‹ Souvenirs de l'affaire Dreyfus. le dossier Trarieux, Tornielli, ReinachChapitre 9 sur 14 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

On a vu, dans l'exposé des faits qui précèdent, un magistrat de la Cour de Cassation livrer à l'Italie les secrets de notre défense qu'il avait connus en raison de ses fonctions : le gouvernement français, informé de cet acte de trahison et de forfaiture, s'est refusé à en faire j ustice, et même à en rechercher l'auteur.

En même temps, un sénateur, ancien ministre de la Justice, M. Trarieux,et un ancien député, redevenu député aujourd'hui, M. Joseph Reinach, — tous deux très influents dans les conseils du gouvernement, — se concertaient clandestinement avec l'ambassadeur d'Italie pour permettre à celui-ci d'intervenir dans une question d'intérêt national, en mystifiant le peuple français.

Un député, ministre des Affaires étrangères, M. Delcassé, s'efforçait de suborner un témoin, par promesses d'abord, puis par menaces, et, n'ayant pas réussi à atteindre ses fins, il produisait sciemment en justice un faux destiné à ruiner la déposition de ce témoin.

Le dossier qui relatait l'acte de forfaiture et

de trahison du magistrat de la Gourde Cassation, ainsi que les entrevues clandestines de Trarieux et de Reinach avec l'ambassadeur d'Italie, était dissimulé à la justice par les agents du Gouvernement. Ges mêmes agents, mis plus tard en demeure de produire ce dossier, ne le présentaient qu'après en avoir distrait les pièces essentielles.

Ce n'est là cependant qu'une très faible partie des abominables manœuvres qui ont été perpétrées en faveur de Dreyfus, pour arriver à retirer du bagne, à décorer et à pensionner sur les deniers publics le misérable juif qui, étant officier d'état-major, et dans le but de se procurer, à l'insu de son ménage, les ressources nécessaires à sa vie de débauches, a trahi la France, vouant à la mort, dans toutes les horreurs de la défaite, des milliers de Français.

Les protecteurs de ce traître sont des ministres ou anciens ministres, des sénateurs et des députés, de hauts magistrats, des diplomates qui représentent la France devant l'étranger, et aussi — j'ai la douleur, mais le devoir de le dire, — des officiers français. Aucun ne s'est jamais fait la moindre illusion sur la culpabilité du traître ; tous savent qu'ils n'ont travaillée sa réhabilitation frauduleuse que par le mensonge, le faux, l'imposture sous toutes ses formes ; ils ont commis des crimes qui leur vaudraient d'être au bagne.

non pas en qualité de condamnés politiques, mais comme des condamnés de droit commun, sous la casaque du forçat : et ce sont ceux-là qui occupent les emplois publics, ce sont eux aussi qui dirigent les destinées de la France !

Quant aux bons serviteurs du pays, ils sont condamnés à l'inaction, s'ils ne sont pas persécutés dans leur personne et dans leurs biens.

Pendant ce temps, le traître bien nanti les nargue ; les attachés militaires étrangers poursuivent, sous le couvert de l'immunité diplomatique, leur besogne d'information sournoise; les espions foisonnent, s'appliquent seulement à ne pas éveiller l'attention publique et assurés, dans ce cas, de ne pas être inquiétés, surtout s'ils ont eu soin de se faire protéger par un homme politique bien en cour, comme Tavait fait le comte de Savimont.

Jamais l'histoire d'aucun peuple n'aura enregistré pareil scandale.

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