acte de patriotisme en provoquant une démarche
collective des maires du canton de Fleury-sur-
Andelle en faveur de la ligne de l'Epte.
Le nouveau préfet de l'Eure , auteur de cette
remarquable proclamation , était pn ancien avoué
d'Evreux^ nommé Fléau ou Fléau, natif de la
commune de Mesnil-Verclives , qui n'en est pas
autrement fière. Il avait déjà exercé ces fonctions
en 1848, et son nom lui avait valu, à cette époque,
quelques méchantes plaisanteries. Aussi il s'était
empressé d'en faire disparaître le malencontreux
accent aigu, que les railleurs s'obstinaient à
maintenir. Toujours est-il que la réinstallation de H. Fléau ou Fleau , après ce long intermède , fut loin d'être un bienfait pour le département. C'était un honnête homme , mais âgé» valétudinaire, inférieur de tout point à la situation.
tes instructions confidentielles adressées de la préfecture aux maires , dans la prévision de Ten- Tahissement, dénotaient une ignorance complète des usages de la guerre et de la topographie du pays. On y conseillait , par exemple , à la partie moffensive de la population , d'émigrer en masse à l'approche de l'ennemi , « attendu que celui-ci épargnait de préférence les maisons inhabitées , » assertion absolument contraire à la vérité. De plus^ on avait eu la prétention d'assigner aux fugitifs de chaque canton les lieux de refuge les plus sûrs pour eux et leurs bestiaux. En conséquence , on indiquait aux gens du canton de Fleury les halliers [ de là forêt do Longboêl, entièrement défrichée! depuis cinq ans ! ! !
Tous les officiers supérieurs allemands qui ont passé à Gisors (et il n'en a passé malheureusement que trop!) ont répété que cette prompte invasion du Vexin normand n'entrait pas dans le plan primitif de leurs généraux; que l'intention de ceux-ci avait toujours été dé préluder à Tentre-
. priâe eontre Rouen par eelle eoBtre Amiens , dès 1 que la reddition de Metz leur aurait permis de I disposer d'une force suffisante pour cette expédia tion, et de se rabattre ensuite sur la capitale dé la Normandie , par Neufcb&tel , en tournant la route directe» sur laquelle on persistait à les attendre. CTest ainsi, en effet, que les choses se sont passées, et Ton aurait toujours dû sY attendre, ce mode d'opérer étant tout à fait conforme a\i systèmie ordmatre de Tennemi» Par la même raison, les Allemands n'auraient pas songé de sitôt à la ligne de TEpte, si elle avait été tant soit peu gardée. Mais, informés qu'il n'y avait là personne, pour ainsi dire, ils ne pouvaient négliger de^ pousser cette porte qu'on laissait si maladroitement entr'ouverte ; de s'assurer, presque sans coup férir, les importantes ressources que pouvait leur fbumir le plateau du Vexin pour le râtitaiifemet des troupes employées aublodus'dè Pariât.
Nous n'irons pas jusqu'à dire que , sans cette circonstance, les Allemands auraient été forcés de lever le siège; mais il est certain, et nous en donnerons ultérieurement la preuve, que leurs souffrances en ont été fort allégées , que la Normandie a été pour eux , comme on^ l'a dit avec trop ^niskya, un vlHtaàilis^ < grenier d^abondance. r
. Oa . sait combien cette question des apprôvi-* $ionnements est importante à la guerre, surtout avec des armées anglaises et allemandes. Aucun général n'a jamais su mieux nourrir ses troupes que Wellington ; ce fut une des grandes causes de ses succès. Pans sa correspondance d'Espagne , il vante à chaque page c ces admirables soldats français , > qui savaient si bien marcher et se battre à jeun!...
L'intendance militaire française a trop souvent mis à cette épreuve, en 1870, des troupes malheureusement trop .novices pour la supporter aussi bien que l'avaient fait les soldats du premier ÎImpire.
Indépendamment de cette facilité d'approvisionnement , la possession de la ligne de l'Epte ofirait encore un avantage considérable à l'ennemi. Elle lui permettait d'inquiéter incessamment les forces françaises qui couvraient Rouen de ce côté, et de donner,- par ces démonstrations, le change sur ses véritables projets.
