X.K CA.LIFS
Si j'enchaînais leur langue , ils ne m'induiraient pas.
LI TISIR.
Leurs écrits répandront des ecreurs criminelles.
^ LE CJLLIFS.
D'antres sauront écrire , ils s'armeront contre elles.
LI TISIR.
Commandeur descroyans , pourquoi dissimuler ? Depuis que tes sujets osent lire et parler , Tous ceux qu'ont honorés tes faveurs magnifiques Sont en butte k l'affront des censures publiques. Tes meilleurs serviteurs en gémiront long-temps ; Moi-même enfin , seigneur.. .
T.B CÂK.XPI.
n snfBt , je fentendc ; Mais je yeux que mon peuple en liberté s 'éclaire , Pour comprendre le bien qae je prétends loi faire-» Et que mes grands risirs soient assez généreux Pour soufiiir que je règne en les rendant heureux.
>]]>c****ir*«r
'^ ^ bis, Haronn-al-Rascliild^cinquième calife delà race des Abassides, avait fait égorger sou beau-frère Barmecide et quarante personnes de sa famille. Le remords pénétra bientôt dans son cœur y et, pour éloigner le souyeniv de son crime, il défendit qu'on prononçât le nom de Barmecide.
Barmecide n'ayait usé de son crédit que pour combler le peuple de largesses , et il laissait de longs souvenirs. Indigné de son trépas et de l'insulte faite à ses mânes , un poète , qui devait tout à Barmecide , vint chanter des vers en son honneur à la porte du palais d'Haroun. Ce prince ^ qui était à table, enten4it le poète , et conunanda qu'on le fît venir en sa présence. « Pourquoi, lui demanda-t-il, » oses-tu braver mes o^^dres? — Seigneur, lui répondit le npoète, le Roi des rois est bien puissant , mais il est quel- ))que chose au-dessus de lui. — £h ! quoi donc? — Les » bienfaits. »Haroun, frappé de cette réponse, prit une superbe coupe d'or et la donna au poète, a Puisque tu es Dsi reconnaissant, lui dit-il , c'est moi que tu dois désor- » mais célébrer : Haroun est devenu ton bienfaiteur; rem- » place dans tes vers le nom de Barmecide par le mien. » L'Arabe reçoit la coupe, lève les mains au ciel, et dit : «O Barmecide! comment veut-on que je t'oublie? Voilà «encore un présent que je te dois! »
Le poète croyait que sa réponse Texposait à la mort ; Haroan versa des larmes d'attendrissement, et ne défendit plus qu'on louât Barmecide.
^ 3 Monsieur le Vicomte ,
La délicatesse me fait un devoir d'implorer votre inté«rêtenfaveur de mademoiselle Le Normand; j'oserais ajouter, en parlant à M. Vanderfossc, mais non au procureur général, que le jugement prononcé contre elle par la cour correctionnelle de L ou vain figurerait sans disparate dans nos ^vieilles annales, où les devins, les sorciers , les puérilités des siècles obscurspouvaientîntimiderr^Tzorarace. Comment! sur un livre publié, imprimé en France depuis trois ans y un livre agréé des Souverains y qui Font encore dans leur bibHotlièque, on condamnerait une femme étrangère, qui n'est venue dans ce pays que pour leur offrir l'hommage d'ouvrages nouveaux; qu'ils ont de nouveau accueillie, après l'avoir gratifiée! et pour prix de la confiance qu'elle a mise en eux,elle serait condamnée sans accusateur, ainsi que le démontre le prononcé du jugement! La terre de l'hospitalité devient pour elle celle de la réclusion. Ah! Monsieur, je ne puis l'abandonner aussi inhumainement; elle m'a offert aussi ses ouvrages , m'a fait demander, avant de venir ici, ^i je croyais qu'on la recevrait encore avec plaisir, comme elle avait été rçue lors de son passage, en revenant du congrès. Je ne voyais dans elle qu'une curiosité de plus pour égayer le passe-temps, et j'ai encouragé ses dispositions. Combien j'ai de regrets d'avoir involontairement contribué à son infortune ! Je vous confie son sort et ma pénible situation ,. veuillez la prendre en considéra-
tion. Cette douloureuse leçon lui su£Sra pour ne plus revenir dans le pays , et cette considération conciliera Tiadulgence sociale et la sévérité du juge, en ajoutant , à mon particulier, de justes droits à ma sensible reconnaissance. Ne rejetez pas mon intercession.
