‹ Souvenirs de la Belgique, cent jours d'infortunes: ou le procès mémorable; avec des notesChapitre 26 sur 30 · A MM. LES CONSEILLERS · texte numérisé non relu

A MM. LES CONSEILLERS

de la cour d'appel , chambre des mises en accusation.

Legem uocefu,Jbrttuiam innocens^ Le cnm9 CKW^t leilois, Fim^tcençç les ^0|piQ99,

Messieurs,

Le temple de Thémis est ouvert pour redresser les torts faits au faible par la félonie du puissant ; la yeuye , Torphelin , l'étranger , doivent trouver dans les ministres de la justice des défenseurs nés de leurs droits ; ils doiv^it protéger rinjqocence et foudroyer le calomniateur ; le trait de leur balance doit être juste pour tous, soit qu'ils absolvent , soit qu'ils condamnent . . .

Qu'il est cruel de se voir avili dans l'opinion publique , quand

on a conservé toute la délicatesse de rhonneur ! Je le vois , an sort aveugle conduit les hommes et se joue de leurs destinées ! mais , dans mon singulier procès, la renonunée s*est fait on jeu cruel de charger le tableau.

Quicumque amisit pristinam dignitatem ,

Ignavis etiam jocus est in casu grayi. *

Rien ne aérait plus dangereux pour la société que rimpunitê du crime qui en troublerait Tordre ; mais rien aussi ne répagne plus à Thumanité, à la justice , à la nature , que la condanmation de rinnocent. **

C'est le sort du faible d'être presque toujours sacrifié par des

* «Quand un homme a perdu' tout ce qui imposait à là mulitude , dans son malheur il se voit encore le jouet de ce qu'il y a de plus lâche et de plus méprisable. »>

** Je suis femme , mais , certes , s'il m'était donné la pénible tâche d'analyser les actions de me» semblables, de. les accuser., au moins je Tondrais mûrement réfléchir sur les conséquences ! ! !

Avant que de priver l'innocent du droit d'une défense naturelle , je le mettrais aux prises, en ma présence , .avec ses accusateurs ; je jugerais par moi-même de la nature des faits , et en bonne physionomiste j 'arracherais sans pitié le masqne trompeur dont chercheraient à se coaTrir l'hypocrisie ou l'infernale délation.

Je ne lancerais alors un mandat de dépôt , en vertu de .tel ou tel article du Code des délits et des peines , qu'après avoir interrogé ma conscience , et je me dirais encore : modérons , modérons cette incroyable promptitude. Les journaux vont me répéter : il s'agit ici de la réputation , du crédit , de la fortune de l'un de mes concitoyens ou de l'étr'auger

sans défense et venu paisiblement visiter nos contrées Hs pourront à

la vérité protester sur ce qui serait illégal à leur sujet , mais^ pourrai-jc jamais les dédommager des ennuis d'une prison , des effets de la calomnie, des pertes irréparables d'une 'absence. .,.< Allons , allons , mademoiselle Le Normand , taisez*vous , de grâce ! car , heureusement pour Thémis , TOUS ne siégerez jamais dans son temple ! ! !

intérêts qui lui sont étrangers. Il n*a que sa vie /son moi humain , et on l'en prive sans scrupule.

« Prenez, venez , faisons contre Ini de, secrètes menées : Venite , co- > gitemus adversuseum cogita tiones. Unissons^nous pour le discret » diter tous ensetfiblc ; frappons '■le de notre langue , et ne souffrons » plus qu'on écoute tous ses heaiix discours, »

Pereutiamus eum lingua , neque Attendamus unwersas sermones ejus.

C'est ainsi , messieurs , que dés trembleurs , mais bien pervers , ont conjuré ma ruine ; mais aussi un juste châtiment les atteindra, et leur sentence partira d'en haut.

Un arrêt équitable venait de détruire jusqu'au moindre, soupçon de culpabilité. Je l'avais obtenu , cet arrêt : l'article 4oS du Code des délits et des peines ne pouvait ni ne peut jamais m'étre applicable ; il doit , et pour toujours , me demeurer étranger.

