‹ Souvenirs de l'invasion prussienne en NormandieChapitre 5 sur 11 · COMBAT D'ÉCOUIS · texte numérisé non relu

COMBAT D'ÉCOUIS

^ (U octobre 1870.)

L'abandon de la ligne de l'Epte, la persistance des autorités militaires à garder une attitude strictement défensive sur le rebord immédiat de la vallée d'Andelle, nous Indiquaient trop clairement

que Ton se résignait à laisser exploiter la majeure partie du Vexin par les fourrageurs ennemis.

Nous vivions dans une anxiété permanente. Par moments, l'écho nous apportait de sourdes détonations qui paraissaient venir du côté de la Seine. Dans certains emplacements, où la forme du terrain favorisait la transmission des secousses les plus lointaines de l'atmosphère , le retentissement des canonnades de Paris arrivait parfois jusqu'à nous. Dans les derniers jours de septembre, nous avions entendu d'une façon déjà plus distincte le bombardement de l'Ile-Âdam, et, dans une autre direction, celui de Mac' ds et de Mézières. L'incendie de ce malheureux village avait été clairement aperçu par les habitants du canton d'Ecos, plus rapprochés que le nôtre du sinistre.

Il est vrai que nous avions, pour nous rassurer, les télégrammes de la préfecture ; ils nous affirmaient « que les Prussiens qui avaient occupé Mantes étaient tout démoralisés, qu'ils avaient l'air de chercher les Français, plutôt pour se rendre à eux que pour les combattre ! ... »

Nous ne tardâmes pas à être menacés plus directement et de plus près. Chaque jour, depuis la prise de Gisors; nous apprenions que quelque nouvelle localité d : Yexin venait d'être visitée,

réquisitionnée. Les éclaireurs ennemis se rapprochaient de plus en plus des avant-postes français, placés alors à quelques kilomètres en arrière de nous. Comme on ne pouvait plus reculer devant eux sans compromettre la vallée d'Andelle, où Ton entendait se maintenir, une rencontre sur l'extrémité du plateau confinant à cette vallée devenait inévitable.

Ce fut le 14 octobre que nous vîmes pour la première fois les Prussiens. Dès le matin, nous avons su qu'ils étaient en force à Saussay, par conséquent à moins d'une lieue de nous, et qu'ils avaient mis en réquisition des habitants du pays, pour travailler à détruire, sur un assez long parcours, le chemin de fer départemental (de Gisors à Pont- de-l' Arche), qui passe auprès de ce village. Nous apercevions distinctement, de notre colline, l'infanterie des Prussiens, massée en plaine, près de la gare isolée de Saussay.

Vers onze heures du matin, leurs premiers éclaireurs arrivèrent à la hauteur de Verclives, et, moins d'une heure après, nous en vîmes défiler un grand nombre sur la route de Gisors, qui court parallèlement à notre village, à une distance moyenne d^environ 900 mètres. Au-delà de cette route, nous vîmes d'autres cavaliers et ensuite dqs

fantassins s'avancer pareillement dans la direction d'Ecouis à travers la plaine, entre les deux grandes voies de Pontoise à Rouen (par Gisors et Magny), qui se réunissent à l'entrée d'Ecouis.

Pour aborder ce bourg, les Prussiens, fidèles à leur tactique favorite, procédèrent par un mouvement tournant. {Vmgehensbetvegtmg.) Les uns firent halte à la bifurcation des deux routes, les autres pivotèrent à gauche en se dirigeant vers le hameau de Villercts , d'où ils se rabattirent sur la route de Rouen, à deux kilomètres environ audelà d'Ecouis. Ceux qui opéraient cette manœuvre furent salués au passage par des francs-tireurs embusqués derrière les haies de Villerets et sur la lisière des bois de Mussegros, qui longent la route de Magny. Cette fusillade, bien que courte et assez mal nourrie, fit tomber plusieurs hommes, et inquiétait visiblement les chefs ennemis. Ils suspendirent même leur mouvement, et nous crûmes qu'ils allaient battre en retraite. Mais dans ce moment le feu cessait : nos tirailleurs, trop peu nombreux ou trop peu solides, avaient jugé que le moment était venu de « se replier » à travers les bois.

