‹ Souvenirs de l'école Sainte-GenevièveChapitre 23 sur 26 · EMILE LANGLE · texte numérisé non relu

EMILE LANGLE

à son père vers la fin de novembre, mal équipés et mal nourris. Si un de ces jours nous nous trouvons en présence des troupes du prince Frédéric- Charles, nous sommes perdus ! Mais, quoi qu'il arrive, je ferai mon devoir. »

Le 2 décembre 1870, jour de la bataille de Loignj, Emile se trouvait en avant de Lumeau, fumant avec le 'plus grand sans-froid un cigare sous le feu des batteries prussiennes , lorsqu'un éclat d'obus vint le frapper. Durant le reste de la journée et toute la nuit, il fut abandonné sans aucun secours sur le champ de bataille. Quelle cruelle agonie pour le pauvre blessé ! Espérons que tant de souffrances, offertes pour l'expiation de ses fautes, lui auront mérité la grâce du pardon et l'entrée du ciel.

Charles de Mons de Montchaton, né à Savigny (Manche), le 4 mai 1841, élève de l'école Sainte-Geneviève du 5 octobre i858 au 21 août 1860, admis à l'école de Saint-Cyr en 1860 avec le numéro i, sous-lieutenant au 98* de ligne en 1862, démissionnaire en 1868, capitaine des mobiles de la Manche en 1870, tué au combat de Dreux le 17 novembre 1870.

V>>HARLÈs, par suite de la mort de son père survenue en i86ij jouissait d'une partie de sa fortune. Loin de la dissiper en dépenses frivoles , jusqu'au dernier jour il se fit un devoir de secourir les pauvres du pays habité par sa famille.

Durant son temps de service, outre les aumônes qu'jl faisait distribuer aux pauvres de Savigny, toutes ses économies étaient envoyées aux curés de campagne pour être données aux indigents. Aimant le métier des armes et appliqué au travail, grâce à sa bonne conduite et à ses habitudes laborieuses, il acquit bientôt l'estime de ses chefs. En i863, il écrivait à sa mère : a Je Tais un peu vous parler de moi, ce qui est peut-être égoïste , mais vous ne se]«ez point fâchée de savoir comment je me trouve. Je suis on ne peut plus heureux de mon sort. Nous sommes maintenant à l'école du bataillon, et, commandant tous les deux jours, nous allons la savoir sur le bout du doigt. Je commandais hier devant un chef de bataillon du 26% et je ne m'en suis pas trop mal tiré. Il a dit au capitaine instructeur une chose que Je ne devrais pas vous dire, car c'est un éloge pour moi : a Ce jeune ofRcier a commande le bataillon conime un capitaine qui a aurait dix ans de grade; îl a dû sortir dans un « bon numéro. » Mon capitaine lui a dit que j'étais entré le premier à Saint-Cyr. « Cela ne m'étonne 0 point, a-t-il répondu, il a du coup d'œil et beauce coup de sang-froid. t> Vous voyez que ces paroles sont bien flatteuses. Ceci, bonne mère, bien entendu, est pour vous seule. »

L'avancement de Charles fut contrarié par des circonstances exceptionnelles; en 1866, dans son régiment se trouvaient sept sous-lieutenants promus en i85g, et parmi eux deux étaient décorés. Malgré ces conditions désavantageuses, il espérait être nommé bientôt lieutenant, et il cherchait un passe-temps utile dans les études sérieuses. « Vous me demandez, écrit-il à sa mère au mois de janvier 1866, ce que je fais. Que voulez-vous que je fasse, si ce n'est de songer à vous tous ? Le jour, je travaille • et le soir, je réfléchis. Voilà en quelques mots ma vie depuis mon retour. »

La mort de son frère aîné en 1867 l'obligea à donner sa démission; ce fut un grand sacrifice, mais il le fît volontiers par amour pour sa famille. Mme de Mons soignait alors son vieux père, en sorte que 'Charles vint habiter seul le château de Savigny. Sa réputation de charité y attirait tous les pauvres des environs, et il les accueillait chaque jour avec une bonté qui doublait le prix de ses aumônes. Bien que l'église fût située à une lieue de sa demeure, il était assidu à tous les offices, même aux exercices des retraites qui se faisaient dans sa paroisse, voulant donner a tous l'exemple d'une vie chrétienne. Gomme au régiment, il fit de l'étude sa principale occupation; et quand sa mère>

3oO CHARLES DE MONS

après la mort de Charles, vint revoir la chambre qui lui rappelait de si doux souvenirs et où tout était rangé dans un ordre parfait, sur le bureau elle ne trouva qu'un volume d'histoire et une /mftation, deux livres qui lui rappelaient la vie studieuse et chrétienne de son fils.

Après la déclaration de guerre à la Prusse, il écrivit à Mme de Mons alors à Vichy: «Je n'ai point hésité à donner ma démission, lorsque ce sacrifice m'était imposé par un devoir de famille. Bien des fois, dans ma solitude de Savigny, j'ai versé des larmes en songeant à mes amis et à ma carrière brisée; ma tendresse pour vous pouvait seule les sécher. Mais dans le moment où nous sommes je me dois à mon pays. Pardonnez-moi, bonne mère, si, sans vous en parler, j'ai écrit au général pour me mettre à sa disposition. On m'a dit que je serais plus utile à la tête de nos mobiles, que si je suivais mon désir de rentrer dans mon cher régiment. » Charles fut en effet nommé capitaine des mobiles de son canton, et, après les avoir exercés quelque temps, il reçut l'ordre du départ. « Soyez forte et courageuse, dit-il à sa mère en lui faisant ses adieux. Si je reviens, j'aurai la consolation d'avoir été utile. Si Dieu en dispose autrement, je mourrai sans regrets, heureux d'avoir fait mon devoir;

alors, la séparation sera plus longue, mais au ciel la réunion!.., »

Dans les nombreuses lettres écrites à Mme de Mons, Charles ne se fait aucune illusion sur l'issue de la campagne, et il demande avec instance qu'on prie et qu'on fasse prier pour lui. Du reste, il n'avait confiance qu'en Dieu seul, et avant chaque combat il allait trouver l'aumônier pour purifier de nouveau sa conscience. Sa compagnie était une famille que sa sollicitude et sa générosité ne laissaient manquer de rien. Il voulait être servi le dernier, et parfois les mobiles trouvèrent leur capitaine couché dehors, tandis qu'il les avait bien installés dans les maisons.

Le 17 novembre, à Dreux, voyant la situation désespérée, il se tourne vers " ses hommes et leur dit : « Mes enfants, recommandons-nous à Dieu, et en avant! » Une balle vint alors le frapper j et ses soldats, vivement pressés par les Prussiens, firent de vains efforts pour emporter le corps de leur vaillant capitaine. Ainsi est mort Charles de Mons, dont le nom occupe un rang distingué dans les souvenirs de nos anciens élèves.

JOSEPH BERNARDEAU

Joseph Bèrnardêau, né à Tours le 12 octobre 1848, élève de l'institution de Saint-Louis de Gonzague à Tours, puis de l'école Sainte-Geneviève du 10 octobre i865 au 3o mars 1867, sous-lieutenant au ler bataillon des mobiles de l'Indre, blessé à l'attaque de la Maison- Blanche, près Choisy-j le 3o novembre, mort à l'ambulance du Val-de-Grâce le 3 décembre 1870.

Au début de la guerre contre la Prusse, Joseph entra dans le i^'' bataillon des mobiles de l'Indre, organisé par le brave commandant d'Auvergne. Le 5 septembre, il écrivait à sa famille : « Mon lieutenant me demande si je veux l'accompagner à

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