‹ Souvenirs de la Belgique, cent jours d'infortunes; ou, Le procès mémorable: ou le procèsChapitre 2 sur 30 · AU PEUPLE BELGE · texte numérisé non relu

AU PEUPLE BELGE

Renaissez parmi nous , nobles mœurs de nos pères , Valeur , foi , loyauté , vertus héréditaires !

JHecevëz ici les témoignages de ma gratitude , ô Belges , mes amis , peuples hospitaliers, déjà chantés par moi ! La reconnaissance, vertu aujourd'hui ignorée chez les hommes, m'engage à vous ofFrir cet ouvrage ; il est digne d être lu par vous : peut-être , votre caractère un peu grave ne s'accommoder a-t-il pas de mes vives saillies , de mon humeurun peu légère ; peut-être même ces souvenirs ne devraient-ils point paraître au grand jour que lorsque je n'aurai plus rien à redouter.. . , que lorsque la vérité hardie pourra jaillir et répandre toute sa lumière. Cependant la crainte est tme faiblesse que j'ai appris à mépriser , en sage instruit à l'école

des révolutions. Dans toute ma vie, je n'en ai connu que le nom ; mais jamais , ni devant le courroux ministériel, ni sous le poids des fers, je n eq ai éprouve le «emtipaoïit. J ai été persécutée au milieu de vous , froissée par le malheur , dévorée d'inquiétudes et de chagrins : la vigueur de nion esprit n'a pu être ébranlée par de telles épreuves. Je voudrais n'accuser personne , car les récriminations répugnent à mon cœur ; mais il faut se résoudre à rompre le silence , puisqii'iï s'agit de mon honneur. Belges , ô Belges ! je posai le pied , une première fois, sur U terre du bomheuir et de la liberté en 1 8 1 8. Personne, plus que moi^ n'a au appre'ciér votre gouvQr»^pient dôU3^ ^ paternel et clément ; il m'était , s^ns doute ^ réservé de le faire ; quel sujet de méditation et pour vous et pour moi ! ! ! ! Toutea le^ chos^^» possibles , qui échappent à nos regards au sein du bonheur, se sont offertes à mou imagination et à mon cœur dan^ la prison de Bruxelles; je me suis gardée jusqu'à cet îna-r tant de chercher à découvrir les coupables auteur^ de mes maux Aussi puis-jè répondre , avec la même fermeté que le faisait

(3) Scipion à Claudius : S'il est vrai que je nai point cherché à sa\^oir les noms de tous les Romaim qui mont persécuté y du, moins f ai tâcJié défaire en sorte qu'il n'y eut aucun d'euoo qui ne connut le mien.

Année mémorable de 1 83 1 , tu fiis Tépoque de la plu$ grande faute que j'aie commise en ma vie^ etqui,momentanément, aplongé mon destin dans un abîme d'infortunes. Belges , je ne fus jamais plus digne d'éloges ; les^ plus douces pensées flattaient mon imagination ; séduite par un espoir trompeur , je m'affer-mis daus le dessein que j'avais formé de retourner à Bruxelles^ sans m'occuper de " tous les périls qui semblaient m'environner , saRS songer , sans m'arrêter aux inquiétudes auxcjuelles je m'exposais.

Pourquoi dissimuler ici une vérité trop sçB^Jil;]|le et que je dois publier ? Nous sommes tous dominés par l'amour de la gloire , et les , cœurs les plus nobles sont ceux sur qui elle exerce le plus d'empire. J'ai essayé d'offrir un tribut d'éloges à d'augustes princes , et je me flatte que vous reconnaîtrez que je n'ai affaibli ni exagéré leur éloge.

Belges , voilà mon crime , voilà mon seul crime ! la reconnaissance ! C'est ici la partie imposante de ma cause, j'avais fait naître des lauriers au milieu d'une terre étrangère! ! ! *. Combien le malheur a dû les flétrir ! ( Quel auteur éprouva jamais une pareille humiliation ? ) Les vents impétueftx et jaloux m'ont brisée . contre un écueil. Dans cette tourmente afïreuse aucun pilote ne s'est présenté pour me tendre une main généreuse.

Sans la Providence , qui veille sur moi , je devais nécessairement succomber!!!

Cependant ce n'est point la satire de votre gouvernement que je vais entreprendre, mais

'*' Madame la baronne d'Estorff , dame du palais , ayant soumis à S. M. la reine Texemplaire des œuvres que M^^* Lenormand, de Paris, lui avait adressé à cet effet, est chargée , de la part de S. M. la reine , de la remercier , en lui transmettant la bague ci-jointe, qui lui parvient plus tard * parce qu'elle avait quitté Bruxelles à Tépoque où M"® la baronne d'Estorff s'est empressée de s'acquitter des ordres reçus à cet égard ; et elle saisit aujourd'hui cette occasion pour ofifrir à M^^* Lenormand ses re-

* La lettre de Madame la haromie d'Estorff et la bague dont S. M. la reine a daigné me gratifier m'ont été remises à Paris, par M. l'ambassadeur du royaume des Pays-Bas.

