DE LA MARNE EN CHAMPAGNE. — H-13 SEPTEMBRE
très éloignés, et là recommencer une nouvelle organisation de position.
Dans l'intérêt général, j'aurais pourtant fait litière de toutes ces considérations, si je n'avais craint de voir la confiance des hommes dans le commandement fortement ébranlée parles variations de celui-ci dans les décisions qu'il prenait ainsi coup sur coup le même jour.
Le Q. G. A', s'établit à Suippes dans une grosse ferme située à la sortie nord du village vers Perthes et qui était, comme toutes les propriétés voisines, complètement abandonnée. Une grande chambre avec cabinet, au premier étage, au-dessus des bureaux, me fut affectée. L'ameublement consistait seulement en un bois de lit et une armoire. Au moyen de quelques effets personnels, je me fis un lit de camp sur lequel je passai des heures cruelles par suite de mon état de santé de plus en plus mauvais. Mon entourage, en raison de ma faiblesse, ne crut pas devoir me prévenir de la deuxième visite du colonel-général vonMoltke, de sorte que, malgré moi, je n'assistai pas à cette deuxième conférence à Suippes avec le représentant du G. Q. G. En l'absence du général-major vonHoeppner, qui s'était rendu à l'état major du XIX* G. A., M. de Moltke se borna à communiquer ses nouveaux ordres au premier officier d'état-major du Q. G. A^. Il ne me resta qu^à exprimer à celui-ci mon étonnement de n'avoir pas été averti à temps, et malgré mon état de santé, de ce qui se passait et d'avoir ainsi manqué l'occasion d'entrer personnellement en rapports avec le chef d'Elat-major de l'armée en campagne à son retour du Q. G. A^
i^ septembre. — Je partis de Saippes à 7 heures du matin en automobile et reçus à la Pyramide de Napoléon, au sud de Mourmelon-le-Grand, les rapports des commandants de G. A. sur les dispositions qu'ils envisageaient pour organiser la position de défense. Sui' la base de ces rapports, je réglai verbalement, avec les représentants des G. A., les détails d'organisation du front défensif. Je trouvai aussi là l'occasion de saluer les troupes du XII' G. A. comme j'avais déjà pu saluer sur la route de Suippes des éléments du XIX® G. A. D'après des comptes-rendus arrivés sur ces entrefaites et provenant de la reconnaissance d'aviation entreprise de grand matin, l'ennemi se disposait à franchir la Marne à Ghâlons et en amont avec ses têtes de colonne ; trois corps d'armée étaient ainsi en mouvement vers le nord. Ges renseignements furent bientôt confirmés par d'autres d'après lesquels l'adversaire devait suivre la 3'' armée avec au moins quatre corps d'armée» c'est-à-dire avec une grande supériorité numérique, et que son aile droite passait par Sogny et son aile gauche par Ghampigneul.
Dans le courant de la matinée, les gros des corps d'armée prirent possession des secteurs qui leur étaient assignés ; mais, en raison de l'étape de 60 kilm. qu'ils avaient fournie depuis le 11 septembre, on dut tout d'abord leur accorder un repos de plusieurs heures. Ils commencèrent aussitôt après les travaux de fortification dans leurs secteurs. L'Etat-major de la 3* armée se rendit au commencement de l'après-midi à son quartier général de Bétheniville.
Le chef d'Etat-major du XII* G. R. y arriva dans
DE LA MARNE EN CHAMPAGNE. — 11-13 SEPTEMBRE 265 l'après-midi et annonça que le corps de la Garde, voisin du XII* G. R., s'était retiré sur une position sensiblement en arrière, conformément aux ordres du Q. G. A^. Cette mesure avait été prise non seulement dans l'intérêt de la liaison de la Garde avec les autres éléments de la 2® armée, mais encore à cause de la configuration du terrain. Le commandant en chef de la 2« armée avait en effet désigné une position plus en arrière comme plus favorable à la défense. Le chef d'État-major du XII® G. R. confirma le fait et fit remarquer à ce sujet que les hauteurs, au nord de la position de Thuizy, étaient figurées comme terrains boisés sur la carte au 1 : 80.000, tandis qu^elles étaient en réalité dénudées ; le XII* G. R. considérait également qu'il y aurait intérêt pour lui à s'établir sur une position située plus en arrière, plus favorable au point de vue tactique pour rester en liaison avec la 2* armée. Naturellement la question se posa aussi de replier le Xll* G. A. et, dans ce cas, toute la 3^ armée. Dans le même esprit, le Q. G. A'., qui s'attendait à une attaque imminente des Français contre la 2'^ armée et le XII* G. R., recommandait de reporter l'aile droite de ce corps au nord-ouest de Prosnes afin de la mettre en liaison avec l'aile gauche de la 2" D. I. G. qui occupait le bois Patron. La 3^ armée serait dès lors établie dans une position avantageuse de Prosnes, à Suippes par Aubérive. Gependant de graves objections furent faites à cette proposition en raison de l'épuisement des troupes de la 3* armée qui, les 11 et 12 septembre, avaient déjà commencé les travaux d'organisation de deux positions défensives. Je n'adhérai donc pas aux vues du Q. G. A', et je m'en tins aux
266 SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE instructions précédemment données pour la fortification du front Sept-Saulx-Mourmelon-le-Grand- Suippes. A 7 heures du soir, peu après la fin de la délibération à laquelle donna lieu cette décision, arriva le colonel von Dommes du G. Q. G. ; il annonça que, en raison 'de la configuration défavorable du terrain en forêt d'Argonne, la 5« armée devait se replier plus en arrière que ne l'avait indiqué le Chef d'Etatmajor de l'armée en campagne au cours de la conférence, tenue dans l'après-midi du 11 septembre. Il s'ensuivait que l'aile droite de la 4^ armée ne pouvait rester à Suippes comme on l'avait supposé; elle avait donc reçu ordre d'appuyer sur Souain. En conséquence il était indiqué d'assigner à la 3* armée le secteur Prosnes-Souain. Je ne cachai pas au représentant du G. Q. G. quelles graves objections soulevait un perpétuel repli de la position de défense et quelle impression défavorable cette mesure ferait sur des troupes qui avaient dû abandonner par deux fois des positions qu'elles avaient déjà bien fortifiées. Le colonel von Dommes reconnut le bien fondé de mes raisons et promit de les faire valoir auprès du Q. G. A*, avant décision définitive. En conséquence il se rendit, accompagné du 1" officier d'état-major du Q. G. A*. au Q. G. de la 2"= armée, mais il revint à 11 heures du soir à Bétheniville sans avoir pu régler l'affaire, en sorte que je me vis obligé, le 13 septembre, de ramener la 3^ armée sur la ligne Prosnes-Souain.
La journée du 12 septembre se termina ainsi pour moi sans que je pusse donner suite à ma résolution, tenu que j'étais de me conformer à des ordres supé-