J'ai l'honneur d'être, pénétrée de la plus haute considération ,
M. le Vicomte e.t Procureur général.
Votre très -humble servante ,
duchesse de L.*** C.***
Du château D***, ce lundi , 9 juillet 18 11.
^4 L'empire turc enfin ne ressemhle-t-il pas aujourd'hui à un de ces édifices qui , mal assis sur leur base , ne sont re> tenus que par un vieux ciment, et que le moindre coup de vent doit faire écrouler, et ce , de l'an 1823 à id32 ? Aussi , déjà
L'Orient retentit du clairon de la guerre ;
Sur le vaste Océan déployant sa bannière ,
Le Busse va combattre, et les Turcs consternés
B'un si grand appareil sont encore étonnas ;
Jamais flotte si belle , en nefs plus redoutable , . N'a fait gémir les mers sous son poids formidable.
La proue en long sillons fend le cristal des eaux ,
Et k rague écuraante assiège les raisseaux/
La miuiquo guerrière , au Jvruif des v^nts o^ie.
Porte au plus haut des airs sa farouche harmonie ; ^.
Et des Russes les cris , élevés jusqu'aux cieux.
Laissent douter s'ils sont des mortels ou des dieux.
Mais la rame rougie , et d'emblèmes ornée , . Fatigoe de ses Qoups.Axnphitrite étQnnée.
'Les armes dés gvçrriers , les b^i^cliers , les dards ,
Sur les flots aplanis brillent de toutes parts.
Des forêts de roseaux plantés sur le rivage
De ces dards hérissés à peine offrent l*image. '
Ce spectacle imposant fuit avec les vaisseaux ,
Le plaisir qn'il produit glisse aussi sur les flots.
L'infidèle ennemi du ciel qui les envoie
Des enfans de Moscou se croit déjà la proie.
Il a vu leurs vaisseaux ; le chevreuil on le daim *
Par le chien poursuivi n*est pas plus incertain.
Cependant le jour vient éclairer la bannière
Où du Christ est empreint le signe tntélaire »
Le Sarrasin altier tremble et pâlit d'effroi ,
Le deuil est dans son cœur , il est au désaroi.
Aussitôt les esquifs , les barques , les chaloupes ,
S'empressent à Tenvi , se rangent près des poupes ;
Déjà chaque guerrier à son poste est rangé ;
Chaque écuyer l'y suit de ses armes chargé.
Les boucliers unis lancent au loin des flammes ;
Leur bruit s'accrott encor du mouvement des rames.
L'ennemi délibère , incertain et craintif,
n veut tirer le glaive , et son glaive est oisif.
Alexandre s'avance... Aux sables de Libye,
On a vu quelquefois un lion eu furie ;
Belliqueux , plein d'audace , appelant les combats ,
De ses yeux enflammés il lanee lé trépas :
Tel est le czar , et For brillant aar son armure
Semble encor rehausser sa superbe stature.
Agitant sa main droite au-dessus des guerriers ,
Ce héros leur promet des moissons de lauriers.
Ainsi l'astre des deux par sa splendeur efface
L'astre incertain des nuits qui lui cède la place :
Tel un lis orgueilleux , parmi les autres fleurs ,
Éclipse leur éclat , efface leurs couleurs.
Alors , les ymxx hagards , la hideuse Épouvante ,
A la marche rapide , à la tête sanglante ,
Les cheveux hérissés , et suivant la Terreur,
Précède le Trépas , que poursuit la Douleur.
Parmi les combattans les voilà pêle-mêle.
Les dards pressent les dards , semblables à la grêle.