Cependant quelle est donc cette main invisible qui semblerait s'appesantir sur moi à Bruxelles ? Moi qui n'y ^ tort à personne , moi , au contraire ! ! ! voudrait-on me placer sous l'empire des regrets???

Mon étoile a pâli devant un intègre magistrat; à tout autre qu'à M. \e procureur du Roi je me serais permis de rappeler ce précepte d'un très-sage : « Tel est l'empire du préjugé ; la facilité à s'y livrer , jointe à la crainte de déplaire , cohduit presque toujours à l'injustice ! ! I »

De nouvelles lumières ne peuvent manquer de jaillir du choc des opinions pour ou contre moi , tout cet échafaudage de dires équivoques , enfantés la plupart par la sottise, cette fille du mensonge , doivent se détruire nécessairement , surtout reposant sur de- fausses bases. Mon arrestation est , selon moi , une opération contraire au bon sens , une secousse violente , une impulsion nouvelle donnée à la crédulité , et dont les effets seront ressentis long-temps. Cette sortie est tant soit peu maligne; mais les gens

instruits, à votre exemple, Messieurs, sauront Tapprécier à sa juste valeur ! ! !

M. le procureur du Roi , en frappant d'un veto absolu la décision du conseil du tribunal de première instance , n'a fait <][ue river

mes fers pour quelques i^stans * C'est devant un autre

conseil de magistrats qu'il en appelle; je trouverai parmi meg nouveaux juges un Daguesseau pour me défendre. Je resterai calme au sein du volcan ; ses laves ne pourront qu'atteindre ! Vous vous plairez à déclarer mon innocence. C'est à vous , à Yotre sagesse , à votre impartialité' que je devrai l'honneur de mon triomphe ! ! ! Si l'accusation a été publique , j'en serai en quelque sorte dédommagée par un double arrêt qui ne peut qu'honorer

* Je dois déclarer ici hanttnneiit qu^ m'était libre de recouvrer ma liberté presque au moment de moa arrestatien , mojfvnnant caution ( an* jourd'hui cela eaM difficile ). J'ai hésilé un ii|e|a«t eatre rhonnewr et la délicateaae ; Vhoimeur , pauvais-je rentrev eu Fraxvpe saus le poids d'aoe accusation , moi q^i , par mes rekitiona , sais sans cesse admise dans la meilleure société et la reçois ckez moi ; la délicatesse , la seule délicatesse a pu et dû m'empécher de rentrer à mon quartier, rue Ducale, n.** n.

/J'étais persécutée, puissant motif pour m'attirer un concours nombreux ; alors j'aurais compromis la sûreté et la sécurité des gens paisibles qui seraient Tenus pendant le cours d'une information , qui nécessairement a dû troubler bien des têtes. Ah! rassurez-vous, rassurez-vous, je ne connais personne i vous seriez venu me visiter , grand Dieu ! Ek ! vous pouviez être assigné le lendemain devant M. le juge d'instruction ; il est aimable ,

heureusement qu'il est juste Cependant dans votre trouble , que dis-je ?

dans votre effroi , vous lui auriez non seulement décliné vos noms , mais encore révélé V4»s propres affaires : apprenes d<mc qu'il faut, savoir se contraindre quand on parait devant dame Thémis; la déesse est peu traitable de son nature) ; elle est |lne , elle est adroite , elle pénètre au fond des cœurs , elle en voudrait connaître le» secrets ; mais nia • demoiselle Le Normand , quoi qu'il en arrive pour elle , ne lui en donnera jamais la clef, elle est sous la garde du génie de la. discrétion , lui seul la console aujourd'hui de l'ingratitude des pervers.

les fastes de Thémis et immortaliser les juges qui Sauront pro* nonce *.

Le croiriez-YOUS , Bruxellois , et vous , Messieurs , l'on cherche à in'imputer de nouveaux griefs , n*en pouvant point trouver réellement d'effectifs. Mon premier Mémoire justificatif (vous l'avez sous les yeux ) tendrait-il à propager la divination , ^ence aussi ancienne que le monde (que nous léguerons en héritage à nos neveux) ? Au contraire, je n'ai fait qu'ébaucher mes esquisses ; je me suis tenue respectueusement à une grande distance de ma défense

réelle. Aujourd'hui je le fais encore Mais dans tous les

temps , dans tous les lieux , la parabole , la fable , Vailégorie ont servi d'enveloppe aux pressentimens , que dis-je? aux mystères!!!