Sur leur droite , c'est-à-dire du côté de Verclives , les Prussiens se contentèrent de faire

reconnaître le village par quelques éclaireurs qui le traversèrent presque d'ua bout à l'autre au grand galop. Au retour, en débouchant à l'improviste de l'intérieur du pays, dans un des carrefours du côté de la plaine, ils passèrent tout près d'un groupe d'habitants inofifensifs. C'étaient bien de ces fameux uhlans, comme nous en avons trop contemplé depuis, sans autres armes que des pistolets généralement plus que médiocre, et des lances grossières qui , avec leur guidon noir et blanc à la hampe, ont plutôt l'air de jalons que d'armes sérieuses. Ceux-là nous regardèrent attentivement ; l'aspect d'une longue-vue parut les intriguer fort, mais ils passèrent sans nous rien dire. Pendant ce temps, d'autres cavaliers, galopant à travers la plaine, engageaient assez béné volement quelques laboureurs à se retirer, à cause des « balles méchantes. »

Cette démonstration sur Ecouis avait pour but de couvrir la destruction du chemin de fer à la hauteur de Saussay. La manœuvre des Prussiens fut accomplie avec beaucoup de précision et de célérité. Des cavaliers du 3® hussards, qui, depuis quelques jours, venaient en observation à Ecouis, n'eurent que le temps de s'échapper vers Grainville. L'officier montra , dans celte occasion, aussi

peu de^sang-froid que de vigilance. Il oublia, en se repliant, un peloton d'une douzaine d'hommes, commandés par. un sous-lieutenant , qu'il aVait envoyés le matin en éclaireurs sur la route de Magny, et qui , revenant en toute hâte au bruit de la fusillade , trouvèrent le passage intercepté par plus de 200 uhlans.

Le choc eut lieu à deux kilomètres au-delà d'Ecouis, non loin d'une ferme qui porte le nom historique de Brémule ou Brenneville. Malgré l'écrasante supériorité de l'ennemi , nos gens ne songèrent qu'à se faire jour. Ils abattirent à coups de carabine les premiers assaillants, mais presque aussitôt toute cette masse ennemie fut sur eux, les serrant de si près qu'il leur fut impossible de recharger ; quelques-uns même eurent de la peine à tirer le sabre. De leur côté les uhlans n'avaient plus assez d'espace pour manier leurs lances ; plusieurs frappaient de la hampe, ne pouvant se servir du fer. Tout en faisant virer ^ dans ce cercle étroit, leurs braves petits chevaux , nos cavaliers

détachaient çà et là des revers qui brisaient les armes de leurs adversaires et faisaient de terribles estafilades. ' /

Dans cet épisode militaire, qui a passé trop inaperçu , il y eut plusieurs faits d'armes vraiment

épiqties. Un hussard, demeuré en arrière, a^ait été cerné à la sortie du bourg par un groupe d'ennemis. Il se débattait parmi eux en faisant des moulinets furieux, et les entraînait après lui» comme une meute attachée à ses flancs. L'un de ses camarades Taperçoit près de succomber, revient sur ses pas et le dégage. Enfin , six de nos cavaliers sont parvenus à se faire jour. Le sous-lieutenant Beuve, déjà blessé de quatre coups de lance et jeté à bas de son cheval, venait de se relever et prenait son élan pour se remettre en selle et réjoindre les siens, quand un uhian fond sur lui, le renverse de nouveau en le frappant sur la nuque d'un coup de sabre, asséné heureusement avec plus de force que d'adresse. Beuve avait roulé évanoui dans le fossé de la route. Quand il reprit connaissance, les uhlans étaient encore là, occupés à ramasser leurs morts, au nombre de huit rien que sur ce point, limite extrême de la poursuite. Dès que les uhlans eurent fait volte-face, Beuve se releva, et, malgré ses blessures, put atteindre Grainville, où six de ses camarades Tavaient précédé. Deux autres étaient morts ; les quatre derniers , démontés, criblés de coups , furent ramassés, peu d'instants après la fin du combat, par quelques personnes appartenant aux ambulances d'Ecouis.

Une jeune fille surtout, M"* Clémence M.. y, fit preuve d'une rare énergie. Elle repoussa vivement un lâche ennemi qui, courbé sur un de nos blessés évanoui, venait de lui arracher une bague, et s'apprêtait à lui voler son mouchoir. Les uhlans eux-mêmes furent émus du courage de cette jeune fille. Plusieurs, dont les lances étaient encore rouges de sang , se pressaient autour d'elle , et c'était à qui lui serrerait la main.

