‹ Souvenirs de l'Amérique EspagnoleChapitre 2 sur 16 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

Mrrer im «mreiiir poétique pintdt que de se sarcharger la mémoire des calculs d'une statistique transœadante.

Ceci posé, ou comprendra que Lima, la capitale du vaste territoire qui, sous le nom de Pérou, comprenait au temps de la domination espagnole la plupart des petits États républicains de la côte occidentale de l'Amérique du Sud, ait offert un champ plus vaste à des études que les devoirs de ma place m'obligeaient à circonscrire dans un certain rayon. Il me semble donc nécessaire, puisque cette ville a [tas particulièrement fixé mon attention, d'entrer à son sojet dans quelques détails, afin de préparer le lecteur à rcjjeter la faute des assertions ou des jugements qui poivraient lui semUer contradictoires, sur h» bizarreries d'une seoiété qui se révèle à l'observateur sous les aspects les plus contraires : pleine de charme entraînant, auquel on s'abandonne pour peu qu'on soit doué du moindre senti* ment artistique; pleine de tristes enseignements, A on l'envisage avec la raison froide et sévère.

Lima est peut-être la seule grande ville de l'Amérique du Sud qui conserve encore de nos jours des moeurs, des costumes, des formes d'architecture qu'on ne trouve point aîUears, pas mé&ie dans le port si voisin de Gallao. — L'affluencft deè étraagM^ qui sont venus y exploîlef Tinta* riisable fik» de la prodigalité péruvienne, les idées philoseiAiques arrivées sur les pas d'une révolution qui brisait ' leurs entmires^ et l'éducatic» libérale qui de jour en jour se répand dans les classes aisées ont peut-être réformé oerttûns. penehMfUSi modifié certaines habitudes ; mai» il existe toujours am o^ur de ta société liménmne de vieux geinies qui poussent dans tous ses membres une sève vi-

AVAOT-PROPOS XI

tiïice et jusqu'à présent indestructible. On rencontre peu de villes où des éléments aussi hétérogènes, où des antithèses aussi violentes aient un contact plus immédiat Lé peuple 7 est tout à la fois indien, espagnol du moyen âge» péruvien de Tindépendance. Dans les mœurs, Tascétisme coudoie le libertinage, et les pratiqués les plus superstitieuses de la religion se mêlent & la dépravation célèbre dto temps des Incas. Partout la saya de satin des courtisanes frdle la robe de bure des béates, la soutane du prêtre, le froc du moine; les cérémonies solennelles du culte se confondent presque avec d'autres manifestations d'une nature moins sacrée. Dans le caractère national, la morgue et la fierté aristocratique de la vieille Espagne se font jour à travers les principes libératix et révolutionnaires des temps nouveslux; la résignation passive et les élans soudons de h race rouge se combinent avec les allure» cmiardes et fanfaronnes de la race noire. Quant à rintelligènce^, si Ton trouve chez ce peuple une certaine lourdeur ll^rôvenant du yankeêsmey on y est bien plus souvent ébloui pur une verve charmante, une repartie à toute épreuve, miù ràiUerie implacable qui jaillissent des conversations et deà écrite périodiques, et ont fait surnommer les gens de Liina les Parisi^s de l'Amérique du Sud. --* Deux costumes, Tun dont l'origine remonte a»x Maures, l'autre Mipruntè aux modes françaises du meilleur goût, se part^ent, portés par les fën»nes, les différentes heures de la journée ; et l'on me montrait encore, pendant mon séjour à Umâ^ des^ bdiemies qui gardent cousue à leur jupon une bande d'étoffe sombre en signe de deuil de leur dernier Inoa. Enfin, si J'en jette les yeux sur la ville, on voî*

m ATAHT-nOPQS

sorgir panai les deiKores plaies Cl mjslèueaKi des ■als orieolaiiXt des édifices de la lanaittaiice» des doc des ^i ff ^ x derniers fj^d e», et des t— ^•^*** Migbijifc coBsIniiies en fKine de lantemes» sont kin d'être giqoes.

frHJHiiift flDle^cilf saQ^ lepiodiepdaDcîcDSQsafles^ ■jron en a adopté de nosfeaox, de swte qu'il ne serait pas exagtrt de dire que plosieiirs siècles nient cftte à oûle dans celte fiDe étrange^ sans trop se benrler.

Ihi détail deoesoMEors lâzanes sur leqod je ne saurais, pour ma part, trop insisler, cTcst racesàie libertë des femmes et la place qn'dks tiennent dans la sodâè an Péroo. Les femmes régnent à lima en véritables sooieraines, et semblent avoir poisé à la position q^dles ont conquise la conscience exagérée d'une valeur qui, jointe à toutes sortes de séductions, leur permet détendre parfois leur action dosninatrice par ddà les confins de la vie privée. On les trouve souvent mâées aux intrigmis politiqnes, mais si l'on en die qui ont joué dans les affaires de l'État un rfile actif, énergique, prépondérant; fl en est bien {tas encore dont la ftxDe et mesquine vanité a exercé une triste infiuence sur des diefe à l'eqprit fuNe et irrésolu. ^

LaLiménienneinsonciensevitavccl'cqpérance,etsecon> lenle du présent pourvu quil s'y trouve qudques paillettes ramasséesau ruissean qoidianîe l'or ou égrenées de la bourse du ridie; die est passionnée, ^Iritndle, folfttre» sensible, sans autre besoin sérieux que cdui de diarmer, béate à la fois et dér^jiée; alBant, sans la moindre gène, avec une incrojable éiastidté de consdence, les diarges de ses tendances iHidtes et les pratiques de la rdigion.

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Yons la verrez tour à tour prendre le masqae extatique de la sainte et Texpression ardente et impétueuse des courtisanesy et passer des sacrements aux folles volaptës. — Ces deux éléments du caractère des Liméniennes, ce mélange de sensualisme et de dévotion devaient néanmoins se séparer un jour, et s'individualiser pour ainsi dire, en deux personnes également célèbres, bien qu'aux titrei^ les plus, divers : l'une, dont la vie f&t entièrement consacrée à la prière, à la pénitence, à tous les dévouements, et qui réunit les divines perfections de l'ftme qui font la sainte ; l'autre, avide d'élégance, de luxe, d'ostentation, résumant tontes les tendances de l'esprit et les dangereuses perfections du corps qui entraînent dans les voies fatales: j'ai nommé sainte Rose, patronne de toutes les Amériques, canonisée en 1671 ; et la comédienne Mariqnita Villegas» plus populaire sous le nom étrange de la Perricholi.

Tels sont les traits généraux du caractère des Liméniennes. Je n'ai plus qu'un mot & ajouter pour tenir en garde le lecteur contre les suppositions que pourraient, au premier abord, faire naître dans l'esprit quelques-unes de mes assertions sur la société au Pérou et au Chili.

Si je n'avais eu en vue de peindre que la haute société , ma tâche eût été promptement remplie , tant cet élément se ressemble partout. A Valparaiso, elle est tellement européanisée aujourd'hui par son frottement avec les étrangers et par ses tendances spéculatrices, qu'on y démêlerait à grand'peine d'autre individualité que celle du positivisme britannique; à Lima, elle offre un mélange aimable de ce qu'on glanerait de meilleur à Paris et è Madrid , fondu avec un je ne sais quoi de naturellement

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