(5) celle de quelques abus que je vais signaler ! Des agens provocateurs minent sourdement un trône occupe par un sage? S. M. Guillaume i**" ne rêve que le bien , il lui manque un Sully pour pouvoir l'opérer ? Dé là naît une foule d'abus. La vérité, cette vérité sublime , l'unique palladium des lois , des libertés, reste voilée dans son temple. Un sombre murmure retentit sous les voûtes consacrées à Thémis ! Le mensonge et la calomnie assiègent les palais des grands....!

mercimens de Texemplaire qu'elle a bien yoiilu lui envoyer^ en la priant d'agréer Tassurance de son estime très-distinguée..

Bruxelles y 29 décembre 1818.

Leurs altesses royales le prince et la princesse d'Orange ont bien voulu agréer les œuvres de M^^^. Lenormand de S^ris^ accepter la dédicace d'un nouvel ouvrage qu'elle est sur le point de publier ( la Sy bille au congrès d* A ix- la- Chapelle, , ) et permettre qu'il paraisse sous la protection et l'éclat de leur nom illustre. M. le colonel du Caylar, premier aide-decamp de son A. R. , lui a remis , au nom du prince et de la princesse , une bague magnifique enrichie de diamans , dont ces augustes et généreux protecteurs des lettres , ont daigné la gratifier.

(Extrait de V Oracle de Bruxelles , du Journal de la Belgique, 17 décembre 1818. ) Toutes les feuilles allemandes et françaises , etc. , etc. , l'ont répété. .

(6) L étranger , et surtout ce Français^ ai paisible, si noble et si généreux, éprouvent de fréquentes injustices ; trop heureux encore , quand les vexation* les plus étranges et les moins méritées ne s'appesantissent point sur lui, et que surtout un homm^ trop célèbre, ne l'inscrit pas sur ses tablettes accusatrices, pour le faire exiler !

Mes observations pourront paraître sé^ vères; elles sont utiles. Belges, je n'attaque personne ; je pardonne même aux sacrifica^ teurs de Baal quand je les vois au milieu du temple de Thémis. Qu'il me soit permis dé gémir sur des erreurs dont j'ai été la victime ! il est de mon devoir, pour l'humanité, de les signaler au grand jour ( en gardant le respect . politique que je dois à la puissance des mo^ demes Séjans). Je vais faire en sorte, dans cet ouvrage, de leur arracher le triple masque de la flatterie et de la corruption. C'est une tâche pénible , sans doute , pour qtii n'aime point à nuire ! ! ! Mais Foeuvre est méritoire ; elle est commandée par l'honneur, les circonstances l'exigent , et mes malheur» m'en donnent le privilège.

Je trâoefrài l'hiàtoiï^ë de mes infortunes , sànâ làiéi^t* eotller de tM. plmn\i tli le fiel de la ëatik*êi) liiléà ëpanchéihetis dé khaiiié. Céb sOuvèilirs tte jetteront pôittt dans là société les ëtilicèllés de k discorde; ils h'y produiront ni iiidetidie ni explosion \ oh ne songera métûnè pas à y répondre. Pouf parvenir à une sittiplicitë iloble ^ eipftiisivë , convaincante , il faut quelquefois plus cjle soitis que n'en prennent ordinairement ceux qui écrivent avec facilite ; aussi, vous remarquerez dans cet ouvrage des retours frëquens sur les mêmes pensëes ; vous voudrez bien vous souvenir que j'ëbauchais ces chapitres sous les verrous ; qu'ils sont les fruits des veilles dWe captive , d'autant pliis malheureuse, qu elle gëmissait sous le poids d'une injuste accusation. J'ose l'espërer, vous serez aussi gënëreux pour pardonner à une personne qui convient de sa faiblesse , que vous seriez courageux d'user contre elle de toutes vos forces si elle vous rësistait.

Ainsi je rëclame toute votre indulgence , ô Belges ! Je n'ai ëprouvë que des impressions nobles et douces du touchant intërêt avec

lequel vous avez daigné m'accueillir. Puisse ma profonde reconnaissance attirer mille bénédictions sur vous ! Empressez-vous de parcourir cette œuvre biographique , vous ne regretterez peut-être pas les momens que vous y consacrerez; je souhaite que mes cent jours de captivité puissent effacer l'ennui que vous aura sans doute causé cette longue épître dédicatoire.

Je suis, vavec un profond respect,

Peuple belge ,

Votre très-humble et très-obéissante servante^

Lenormand.

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