Depuis l'arrivée des Prussiens sous Paris, mais surtout depuis l'occupation de Beauvais et l'écrasement de la tentative de levée en masse dans la vallée de l'Oise (fln septembre) , la population de Glsors s'attendait à voir ptaraltre l'ennemi d'un
moment à Tautre. Les fausses alertes se succé^ daient sans relâche. Un jour, plusieurs personnes accoururent de Marines annoncer l'approche de dix mille Prussiens venant de Pontoise. Cette fois, la nouvelle paraissait sérieuse; il en fut donné avis par le télégraphe aux Andelysy à Evreux, jusqu'à Gaen et Rouen. Mais bientôt on apprit sûrement qu'aucune troupe ennemie ne paraissait de ce côté ; qu'il n'y avait à Pontoise qu'un petit nombre de soldats allemands occupés principalement à boire et à piller les magasins abandonnés. Vérification faite, il se trouva que cette rumeur avait été mise en circulation à Marines, le jour du marché, par un honnête industriel, qui, profitant de la panique, avait accaparé tout le beurre à vil prix pour aller le revendre fort cher à l'ennemi.
Cependant l'autorité supérieure engageait Gisors à se défendre, lui promettait des secours contre l'invasion imminente. Mais elle n'était aucunement en mesure de tenir ses promesses. Le rôle militaire de Gisors , si important pendant toute la durée du moyen âge , a fini avec l'invention de la ,• poudre; sa forteresse, naguère si redoutable, n'est plus qu'une ruine pittoresque , mais fatalemept inoffensive. La défense immédiate de Gisors
contré ane attaque sérieuse était absolumeni hn* possible. Pour préserver cette ville il aurait fallu que les positions qui la commandent à Test et au sud fussent occupées par des forces nombreuses et bien munies d'artillerie.
Il est certain que si ces mesures avaient été prises , beaucoup de gardes nationaux de Gisors et des communes voisines , bien que mal organisés
imparfaitement armés , auraient concouru éner^ giquement à la résistance.
Là comme ailleurs ^ la bonne volonté de se défendre ne manquait pas. Elle eût été plus énergique encore, sans les détestables excitations qui tendaient à pervertir le sens moral des ouvriers, en accréditant parmi eux d'absurdes soupçons'.
On accusait tout bas TÂdministration municipale de pusillanimité et même de trahison. Si noussonunès bien informé , certains individus av^^nt mis en circulation ou propageaient ces bruits caloffînieux pour satisfaire des ambitions et des r^^Guneâ personnelles. Dans les derniers moments, Tautcarité i»réfeâor^e , circonvenue par ces délations , voulut casser la municipalité et la rempkc^ par quelques-uns de ses dénonciateurs. Ces patriotes ardents , mais non moins prudents , s'em-^ pressèrent de répondre « qu'ils* ne^ {louvaiieMr'
accepter ce fardeau , iuttmtau tMmeni oà l'imch siùn les menaçqit. » Ils se réservaient d'avertir la préfet te quand le moment serait veau (?) de les nommerai). »
J'étais à Gisors quelques jjûufs avant Tarrivéa djBS Prussiens. Dans ce moment, la capitulation de Strasbourg igtait déjà eonûue > mais on sa refusait ebcore à y croire. Cette petite ville^ ordinairement si riante, semblait frappée de léthargie. L'aspect de la Grande-Rue était surtout lugubre. Beaucoup de maisons étai^t déjà v4des et fermées. Sur le seuil des boutiques enlr'ouvertes et presque dégarnies^ des groupes causaient à voix basse.
