OBSERVATIONS
(a) Ces premiers détails paraissent fort exacts. Seulement Louvet semble accoi'der trop h Tinfluence des députés réfugiés, et ne pas dire assez nettement que l'explosion insurrectionnelle avait précédé leur
arrivée J'ai établi le point de manière à le mettre
hors de toute contestation «
{b) Je ne sais ni ce qu'était ni ce que voulait paraître M. de Wimpffen. Ce que Louvet ajoute de son inertie au tïiilieu de l'agitation générale est parfai* teitient conforme à ce que j'en ai vu.
{c) Ce nombre de 2^000 hommes semble donné ici eomme formant la totalité de l'armée, sauf ce que le général pouvait en avoir retenu à Caen, auprès de lui.
Notre dernier détachement ne devait pas y être compris.
Louvet prétend ailleurs y faire une autre exception
relative au Ijataillon du Finistère, qui selon lui, n'arriva que plus tard, ne se trouva point à Brécourt, et qui, s'il y eût été, ne se fût pas laissé surprendre.
Les deux premiers points nous paraissent de pure invention, nous n'avons aucune opinion à émettre sur le dernier.
(rf) Louvet oublie ici un corps de hussards qui très certainement s'y trouvaient. J'ai dit qu'ils étaient venus nous reconnaître, quelques instants avant l'attaque de Brécourt. Le régiment de ligne d'Armagnac, y était incessamment attendu et dut y arriver peu de jours après.
{e) On verra plus tard que M. de Wimpffen a prétendu rejeter sur Puisaye tout le tort de cette échauffourée dans laquelle celui-ci se serait hasaitlé sans ordre. Nous nous réservons de revenir sur ce sujet en son lieu .
[f) Louvet fait ici de la stratégie^ et il y tombe dans plusieurs graves méprises.
r La générale battue à Evreux, ne pouvait apparemment être entendue à Vernon, et par conséquent n'était point un éveil donné à Tennemi.
2° Il faisait une grande chaleur; mais nous en évitâmes l'effet, en exécutant de bonne heure le matin, et tard le soir, nos deux marches, d'Evreux à Pacy et de Pacy à Brécourt, avec un intervalle suffisant de repos, à Pacy, de nudi à quatre heures.
3** Nous n'avions point de tentes, mais je suppose que par ce beau temps et dans cette saison, il était possible de s'en passer. En tout cas il n'y eut pas lieu
d'en faire usage à Brécourt, où nous ne demeurâmes pas plus de deux heures en tout .
4* Nous ne perdîmes i)oint une journée entière à l'attaque du château de Brécourt, — où nous entrâmes au contraire tout d'abord , dès le soir , à notre arrivée, et sans coup férir, attendu qu'il ne s'y trouvait personne qu'un concierge avec sa famille.
5" La halte qu'on nous fît faire alors sur la lisière du petit bois y attenant, n'avait rien que de raisonnable en soi, si on y eût joint les précautions de sûreté qu'on ne néglige jamais en pareil cas.
6° Cette journée ne fut point celle du lendemain, attendu qu'il n'y eut en tout, qu'une seule et même journée d'action dans laquelle commença et finit notre équipée. Le lendemain nous étions rentrés à Evreux avant le jour.
Il s'ensuit qu'il n'y eut point de nuit passée au bel air, et que des tentes n'eussent pu nous être d'aucune utilité.
Au reste, ce dernier fait de précautions omises par le général pour la sûreté de ses troupes, et cet autre, de sa disparition personnelle au moment de l'attaque, sont aussi avérés qu'inexplicables. Je ne sais si en effet il s'était retiré dans une chaumière à quelque distance. Nous avions supposé qu'il avait dû prendre logement au château.
{g) Je suis très peu disposé à admettre cette supposition. Ce n'étaient pas des coups deeanon chargés à poudre qui brisaient au-dessus de nos têtes, les bran-
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chesd'un rang de pommiers au-dessoiis desquels notre contingent se trouvait placé.
{h) Tout cela est exact, j'ai dit ailleiffs que i>endBnt que nous regagnions ainsi Evreux, Farmée de Vemon fuyait aussi de son ci^té vers Mantes. Ce fait explique pourquoi nous ne fûmes point poursuivis.
