EDOUARD DOMET DE MONT
de rexemption que lui donnait son âge, il s'engagea dans le corps des mobilisés d'Arbois. Sa mère, veuve depuis longtemps, se voyait privée de ses deux fils : l'aîné, Raoul, faisait partie de l'armée de" la Loire, où de sous-lieutenant il est devenu capitaine. Pour toute recommandation, elle dit à son cher Edouard : « Souviens-toi, mon enfant, que ton arrière-grand-père a été fait chevalier de Saint-Louis sur le champ de bataille d'Hastenbeck. » Le jeune soldat se montra digne de son aïeul. Il écrivait de Montpellier, où il s'était engagé dans le 84*^ de ligne, en attendant son brevet de lieutenant : a Quoique en ma qualité d'admis à Saint-Cyr, je sois exempt des corvées, je demande parfois à en faire, afin d'apprendre ce que je devrai commander plus tard. Je suis les cours et me mets en état de répondre parfaitement. En un mot, je tâche de me faire remarquer par ma bonne conduite. »
Au commencement de novembre parut le décret qui nommait sous-lieutenants les admissibles à Saint-Cyr. Edouard quitta les mobilisés pour entrer au 84«,puis au 3* de ligne; il passa plus tard au 87* de marche. Durant la guerre contre la Prusse, il ne prit part qu'à un petit engagement en avant de Châtellerault.
La révolution du 1 8 mars et le second siège de
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Paris lui fournirent bientôt Toccasion de se signaler.
Sa brillante conduite dans les combats d'avantposte le désignait au choix de ses chefs pour les entreprises les plus difficiles. A Neuilly, il fut chargé d'une reconnaissance si périlleuse qu'à son départ le commandant du bataillon croyait lui adresser un dernier adieu. Calme et résolu, il s'acquitta de sa mission avec la plus grande intelligence et un plein succès. On le porta sur la liste des propositions pour la croix d'honneur; elle devait arriver trop tard pour être placée sur sa poitrine.
Le 2 3 mai, nos braves soldats montaient à l'assaut des buttes Montmartre, lorsque Edouard tomba mortellement blessé; un éclat d'obus avait brisé l'os de la cuisse droite sur une largeur de dix centimètres. Après deux heures d'inutiles recherches, on parvint enfin à lui trouver une place à l'hôpital Beaujon. Aussitôt il demande si l'am putation est nécessaire^ et, sur la réponse affirmative du chirurgien, il dit avec un grand sang-froid : « Avant tout je veux me confesser et écrire à ma mère. » Pauvre mère! elle ne reçut la fatale nouvelle qu'au bout de huit jours; et, après un voyage difficile, quand elle put embrasser son enfant, celui-ci s'empressa de la consoler, a Je vais bien.