Le fer croise le fer , et la lance aiguisëe Par la lance bientôt rôle en éclats brisée. ■ La mort plane au-dessus de ces scènes d'horreur,- Et du fier combattant augmente encor Tardeur. Mais rOttoman succombe , et la croix triomphante Semble , au milieu des airs , l'étoile étinceUmte. Le Grec victorieux , le Grec couTcrt de sang / ^
Cette âme du combat , vole de rang en rang ; f De ces nombreux exploits la mort même étonnée'
Voit la fleur de Bysance à ses pieds moissonnée :- Le soleil des chrétiens fait pftlir le croissant ;: Chacun de ses guerriers est nn dieu menaçant. Et ces fiers chevaliers , imitant sa vaillance , Du Sarrasin altier ont trompé Tespérance.
En faveur de César Bellonue se décide , La palme brille aux mains du vainqueur intrépide , Le drapeau du dieu Mars flotte au milieu des airs: De ces soldats joyeux on entend les concerts. Couronnés de lauriers , devancés par la gloire , Ils reviennent jouir du prix de la victoire.
Des bras qui leur sont chers ils seront donc pressés ! Leurs femmes , leurs enfans les tiendront embrassés. Ils goûteront en paix les fruits de leurs conquêtes , En paix ils recevront et donneront des fêtes > Et trouvant le bonheur écrit dans tous les yeux , Ils oubliront les maux qu'ils ont soufferts loin d'eux.
LA. YÉRTrÉ.
^* De temps à autre des mouches bourdonnaient autour des prisonniers. On les connaissait au tact et à l'odeur. Elles fourmillaient dans rintérieur de la maison d'arrêt , et voltigeaient le long des corridors. Celui que j'occupais se trouvait en face de l'appartement du concierge. Nous étions plusieurs sous la surveillance la plus ministérielle. Tout cependant se passait de part et d'autre avec des égards; moyennant quelques concessions réciproques , on pouvait jouir d'une portion de lumière et de
( 3ai ) liberté, EUe consistait à pouvoir circuler libretnent dans lesescaliers du bas, à franchir mènieleperron d'entrée, et à se promener sur un espacé de vingt pieds de longueur sur quatre de largeur. Malheur au téméraire qii aurait osé diriger sa lunette d'approché sur un hôtel voisin ( en face de la maison d'arrêt), un ordi-e formel Idi enjoignait à l'instant de rentfer sous ces voûtes , jpour n'en ressortir que par la volonté expresse de celui qui se croyait offensé. Tout est calcul poufle sage , et l'aibitràire se fait jour à travers les détaUs les plus minniieut. Au reste là guerre aux journalistes venait d'être déclarée. Chaque jour nous ramenait de nouveaux locataires j nos réuuiohs s*embeUissaient. M. l'avocat Michel rassemblait chez lui le cerclé le plus briUant : là , on se racontait l'anecdote du greffe Le moindre mouvement dans une prison est interprété en tous sens. Une révolte est sur le point d'éclater en yiUe disait l'un; non, reprenait l'autre , eHe se fomente à il pistole. -Que veut cet homme qui nous fixe à l'extérieur des gr.lles?On croitentrevoirun huissier, l'instant d'aprèsle procureur du roi parait accompagné de l'un de ses substi. luts, etc-Sans doute c'est un interrogatoire secret qu'a va faire subir. Alors grande rumeur dans la cour d'entrée on va on vient on délibère. Un prisonnier vigilant venait d être témoin d une mesure très-rigoureuse que le comité de sûreté générale du ministère de la justice venait de décréter. Il dit : « Les avocats ne pourront plus voir leurs *cliens dans l'intérieur de la prison. C'est au greffe de «cette maison d'arrêt qu'existe un recoin mystérieux j re- »coin que l'on peut nommer à juste titre le cabinet de i>V oreille ;lk, seront forcés de comparaître en persohne «l'accise et son conseil, sous la surveillance active du
(3aa)
))sieur Fontanassa, ou du sieur Francis. Là , seront » pesées et minutées les demandes et les réponses ; les ))agens secrets vont ayoir beau jeu. » Ainsi les heures s'écoulaient en minutieuses observations ; une nuée de guichetiers circule d'une cour à l'autre , pour visiter les postes. La garde est à l'extérieur de la grille d'entrée; mais des gendarmes vont et viennent conduire des prisour nierSp ou en enlever d'autres. Si un homme entre avec des papiers : C'est une assignation pour moi , observe ce père de famille qui soupire après sa délivrance depuis plusieurs mois; un autre prisonnier reprend, du plus grand sang-froid : Sans doute le roi m'accordera ma grâce , j'ai desa mis à la cour. Quand M. Fontanassa et sou greffier communiquent entre eux et élèvent leurs regards au niveau de vos grilles , cela