mieux fait de n'y point prendre garde ; nous prenions un malin plaisir à les saisir sur le vif, à les tourner en ridicule. Ah ! nous n'étions pas des juges commodes.
Il n'y avait qu'une qualité qui pût nous séduire : c'était la simplicité dans le sérieux. Un homme qui apportait des idées personnelles et qui les exprimait sobrement, sèchement même, sans aucun soupçon de phrases, était sûr de nous enlever. Aussi nous professions la plus vive estime pour M. Ernest Havet, qui s'est depuis signalé par cette œuvre magistrale : le Christianisme et ses origines. M. Ernest Havet ne nous faisait qu'un très petit nombre de leçons dans Tannée ; mais, à chaque fois qu'il prenait la parole, c'était pour dire quelque chose, et ce quelque chose, il le disait avec une précision et une netteté coupante qui nous charmait. Nous sentions, au contraire pour l'éloquence de M. Jules Simon une sorte de dédain mêlé de colère. Nous avions écouté avec ravissement les cinq ou six premières conférences ; cette merveilleuse faconde nous avait séduits en dépit de nous-mêmes, malgré notre instinctive défiance des phrases retentissantes et des métaphores vides.
Cet homme était un si admirable virtuose de la parole! Il paraît d'un si beau langage cet ensemble de vérités moyennes et de banalités courantes qui composent ce qu^on appellait Téclectisme ! Mais, au bout de deux mois nous avions percé à jour le charlatanisipe de cette prétendue philôsoj^hie et la phraséologie creuse de ce faux philosophe ; nous haussions impitoyablement les épaules aux lieux communs qu^il nous développait en langage magnifique ; nous blaguions ses enthousiasmes factices et ses attendrissements qui sonnaient faux. Il n'y a pas jusqu'à ses caresses de voix — une voix de charmeur ! — qui ne nous fussent déplaisantes.
M. Jules Simon s'en apercevait; on m'assure qu^il aurait dit un jour: « J'aimerais mieux faire vingt leçons à la Sorbonne qu'une seule à FEcole normale. » C'est qu'à la Sorbonne, où la foule est nombreuse et composée d'éléments très hétérogènes, on se paye aisément de mots et surtout de beaux mots. Il nous fallait des choses, et nous les voulions toutes nues; nous étions féroces sur cet article.
Les renommées toutes faites ne nous en imposaient guère. Nous avions alors pour professeur de grec un brave homme, M. Hippolyte Lebas, qui était fils du célèbre conventionnel. Il aimait à rappeler cette origine et ce n'était jamais sans un
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accent d'émotion qu'il parlait des mânes glorieuses de son illustre père» Ces mânes glorieuses ont défrayé à FÉcole le rire de vingt promotions. Le mot peint rhomme. Il était digne, solennel, d'une ignorance crasse.
Il ne savait pas un mot de grec. Il eut été incapable de lire couramment, je ne dis pas même une Philippique de Démosthène, mais un discours d'Isocrate. C'est à peu près comme si un professeur d'anglais ne pouvait pas se tirer d'un texte du Vicaire de Wakefield. Comment avait-on choisi pour enseigner le grec dans la première école de France un homme qui Tignorait si parfaitement? C'est là un de ces mystères que Ton n'arrive à comprendre qu'après avoir lu Tépître de Paul-Louis Courier à Messieurs de l'Académie des Inscriptions et Belleslettres.
M. Hippolyte Lebas comptait parmi les membres de cette Académie. Il était de ceux qui y lisent des mémoires ; on le consultait ; son opinion faisait loi. L'autorité de son nom s'était répandue jusque dans la docte Allemagne. Il avait été chargé par le gouvernement de réunir en un corps de volume toutes les inscriptions recueillies par lui en Grèce. Il travaillait depuis vingt ans à cet ouvrage, qui ne paraissait point et que l'Europe savante attendait avec impatience: Corvus inscriptionum grœ* carum^ par le célèbre érudit M. Hippolyte Lebas,
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membre de TAcadémie des Inscriptions et Belleslettres et représentant des études helléniques en France.