Parmi ces hussards blessés , figuraient MM. Méry et Pinard (neveu de l' ex-garde des sceaux). Tous deux ont été médaillés à l'occasion de ce combat. Pendant le trajet du champ de carnage à Tsanbulance, le jeune Pinard, l'un des plus grièvement atteints, menaçait encore dn poing les uhlans qui' entouraient la charrette. L'un d'eux allongea brusquement sa lance à travers les barreaux de la voiture pour achever le mourant qui se permettait cette bravade inoffensive! Heureusement le coup fut paré par une des femmes qui marchaient auprès delà charrette. Détournant vivement, d'un coup de coude , le fer de l'arme dont elle sentit le froid sur sa chair , elle présentait en même temps âu meurtrier le brassard de Genève. Le uhlan, honteux du lâche forfait qu'il avait failli commettre^ recula de quelques pas et poursuivit ensuite son

dienia 1» t^te basse«

tiB prMftier i^aemeât fAt fait par deux chirargiens allemaQds, et je dois dire qu'ils s'acquittèrent de cette tâche avec autant de zèle que de dextérité. Ds serraient depuis le commencement de la campagne , et paraissaient vivement affectés des horreurs de la gueire. Quinze jours après, je fia transporter à Rouen deux de ces blessés , HH. Pinard et Schen , qui , bien qu'à peine convalescents, étaient déjà impatients de rejoindre leur drapeau. Ils craignaient surtout que les Prussiens, s'ils revenùent à Ecouis , ne les jugeassent assez bien BU Allemagne. Pinard ime trophée de son sucé dans la sellé de ïDché la hampe d'an

lien précisément sur autrement sanglante nneTille, Brenmula, nri P' d'Angleterre rpâ dans l'histoire le f ait péri , suivant un unes étouffés par la

i, de nôme que ses canire plos que son devoir, snpdriear. C'est de loi-

chaleur sous le poids de leur armure. Dans le combat du 14 octobre i870, l'effort héroïque de quelques Français luttant corps à corps , un contre vingt, coûta à Tennemi plus de quarante hommes tués ou mis hors de combat , sans compter ceux atteints par les balles des francs-tireurs. Nous ne donnons ce chiffre que d'une façon approximative ; on sait avec quels soins les Prussiens dissimulent leurs pertes de guerre , recherchant et chargeant de suite morts et blessés dans les fourgons qui accompagnent toute expédition un peu considérable. Il 7 eut toutefois , dans cette circonstance , quatre ou cinq c camarades uhlans » qui manquèrent à rappel, et qu'on ne put retrouver, notamment Tofiicier payeur de la troupe , porteur d'une sacoche bien garnie. Celui-là surtout fut l'objet d'investigations minutieuses, mais complètement inutiles.

Tandis que les Prussiens exécutaient leur mouvement tournant , une de leurs vedettes , placées à la bifurcation des routes de Magny et Gisors , avait été abattue , en ma présence , d'un fort beau coup de carabine chassepot, à une distance de 1,000 mètres environ, par un hussard qui se trouvait sur la route d'Ecouis à Lyons. Je vis là un jE^xemple remarquable de la sollicitude de nos enne*

mis pour leurs blessés. Comme ftacnne de leurs voitures ue se tronvaltàportée de celui-là, quatre caTaliers viorent aussitôt requérir dans notre village une carriole pour transporter à Gisors leur camarade^ dont la mésaventure paraissait les affecter vivement. Ils le disaient blessé à mort et ne se trompaient pas, car il expira pendant le trajet.

Cependant nous ne considériODs la fusillade des francs-tireurs que comme le prélude d'une affaire plus sérieuse. Le colonel, depuis général de T..., alors investi du commandement de la division de Fleury, devait ètr<e informé de l'apition des Prussiens, et nous savions qu'il avait s la main des forces suffisantes pour châtier erement leur audace. Nous étions donc fondés spérer un prompt et vigoureux retour offensif Ecooîsdans l'après-midi. Notre espoir fut déçu ; resta scrupuleusement sur la défensive , et pas des nôtres ne dépassa Grainville. Cette immolé , imposée à ce brave militaire par des ordres lérieurs, affecta vivement les populations du tin. Elles se crurent, et elles étaient en effet rifiées.

