‹ Souvenirs de l'école Sainte-GenevièveChapitre 21 sur 26 · HENRI DE F AL AISE AU. OQI · texte numérisé non relu

HENRI DE F AL AISE AU. OQI

rions multiplier, si grands qu'ils soient, sont encore peu de chose quand on les compare aux appréciations de ceux qui connurent Henri d'une manière plus intime. Les lettres adressées à M. le marquis de Falaiseau renferment des éloges, qui sembleraient exagérés à quiconque n'a point vu de près cette âme si héroïque et si pure. Pour tout résumer, nous citerons les paroles du P. Ducoudray , bon juge en fait de courage et de dévouement. Trois mois plus tard, il devait, lui aussi, tomber sur un champ de bataille non moins glorieux, victime de la sainte cause à laquelle il avait consacré sa vie.

Le 21 février, il écrivait : « Monsieur le marquis, votre grande douleur aimât-elle à s'environner de silence, j'ai pensé que vous me permettriez de m'y associer du fond du cœur sans vouloir la distraire. Dieu m'avait rapproché de si près de votre cher enfant que je me sens porté à en parler à son père, pour soulager sa douleur plutôt que pour l'aigrir. Quelle belle âmel Je ne connus jamais de conscience plus limpide, de sentiments plus généreux, de piété plus tendre, d'amour du devoir plus austère. Aimable jeune homme ! sympathique à tous, respecté et aimé, son affabilité et sa fermeté l'autorisaient à ne jamais transiger

HENRI DE FALAISEAU.

avec ses principes, sans jamais blesser personne et sans éloigner de lui. Beaucoup n'eurent pas le courage de l'imiter qui l'admiraient et le vénéraient.

(c Une âme si fortement trempée résistait à tous les dangers et grandissait au milieu des éprejves, qui attendent un jeune homme dans une garnison et au milieu des camps. Sa bravoure ! qui pouvait en douter, même avant qu'il en eût donné de si éclatants témoignages ?

« Cher et bien-aimé jeune homme ! Quel doux et quel beau souvenir vous laissez dans nos âmes ! Ceux qui l'ont connu, ceux qui l'ont aimé, savent seuls combien il doit être regretté.

(c Vous le pleurez, monsieur le marquis ; je le pleure avec vous. Il était votre consolation, l'honneur de votre famille, le modèle de notre jeunesse française, un espoir pour notre pays dans ces jours où la France a tant besoin d'hommes, et où nous avons tant besoin d'espérer. Qui pourrait s'inquiéter du passage de la terre au ciel pour une âme si admirablement préparée! Il s'en est allé, pur comme un ange, recevoir la récompense d'une si sainte jeunesse.

« Nous prions pour ce cher défunt, et si nos prières ne sont plus utiles pour lui ouvrir la gloire

HENRI DE FALAISEAU.

du ciel qu'il possède, qu'elles retombent en bénédictions célestes pour consoler ceux qui demeurent ici-bas, son père, sa mère, son frère Charles, tous ceux qu'il aimait, tous ceux qui le pleurent. « Veuillez agréer, etc., etc.

« L. DUCOUDRAY. s. J. »

Le souverain pontife daigna s'associer au malheur qui frappait une noble famille, si dévouée au Saint-Siège; et Mgr Négrotto, soncamérier secret, reçut l'ordre de transmettre à M. Charles de Falaiseau la bénédiction apostolique et l'expression des regrets de Sa Sainteté.

Le corps d'Henri avait été déposé provisoirement dans le cimetière des sœurs de l'hôpital de Pontarlier, où ses compagnons d'armes lui avaient rendu les derniers honneurs. Par suite de l'occupation prussienne et de la difficulté des communications, il était difficile de transporter à Nevers ces chères dépouilles; puis, M. le comte Charles de Falaiseau,à qui revenait de droit cette triste mission, se trouvait encore retenu par les exigences du service parmi les volontaires de l'Ouest. Enfin, le précieux dépôt put être ramené au sein de sa famille, et le samedi, 22 avril 1871, un service funèbre était célébré dans l'église de Saint-Pierre. Une nom-

HENRI DE FALAISEAU.

breuse assistance, pieuse et recueillie, se groupait autour du catafalque. Toute la ville avait voulu s'associer au malheur d'une famille, entourée de vieille date d'universelles sympathies; et chacun s'empressait de donner au jeune et brillant officier un nouveau témoignage d'admiration et de regrets. Ce n'est point sans grande consolation et sainte joie que nous avons évoqué cette gracieuse et charmante figure, où rayonnaient toutes les beautés, celle du corps et bien plus encore celle de l'âme; type de distinction et de vertu, l'un des meilleurs et des plus chers souveEtirs de l'école Sainte-Geneviève. Un sang si pur, espérons-le, n'aura point coulé en vain sur le sol de notre malheureux pays : il le fécondera pour nous rendre à tous ces traditions de foi et d'honneur qui furent la gloire et la force d'Henri de Falaiseau,

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