S'il ne m'a pas enseigné le grec, je lui dois d'avoir appris par un exemple vivant et irrécusable, que les réputations officielles ne sont pas ce qu'un vain peuple pense et que tout ce qui reluit n'est pas or. Le pauvre homme I que de tours pendables nous lui avons joués ! Il n'avait même pas la pudeur, ne sachant point le grec, de préparer à l'avance les textes que nous devions lire avec lui. Il apportait à la conférence une de ces traductions interlinéaires que la librairie Hachette venait d'inaugurer et qui toutes étaient signées du nom d'un de nos anciens camarades : Sommer. Nous avions pénétré ce petit mystère, et c'est là-dessus qu'on tablait.
On étudiait par avance une des phrases les plus aisées du texte qui devait être lu à la prochaine conférence. On s'entendait pour en tirer deux sens différents dont aucun n'était le vrai. Deux d'entre nous — c'étaient About et le grave Taine, prohpudor ! — se chargeaient de mener à bien la mystification. Taine, en traduisant le morceau à livre ouvert, donnait l'un des deux sens convenus. About, prenant la parole et arrêtant l'explication:
— Pardon ! est-ce que la phrase ne signifierait pas plutôt?...
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Et il donnait l'autre sens, qui était lout aussi ridicule.
M. Hippolyte Lebas, qui jusque-là n'avait pas écouté, tirait lentement, d'un geste majestueux, son inévitable binocle, rappliquait sur ses yeux et relisait d'une voix doctorale la phrase en suspens :
— Voyons! disait-il, examinons.... Le cas est embarrassant.... Hum ! hum !
Nos vingt-quatre paires d'yeux restaient malignement braquées sur le brave homme, qui, sans se départir de sa dignité, cherchait le sens vrai dans la traduction interlinéaire, dans le mot à mot rédigé par Sommer à Tusage des écoliers ;
About, se penchant alors et d'une voix insi-^ nuante :
— Ne pourrions-nous sur ce point consulter les Allemands ? Qu'est ce que pense l'illustre commentateur Sommer ?
Un rire silencieux courait toute la salle.
Ce sont là de véritables gamineries. Je ne les rappellerais pas s'il n'était possible d'en tirer une leçon, si je ne Pavais pas tirée moi-même pour m'en servir à Toccasion. Que de fois depuis, rencontrant sur mon chemin de grandes renommées,, scientifiques ou autres, fortement établies et assises, sans qu'elles reposassent sur un mérite solide, je me suis souvenu des niches que nous avions jouées à M. Hippolyie Lebas, le plus accrédité des
hellénistes de France! C'est rhistoire des bâtons flottants sur Fonde :
" De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien.
Nous étions malheureusement tout près, peu habitués à nous payer de mots et portant dans nos appréciations la netteté brève du couteau de guillotine qui glisse dans sa rainure.
^ Parmi nos maîtres, il y en avait un que la section avait pris en grippe. C'était le professeur de littérature française de première année; il s'appelait M. Jacquinet. Je me trouvais être le seul de tous nos camarades qui Taimât et qui le défendît. Il faut croire qu'il y avait entre son esprit et le mien quelque affinité secrète, car il avait égaleme°nt un faible pour irioi. lime mettait le premier, par-dessus About et Taine. ce qui était fort injuste. Il est vrai qu'avec M. Gérusez, qui professait également la littérature française, mais en seconde année, je tombai au huit ou neuvième rang, ce qui ne me semblait pas non plus trop équitable. Je dois beaucoup à M. Jacquinet; c'était un esprit délicat, précieux même, qui préférait aux beautés simples et grandes les grâces raffinées d'un langage exquis et rare. Le tarabiscoté ne lui déplaisait point. La Bruyère était pour lui le premier des vieux maîtres , il se délectait aux pensées et maximes de Joubert, le philosophe