‹ Souvenirs de l'insurrection normande, dite du fédéralisme, en 1793Chapitre 10 sur 45 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

{a) Ces premières lignes de début ne donnent lieu

à aucune espèce de rectification, si ce n'est à propos

du chiffre 27 imprimé pour 17. — Les détails sont d'ailleurs exacts et conformes en tout aux données des Notices de Louvet, et au témoignage jiositif de mes propres souvenirs.

(6) Cet autre alinéa fait hors d'œuvre à c6té du sujet, et divague étrangement sur le personnel des députés réfugiés. J'ai connu la plupart de ces hommes. Je les ai vus de près, et j'aurai occasion de revenir ailleurs sur tout ce qui les regarde.

Dès a présent, je puis dire ici, que personne de nous n'avait soupçonné les dissidences d'opinion entre lesquelles M. de Wimpffen les suppose si misérablement engagés.

Ceux qu'il signale comme les plus endiablés étaient en relations habituelles et visiblement amicales avec ceux dont il loue le plus les dispositions honnêtes. Pétion, Louvet, Barbaroux, Guadetavec Valady, Duchâtel et Rervélégan, etc., etc.

Les détails ne sont pas mieux inventés :

Pitt et Cobourg viennent bien là au secours du parti de la Gironde! Et il est bien loyal de faire la guerre à Pétion avec une phrase de cniiî-rftre, ra* massée dans un club, et susceptible de deux sens tout opposés, selon qu'on admet les derniers mots comme exprimant la pensée propre de l'auteur, ou énonçant seulement celle du parti qu'il prétend combattre!.... M. de Wimpfifen n'y a pas suffisamment réfléchi.

(c) Ici nous tombons dans l'incident de M"* de Corday .

; M* de Wiifii>ffen en attribue la suggeslioii à cinq dea députés ci-dessus n&mmés. II ne les fait pas connaître autrement. En les choisissant en raison de sa haine, nous croyons qu'il a entendu désigner Potion, Bu20t, Louvet, Guadet et Barbaroux.

Le surplus de rariicle est un pur roman.

Toui le monde connaît ce que nous avons de positif sur ce sujet. C'est à savoir : L'interrogatoire de (Charlotte et les deux lettres écrites de sa prison, à son père et è Barixiroux.

De ces trois documents authentiques, il résulte bien chirement : que dès longtemps Charlotte avait pris en horreur les prédications sanguinaires de Marat ; (|u'immédiatenient après le 31 mai, elle avait conçu le dessein de lassassiner; et que, dernièrement, elle avait été confirmée dans ce projet par le résultat de la brîUante parade de M. de Whnpffen, au 7 de juillet.

Elle pensa, dit-elle, « que lanl de braves, armés « pour un seul objet, pourraient bien encore ne pas

a l'atteindre et que la main d'une femme suffirait

a pour frapper un coup plus sûr. »

Elle partit de Caen le 9 et frappa Marat le 13. Le jour même et presqu'aussi a l'heure précise où eut lieu la rencontre de Brécourt.

Au lieu de tout cela , que nous donne M. de Wîmpfienî

On l'a vu : d'abvOrd une histoire d'instructions données et reçues, pour couper la Montagne en deux, par l'assassinat projeté de Danton, qu'on aurait im-

puté à Robespierre Puis rmcidenl des

ooTertes en roale, d'^ soit % chai^eiiieni de, désignation de la rielime, et, par suite, le meurtre de Marat substitué à celui de Danton.

De ces détails, en est-il un qui puisse s'aooocder avec les faits établis ? Non.

En les supposant possiUes, ou même Tnûs, conçoit-on par quels moyens ils auraient pu anmrer à la connaissance de M. de Wimpffen ? Aucunement.

Cest dire assez ce qu'il y a lieu d'en penser.

L'anecdote d'une lettre d'adieux écrite, dit-on, par Charlotte ù Bougon-Loograis, est de peu d'importance et pourrait-être passée sans r^exion, si ce n'est à cause d'une imputation d'assassinat qu'elle traîne à sa suite, et dans laquelle se trouvent menacés ensemble M. de Wimpffen et Bougon, on ne sait par qui.

J'ai eu la fantaisie de vérifier ce fait un peu sus* pect, el le témoin nommé par M. de Wimpffen, M. Mesnil, consulté en mon nom à ce sujet, a répondu nettement :

« Qu'à Lisieux, au retour de la campagne de Bréc< court, Bougon lui avait communiqué une vingtaine a de lettres par lui reçues de Charlotte, et toutes re^ « latives à des sujets de littérature et de politique ; « mais que la lettre d'adieux ci-dessus spécifiée, il « n'en avait nullement entendu parler. »

A défaut d'explications plausibles, M. de Wimpffen a tout simjdement deux grands mots :

« Charlotte Corday était une fanatique royaliste. »

Royaliste, il se peut, et j'ai été souvent tenté de le

croire ; mais pourtant, à cela même, il y a encore quelques objections :

Si elle était royaliste, comment expliquera-t-on sa liaison d'amitié avec le procureur généml Bougon- Longrais , et les lectures philosophiques dont elle aimait à s'occuper avec lui?