Il n'était que trop évident que la ville, abandonnée à elle-même , ûe pourrait se défendre niavec succès, ni longtemps contre une attaque, sérieuse. Dans cette situation critique, lîarrivéa d'une compagnie de francs- tireurs fut saluée avea enthousiasme. Mais il pajrait que Gisors n'avait été désigné à cette troupe que coibma point extrême
(1) Iaz PmSiiens à Gisoréj par M. Gb., ex-jug^ de paix, p. 31. Cet excmagistrat, connu antérieurement par des travaux estima))Ies de statistique, a tenu, dans ees eonjonctures difficUes, une conduite des plus singulières, sur laquelle il a très-imprudemment rappdé rattention^par son opuscule.
dé reconnaissance , car, après y avoir séjourné deux jours, le chef se prépara à battre en retraite sur Bézu, et télégraphia aux autorités militaires de Rouen « qu'il se repliait en faisant éclairer $à marche^ ainsi qu'il avait été convenu. » (5 octobre.) Ce luxe de précautions , dans un mouvement rétrograde , parut bizarre aux gens qui n'étaient pas initiés aux secrets de la défense.
Ces francs-tireurs s'en allèrent dans la journée du 6, on ne peut plus mal à propos, car le même jour, vers huit heures du soir, les Prussiens, suivant l'expression poétique d'un témoin oculaire, « voulurent s'introduire dans la ville comme des bêtes fauves, à la faveur des ténèbres. » (Ch., p. 18.) Une patrouille de uhlans, qui avait pénétré dans le faubourg Capdeville, y fut reçue à coups de fusil, et prit la fuite, laissant au pouvoir des gardes nationaux deux chevaux blessés et un sabre d'ofiBcier.
Cet avant-goût de l'invasion avait surexcité les esprits; on ne parlait que de lutte à outrance. Des conseils d une nature toute différente, venus du dehors, avaient été repoussés avec une violence qu'il est difficile de blâmer. Mais, d'un autre côté, l'administration municipale pouvait-elle ne pas être cruellement j: ^occupée de l'éventualité de
plus en plus probable d'une attaque en règle contre une petite vflle ouverte, commandée de toutes parts, et ne devant avoir pour défenseurs, selon toute a]pparence, que des gardes nationaux non habillés, considérés par Tennemi comine non belligérants ?
Pendant toute la nuit suivante, le tocsin retentit dans la plupart des communes du canton de Gisors. Les francs4ireiirs repliés sur Bézu avaient d'abord annoncé le^r retour, mais presque aussi* tôt ils reçurent du commandant général Estancelin Tordre de se porter dans une autre direction. Cet ordre n'était pas, comme on Ta insinué à tort, la conséquence d'une démarche de la municipalité, mais celle du système général de défense arrêté à Rouen, système qui sacrifiait la ligne del'Epte.
Le samedi 8, h midi, un officier prussien parut avec une quarantaine de uhlans, et réclama le désarmement immédiat de la garde nationale. Le maire ayant refusé, et avec raison, d'obtempérer h une sommation appuyée seulement par une poignéa d'hommes, l'officier ajouta : « En ce cas, t^tes savoir à la population que demain Gisors sar^ occupé par nos troupes, et que nous vien* dcofi3 avec du canon. »
Cependant on ne se lassait pas de demander
des secours au Préfet, au Sous-Préfet, qui ne se lassaient pas d'en promettre. On vit enfin arriver, le 9 au matin, quelques compagnies de mobiles, 500 hommes environ, sans artillerie. La garde nationale se réunit à cette force insuffisante de tout point, et„ Ton prit position au-dessus des ruines de la forteresse, sur le Mont -de-l' Aigle, que la tradition désigne comme ayant été l'emplacement d'un dos camps de César, c'est-à-dire contemporains de la domination romaine. Le temps et les moyens manquaient à la fois pour organiser un système de protection complet des abords de la ville, en occupant toutes les hauteurs qui la commandent. Au reste, le petit nombre et l'attitude de ces auxiliaires arrivés à la dernière heure, ne présageaient pas une défense bien vigoureuse. Après une lacune de près de sept siècles, dans son histoire militaire, Gisors allait avoir l'honneur peu enviable d'être conquis par deux princes. Assaillie du côté du sud par le prince Albrecht, neveu du roi de Prusse, la ville était en même temps investie et envahie du côté du nord par le prince de Hohenlohe, neveu du célèbre thaumaturge de ce nom. En présence d'un tel déploiement de forces, appuyées des deux côtés par de l'artillerie, toute résistance dut bientôt cesser. Les mobiles,
postés sur le MonMe-rÂigle» n^ayaient jamais vu le feu, et n'étaient armés que de la veille, et avec d'anciens fusils à percussion ! On m'a affirmé aussi que plusieurs de leurs chefs étaient dans la ville, occupés à prendre leur repas quand l'attaque commença, et qu'ils ne jugèrent pas à propos de se déranger pour si peu de chose. Ce qu'il y a de trop certain, c'est qu'aux premiers sifflements des obus prussiens à travers les branches, ces jeunes soldats se replièrent avec une précipitation déplorable à travers les bois, en criant, suivant l'usage, qu'ils étaient trahis. Ils coururent ainsi pendant quatre lieues, et répandirent l'alarme dans toute - la contrée , déchargeant leurs armes sur le gibier qu'ils faisaient partir en s'éparpillant dans la campagne.
