DE LA MARÎSE EN CHAMPAGNE. - 11-13 SEPTEMBRE
du 14 septembre, le XII" G. A. put être dirigé sur Warmeriville et mis à la disposition du Q. G. A'*. Ainsi le 13 septembre non seulement marqua pour le Q. G. A\ le commencement d'une guerre de position de plusieurs années, mais encore rompit la liaison des trois corps d'armée saxons (1) du sort desquels je ne suis plus qualifié pour parler puisque, à cette même date du 13 septembre, mes fonctions de commandant en chef ont pris fin.
(1) Le XIX* C. A. cessa, le 4 octobre 1914, de faire partie de la 3* armée.
Loin de moi la pensée de me livrer, à la fin de ce récit, à une critique d'ensemble des opérations entreprises jusqu'au delà de la Marne. Je m'abstiens de toucher à cette question. A mon sens, elle ne peut être traitée que par une seule autorité : celle qui peut embrasser d'un coup d'oeil toutes les circonstances qui ont pu intervenir. Cette autorité, c'est le G. Q. G. et non un Etat-Major d'armée. Celui-ci n'a qu'un rayon d'action limité. Il n'est pas du tout en situation d'apprécier exactement les directives qu'on lui donne, ni de se faire une idée approfondie de la situation d'ensemble. Par contre, je crois avoir le droit d'effleurer deux questions qui restent pendantes et qui m'ont été posées à diverses reprises. Le motif que j'ai d'en parler, il faut le chercher dans ce fait que, jusqu'ici, les historiens officiels ont négligé d'écrire pour le public l'histoire de la bataille de la Marne. Comme, d'autre part, il a été interdit aux historiens compétents de s'occuper de ce sujet, on a eu beau jeu pour créer et répandre des légendes qui ne répondaient en rien à la réalité et qui étaient destinées à dissimuler certains faits et même, dans quelques cas, à les dénaturer au profit de certaines personnes. Ces questions, auxquelles je ne puis répondre de façon définitive, parce que je craindrais que mon
jugement ne pût se dégager de l'ambiance dans laquelle j'ai vécu comme commandant en chef de la 3^ armée, sont les suivantes :
!•* Les Français sont-ils en droit de considérer les combats sur la Marne comme des victoires?
2*^ Qui doit être tenu pour responsable de l'issue de la bataille de la Marne ?
Au sujet du /". — Sans aucun doute, les combats sur la Marne des 6 au 10 septembre ont donné, non seulement à nos ennemis, mais encore aux nations dont ils avaient les sympathies, l'impression d'une victoire des armées françaises et d'une défaite allemande. Contrairement à l'espérance entretenue au commencement de la campagne, le G. Q. G. allemand n'avait pas réussi, en fait, à battre complètement l'armée franco-anglobelge avant que l'action des Russes se fût efficacement fait sentir sur le théâtre oriental de la guerre. En présence de cette situation, le G. Q, G. s'efforça cependant, après que se fut développée la contre-offensive ordonnée par Joffre le 6 septembre, de limiter, avec une sage prévoyance, ses objectifs ambitieux. 11 reste à savoir si cela aurait été nécessaire avec un autre groupement des forces allemandes et en renonçant à obtenir un rapide succès à l'est. Quoi qu'il en soit, le G. Q. G. rompit les combats sur la Marne, évacua de son propre mouvement une partie des territoires français conquis peu auparavant dans une course inouïe à la victoire, abandonna ces territoires à l'ennemi sans y être contraint par la force de ses armes et prit une position défensive dans le nord-est de la France. Il s'en-
274 SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE suit, à mon avis, que les combats sur la Marne ne peuvent être considérés ni comme une victoire des armes françaises, ni comme une défaite de l'armée allemande et que la France serait par conséquent seulement en droit de les enregistrer comme un « succès stratégique » qui est principalement dû à l'entrée en ligne prématurée de l'armée russe alliée.
Au sujet du ^". — Le mouvement de retraite de l'armée allemande commença par l'aile droite. Je n'ai pas à savoir si la cause doit en être attribuée à la l"^^ ou à la 2* armée ou si les deux armées en sont responsables, puisque les rapports officiels sont encore muets là-dessus. Le lieutenant-colonel Hentsch envoyé en mission par le G. Q. G. a-t-il joué un certain rôle dans la décision prise à ce sujet? On ne saurait dire pour le moment s'il a joué ce rôle en qualité d'officier de liaison, chargé de renseigner le G. Q. G. sur la manière de voir des commandants d'armée, ou s'il était muni de pouvoirs suffisants pour communiquer, suivant les circonstances, aux Q. G. A. les idées régnant au G. Q.G.,et même pour y faire prévaloir celles-ci. Ce qui est seulement certain, c'est que, le 8 septembre, il était à Ghâlons-sur-Marne, que là il a ajouté de sa main au rapport journalier adressé à 7 h. 10 du soir par la 3= armée au G.Q. G. les mots : « Situation et manière de voir à la 3* armée particulièrement favorables » et enfin qu'il voulait se rendre du Q. G. A^ au Q. G. A*, puis au Q. G. A*. Quand et dans quel but ilvisita ces quartiers généraux, je ne Fai jamais su ; cependant, le Q. Q. A^. apprit par des radios interceptés, notamment le 9 septembre :
à 1 h. 10 après-midi, que l'aile gauche de la l''* armée se repliait sur Coulons, et
à 4 h. 30 de l'après-midi, que « la 2" armée, d'accord avec Hentsch, renonçait à l'attaque qui progressait lentement et cherchait à gagner la rive nord de la Marne, aile droite à Dorraans » .