Écoutez Cicéron plaidant pour ^lla : il déclare publiquement

* J'ai comparu deux fois devant M. le juge d'instruction , son interrogatoire a porté i^ sur mon ouvrage ayant pour titre la Sibjrlle aux congrès d'Aix-la-Chapelle et de Carlsbad. Je ne me permettrai aucune analyse sur Cet écrit , te serait en quelque sorte le triompbe d'une rare prescience ; je m'en garderai bien , pour cause, a* Pourquoi j'avais été arrêtée à Paris , le ii décembre 1809. Ma réponse ressortait nécessairemMit de la «demande. Par aiiite , dis-je , de la eonfiaooe dont m'honorait depuis nombre d'aattées l'impératrice Joséphine 4 je fus admise auprès d'ctte le 9 du mois si funeste pour elle , et j 'eus la franchise maladroite de lui dire : Madame , si Vempereur tous quitte , il cessera d'être heureux ( Napoléon avait le droit de me punir ) ! ! ! Cette femme célèbre me fit porter des coDsolations , et c'est à elle seule que je das ma liberté , après douze jours (l'arréts , non dans uoe prison , mais à la préfecture de police. 3^ D.Si je connaissais un sieur Ji***lj*** et une dame P***. R. Je l'i^inore. 4^ D. Si je me mêlais de divination ? R. Pour obliger mes amis, mes adeptes.. ...'S** D. Si je faisais retrouver les choses cachées ou perdues ? R. Ce serait me supposer une puissance que je suis loin d'avoir y je ne commande pointeaux 7a génies du premier ordre. 6^ D. Quel est le mont, de Jupiter de la main gauche ? R. J'en ai donné l'explication à M. le juge instructeur. D. Pourquoi mes ouvrages portaient une teinte cabalistique ? R. Cest ma manière d'écrire , chaque auteur a son .cachet.

que dans la conjura tiou de Cadlina , le dessein de sauver la patrie lui fut inspiré par lés dieux. * £h bien ! Messieurs , à Texemple du vertueux Romain , mon œuvre sur le congrès ô^ Aix-la-Chapelle , de Carlsbad, est une semi-révélation ; faut-il me punir si je n*ai été qu^inconséquente ! ! ! Suis-je coupable , si le hasard a favorisé mes dires ! \\ Je ne peux dans ma prison que répéter silencieuse* ment ces beaux vers d^OEdipe,

Plût aux cruels destins qui pour moi sont ouverts , Que d*un voile éternel mes yeux fussent couverts ! Fatal présent du ciel ! science malheureuse !

Écoutez-moi , Bruxellois , et vous , Messieurs , je vous le confirme ici , je ne suis venue dans vos murs que par les motifs les plus louables , les plus honorables ! Il est , je le sais , de certaines gens qui feignent d*ignorer combien il est difficile de résister à la plus entraînante des séductions , la reconnaissance et la gloire»! Gomment pourraient-ils méjuger , ces ingrats , la plupart d*entre eux ont oublié d'avoir. .... Quoi ? ! une âme ! ■

Je vous interpelle , ô vous tous , qui que vous soyez , ô vous tous y qui m*avez vue , qui m*avez pratiquée ! C'est au nom de l'honneur, de la vérité , que vous devez déclarer hardiment si vous avez conversé avec moi à cet hôtel de Belles Ftte, avec des génies du premier ou du second ordre ? Avez^vous remarqué un lutin cassé et décrépit vous indiquer du doigt annulaire où étaient les trésors ( dans tous les cas , ce ne pourrait être que le fameux

* Dieux immortels qui enflupmâtes mon âme du désir de sauver ma patrie, qui me fîtes oublier toute autre pensée pour ne songer qu*au salut public f c*est TOUS qui , au milieu de la nuit sombre des erreurs et du vertige , éclairâtes mon âme d'une lumière divine. Je vous rapporterai ce qui est à vous , je ne puis attribuer à moi-même d'avoir discerné dans le temps d'orage et de ténèbres ce qu'il y avait de mieux à faire.