Toute possibilité de résistance ayant disparu, de nouveaux devoirs incombaient à l'administration municipale, tutrice légale d'une ville exposée aux désastres d'un bombardement à bout portant. Le maire de Gisors, M. J. Lepère, et ses collègues, ne restèrent pas au-dessous de cette tâche pénible, mais nécessaire. «
Ce ne fut pas sans peine qu'ils obtinrent du prince Âlbrecht que la ville fût épargnée ; les Prussiens leur en voulaient fort injustement de
n'avoir p^i» e^pitulé ^ Is^ première appariitoa âe« éclaireurs. Â midi, toute lotte avait ces^é > la ville, envahie de toutes parts» subissait, avec une rési^^ gnation doulo^ireuse , la loi du plus fort. Un détachement de cavalerie, une compagnie dMnfaur^ terie troubl9.ient seul$ du hruit de leurs pas le silencQ de la Grande-Rue. A d^ux heures, Gisors ^tait occupé par plus de 4, OQO hommes. Sizpiàpes de canon, deux obusiers < et deux mMraiiljeuses défilaient dans ses fues.
L'ennemi n'avait rencontré d'obstacle sérieux qu'au passage de l'Epte-, défendu avec une opiniâtreté patriotique par les gardes nationaux de Bazincourt. Quatre de c^s braves gens périrent en combattant ; deux autres , grièvement blessék, se rendirent et furent néanmoins achevés sur place. La résistance inattendue de cette poignée d'hommes isolés avait retardé de deux heures le mouvemeai tournant des Prussiens et couvert la retraite des. nôtres. Les ennemis ne pouvaient croire à tant d'audace, et s'imaginaient avoir affaire à aii»e avant-garde solidement appuyée. Aussi ils vou** lurent faire un exemple terrifîs^nt de cette corn»*; mune qui avait osé se défendre. Cependant Tordre donné d'abord d'incendier le village entier finit; par filtre révoqué, grftce aux instancds éopergiqttes^
4» titfipci^ M. éê Briay ^ qui ecumit kiiHftèiiM de grands périls en s^efforçant de protéget' MS coitt'* fâlrït^tes. PlwBBrs dé oéox^ , sotip^6ûfiés seu« IttMDl d'a?ôir cbnd^atfa^ wbirMt d'îDdigffi&s tiaitèttwtèi Haitt «îsis lèé «rihei 4 kt Albin, iareïA fdtenua prisonniers pour passer en ôonsell de gaerrei D'a|Nrès la nourelte jnrispraéened prtM^ siefnne» 1% Bert de deux^là ne pourait être doiifèitt : «onpabtes d'af^lr tué ou l^bsé dn monde en dé*leodant lettrs loyers ia/ns uniforme ^ ils devaient être passés p» lès armes comme brigands. Cepen^dattt M* de BHey parvint, pair de nouvelles démstt^ «bes^ à hn ^sauver trots, qui forent relâchés «prts^ vmt subi ia bastonnade et prêté le arment de né phis porter ^lirmes pendant le reste^ de la êàmpegne{i)vMa£s il fat impossible d'arracher les cinq antres à lâmbtt. A tontes les instancn de M. de Briey ,^du€oilsèil municipal de Gj^ofs^ te neteti dn Mi de Prttsse r^bndit, de » voit la pbaâ âouc6> qpiMl Giflât bien pmné de tie pouVoâr obliger des peitelfBe's si loènétalkt^ inais que eela ne dépén^ éâit |m de lui., paroe que tes soldais qui avaiem Isit £eft prisoimiérs n'àppârteni»ent pas  sa di¥i^
(î) Voir, ponr plus de détails, Tintéressante brochure httftaléd \ tttmtok/n pfmnt U guerre it iSIfO-ll, par V. Patiô, eisors, 1871.