K la suite de l'engagement , Ecouis fut occupé idant deux heures par les Prussiens. Ils se retient , dès que le détachement resté en arrière

pour faire couper la v>i% ferrée eut accompU soii œuyre. Aucun dégât ne fut commis dans le bourg, mais Tautorité administrative reçut Tordre de réunir et d'expédier immédiatement à Gisors tous les fusils de la garde nationale et autres , sous peine de recevoir une nouvelle visite moius pacifique» dès le lendemain matin « Ou déféra à cette aimable, injonction avec une poxictualité extrême » mais là comme ailleurs il fallait bien en passer par là, ou par le bombardement. La pusillanimité plus ou moins avouée de quelques Français indignes trou^ vait son compte à cette impossibilité absolue de se défendre, cela n'est malheureusem^ent douteux pour personne (1). Mais qui donc osera blâmer ces communes sacrifiées d'avance, armées à la dernière heure et d'une manière ridiculement insignifiante, de n'avoir pu se soustraire à Texigence pénible du

(1) Quelques jours après le combat d*Ecoais« dans xm bourg considérable, dont je, n'ai garde de me rappeler le nom, le commandant de la garde nationale avait émis, à rapproche de Tennemi , Tavis d'expédier les fusils au chef* lieu de la préfecture. Cette proposition sensée fut vivement combattue par le maire. Ce n*était pas que ce fon^tionpaire fût partisan de la luUe à outrance , loin de làl (le qui Teffa- Touchait si fort, c'était Tidée que si Ton renvoyait les fusils iln$ resUraU rien à donner ana Prussiens, qu'ils pourraient bien n*ôtre pas contents, etc. {Trop historiqne.)

désarmement? Ce ne seront pas sûrement les auto- ^ rites improvisées par le prétendu gouvernement de la défense, les républicains officiels^ devenus, à force d'inintelligence, les meilleurs auxiliaires de ' l'invasion !

Suivant leur constante habitude, les Prussiens emportèrent d'Ecouis leurs morts et leurs blessés » saiïf un de ces derniers qui ne fut pas jugé transportable et qui expira en effet dans la soirée. C'est à ce mourant que la comtesse de V... adressa en allemand quelques paroles de consolation, inddent qui a donné lieu à tant d'imputations aussi ridicules qu'odieuses (1). Armée de ce courage que les femmes françaises puisent dans la charité, M"* de V... était accourue à Ecouis au bruit de la fusillade, pour remplir son devoir d'inspectrice des ambulances de Genève. C'était aussi pour secourir, au besoin, les blessés que se trouvaient ^ là d'autres grands propriétaires du voisinage, dont ' la présence fut interprétée- d'une façon non moins malveillante (2). Et ces calomnies n'étaient pas

(1) V. le chapitre suivant.

(2) L'un de ceux contre lesquels on s'était le plus déchaîné dans cette occasion, fut obligé, quelques jours après, de s'enfuir avec sa famille ; ses prétendus amts les Prussiens ne parlaient de rien moins que de le fusiller. Ils

murmurées dans Tombre, mais proférées haute-*

ment, en plein soleil! Il faut bien ajouter ici qu'on

a YU, dans ces temps de calamité et de déraison

publiques, des gens d'ailleurs honnêtes accueillir,

] ^ propager ces commérages venimeux , encourager

; des passions qui, tôt ou tard, n'auraient pas

; manqué de se retourner contre eux. Ceci n'est

\ pas malheureusement un fait isolé. Sur presque

i tous les points du territoire envahi , les convoitises

les plus criminelles ont ainsi cherché à se faire un

auxiliaire du patriotisme abusé. Et, ce qui est plus

triste encore, elles y ont quelquefois réussi.

Les premiers télégrammes qui parvinrent à Rouen exagéraient singulièrement l'importance de cette démonstration prussienne sur Ecouis, L'une de ces dépêches était ainsi conçue : t L'ennemi attaque nos troupes; U est en marche sur houent » On réclamait précipitamment , et de toutes parts , le concours des mobiles, des mobilisés, des gardes nationaux sédentaires, dont un grand nombre s'empressèrent de répondre à cet appel, avant

loi reprochaient d'avoir fait demander da secours à no^ avant-postes français pour sa commune écrasée de réquisitions, etd*avoir, en sa qualité d'ancien militaire, adressé aux autorités françaises un plan de défense du pays , plan qui avait été trouvé par les Prussiens à la sous-préfecture.