Est-ce un indice bien plausible de royalisme que cette foule d* allusions romaines, quivliii échappent partout si naturellement î ^

Royaliste, eùt-elle attaché quelqu'importance à occuper, aux prisons de l'Âbbaye, la chambre du député Brissot ?

Eût-elle surtout choisi, seul en ti*e tous, le républicain Barbaroux, pour lui adresser la plus touchante marque de son intérêt, le compte rendu de ses dernières actions et la confidence de ses dernières pensées?

{d) Nous revenons aux députés réfugiés et à leurs prétendues dissidences. C'est une re£te du § 2.

Les députés susdits occupaient Fhôtel de l'Intendance, rue des Carmes. C'est l'Assemblée d'insurrection qui les y avait logés. C'était affaire à elle toute seule. M. de Wimpffen, quoiqu'il en dise, n'avait pu qu'en donner le conseil. On ne doute pas que la mesure ne fût à sa convenance. 11 tenait à avoir les députés réunis sous sa main. Il en dit naïvement la raison : « pour les'mieux faire observer. »

(e) Nous arrivons, enfin, au sujet de l'insurrection, et nous y entrons par l'incident de la fameuse parade du 7 juillet.

C'est un peu tai'd.

L'insurrection avait alors plus d*un mois de date.

Jusqu'alors, qu'avait fait M. de Wirapffen ?

Rien, apparemment, car c'est ce qu'impliquent même les premiers mots de sa première phrase : « Voyant que l'insurrection ne gagnait pas, etc. »

C'est alors que vint la grande parade. Et que produisit-elle ? Dix-sept enrôlements. ! J'ai dit pourquoi et je le répète.

Si M. de WimpflFen, aux premiers Jours de l'insurrection, eût enrôlé tous ceux qui se présentaient, il en eût trouvé au moins trois mille. La réflexion vint, et le danger de l'entreprise étonna les plqs hardis. Quelques-uns se retirèrent , le plus grand nombre persista ; mais déjà ils prévoyaient les chances contraires, et tandis que le général afiectait de ne vouloir forcer personne, ils ne demandaient, eux, que de paraître forcés de tenir ce qu'ils avaient librement promis.

Voilà pourquoi la parade en question ne put que tourner nu ridicule. 11 est probable que M. de Wimpffen l'avait bien prévu.

Les éloquences dont il se plaît à signaler l'échec en cette occasion furent celles de quelques membres de TAssemblée insurrectionnelle. — Aucun député n'y prit h parole. Telles n'étaient point leurs habitudes. Je l'ai expliqué ailleurs. C'est par supposition pure que quelques-uns ont imaginé ici des discours de Pétion et de Buzot, qui n'y furent point tenus.

Suit un mot sur les contingents, eijce mot est bien léger. M. de Wimpffen ne compte que vingt homn^s

pouf celui de Vii*e. Mais il oaiet tout net ceux d'Evreux et de Bayeux. C'est encore pis que d'avoir peut-être cave un peu trop bas.

L'observation sur les campagnes se réduit à dire qu'en dedans connue en dehors de la région insurgée, il y avait également lutte entre le cultivateur et les agents de l'administration locale au sujet de la fourniture des grains à solder en assignats.

(f) Encore les députés réfugiés, et de cette fols, ce n'est pas pour peu de chose ! Pétion, aidé de quelques (mtreSy n'a pi-ojeté rien moins que de brûler la ville de Caen, pour rejeter ensuite l'odieux du fait sur la Montagne, à laquelle on l'aurait attribué.

Qui dit cela? M. de Wimpffen. — D'où le tient-il? — De son aide-de-camp, M . de Saint-Front, à qui les conjurés se sont adressés tout bonnement pour le charger de Texécution .

Ici je crains, en vérité, que les lecteurs de M. <le Wimpfifen ne commencent à penser qu'il abuse un peu trop visiblement de leur confiance.

Que Pétion ait été assez pervers pour méditer le crime qu'on lui impute, beaucoup de personnes pourront en douter; mais, l'imputation admise, qu'il ait été assez niais pour en confier le secret à l'aide-decamp de M. de Wimpffen, c'est ce qui me semble passer toutes les bornes du croyable et je dis qu'on se moque de iious.

Il n'est pas inutile d'ajouter que rien de connu de la part de Saint-Front ne tend à confirmer, on aucun point, les singuliers dires de son chef à ce sujet — et

qu'au contraire, dans un récit émané de lui, sous la date du 30 ventôse an III (20 mars 1795), on trouve encore les députés réfugiés — qualifiés des titres honorables de vertueux législateurs proscrits.

On aura remarqué cette gasconnade du général « qui avait refusé de mettre la guillotine en permanence, »— comme si quelqu'un avait pu lui demander de le faire ! — comme si cette mesure et cette phrase avaient jamais été k l'usage des Girondins 1 Comme si elle ne caractérisait pas essentiellement un 'auti'e parti, et un autre temps, qui n'étaient pas encore venus ! . . . .