sioQ ! que d'ailleurs il était indispensable de faire un exemple...
Ces infortunés , ou plutôt ces martyrs , furent 'exécutés de sang-froid le lendemain à Coudrai- Saint-Geritier. Les Allemands avaient cherché inutilement le curé de ce bourg pour assister les condamnés; en conséquence, un des officiers leur lut les prières des agonisants dans un livre catholique. Après l'exécution, Tune des victimes , un vieillard septuagénaire, mais d'une vigueur peu commune , respirait encore , et faisait effort pour se relever; il eut inème la force d'écarter, d'un mouvement convulsif, le revolver que l'un des bourreaux lui appuyait sur le cœur pour l'achever.
Ce vieillard était un ancien cultivateur, nommé Lebrun; Barricadé dans sa maison, il avait soutentl pendant près d'une heure un véritable siège, abattu plusieurs soldats ennemis. Les Allemands, pour mettre fin à cette résistance, mirent suivant leur usage le feu à Thabitation, au inoyen de paillé im*bibée de pétrole. M. Lebrun fils parvint à s'échapr per ; son père fut moins heureux, si l'on peut dire toutefois que ce soit un bonheur de survivre à ces jours de désastre et de honte, quand on n'est plus assez jeune pour pouvoir espérer d'atteindre le jour dé la vengeance • ,./'/'
Ces assassinats avaient excité uhe telle indignations dans le pays , que les meurtriers défendirent qu'il fût fait aux morts aucun service public, Ils furent enterrés à la hâte près du lieu de Texécu- f tion par leurs femmes , dans leurs habits ensanglantés
On leur a érigé un monument, mais de tels actes réclament une autre expiation que des larmes et des cérémonies funèbres.
Cette exécution avait été ordonnée en vertu de la trop célèbre proclamation prussienne de Clermont , en Argonne » que nous allons traduire littéralement :
« Le général en chef porte à la connaissance des habitants que tout individu tombé au pouvoir de nos troupes ne sera trailé en prisonnier de guerre que s'il justifie, par pièces probantes, qu'il appartient à un corps régulier. Il faut, de plus, que sa qualité de militaire soit constatée nettement par des détails d'uniforme qui puissent être facilement distingués à l'œil nu et à portée de fusil. Les individus armés qui ne rempliront pas toutes ces conditions ne seront pas considérés comme prisonniers de guerre. Ils passeront en conseil de guerre , et seront condamnés , pour le moins, à la peine de dix ans de travaux forcés
qa'ils sobiMût ea Allemagne , à morftis tpî'ils n'&ieot eotiamis quelque crime qui mérité un c}ât(^ ment encore plus sévère. » (Proclamatioo dû 28 août.)
Ainsi, des citoyens faisant partie de la garde nationale , auxquels le temps ou les moyens avaient manqué pour se procurer Tuniforme, étaient déclarés passibles, au minimifin, de dii aqs dètratatfx forcés pour le seul fait d'avoir été pris aftaés sOr le territoire de leur commune envahie , et passibles tte la peine capitale s'ils avaient été aàsei crimi'iidis pour faire usage de leurs armes contre léis envahisseurs!
Le âouv^arn qui a iigné et fait etécutef, dans pWM'ufaé occasion, cet frange règlement, nô peut (Jependant avoir oublié qu'il a fait ses premétè^ armes dans les milices organisées révolutionnàirement après la éampagné de !lirssie, qttatid là Pfusse crut pouvoir se joindre imptinément à nos ^nemis.