vous fait supposer qu'ils confèrent sur vos affaires ; que sans doute ils ont reçu quelques nou^^Ue^ j^réables qu'ils ne tarderont pas à vous communiquer. De. là uaît cette espérance , cette illusion qui ne nous quittent jamais : elles redoublent en quelque sorte dans un heu d^ captivité. Là, on s'occupe des bruits de ville , on recueille des demi-mots; la critique même embellit le discours* L^s uns s'occupent à faire des patiences. On est bien ifiible, hélas ! quaud on est opprimé! Ou cherche à deviner si on recevra une nouvelle, une visite. De même , on voudrait pénétrer la pensée de ses juges. D'autres fixent une foule de malheureux , amoncelés comme d^s troupeaux dans les pours intérieures. Le soir arrive , le gardien paraît , au son confus de sa voix vpus jugez de sa bienveillance ou de sa terreur. Dans Tincertitude de l'espoir du lendeiu8^i|i , il vous consigne dans vos chambres ; si son salut est gracieux ^ vos idées s'éclair-
cisseut ; au cootraire , si son chef reste couvert , riiumeur est sombre^ vous calculez déjà une défaite assurée.
36 Bruxelles, a5, juillet i8ai.
A MM. lès Rédacteurs des journaux belges.
« L'heure de la justice serait-elle enfin au moment de sonner? Demain , 26 juillet, je comparaîtrai dans son
temple Vous tous , Bruxellois , qui Toulûtes .bien
m'honorer de quelque bienveillance y yenez, venez assis^ ter aux débats de mon procès ^ alors vous serez couvain* eus que je n'ai trompé personne ; que je n'ai enlevé ni la fortune , ni une partie de la fortune de vos concitoyens» Toujours je fus d%ne de moi-même , de mes admirateurs , de mes protecteurs. Je n'ai point à rougir de l'hospitalité généreuse que vous avez exercée envers moi. Vous tous , témoins, vous que lemini&tère public, mon seul acousateur, a £iit comparaître à Louvain , vous êtes cités main« tenant à m^ requête 5 c'est honorable pour vous. Je n'en appelle point d'autres. Est-ce à l'aide de manœuvres frauduleuses , d'espérances chimériques , que je vous ai fait remettre des fonds , ou bien avez-vous déposé de vous-mêmes et de votre gré 10 où ao francs sur ma table? Âvez-vous prétendu me témoigner quelque gratitude , ou céder seulement au pouvoir extraordinaire que l'on veut si généreusement me concéder ? Témoins , je yous le ré<pète une dernière fois , la Vérité vous contemple , elle sera présente à vos aveux , elle vous dira : L'innocence doit ressortir brillante de clarté de l'horrible chaos où la retient la calomnie. Parlez sans crainte ; des magistrats ^
l'honneur du barreau ^ vous interrogeront, et le ministère
^* Un génie biensfeiliantjet qui sans doate connaissait les louables inientions an ministère pablic à mon égard , me délégua le grand-maître de la maison d'arrêt ( où j'avais été retenue prisonnière), pour m'inviter à quitter Bruxelles dans les quarante-huit heures. Je déclarai ausieur Fontaaassa ( dont je n'ai que du bien à dire) qo.e ma destinée ne m'imposait aucune nouyelle épreuye pour cette année 1821 5 qu'ainsi donc je le priais de faire agréer mes remercimens au mentor généreux qui daignait me protéger 5 mais que l'honneur m'imposait le devoir de re^er calme au milieu du danger. £n dépit des Typb/ms modernes , je résous de ne quitter la Belgî<^ que le i5 août , jour où je devais recevoir les com-plimens de mes aaciis «t leur adresser les miens. Selon mes persécuteurs j il devenait nécessaire d'ef&ajer la bonne société une seconde ibis. Â cet e^t, ^es émissaires à gages parcourttrent les lieux publics, et répandir^it le bruit qu'un nouveau mandat de dépôt vepait d'être lancé contite moi. La plupart des gens les plus recommandables accouraient enfouie rue Ducale , n^ 2; ils cherchaient à s'assurer pareux-^nêmes de la vérité des owi dire. On redoutait un peu la propriétaire de la flèche d'Abaris, Il fallait selon les trembleurs inspirer des craintes. Malgré les argus échelonnés à dessein sur les remparts de Bruocelles , on venait en foule féliciter, peutêtre consulter la s/bille parisienne , et s'éguayer aux dépens des ilotes. On les blâma ouvertement! Le bruit devint public alors qu'il l'avaient été rigoureusement par leur maître! D'ailleurs l'autorité en Belgique est aussi éclairée qu'elle est juste j sons ce rapport, et à bon droit, des renégats politiques ne peuvent impunément , encore moins éternellement, jouer les rôles abjects de dénoncia-
teurs , d'accusateurs , et remplir les nobles et importantes fonctions de juges.
