DE LA MARNE EN CHAMPAGNE. — H-13 SEPTEMBRE
rieurs donnés dans l'intérêt des armées voisines. Dans ces conditions, je craignis encore plus que la confiance des troupes dans le haut commandement ne s'alîaiblît davantage par suite des variations du G. Q. G. dans ses décisions du 11 septembre. En effet, le changement prescrit maintenant pour le 13 septembre ne pouvait qu'avoir une fâcheuse répercussion sur la troupe et sur les cadres inférieurs qui ne manqueraient pas de l'attribuer à une direction peu sûre d'elle-même. Je suis loin de prétendre que de tels changements dans les instructions données eussent pu être complètement évités ; je crois 'Cependant que le G. Q. G., lorsqu'il eut résolu de renoncer à sa stratégie de défaite qui l'a conduit au-delà de la Marne, aurait agi plus sagement en donnant des instructions pouvant servir de guide au lieu d'ordres impératifs. A la vérité, dans leur visite auQ. G. A.,les officiers du G. Q. G. affirmaient que la direction supérieure de l'armée était obligée d'apporter de l'unité dans les mouvements de repli de l'ai le droite allemande ; mais assurément de telles opérations se seraient effectuées plus aisément si, par exemple, les 1", 2% 3^ et 4*= armées avaient été placées sous une direction unique.
Cependant on ne peut méconnaître que le G. Q. G. réussit dès le 13 septembre à ramener l'ensemhle des forces combattant contre la France sur une position défensive qui, très avancée en pays ennemi, avait de ce chef au point de vue stratégique une valeur offensive. L'adversaire se trouvait dans la nécessité, pour refouler l'invasion allemande, d'attaquer cette position en y consacrant toute sa puissance. 11 est vrai que, du côté allemand, on n'avait pu obtenir ce résultat qu'au prix
d'un amoindrissement de la force combative des troupes et non sans risquer d'affaiblir la confiance dans le commandement.
Un autre événement se produisit encore au Q. G. A', le 12 septembre, car je résignai ce jour-là mon commandement : en effet, les progrès de ma grave maladie n'avaient pu rester cachés aux représentants du G. Q. G. lors de leurs visites au Q. G. A'., les 9 et 11 septembre, et ils avaient dû en informer l'Empereur ; c'est à Bétheniville, où mon quartier-général avait déjà été établi le 4 septembre et où il se trouvait replié le 1 2, que le plénipotentiaire militaire saxon, M. le lieutenant général baron Leuckart de Weysdorf, apporta très tard dans la soirée l'ordre de cabinet suivant, qu'il me tendit dans le lit où j'étais étendu à bout de forces et dans un état lamentable.
Cet ordre était ainsi conçu :
« Ayant appris à mon. vif regret que votre état de santé défavorable s'est profondément altéré à la suite des grandes fatigues des dernières semaines, je tiens pour opportun, afin de ménager vos forces et dans l'intérêt de votre complet rétablissement, de vous relever provisoirement de vos fonctions de commandant en chef de la 3^ armée, ce dont je vous informe par la présente, tout en reconnaissant pleinement les services rendus par vous dans cette importante fonction. J'ai nommé commandant en chef de la 3'= armée le général de cavalerie von Einem dit von Rothmaler, commandant le Vn« G. A.
Au grand quarlinr rféni'ral^ le 1 2 septembre 1914.
Guillaume R.