Il est instructif de placer en regard de là proclamation du 28 août 1870 les dispositions les plus Caractéristiques un célèbre règlement du Ï6 avril 1813 , relatif au landsturm.
Aui termes de Tarticle 43, chaque éitoyen test obligé de s'opposer, avec n'importe quelle arme
(fusils avec ou sans baïonnettes , haches , fourches , faulx redressées, etc.), à l'invasion de Tennemi. On est également tenu de ne pas déférer à ses ordres et réquisitions et d'employer tous les moyens possibles pour lui nuire. Le combat auquel le landsturm est appelé est un combat à corps défendant, qui sanctifie tous les moyens... Les plus terribles sont les meilleurs , parce qu'ils conduisent plus promptement et plus victorieusement au but. (Art. 7.) La destination du landsturm est d'inquiéter, de harceler jour et nuit, d'exterminer les soldats marchant isolément. (Art. 8.) L'article 39 prohibe toute espèce d^uniforme, parce qu'il ferait reconnaître le landsturm à l'ennemi et diminuerait les facilités de surprise... L'article 60 prescrit d'employer comme espions les enfants et les femmes; l'article 71, de brûler les moulins, de combler les fontaines, d'incendier les maisons.:.^
Enfin, l'articlç 29 menaçait les Français des» représailles les plus sévères s'ils osaient punir comme brigands les patriotes qui se conformeraient à ces prescriptions. '
Le roi de Prusse actuel, celui qui a tr:Ouvé juste de faire fusiller des gens dont tout le crime étaît> d'avoir défendu sans uniforme leur territoire envahi par ses soldats , est comme au sait, le fils de
celai qui , cinquante-sept ans auparaiant ; prescrivait contre les Français, alors envahisseurs, ces mesures bien autrement énergiques. En d'autres termes, d'après la logique prussienne, il a suffi que la position des deux peuples fût radicalement changée, pour que le droit des gens et le sens moral fussent pareillement intervertis.
C'était la raison du plus fort, qui ne restepas longtemps la meilleure. C'était une variante de la inenace brutale et bientdt sévèrement chMiée des vainqueurs éphémères de Rome au pied du Capi- . tôle ; Wœtoktitt
Depuis ce journélastejusqu'àla fin de mai 1871, c'est-à-dire pendant près de huit mois , la ville de Gisors n'a été exempte que pendant quarante-huit heures de logements militaires. Elle a eu presque continuellement h, supporter des réquisitions de toute espèce, des contributions ordinaires et extraordinaires, des amendes fréquentes , exigées sous les plus frivoles prétextes » par exemple à propos de coups de fusil qu'ils prétendaient avoir été tirés sur des soldats isolés , coups de fusil qui n'atteignaient personne , et dont on ne découvrait jamais les auteurs. Aussi l'on accusait les Prussiens eux-mêmes d'avoir recours à ce procédé pour battre monoaie.
Dans les deux premiers mois, les détachements qui se succédaient à Gisors firentplusieurs fois des préparratifs d'évacuation précipitée. Leurs bagages furent, à diverses reprises, transportés au-delà de l'Epte, notamment pendant le séjour du prince Albrecht. Ce personnage, que les habitants de Gisors ont eu le temps de contempler sous toutes ses faces , est un officier long et mince , d'une tournure asser distinguée et d'une complexion des plus délicates. II faisait' alors une cure de lait , et ne buvait que / celui d'une vache qui faisait partie intégrante de \ son quartier-général. Les gens de Gisors eurent plus d'une fausse joie, en voyant la bête princière dirigée vers Ghaumont, à la suite des bagages. Mais les trompes libératrices ne venaient jamais , et le prince , ses bagages et sa vache , ne tardaient pas à reparaître.
Ge prince, qui s'ennuyait, dit-on « autant à Gisors qu'il y ennuyait , fit plusieurs fois insinuer officieusement à quelques châtelains du voisinage qu'il les recevrait avec plaisir. On devine que ces ouvertures furent déclinées avec empressement : l'un de ces châtelains , célèbre dans le monde du sport, M. le comte de L..., fut pris incontinent d'une attaque de goutte dont il ne se trouva guéri que le lendemain de l'armistice.