muet d' Agrippa d'Aubigné * ) ? Sans doute , le traître ( si c'est bien lui ) aura exigé des rouleaux. Épidémide , sorcier, vous aimez singulièrement les pièces d'or ! ! ! Mais pour voir la glace inagi<]ne de Luc Gauric , la merveille du siècle de Médicis , encore fallait-il bien vous ofïrir quelque chose. Mais taxer le prix de l'entrée : Malheureux ! ! ! Au moins vous a-t-il dédommagé des sacrifices énormes que vous avez faits pour vous procurer le plaisir de voir un aj^r^/o^ue^^uriez-vous , par hasard , touché les bâtons grecs ( ces petits courriers de l'autre monde , qui vont çà et là , de l'orient à l'occident , dans une demi-seconde) ?'Si cela est , vous auriez tort de vous plaindre ; vous êtes au courant des nouvelles , même les {Jus secrètes , comme les plus importantes ! ! ! Quoi ! j'en reviens encore à ces Grecs qui m'ont joué un si vilain tour à Bruxelles , et quiisembleraient vouloir m'en préparer encore ! ! ! Halte-là , s'il vous plait , c'en est assez , trente-trois jours de douleur devraient cependant vous sufSre.. :]. . . Mais hélas ! ! !

* lliéodore-Âgrippa d^Aubigné , aïeul de madame de Maintenon , rapporte dans ses mémoires qu'on le surnommait le prophète , à cause de la justesse de certaines prédictions ; il dit de même qu'il avait une espèce de lutin muet à son sernce : ce que ses ennemis n'ont pas manqué de lui reprocher.

A Ce muet était un jeune homme , si tant est qu'on puisse lui donner » ce nom , car les plus doctes ont jugé , après l'ayoïr pratiqué , que » c'était un démon incarné ; ce muet donc paraissait âgé de dix-neuf à » vingt ans. Lorsque je le pris chez moi , il était né sourd et muet , il » avait le regard affreux , le visage livide , et il s'était fait une habitude » de s'expliquer par ses doigts et ses gestes d'une manière fort inteUi- » gible ; il demeura avec moi en Poitou quatre à cinq ans , partie à » la Chevrelîère et partie oux Ousches , où tout le monde le venait vcir » par admiration , à cause de son art de divinatiou qui lui faisait dé- » couvrir les choses les plus cachées et retrouver celles que Ton avait » perdues ; de plus , il disait à ceux qui le lui demandaient leurs gé-. » nérations , les métiers de leurs pères, aïeuls , bisaïeuls et trisaïeuls.

Dans la position où me placent les délits qne Ton m'impute , j'ai dû nécessairement divaguer et me distraire un instant du sérieux de Taccusation ; mais je compte sur votre générosité , Messieurs , et je TOUS prierai de bien vouloir me pardonner ; alors je n'abuserai plus de votre patience, et je tous dirai, s'il était bien réellement prouvé que je tne sois servie , que j'aie employé d'aussi vils , d'aussi astucieux moyens pour captiver b confiance et propager ainsi M crédulité , qu'al<M*s je serais non seulement répréhensible , mais dangereuse , mais condamnable.

Voulez-vous bien me dire encore , ô Bruxellois , si votis m'avez offert vos ruàû , vos diamans , pour me faire une aigrette. Par charmes on par encbantemens , ai-je enlevé les serjuins , les roupies du Nabab de Bruxdles. Répondez, répondez?

Mais ïi au contraire , en venant visiter mademoiselle Le Normand , vous n'avez cru rencontrer qu'une femme instruite, dont

» leurs mariages et le nombre des enfans qu'ils avaient eus; il spécifiait » toutes les pièces de monnaie que chacun avait dans sa poche , il pé- » nétrait les plus sécrètes pensées de ceux qui l'interrogeaient ; enfin » il prédisait l'ayenir. Ce furent les ministres les plus estimés de la pro- » vince qui m*en donnèrent connaissance et l'envie en même temps de » ravoir auprès de moi ; quand il y fut , je défendis à mes enfans et » à mes domestiques , sous de grosses peines , de lui faire aucune quesr » tion sur les choses futures ; mais , malgré mes défenses , ils ne le » questionnaient que là - dessus , par la règle nitimur in vetitum.