(î) QueWimpffeu ait désiré commettre les députés réfugiés avec FAngleterre, ou qu'il ait cru que personnellement ils ne pouvaient se sauver qu'ainsi, l'un et l'autre cas sont possibles. De leur coté ceux-ci ne pouvaient manquer de sentir, que, eonune parti, ils se pei*daient s'ils acceptaient ses offres. Quand leur affaire fut tout-à-fait désespérée, et qu'il ne s'agissait plus que de chercher un asile à la veille de quitter Caen, Barbaroux me disait, en présence de Duchâtel : « Si nous nous décidions à passser en Angleterre, Wimpffen assure qu'il nous en fournirait aisément les moyens. »
Ils ne s'y décidèrent pas.
{k) Louvet qui était venu à Lisieux, en défiance de Wimpffen, paraît cependant avoir fort mal exploré, ce que ce dernier y avait fait de décisif.
n a vu en gros :
« Que le désoi'dre règne dans tous les coqts, que la fureur de motioaDer s'en est emparée, qu'une main invisible a décomposé, en un jour, même les bataillons Bretons, jusqu'alors si bien tenus. »
C'est^-dire que les corps délibéraient; on les y avait i^ciellement provoqués. J'ai dit sur quoi et à qu^ occasion.
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Les plus braves se montrèrent les plus empressés à briser les liens de déception, dans lesquels on les tenait enlacés depuis six semaines.
Tout cela se fit à la face du ciel. Louvet a dû le voir comme moi, je ne puis m'expliquer pourquoi il ne l'a pas dit.
(/) I^uvet cherche ici de mauvaises querelles aux adnrrînistrateui*s du Calvados. L'appui des troupes leur manquant, que leur restait-il à faire si ce n'est de se soumettie î
Us ne furent point guillotinés depuis, oomme le dit i^uvet avec une joie de mauvais goût, un seul d'entre eux, Bougon-Longrais, périt dans la Vendée, où il s'était réfugié. Les autres, api*ès une année de dangers et de persécutions incessantes, furent enfin sauvés par la révolution du 9 thermidor.
(m) L'auteur poursuit ses imputations haineuses, il a complètement tort. 11 n'y eut point de honleuse dé^ feciion ; pas plus, en tout cas, du fait de l'administration, que de celui des troupes; personne ne fit de traité de paix, ni secret ni patent. On courbe la tête devant une nécessité insurmontable. Tout peut se ré* sumer en c*es mots. L'affiche de mise hors la loi fut placardée comme les autres actes arriérés. Comprend*on que quelqu'un eût pu prendre sur lui de garder celui-ci en poche. Si les Bretons virent là-dedans une perfide insolence, ils en jugàrent avec trop de susceptibilité.
Au l'esté, les Bretons étaient indignés sans doute. Indignés d'abord de s'être si légèrement hissés en-
traîner par nos orateurs, dans une entreprise où nous ne mîmes que du babil. Indignés encore d'avoir perdu dans une inaction funeste, le temps où leurs eflTorts eussent pu être utilement employés.
Indignés surtout de voir triompher, sans combaf, la faction détestée contre laquelle ils s'étaient armés.
De tout cela, s'ils s'en prirent à nos administrateurs, ils leur firent injure. Peuple, soldats et fonctionnaires, nous avions tous été trompés comme eux.
Conclusion de Louvet : il ne tiendrait qu'aux dé- (mté^de pousser leurs fidèles Bretons à la vengeance. Ils se contentent d'accepter la protection de leurs armes, en échange de quoi ils leur promettent d'aller au milieu d'eux, sauver la liberté dans leurs départements.
Et c'est ainsi que de part et d'autre, ces braves gens en étaient encore à comprendre les réalités de leur situation !
(n) Louvet nomme ici un bataillon de la Mayenne, dont je n'ai conservé aucun souvenir. Il ne cite pas celui du Morbihan, dont l'idée m'est toute présente. Il y a sans doute erreur de nom.
Louvet écrivait ses Notices dans les cavernes du Jura, sans documents et sans secours quelconques. Il avertit lui-même qu'il a pu se tromper sur quelques légères circonstances d'époques ou de lieux.