Les mutations incessantes aggravaient encore à Gisors les tourments de Toccupation , et , sous ce rapport, peu de villes françaises ont eu autant à souffrir. Les Prussiens prétendaient, comme en 1814, qu'on devait encore les remercier de ne pas se montrer plus exigeants -, que leurs ancêtres avaient été bien autrement maltraités du temps de l'occupation française (1). L'un des premiers qui ont séjourné à Gisors montrait un jour une lettre qu'il venait de recevoir de son aïeul, vieillard octogénaire, qui probablement avait eu à se plaindre dans son ménage de quelque vainqueur d'Iéna trop séduisant. Presqu'à chaque ligne de la missive de ce barbon vindicatif, on lisait en grosses lettres ce mot sinistre : anzûnde ! (mets le feu ! ) , recommandation trop bien suivie en mainte rencontre. A Gisors , beaucoup de soldats et même d'officiers se chauffaient de manière à faire croire qu'ils voulaient suivre ce conseil au pied de la lettre, chçz les hôtes les plus inoffensifs. Ils avaient une manière de faire le feu diamétralement opposée à la nôtre, et des moins rassurantes. Leur
(1) Nous avons prouvé, par des documents allemands contemporains, Tinexactiiude de celte assertion, dans 1-ouvrage intitulé : Les Français en Prusse, 1 806-7. (Paris , ï)idier.)
procédé consistait à entasser le bois dans les cheminées, non parallèlement, mais perpendiculairement au foyer, de manière à faire souvent refluer la flamme jusqu'au milieu des appartements..
Ils entretenaient ainsi et poussaient le feu sans relâche , y ajoutant de la paille si le bois ne flambait pas suffisamment à leur gré, jusqu'à ce que la chaleur les contraignît d'ouvrir les fenêtres en plein hiver. Quand on ne leur fournissait pas assez de combustibles, ils y suppléaient sans façon au moyen des chaises et des lambris. Chez un négociant logé près de la station de Gisors-Ville, ils firent un auto-da-fé des palissades, du mobilier de la gare, et n'épargnèrent pas même les casiers du factage et des billets. Ils avaient accaparé pour leur logement jusqu'à la pièce qui servait de bureau, disant qu'on ne faisait pas de commerce ni d'écritures en temps de guerre.
Ils avaient imposé aux habitants de Gisors, comme à ceux de bien d'autres villes, la consigne tyrannique de tenir le soir la porte de leurs demeures ouverte jusqu'à ce que tous leurs pensionnaires fussent rentrés, ou du moins de se tenir prêts à l'ouvrir au premier signal , sous peine d'une am'înde de 20 fr. si l'on était obligé de
frapper ou de sonner deux fois. Or, la plupart d'entre eux, surtout les soldats, ne se gênaient pas pour rentrer très-tard, et souvent , dans un état complet d'ivresse. De toutes les charges de l'occupation, celle-là était peut-être la plus aga- 1
çante.
Le lendemain de l'installation des Prussiens à Gisors, une autre colonne, forte de 4,000 hommes et venant aussi de Beauvais , s'avança jusqu'à Gournay. Ce mouvement avait été précédé de deux escarmouches dans lesquelles plusieurs, éclaireurs Prussiens avaient été tués ou blessés par des cavaliers du 3® hussards et par des francs-tireurs ; après quoi les Prussiens, suivant leur méthode habituelle, avaient incendié les villages d'où l'on avait tiré sur eux, et fusillé plusieurs personnes inoffensives qu'ils soupçonnaient de connivence avec les francs-tireurs (1).
Gournay fut envahi le 10 sans résistance : hors d'état de se mesurer avec des forces si supérieures, la petite avant-garde française avait battu en retraite sur Forges. Les Prussiens, toutefois, ne firent qu'un séjour de quelques heures à Gournay; ils redoutaient ces terrains coupés de haies , du
(1) V. Pessolins : L^9 Prussiens en Normandie ^ p. 41-49.