‹ Souvenirs de l'insurrection normande, dite du fédéralisme, en 1793Chapitre 13 sur 45 · DUCHATEL · texte numérisé non relu

DUCHATEL

C'était un beau jeune homme, grand, mince, pâle, d'une figure intéressante , d'un esprit solide, et du commerce le plus aimable, ne ressemblant en rien à nos hommes de faction.

Duchâtel s'était fait remarquer dans le procès du Roi, d'une manière tout-à-fait particulière. Voici le fait :

U était au lit, malade d'une énorme fluxion sur la face, la tête enveloppée de serviettes ; il fait venir une voiture, y monte et se fait conduire à la Convention.

Son apparition cause quelque rumeur parmi les gens de la Montagrïe. « 11 vient, disent-ils, pour voter en « faveur du tyran ! » — Pas pour autre chose, répond-il, en se faisant conduire au bureau ; il y arnve, dépose son vote, puis se retire, remonte en voiture, et s'en va tranquillement achever de guérir sa fluxion dans son lit.

C'est Barbaroux qui nous racontait ce trait en nous présentant Duchâtel, qu'il comblait des plus justes éloges, et c'est à cette occasion que mon jeune ami James Chatry de l^afosse, lui adressa la petite apostrophe ad hominem que j'ai rapportée dans l'article précédent.

Duchâtel était député des Deux-Sèvres, et avait ses biens dans la Vendée, où ils avaient été confisqués comme appartenant h un Conventionnel. Compris d'autre part dans la proscription des Girondins, il se trouvait dans une position doublement embarrassante; il parlait de se retirer en pays étranger, et de s'y faire professeur de mathématiques. C'étaient surtout les États-Unis qu'il avait en vue, mais il n'excluait pas l'Angleterre dans le cas où il n'aurait pas d'autre refuge.

VALADY.

Il s'appelait proprement Isarn et avait été titré marquis de Valady.

II avait été capitaine aux gardes françaises et marié àM»'deVaudreuil.

C'était un petit homme maigre, blême, fluet et mélancolique.

Nos jeunes amis, jouant sur le mot, l'appelaient entp'eux Maladie.

Toute sa vie était dans un seul trait.

À la fameuse attaque du château des Tuileries, au ÎO août 1792, il avait empêché les soldats de tirer sur le peuple. C'est ce que disaient les révolutionnaires qui l'avaient beaucoup exalté à ce sujet.

Moins d'un an après, on en avait fait un Girondin inscrit sur les listes de proscription.

Le caractère de Valady était calme et réfléchi ; et il paraissait sentir mieux que plusieurs autres, tous les dangers de la position présente.

Il quittait rarement Barbaroux, et ils étaient les meilleurs amis du monde; souvent d'ailleurs en petite guerre de plaisanterie.

« Pauvre Valady ! disait Barbaroux : il pâlit sur « Denys d'Halicarnasse ! — Barbaroux! répliquait « Valady, c'est un étourdi sublime, qui dans dix ans « sera un grand homme ! »

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