(o) Tout n'alla ainsi que jusqu'à Dinan. Arrivés là, dans un pays dont les populations se montraient de plus en plus hostiles, les Finistériens eux-mêmes commencèrent à comprendre, avec les emban*as de
leur situation, les dangers qu'y ajouteraient encore la présence des députés réfugiés. 11 y eut délibération sur ce point. Les esprits se divisèrent ; on allait en venir aux mains. Près d'être abandonnés, les proscrits prirent le parti de la retraite et par des chemins de traverse, ils s'aventurèrent seuls vers Quimper, où Kervélégan les attendait. C'est Louvet lui-même qui le i*aconte ainsi.
lU.
BÊGIT DE M. DE WIMPFPEN.
N. B. — M. de Wimpffen aussi, a. eu le bonheur de survivre au régime de la terreur.
Consulté par M. de Toulongeon * , sur les événements de l'insurrection Normande, il lui en a fourni le récit qu'on va lire, et que M. de Toulongeon a recueilli dans ses pièces justificatives.
Nous y ajouterons nos observations sommaires ; comme à celui de Louvet.
a Les Girondins marquants, qui sont venus dans le Calvados « après la journée du 31 mai, vous sont connus aussi bienqu*à « moi, Pction, Buzot, Corsas, Louvet, Barbaroux, Guadet, a Salles, Valady,,,. Duchâiel,.,. Bergoing, etc. Ils étaient au a nombre de vingt-sept ^, mais ceux que je ne nomme pas a n'ont rien d'intéressant pour la postérité (a) ; [ils ressem- (( blent à tout le monde et pouvaient appartenir à un parti « aussi bien qu'à un autre; ce sont des circonstances, des « rencontres, des hasards de société qui les ont placés]. Pé- « tion et Buzot avaient un but déterminé ; une nouvelle dy-
* Ancien officier général, ancien député de la Noblesse à TAsscmblée Constituante, auteur d*une histoire de la révolution, 2 vol. in-ft*.
* CVst une faute; il faut lire dix-sept.
« nitslie sous taquelle ils eussent été les mattres. H serait A possible que Pitt et Cobourg^ que la Montagne et le Marais « s'entre-jetaient sans cesse à la tête, ne fussent pas des périt sonnages étrangers ou indifférents aux deux vétérans de la « Révolution. Il aiTiva un jour à Pction de dire au club des « Carahois de Gaen, qu^une preuve que la Montagne voulait « rétablir la royauté, c'est qu^elle laissait vivre le petit DaU" H phin, dont ta figure et les charmes étaient des crimes d'état Cl dignes^ de mort.,, Gorsas, au contraire, penchait pour le petit (c Dauphin, mais bien entendu qu'on en viendrait là qu'à la « dernière extrémité. Louvet, Barbaroux, Guadct, eussent <t transigé, si Ton eût voulu leur céder ta partie de la France « [méridionale] de l'autre côté de la Loire, pour en faire une (^ République à leur mode. Ils comptaient beaucoup sur les « petites puissances de TltaRe, avec lesquelles ils feraient des « traités offensifs et défensifs [ce qui prouve combien ces Mes- « sieurs étaient hommes d*état]. Salles faisait des brochures « que ses collègues appelaient des Provinciales [le comparant « ainsi à Pascal, et cela lui faisait tant de plaisir quMl ne dou- « tait plus de Teffet de ses brochures, c'étaient des batteries « qui feraient écrouler la colossale Montagne]. Valady s'était « fait révolutionnaire par haine de M. Duchâtelet, et il eût bien « voulu [découvrir un moyen de] se retirer de l'abîme. Du- « ckâtel était une âme douce, qui s'est trouvée entratnée « comme tant d'auti^es par la chimère d'une régénération. « Gomme il ne s'était jamais souillé d'aucune mauvaise action, « il eût donné sa vie pour le rétablissement de la monarchie. « Le franc et loyal Kervèlégan n'était d'aucun parti, que de « celui des indignés [de tout ce qu'ils avaient vu faire] ; Ber- « geing paraissait républicain enragé, et son caractère appar- « tenait à toutes les circonstances. Le crève-cœur de tous était « le triomphe de la Montagne, et leur ambition toujours sail- « lante, la vengeance. Excepté Duckâtel, il n'en est pas un « seul qui ne se fût enrôlé dans le parti victorieux s'il l'avait « pu, ce que Louvet et Bergoing ont bien prouvé après leur