» Teus pendant un mois la curiosité de savoir les heures ou Henri rv » faisait ses promenades , les propos qu*îl tenait , les noms de ceux à » qui il parlait et plusieurs antres choses semblables : le tout confronté » de <^nt lieues loin avec les réponses du muet se trouv^àît entièrement » conforme.

» Un jour les filles du logis lui ayant demandé combien lé roi vivrait » encore d'années , le temps et les circonstances de sa mort , il leur » marqua trois ans et demi et désigna la ville , la rue et le carrosse , » avec les deux coups de couteau qu'il recevrait dans le cteur ; il leur » prédit encore de {)lus tout ce que le roi Louis xai a fait jusqu'à pré- >^ sent i65o , etc. , etc. » (A7# dt d'Aubigné.)

Péducation soignée et les relations , peut-éti'e même cette certaine prévision qui la retient aujourd'hui avx arrêts forcés.., ont pu et dû exciter votre curipsité, qu'en faut-il conclure? Que chacun peut charmer ses loisirs à son gré. Eh ! Messieurs , n'allez-Yous pas chaque jour admirer , applaudir notre Roscius français"" ; tos oreilles ont été chatouillées délicieusement parles chants de la divine Catalani. Vous les aurez encore... Quoi ! seriez-vous privés , heureu^. Brabançons , de ces vrais piliers de palais , de ces admirateurs /de la bonne déesse , qui , c]iaqué semaine , lui rendent un culte si pubUc , mais non gratuit : il est aussi parmi vous des malades imaginaires , pour qui un Esculape à la mode est tout-à-fait de rigueur. Le médecin du corps est très-ncc6ssaire ; celui de l'esprit le serait-'il moins ? Tous reçoivent indistinctement le tribut du talent ; il se motive ou par la reconnaissance , ou semble prescrit par les convenances sociales...

Depuis mon séjour à la maison d*arrét , sept cent quatre-vingtdouze heures se sont écoulées, et celle pouTfoe juger en cour d'appel est arrivée... Compulsez mes interrogatoires ; examinez très-attentiveoxent les dires de mes dénonviatcurs , ils me sont encore cachés... je les devine! Respectez , ^spectez mon silence, 6 calomniateurs, vos artifices seront sans succès, vous serez^ humiliés, et votre vengeance encore une fois déçue. L'orage grondera à la fin sur vos têtes , il ne faut qu'un soufHe pom* vous briser , pour vous anéantir li !

Dignes magistrats , ô vous dont les nobles fonctions vous appellent chaque jour à prononcer sur l'honneur ,• la réputation de vos seinbijihles ! Messieurs , si vous me croyez coupable, suspendez sur ma tête Tépée de Damoclès ! Organes de la loi , vous devez être impassibles comnue elle , mais avant de prononcer mon arrêt, vous voudrez bien vous rappeler cette sentence de Sénèque :

« La teinte légère d'un enduit extérieur n'en impose qu'à peu » de gens. La vérité , de quelque côté qu'on la regarde, est tou-

* I/inimitable Talma.

» jours la même; la fausseté n*a pas de consistanee, le mensonge' » est transparent, ayec de l'attention on peat voir à travers. »

Ce n*est pas assez pour moi , Messieurs , de tous prouver mon innocence; il me reste encore une antre tâche à remplir, c'est celle de me montrer aussi grande , aussi gfénérense que mes ennemis sont bas ! ! !