Aussi le jour me semble arrivé où cliacun pourra leur dire avec Plante :
Pfikili esttiutem f suant '
Qui officiMmfmcere immemor est, nisi moniius *.
^0 Aix-la-Chapelle est célèbre par ses eaux , ses conciles, ses traités de paix, son dernier congrès, etc. etc. Cette ville, qui fut, sous Charlemagne, la capitale de l'empire français et le théâtre de sa magnificence , est si^ tuée au pied des montagnes ^iii l'environnent , et dont la pente forme des coteaux cultivé» et fertiles , qui lui servent d'ornement. Chargés de grains et de fruits, ils conduisent les yeux , comme par degrés , jusqu'à la cime couverte de bois, et paraissent ménagés avec tant de proportion que , renfermant la ville sans la resserrer , ils for- ■ ment naturellement l'enclos de son territoire. Le vallon dans lequel elle est bâtie est une plaine très - étendue j et cette campagne contient des pâturages assez abondans. ' Malheureusement , elle n'est arrosée par aucune rivière j car celle qui la traverse n'est proprement qu'un ruisseau qui ne peut ni la rafraîchir, ni favoriser le transport des marchandises 5 mais la multitude de ses sources ne laisse jamais manquer d'eau aux Labitans*
Les eaux thermales sont salutaires pour guérir les douleurs rhumatismales^ je viens d'éprouver leur efficacité. La prison neuve de Louvain m'avait en quelque sorte paralysé le bras et la jambe gauche. Les bains d'Aix-la-
* « Celm qui ne songe à ses devoirs que qmiird on Tatertit/ne mérite aiir rune estime. »
Chapelle sont derenus pour moi des douches salutaires. L'usage annuel de ces bains doit opérer des cures surnaturelles } aussi Charlemagne s'était fixé dans cette ville ^ uni* cpiement pour la bonté de ses eaux.
Les promenades ordinaires d'Aix-la-Chapelle régnent autour de la yille; elles remplacent ses remparts , ses fossés fangeux y partout l'art a su embellir la nature. La montagne du LoQsberg a des points de yue admirables ; û est de rigueur d'y venir embellir son plateau -, la meilleure compagnie s'y rassemble chaque jour; ces lieux, jadis inaccessibles, sont maintenant devenus le rendez-vous des plus fins gastronomes de l'Europe. On fait une chère exquise chez madame Leflond, on se croit transporté au temps de Lucullus ; aussi les étrangers, en arrivant à Aix-la-r Chapelle , s'empressent de visiter l'établissement d'une Française devenue si célèbre. Il ne suffit pas de boire quelques verres d'eau minérale au Compeshac^ il est du bon ton de venir déguster les meilleurs vins anLoosberg. L'on vous j sert les plus succulens comme les plus friands morceaux 3 on les découpe avec une dextérité et une obligeance qui ravit les gourmets. Ici l'on peut dire ; Honneur au premier Français qui conçut le plan de couper la montagne ! honneur à celui qui fit bâtir ce fameux restaurant! honneur à ceux et à celles qui viennent régulièrement le desservir! Tout , dans ce lieu magique, flatte le goût , l'odorat , et enchante les yeux.