{g) (^ci fait un dernir retour aux affaires réelles de l'insurreclion, sur les deux faits spéciaux de l'arrivée des Bretons et de l'échauffourée de Brécourt.

Les Bretons arrivent donc, M. de WimpfiFen semble vouloir insinuer que ce fut après l'essai de sa grande parade du 7 juillet. Fausse donnée : ce fut successivement, et chacun des bataillons à sa date particulière ; mais tous trois dans la dernière quinzaine de juin.

Combien étaient-ils? M. de WimpfiFen dit cinq ou six cents. 11 a du savoir ce nombre autrement que par à peu près. Son évaluation paraît un peu faible. Le public comptait trois cents hommes par bataillon, par conséquent neuf cents en tout. -

Pour ce qui regarde l'échaufiFourée de Brécourt, on a vu comment M. de WimpfiTen glisse là-dessus, et c'est- peut-être aussi ce qu'il avait de mieux à faire, point de détails; seulement c'est M. de Puisaye qui a marché sans ordre, et qui a manqué son coup. It avait

douze cents hommes qui se sont dispersés au premier choc, etc.

Pourquoi M. Wimpffen n'avait il rien fait jusqu'alors? Pourquoi employait-il un lieutenant aussi incapable ou aussi douteux que M. de Puisaye î Comment avait-il laissé à celui-ci la possibilité d'engager, sans son approbation, une affaire qui pouvait avoir de telles conséquences? Pourquoi ne l'a-t-il pas ptini d'une faute si grave contre la discipline? Pourquoi a-t-ril accepté comme une défaite définitive , cette simple surprise d'avant'-garde? et comment n'a-t-il pas essayé de rallier l'armée, de ranimer son courage et de la ramener à un combat sérieux ?....

Ce sont la des secrets, qu'il n'a entendu révéler ni ici ni ailleurs.

N.'B. — ^Indépendamment de tant de traits de détail à relever dans la lettre de M. de Wimpffen, on n'a pu manquer d'y remarquer aussi deux traits de caractère plus généraux, et qui ne semblent pas sans conséquence.

C'est d'abord la légèreté avec laquelle l'auteur traite les intérêts de tous les partis, comme si lui-même, étranger à tous, n'eût été là que pour voir et pour fronder.

C'est ensuite le contraste qu'offrent partout la modération de son langage envers le parti contraire, et l'aigreur de ses expressions envers les -chefs de celui qu'il a prétendu servir

Dans les premiers temps de l'insurrection, M. de

Wimpffen avait élé inaiidéà Paris, auprès du Comité de Salut Public aux fins d'y rendre compte de sa conduite.

A cet ordre, il avait répondu par une lettre de rodomontade réclamant, au nom des insurgés^ la révocation de tous les décrets portés depuis le 31 mai, ot déclarant qu'autrement il se rendrait, en effet, à Paris, mais à la tête d'une armée de soixante mille Normands et Bretons.

On a dit alors qu'à cette dépêche avait été jointe une contre-lettre conçue dans un sens de dévouement absolu.

Vers le même temps aussi le général Cnstine ayant offert h la Convention de lui envoyer quelques bataillons, détachés de l'armée du nord, afin de combattre l'insurrection normande, il a passé pour constant que JM. de Wimpffen lui avait adressé ce biUet:

« Gardez vos bataillons. Chargez vous des ennemis du dehors, et je me charge de ceux de l'intérieur. »

Est-ce donc de nous qu'il se serait ainsi chargé ?^

P.-5.— On a pu remarquer que ni Louvet, ni M. de Wimpffon, ne se sont attachés à donner une idée un peu nette de la composition de l'armée insurgée engagée à l'affaire de Brécourt.

Louvet parle de deux mille hommes arrivés de divers départements. On ne sait s'il y comprend les deux noyaux de cavalerie, et la force locale fournie par le Calvados.

M. de Wimpffen, d'autre part, dit vaguement mille

à douze cents hommes, sur quoi cinq à six cents Bretons. Il parait vouloir éviter les comptes précis.

Personne n'a fourni aucuns détails d'éclaircissements ultérieurs. Le fait est que l'armée se composait comme il suit :

r Les deux noyaux de cavalerie, dits Dragons de la Manche et Chasseurs de La Bretèche ;

2'' Des trois bataillons bretons, llle-et-Vilaine, Morbihan et Finistère ;

3" Des quatre contingents normands. d^Evreux, Vire, Bayetix et Caen.

Nous comptions par évaluation approximative :

Cavalerie : . . 400

Bataillons bretons. . , . . . 900 Contingents normands. . . 600

Total. . . . 1,900

Ce calcul parait nous ramener à peu près à celui de Louvet .

Les historiens ont mis des nombres de pure fantaisie.

Nous avions aussi une douzaine de pièces de campagne .

Notre contingent de Caen en avait deux pour sa part.

11 devait être de deux cent cinquante hommes, et

était commandé par un chef de bataillon.

Chaque corps avait son drapeau tricolore avec la légende :

République firan^îsé, etc.

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