On conçoit sans peine combien j*ai dû souffrir ^depuis trentetrois jours de captivité. Quelque force qu'on ait reçue de la uaturi' et d'une longue culture de la vertu, il est très-difBcile de pardonner aux médians ; je ne les nommerai, ni ne veux les signaler encore dans ce second Mémoire, je le fais par commisération et non par crainte ! cette làchë intrigue ourdie par l'ignorance et la superstition , etc. * , dont les progrès et la force ont dû étonner tout

Bruxelles, a porté mon nom jusqu'aux extrémités de l'Europe

Fausse interprétation qui ne m'est point applicable: article 4o5,sije n'étais favorablement connue par ma moralité , par ma délicatesse, tu aurais pu un instant me flétrir I ! !

Permettez-moi , Messieurs , de réclamer ici votre indulgence plénière ; j'entre dans une carrière toute nouvelle , et par des chemins- non encore battus par moi. L'appareil du temple de Thémis, mon peu d'habitude dii Code, ne connaissant ni la discossion,

* Quand le fameux Brioché alla en Suisse montrer ses marionnettes, ne le prit-on pas pour un grand magicien ? et le magistrat ne raurait-il pas fait griller en oérémonie , sHl n*«àt trowé fort à propos on capitaine des gardes suisses qui plaida sa cause et celle de Policbinelle? Ne vouliitF4>ii pas aussi bràler à Paris Jean Fustb , quand il apporta , pour ta première fois , des livres imprimés ? tout est miracle pour un homme ignare ; le capitaine de vaisseau qui avala de Teau-de-vie enflammée en présence d*uu Hottentot fut réputé le plus grand magicien de l'univers.

( Erreurs et préjuges. )

♦* L*lBn r5ïï , le îo avril , le parlement éxi Paris fit bràler le sorcier Gofridy.

Louis Gofridy, curé de la paroisse des Acconles de Marseille, avait beaucoup de goût pour les livres de magie ; à force de lire de ces sortes de productions < il s'imagina qu'il était sorcier. Le diable lui

ni ces mouvemens, oratoires du barreau qui doivent Décessairement jeter du briUniit but vine défense... j'ai dû parcourir légèrement les causes secrètes ; 4*ameur8 , il est peut-être dans Tordre des choses de ^ne cacher autant que possible ce qu'il serait de mon intérêt de connaître avec exactitude. Mes Mémoires de Joséphine*' ,]3i Si-

douna le talent de se faire aimer de toutes les femmes en soufflant sur «Iles , et il soùfla snr quelques-unes. La fille d'un gentilhomme nommé la Palue fut pour loi ce que la Cadière fat dans la suite pour le père Girard , s'il en faut eroire des imputations dont rien n'a prouvé la vérité ; après avoir été «ous sa direction , elle le quitta et' se retira dans un couvent dlJrsalines. Gofridy y envoij^a une lé|pon de diables , tQutes les religieuses se crurent possédées : la sorcellerie de Gofridy n*était rien moins que démontrée. Que penser en effet des procès - verbaux où des témoins , des juges , des greffiers attestent qu'ils avaient vu enfoncer des aiguilles dans certaines parties du corps de Gofridy et de la Paine , sa pénitente , sans qu'ils sentissent la moindre douleur. Le parlement de Provence n'est pas le seul dont le greffe pourrait produire de pareilles pro^Mvres , d'après lesquelles on brAlait de prétendus socciers.

( Ephémàndes. ) * Un article. inséré djins Le jourf^l le F^aot^eau , du £7 mai, semblerait jeter des doutes sur rauthenticité àss mémoires historiques et secrets de l'impératrice Joséphine. Comment ^engager aujourd'hui une querelle purement littéraire ; je suis en prison , je dois avoir tort nécessairement , c'est de rigueur ; mais c'est être hm» peu généreux de saisir l'instant où je sois privée de ina liberté i)ovr ckerober à m'arracher les lauriers libténdres qae ott ouvrage a dû nécessairement me faire cueillir ! ! ! Il a ttt^ «nanimement l'approbation et la simetioa des gcn^ de goût , les in^ats seuls jinf. pu. le révoquer ! ! !. mfûs oeiuc-là qui aimaient la princesse pour eUe-mâme et non pour ses bienfaits, 'eeux4à, dia-je, m'ont hautement approuvée ! ! ! H n'en est pas ainsi des hommes à trois visages , de ces plats convtiASas > de «es4lir/e^ de Parnasse i 1 i ^ons l'ont i)ubliée • moi seule l'ai faiit revivre! M £n i8i5 , le 29 mai , je fis paraître l'anniversaire de la mort' de eette femme célèbre.- On ne diercha point alors à me dispater mes relations iotimes { !J on ne me Jt >P9if>it un crime de ma reconnaissaneft » to«jte la.l^iraiMe m'approuva. (Voyez Oracles sibjllinsy page 454 , note 8 , ma lettre, épvite à la -fille chérie de la pnncesse. )