40 A l'époque du mariage de Napoléon avec l'impératrice Marie-Louise, le sieur Vanderfossa (aujourd'hui l'efifroi des Cicérons belges) fut nommé député de la ville de Bruges pour venir en France complimenter le maître du Brabant.
A cet effet, monsieur le Ticomte ayait composé un trèsbeau discours -, son cadre était ingénieux et sa mémoire lui garantissait l-effet de sa péroraison. Introduit en la présence de celui qui fit trembler le monde , M. Yanderfossa se trouble ; ce zélé courtisan perd tout à coup l'usage de la parole, ses accens conûis et inintelligibles ne peuVent faire monter l'encens de l'adulation. Un seul mot lui échappe : Sire ! sire ! L'empereur ne put conserver son sérieux ; le sourire erra sur ses lèvres. L'orateur , qui déjà se croyait un Démosthène , était dans un état difficile à décrire. Pour le sortir d'embarras, son maître lui dit : « Vous faites partie de la députation de la Lys ? — Oui , sire , lui répond l'aigle du parquet du Brabant méridional . — En ce cas, veuillez m'apprendre si la récolte des foins a été bonne cette année dans votre province. — Oui, sire. — Tant mieux, monsieur, je m'en réjouis bien sincèrement avec vous, les bétes ne manqueront pas ,"» Napoléon dit, et lui tourna le dos en jetant sur lui un coup d'oeil...^ coup d'œil qui ne lui présageait guère les hautes et importantes fonctions dont depuis la restauration batave il s'est vu revêtu par son souverain. Mais , patienza>
4' Le triste épisode de mes cent jours de captivité en Belgique offre une leçon cruelle à l'être heureux, et pourra lui faire juger de la profonde insensibilité de l'homme égoïste.
Reléguée au fond d'une prison., privée d'appuis, méconnue sur une terre étrangère, je me trouvais, pour ainsi dire , oubliée de l'univers entier. Les nouvelles que je recevais de France venaient encore ajouter un poids plus terrible à mes ma(Ux> On me marquait que j'étais abandon-
née par ceux mêmes qui se préten<laient mes amis. Mes amis! ce mot empêche mon sang de circuler dans mes veines ; il s'y glace , et ma main tremblante peut à peine esquisser ce lugubre tableau.
Le jour où je comparus devant le tribunal de Louyain ^ un exprès venu de Paris me dit : « Ceux sur lesquels renposaient vos plus chères espérances nonseulement se Asont déclarés vos eneremis [n espérant plus vous revoir), «ils cherchent encore à vous troubler dans votre fortune. »A cet effet, ils emploient les moyens les plus adroits npour parvenir à saper les fbndemens de votre repuntation ».
Je m'écriai douloureusement en retournant me captiver sous les verrous , et gémissant sous ie poids d'une sentence qui venait d'être prononcée contre moi : Où me cacher désormais pour éviter la soci été des ingrats? Ontils donc oublié quel fut mon zèle, mon attachement ^ mon pur désintéressement pour eux? ?? Hélas !
Malo henefooere , taniunuHem est pericuhun , Quant um bono maUfacert \
Tout à coup la Vérité m'inspire, l'Espérance m'app€iraît. Elle me déclare que « désormais le vent de la prospérité va souffler sur ceux qui ne m'ont point délaissée ! ! ! En revanche, le malheur deviendrait l'apanage de l'être froid et insensible. Celui qui feignit d'oublier que la reconnaissance est une dette sacrée éprouvera un jour le supplice de presser la main A^un fauxfrhre. Cet homme se trou-
* Les mécliant perdent bieat^t le fouTenir du bien qu'on lenr a fait.
tera trahi dans ses plus chères affections. Un serpent yeni* meux, et qu'il caresse^ doit empoisonner la tranquillité intérieure. . . . Celui-là, dis-je , que je signale , est bien près de répandre à son tour des larmes amères. Il gémira, mais trop tard , sur de graves erreurs. Il regrettera plus d'une fois la sagesse de mes conseils II 1 Son bonheur serait- il
détruit? Non par moi, j'en suis incapable Mais,
BOUS dit Plante,
Soi^ nimio eeierius
Fenire quodmolestum est, quant id Quod cupide petas *.
