‹ Souvenirs de l'insurrection normande, dite du fédéralisme, en 1793Chapitre 12 sur 45 · BARBAROUX · texte numérisé non relu

BARBAROUX

Je ne crois pas que personne parvienne à faire de celui-ci un portrait qui puisse en donner une idée un peu juste.

Physionomie grecque ou romaine, regarf d'aigle, avantages extérieurs de toute espèce (seulement déjà un peu trop d'embonpoint), talent oratoire plein de vigueur et de solidité, élocution gracieuse, enthousiasme de poésie et de république ; orgueil d'avoir à 28 ans, placé son nom , comme iV te croyait, entre ceux des Brutus et des Franklin ; et avec tout cela, franche et naïve gaité d'un jeune homme du naturel le plus aimable, voilà ce qu'il faudrait développer et les conti'âstes à faire ressortir. J'ai dû me borner à indiquer les principaux traits^.

Les amis de Barbaroux nous vantaient Vefiet oratoire de quelques-unes de ses apostrophes à la Mon* tagiie et aux hommes du 2 septembre; 011 bien ils nous pafrbient de son influence sur les actes les plus remarquabtes dn miniatère de Rélami* fcui, pencbnt

ee temps, nous enlretenaii de poésies, el an bout d'une longue allée de tilleuls, nous montrant un nuage noir à l'horison, il nous l'éeitait son Ode à Franklin sur rélectricité :

Des flaocs de ce nuage sombre Cent fois plus rapide qu'un trait, L'éclair, suivi d'éclairs sans nombre, S'élance, fuît et disparaît

dont j'ai retenu encore cette finale :

Et la foudre à frappé la terre Quand son éclat, dans l'atmosphère.

En longs roulements retentit.

Un autre jour, et dans une autre de nos promenades, il nous communiqua de même son Épilre à Zélis ou Apologie de T Inconstance :

Zélis, on se lasse de tout.

finissant par cette gracieuse fiction de deux i)apil]ons, qui, dans leurs ébats, ont effeuillé la rose dépositaire d'un serment écrit d'amour sans fin :

Et dans leurs débats ingénus Les fripons effeuillent la rose, Et mes serments sont disparus !

Barbait)ux se vantait sans difficulté d'avoir [missamment contribué au renversement du trAne et a l'étaMissement de la République, mais sans exprimer

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jaiDdis aucun sentiment de haine ou d'iiTévérence à regard de la personne du feu roi Louis XVI.

Cependant nous savions que dans le prétendu procès du roi, il avait voté la mort avec le palliatif de V appel au peuple, il est vrai, mais enfin la mort dans la rigueur du terme, si ce n* était dans Tintention du résultat.

Ce fait nous peinait et nous paraissait, d'ailleurs, d'autant plus extraordinaire qu'habituellement Barbaroux ne manquait guère de donner les éloges les plus formels à ceux de ses collègues qui avaient voté autrement (et notamment à Duchâtel).

Un jour, mon jeune ami James Chatry de Lafosse, avec sa franchise de 18 ans, se hasarda de lui dire tout simplement : Il est étonnant qu'avec vos idées et vos principes sur ce sujet, vous ayez pu vous résoudre vous-même à prononcer la condamnation ] — « Ce « n'était pas mon opinion personnelle, répondit celui w ci d'un air sérieux et même triste, je n'ai fait en « ce point qu'exprimer le vœu de mes commettants « envere lesquels je me trouvais engagé. »

Je crois que Barbaroux ne comprit rien aux manœuvres de M. de Wimpffen jusqu'au dernier moment.

Au retour de l'armée à Lisieux, pendant que les Bretons délibéraient, j'apprends que deux députés sont arrivés et logent à l'hôtel d'Espagne. C'étaient Louyet et Barbaroux. Je m'y rends aussitôt et demande ce dernier ; on m'introduit sans autre façon. 11 faisait une chaleur excessive. Je trouve Barbaroux

couché tout de son long sur le parquet de sa chambre, un mouchoir blanc étendu sur la figure. 11 se soulève : « Ah ! c'est toi ? me dit-il, et qu' est-il donc arrivé î — « Eh ! mon Dieu, rien ; si ce n'est qu'on vous trompe, « que tout se désorganise, et que la cause est perdue. « — &)mment, est-ce que tout ne se borne pas à une « simple surprise ? Voici Wimpffen qui arrive avec de « rartillerie. Il dit que demain tout sera réparé. — A c< la bonne heure, je veux bien le croire ; mais aui< jourd'hui, en ce moment môme, les bataillons dé- « libèrent sur sa demande, et déjà le Morbihan vient « d'émettre le vœu de quitter l'armée et de retour- « ner dans son pays. — Qu'est-ce à dire, il est donc « fou 16 Morbihan ? — Je ne sais, mais cette folie est « celle de toute l'armée. Ce soir, tous les corps au- « ront émis le même vœu. » — Il ne fut pas prononcé un mot de plus. Je sortis d'un côté et Barbaroux de l'autre. Le lendemain, la retraite sur Caen avait commencé.

Le 7 juillet, jour de la grande parade de M. de Wimpffen, il avait encore écrit à Duperret :

« Ici tout va bien. Nous ne tarderons pas à être « sous les murs de Paris. »

A mon retour à Caen, je ne revis Barbaroux que deux ou trois fois. Il était triste et découragé : « Wimpffen , me dit-il , nous offre de passer en « Angleterre, mais nous n'accepterons pas ; ce serait « donner à la Montagne l'occasion de nous accuser c< d'intelligence avec l'étranger. » — D'autres dirent

autre chose,

On paria ensuite de Chariolte de Corday, de son action, alors si récente^et de la lettre à Barbaroux qui venait de paraître dans les journaux. « — Je ne la connais^ « que parla, disait Barbaroux; on ne me Ta pas laissée « parvenir. » 11 exprimait une admiration sans bornes pour le caractère de cette femme, et le regret de ne pas l'avoir autrement connue ; il raconta comment elle' étfidt venue deux fois lui offrir ses siervices et lui demander des recommandations pour Paris; quelle réponse piquante elle avait faite à une plaisanterie de Pétion qui la qualifiait du nom de jolie aristocrate, etc.

(t Ils disent; ajouta-t-il en finissant, que c'est nous « qui l'avons chargée du fait, — comme si de pareilles K actions s'^entreprenaient par complaisance 4 — En a tout cas, si elle eût pris notre avis, ce n'est pas Marat « qu'elle aurait frappé ! »

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