‹ Souvenirs de l'Amérique EspagnoleChapitre 1 sur 16 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'ouTrage qu'on va lire se compose des principaux épisodes d'un voyage accompli pendant les années 1841^1945 8ur la frégate la Reine-Blanehe.

Plusieurs fragments de ces études ont paru dans la RgtuB des Deux-Mondes f et je livre aujourd'hui au lecteur l'ensemble de mes observations tel que je l'ai conçu, consen'ant toutefois, autant que possible, les divisions du sujet, que me firent adopter, à l'époque de sa première publication, les conseils éclairés de M. le directeur de la Retue. Je désire que mon récit, en se complétant de détails supprimés à regret au temps dont je parle, puisse gagner en intérêt ce qu'il va perdre en rapidité.

L'amiral Dupetit-Thouars, qui commandait nos forces navales dans Tocéan Pacifique^ m'avait fait attacher à son état -major général en qualité de secrétaire. Sa bonté, son empressement à ne rien ménager ià& qu'il s'agissait d'ajouter une nouvelle page, un nouveau croquis^ aux archives de notre campagne, autant que des relations

▼in, AVANT-PROPOS

fecUes à établir dans mon poste officiel » me permirent d'observer avec quelque suite tout ce que les marins retenus à bord par les exigences du service ne font ordinairement qu'elQeurer. — * Je dois dire pourtant que c'est le côté pittoresque des pays parcourus, que ce sont les mœurs des sociétés auxquelles je me suis mêlé, qui particulièrement ont excité ma curiosité et accaparé mon attention.

Les rapports de plus en plus fréquents des nations entre ellesiCfEacent chaque jour les grands traits qui les distinguent, pour ne laisser subsister que certaines nuances do leur origine et de leur caractère : ce sont ces nuances que j'ai voulu saisir ; ce sont elles qui donnent, à mon sens, l'harmonie et le piquant aux récits du touriste.

En fait de voyages, je ne me permettrai pas de critiquer une tendance, aiqourd'hui à peu près générale (mais, peut-être bien, excessive), qui conduit l'écrivain, sous prétexte de gravité, à ne rendre compte que du développement extérieur, du progrès politique ou conunercial, même social^ d'un peuple ; enfin, de transformations, après tout, assez tristes et assez vulgaires : on écrit alors d'excellentes statistiques; mais on pose les mêmes chifires sur chaque pays , on les voit tous du même odil ; et qu'il s'agisse d'une contrée bizarre de l'Afrique, de l'Asie ou de l'Amérique, on n'en parie qu'avec les idées et, si j'osais le dire, qu'avec les préjugés de l'Europe, n m'aurait semblé peu convenable et presque ridicule de supprimer ainsi tout le côté intime et original des nations, pour ne laisser subsister qu'une sorte d'uniformité .antiartistique ou littéraire.

AVANT-PHOPOS IX

J'avoue qae je mets Tesprit particulier à chaque peuple au-dessus de tout, même au-dessus de ses progrès humanitaires et industriels ; aussi ne suis-je pas du nombre de ces touristes positif , ou, si Ton veuti de ces voyageurs de commerce gui ne s'occupent jamais des villes de i'Âmërique espagnole du Sud qu'au point de vue des affaires, et à qui ces villes ont semblé identiques^ parce qu'on y parlait la même langue et qu'elles avaient toutes la môme origine.

Un peu de réflexion a manqué à ces gens si graves pour saisir les différences et pour voir combien les divers rameaux de l'arbre primitif, transportés au del& des mers, ont emprunté un caractère distinct aux localités, au climat, à l'ancienne civilisation des tribus indiennes, qu'ils allaient absorber.

' Que de traits rares oubliés ou dédaignés! que de riches couleurs dans le paysage moral laissées à l'ombre! que de nuances variées d'un lieu à l'autre !

Loin de moi la pensée de nier absolument la valeur et l'utilité des œuvres auxquelles je fais ici allusion! Elles ont un point de vue ; nous avons le nôtre : voilà tout.

Qu'on ne cherche donc pas dans ce livre des renseignements dans le goût ordinaire des économistes. Bien que je n'aie pas négligé d'indiquer à l'occasion les sources de la fortune publique et les éléments généraux de prospérité que recèlent les pays dont je me suis occupé, c'est surtout au curieux, à l'artiste, que je m'adresse; c'est à celui qui aime, en feuilletant des souvenirs de voyages, à vivre quelques instants de la vie véritable et secrète du peuple chez lequel il suit l'auteur, et qui veut de sa lecture coDr

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