Quant à moi, j'ai fait le saut de Leucade en Belgique, et me suis retrouvée sur les pieds en France. L'énergie et la force sont sorties du sein de la faiblesse. Aussi dirai -je aujourd'hui à ceux qui naguère se crurent mes obligés :
Od D*exécute pas tout ce qu'on se propose ; Et le diemin est long du projet à la chose.
4' A MM. les Rédacteurs des pmmaux belges.
Bruxelles,, 3 octobre i8ai.
IX, DE&HIEH MOT DE X^SX-PRISONKIÀRE DU BRABA.lfT.
France , ô ma patrie ! je vais te revoir , mon vaisseau est à l'ancre , il m'a fallu combattre et lutter constamment l'espace de cent joiu-s pour me ^ar^nlir du naufrage j j'étais battue tour à tour par des vents occultes et dangereux : une main invisible s'appesantissait sur moi pour
* Ce que Ton craint de fâcheux arrive bien plus vite que ce qu'on désire avec ardeur.
m éloigner du port salutaire. Grâces soient rendues à
la cour supérieure de Bruxelles! je suis sauvée j'ai
posé le pied sur la terre de délices y si d'une main^ j'ai cueilli des palmes en Belgique , de l'autre je burine à jamais mes remercimens aux honorables Belges qui ont bien voulu m'applaudir au jour de l'équité.
Bruxelles , 6 ville à jamais célèbre dans mes souvenirs ! permets-moi de t'offrir un ouvrage. Un procès fameux dans tes fastes sera retracé par moi , les causes secrètes en seront dévoilées ! ! ! ! Cependant ta n'es plus ce champ de douleur qui me rappelle si cruellement ma captivité. Bruxellois , on peut aisément oublier le malheur en songeant au triomphe.!!!! Il me fut décerné par vous 5 par vous ! habitans d'une ville que j'aime , vous tous à l'envi applaudîtes à un grand acte de justice ( oublions les quinze francs d'an^ende et les menns-
plaisirs de 2400 heures de captivité ) L'œuvre d'une
prisonnière en Brabant est écrite avec une noble et généreuse modération ; cependant je veux faire connaître les sombres motifs qui ont pu faire river mes fers pendant deux saisons , une voix solennelle proclamera à la fin le nom du persécuteur... Ma plume, consacrée pour ainsi dire à chanter la reconnaissance , adressera de justes éloges à tous ceux qui , connaissant ma délicatesse , n'ont point désespéré de ma caiise. C'est sur le point de ma justification qu'on voudra bien me permettre d'entretenir le public de moi; je peux tout faire pour oublier mes maux , excepté cependant de dégrader mon caractère 5 ma conscience est le trésor de la Divinité y il ne m'est pas permis de la dépenser pour personne.
Je saurai concilier ^dans cet ouvrage , le plus profond
respect pour les autoritës belges avec le système de vérité indépendante que je me suis tracé de tous les temps ; aussi, loin de moi la pensée de choquer les personnes tout en voulant relever leurs erreurs ! Un pinceau peut être vigoureux , mais s'il est retrempé dans les eaux du Léthé , il doit nécessairement affaiblir ses teintes. Le mien évitera soigneusement les extrêmes , c'est un moyen légal d'exprimer son opinion contre la malveillance d'un seul ^ sans achever la comparaison sur plusieurs.
Le Normand.
Lille y 3 octobre i8ai.
Mademoiselle Le Normand , dont le talent divinatoire est connu de toute l'Europe , vient d'arriver en ôette ville. Délivrée heureusement du procès ridicule qu'on lui a intenté en Belgique , et rendue à la liberté que la justice néerlandaise lui avait si incivilement ravie , elle peut enfin se livrer sans crainte à l'exercice de l'art où elle excelle , et jouir en paix de toutes les prérogatives de son sexe et de son talent.
Elle est descendue à l'hôtel du Commerce , rue Esquermoise.
(Extrait de Y Echo du Nord, )
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