Irylh aux congrès d'^iX'ia' Chapelle et de Carhhad , démasqueraient>ils des girouettes , de ces cosmopolites qui ont sept patries i\ la fois, et qui oublient la leur? Ce n'est pas, Messieurs, sur quelques phrases isolées que tous jugerez mes écrits; mais bien sur l'intention ; elle est pure ; elle est dégagée de tons motifs ambitieux. Mon sexe ne peut rien obtenir ; sa modestie et ses vertus doivent le distinguer ! ! ! tout , tout doit m'en imposer ! Comment oserai-je me présenter dans votre sanctuaire , mes divers écrits -d'une main , et de l'autre déposant sous vos yeux mes moyens de salut; mais ce serait en quelque sorte douter de votre justice si je pouvais crafndre vos lumières. Oh ! non assurément , la cour d'appel doit briller au milieu des ténèbres dont on feindrait de l'environner... Dispensateurs et des grâces et des peines, vous ne devez les répandre qu'avec équité et discernement; en un mot, Messieurs, aimez, aime/, mieux épargner dix coupables que de condamner un innocent. Hélas ! ! !

De même on ne trouva point à redire à mes Souvenirs prophétiques » et pourtant îls réveillaient furieusement l'attention sur la première épouse de Buonaparte , pour la reporter ensuite sur moi ; la qualité d*un historieu n'est que d'un bien faible poids au temple de Ciio ; il ne faut que savoir si j'ai bien ou mal rempli la tâche que je m'étais imposée , ce dout M. le rédacteur n« parle pas Alors je lui dirai, car heureusement je peux me servir de mes armes ! ! ! mon art .ue m'a rien appris pour embellir mes mémoires. La confiance intime dont m'honorait la princesse en a fait tout le charme , je u'ai point manqué aux convenances en me donnant pour son historien , elle daigna me le permettre. Mon hcroïue rapporte des faits , les embellissement appartiennent à Tauteur. Monsieur , monsieur , apprenez que mes manuscrits sont hors • d'atteinte , assurez - tous bien que les doléances de M. Descl*a*** ne peuvent ni ne pourront jamais mjen imposer ! d'ailleurs , que ue m'arrachait-il ma plume ? U fallait - la briier et prendre les ptnceAux avant moi , il le pouvait {rlepuis sept ans)i alors i\ aurait mvii c«t honnenr à une femme. Il est flatteur potir môn'ètexe d'avoir obtenu d'angustca suffrages , bien plus , d'avoir placé mes mémoires de Joséphine à l'ombr* et sous la protection d'un puissant soUvePain ! ! !

Té me trouve assurément dans ce dernier cas ; et veuillez bien ne voir en moi qu'une femme accablée sous le poids d'une trop grande réputation. Si l'exil finissait par devenir mon partage (il serait pos* sible que dans une défense , ou écrite ou improvisée , si elle avait lieu en piublic , je m'égarasse et en vinsse à oublier les règles de la sagesse, peut-être même celles de la prudence ) , alors je serais fbrcée de promener mes destimées errantes siir les bords du Niémen , les. plages d'Albion ,. ou les désert» de la Scandinavie , etc. , etc ; je pourrais me rappeler ce mot sublime d'un illustre proscrit sur riustabilité des choses humaines :

« Va dire à ton maître que tuas vu Marins pleurant sur les ruineji »de Garthage. »

De même , je ferais entendre la plainte. Je pourrais m'écrier

du fond de mon exil et dans ma juste douleur , que dis-jje?

avec une indignation bien permise aux malheureux :

Maie verum examinât omnis «

Corruptus judex *.

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