« retour (b). L'assassinat de Marat est l'ouvrage de cinq des « c^rdessus nommés ; mais ce n'est pas Marat qui était dési- « gné. C'était Danton que la nouvelle Judith devait immoler. Ils appelaient cela couper la Montagne en deux^ parce que les lettres dont itf"* de Corday était porteuse {sic) renfermaient une instruction qui disait qu'à l'instant du grand événement, il fallait répandre dans tous les coins de Paris que c'était Robespierre qui avait fait [faire] le cqup. Mais itf "• de Corday ayant ouvert de ces lettres, vit qu'on y accusait Danton de vouloir porter le petit Dauphin sur le trône ; et comme cette ^"'^ de Corday était fanatique royaliste, elle se garda bien de porter la main sur celui dans lequel elle plaçait son espoir. Avant de partir pour Paris, elle écrivit une lettre d'adieux à Bougon de Longrais, mon ami, «t procureur syndic du département, pour lui dire qu'elle ne le reverrait plus et le prévenir que *** devait nous faire assassiner tous les deux. Bougon me communiqua cette lettre, ainsi qu'à Mesnil, administrateur du département, encore vivant à Caen. Nous n'y comprîmes rien. Mais, demandai-je à Bougon, d'où vient son intérêt pour vous et pour moi ? 11 me répondit : Je lui ai rendu quelques services, et quant à son intérêt pour vous, il vient de ce qu'elle vous croit un royaliste déguisé (c). J'avais logé tous ces réfugiés à l'Intendance, parce que, tous réunis, je pouvais mieux les [faire] observer. Je m'aperçus bientôt qu'il ne régnait pas entr'eux une parfaite intelligence; que Pction et Buzot avaient des secrets, et que tous, sans exception, se défiaient de Vafady et de Duchâtel (d). Voyant que l'insurrection ne gagnait pas, nous convînmes de faire prendre les armes, comme pour une revue, aux huit bataillons de la garde nationale de Gaen ; ils s'assemblèrent sur le Cours, où toutes les éloquences échouèrent contre l'indifférence de ces prétendus insurgés. 11 ne se présenta que dix-sept hommes pour marcher sur Paris. Les autres villes (moins Vire qui en fournit une vingtaine) s'y refusèrent sans détour. Les campagnes, vexées pour les
« blés, nous maudissaient (e). Ce fut alors que Pétion conçut « le projet de brûler Caen et de faire courir le bruit que citait « l'ouvrage de la Montagne [le désespoir devait tout entraî- « ner]. Jl se confia, pour ce beau coup, à mon aide-de-camp « Saint-Front, en lui recommandant le plus profond secret, « surtout envers le général, qui s'est refusé à mettre la a guillotine en permanence. — Saint-Front promet et me dit « tout. Je lui enjoins de s'y prêter, d'acheter le goudron, etc. Cl Quand l'affaire paraît en bon train, j'arrive; je trouve Pé- « tion et quelques autres. Je parais effrayé d'un rapport qu'on tt vient de me faire : « Si le peuple en entend parler, vous « serez tous égorgés, dévorés comme Belzunceei Bayeux,,. )> « Qu'est-ce? Je leur dis... L'on jette les hauts cris. L'on me ik prie en grâce de n'en point parler : ce sont les agents de « la Montagne qui répandent cette atroce calomnie. Je suis c( dç cet avis, et le projet avorte (/*). Quelques jours après, c( m'arrivent cinq ou six cents Bretons, tous découragés de ne « pas trouver d'armée. N'ayant personne autre, j'envoie Puitt saye à Evreux pour y établir les magasins que j'y fesais . « filer. Puisaye se croit général, veut m'eulever une victoire. « Il marche contre la petite armée parisienne. Ces deux arec mées font chacune volte-face et chacune se sauve de son « côté. Voilà la bataille de Vernon. — Les mille à douze cents ce hommes de Puisaye fuient jusqu'à Lisieux ; j'y cours, mais « rien ne peut les remettre; Danton y faisait répandre des <c millions d'assignats. Tous désertent, et moi je me cache à a Bayeux jusqu'après le 9 thermidor (g), »