même d'avoir reçu des armes. Une autre dépèche annonçait que l'ennemi était déjà à Fleury-sur- Andelle. Aussi la perturbation fut profonde dans les hautes régions du nouveau pouvoir. On m'a assuré aussi que, dans cette journée du 14, certains patriotes dès plus purs , tout en parlant bien haut de vaincre ou de mourir , faisaient déjà des préparatifs dans, la prévision d'une retraite précipitée sur le Havre. L'état-major recommandait aux chefs des bataillons de mobiles expédiés en toute hâte dans la direction menacée, de déployer, dès la sortie de Rouen, leurs hommes en tirailleurs, de fouiller les bois, etc., tandis que le détar chement, cause de cette alerte, était déjà en pleine retraite à dix lieues de là î Dès qu'on en fut instruit, on passa bien vite , suivant la coutume, d'un excès à l'autre. On annonça que l'avant-garde prussienne, un moment maîtresse d'Ecouis,' avait été mise en pleine déroute ; que les francs-tireurs en avaient fait un carnage effroyable, etc. Suivant son habitude, la délégation de Tours enchérit eneore sur tous ces rapports fantaisistes , en annonçant € qu'une patrouille prussienne avait été dispersée àEcouis. »

Pendant ce temps , les Prussiens y revenaient

tranquîflement chercher le corps de leur camarade mort à Tambiilance.

Depuis cette époque jusqu'à l'occupation permanente d'Ecouis par nos troupes, laquelle n'eut lieu que trois semaines plus tard, ce bourg fut visité quotidiennement, tantôt par des détachements de mobiles ou de francs-tireurs, tantôt par des patrouilles de hussards et de chasseurs. Ces cavaliers poussaient des reconnaissances au-delà d'Ecouis, sur les routes de Gisors et de Magny; mais ils avaient l'ordre exprès de se retirer sans combattre, dès qu'ils apercevraient l'ennemi. La même réserve était prescrite à ceux qui faisaient l'office d'éclaireurs dans le pays de Bray, et qui appartenaient également aux débris du 3® hussards et au 12® chasseurs (1). Ces braves gens ne demandaient qu'à se battre : ils étaient excédés, plus

(1) C'est à rnne des reconnaissances faites à cette date dans une forêt qui confine au pays de Bray, que se rapporte un incident tristement comique, dont nous garantissons Tauthenticité. Une patrouille de hussards s'arrête à une ferme isolée, et y reçoit un accueil des plus hospitaliers, presque obséquieux. Puis, au milieu de la conversation, le fermier s'écrie tout à coup : « Mais c'est étonnant comme vous parlez bien français I » Cet homme, auquel l'uniforme de nos cavaliers était inconnu , croyait héberger des uhlans.

qu^on ne saurait le dire, de ce rôle d^observateurt inoffensifs. Pendant ce temps, les Prussiens, commodément installés sur la ligne de TEpte, réquisitionnaient impunément dans le Yexin. Quelquefois leurs éclaireurs se bornaient à de simples promenades. Quand ils rencontraient une maison dont les dehors annonçaient quelque aisance, ils descendaient de cheval, « mettaient leurs gaules contre la porte, » comme me disait un paysan qui avait souvent reçu de semblables visites, demandaient quelquefois à manger, plus souvent à boire, surtout du cognac. De tous les mots de notre langue, celui-là est le plus familier aux Allemands.

Huit jours après la première visite des Prussiens à Ecouis, une centaine de leurs éclaireurs se présentèrent de nouveau à l'entrée du pays. Des francs - tireurs , embusqués derrière une haie, dirigèrent sur eux un feu nourri qui leur fit brusquement rebrousser chemin. Le commandant de ces francs-tireurs, qui arrivaient d'un département voisin, s'était déjà fait une réputation par ses bulletins emphatiques. Il prétendait, et plusieurs journaux répétèrent de confiance, que ses hommes avaient abattu cette fois sept uhlans ; ils en tuaient souvent plus , amais moins ! Or, nous avions vu de nos yeux ces

irUans tourner bride et défiler sur h grande route de ôfeors, depuis le premier jusqu'au dernier. Les coups de feu, tirés précipitamment et de trop loin, n'avaient atteint personne.

Les jours suivants, de petits groupes de uhlans tinrent audacieusement , à diverses reprises, se promener dans le bourg. On crut remarquer qu'ils choisissaient avec une précision singulière, pour faire leur apparition, les moments où nos patrouilles tenaient de s'éloigner. Cette coïncidence donna lieu à des soupçons d'intelligences secrètes avec l'ennemi, soupçons qui s'adressaient de préférence aux personnes les plus iunocentes. Certains francs- tireurs surtout étaient intraitables sur ce chapitre : ils aimaient mieux accuser de trahison fout un pays, que de s*avouer eoupàbles d'un défaut de vigilance. C'était là comme partout. . .

fc ii W H>» w i ■ t

Hl,

Page 1