J'ajoute à ces renseignements ceux^de source authentique qui m'ont été fournis seulement en janvier 1919, à savoir que le lieutenant-colonel Hentsch avait été fraîchement accueilli au Q. G. A*, lorsqu'il donna la directive de la retraite, alors que le Q. G. A*., après un léger repli, voulait reprendre une offensive à laquelle il ne renonça qu'en en rendant responsable Hentsch. J'inclinerais dès lors vers l'avis que c^est tout d'abord la 2* armée — comme cela résulte du radio intercepté — qui se trouvait disposée à entreprendre d'elle-même le mouvement de recul, tandis que la l''^ armée avait dû y être invitée et qu'elle y donna suite seulement lorsque le représentant du G. Q. G. lui eut démontré, sous sa responsabilité, qu'il n'y avait pas d'autre solution. — H suit de là, avec la plus grande vraisemblance, que la nécessité de battre en retraite était plus impérieuse pour le Q. G. A*, que pour le Q. G. A*., ce qui conduit aussi à penser que Taction de l'ennemi sur les 1'*^ et 2" armées avait mis la 2* armée plus en danger que la l""*. Au surplus, le radio suivant, reçu à 7 h. 15 du matia au Q. G. A', montre combien la situation de la 2^ armée apparaissait critique au Q. G. A*, le 10 septembre :
« La 2* armée n^a aucune nouvelle de la 1" armée, mais elle considère son flanc droit comme tellement
menacé qu'elle envisage de reporter ses arrière-gardes derrière la coupure de la Vesle et d'effectuer avec ses gros une courte marche en direction nord-ouest. On désire que la 3* armée se conforme à ce mouvement ».
La coïncidence de cet appel au secours du Q. G. A*. avec le fait de l'arrivée de l'ordre impérial daté du
10 septembre 5 h. 45 soir et parvenu à 8 heures, d'après lequel toute l'armée allemande renonçait à son offensive et passait à la défensive, éveille la pensée que la grave résolution du G. Q. G. trouvait sa cause dans les événements survenus à la 2* armée. Cette manière de voir se trouve encore renforcée par la deuxième visite du colonel Hentsch au Q. G. A^ A son premier passage à Châlons, le 8 septembre, cet officier d'Etatmajor avait rempli simplement son rôle d'officier de liaison en ajoutant, au rapport journalier du Q. G. A'., les mots : « situation et manière de voir à la 3* armée absolument favorables ». Mais, à la deuxième visite, qu'il nous fit le 9 septembre, à 9 h. 45 du soir, en revenant du Q. G. A^., son attitude dénotait l'intention de faire prévaloir, le cas échéant, auprès des Etatsmajors d'armée, les idées qui dominaient au G. Q. G.
11 est même probable qu'il y était autorisé. Si, dans cette dernière hypothèse, comme cela résulte du radio du Q. G. A^ intercepté: « D'accord avec Hentsch je renonce à l'offensive faisant de lents progrès », Hentsch s'est laissé persuader au Q. G. A*, de la nécessité d'envisager la retraite, son attitude vis-à-vis du Q. G. A^ s'explique et à /ora'on vis-à-vis du Q. G. A'. — Déjà avant sa deuxième visite survenue à la suite de la retraite entamée par la
2« armée dans la soirée du 9 septembre et après l'arrivée de l'ordre du G. Q. G. — « Rester avec la 3" armée au sud de la Marne prêts à une nouvelle offensive », — je me trouvais en présence de la question de savoir si cet ordre n^était pas dépassé par les événements. Pour arriver àéclaircir cette question, je demandai l'avis du lieutenant-colonel Hentsch dès son arrivée à Chàlonssur Marne. 11 déclara que :
« L'ordre du G. Q. G. de se maintenir au sud de la Marne ne pouvait plus être exécuté à la lettre. La situation en effet s'était modifiée à la 2^ armée ; elle ne correspondait plus à l'idée que s'en faisait le G. Q. G. au moment de l'envoi de son télégramme. Le Q. G. A', pouvait donc, sous sa responsabilité, agir comme il le jugerait bon, tout en tenant compte de la situation de la 2« armée ».
Que le lieutenant-colonel Hentsch, en émettant cet avis, ait exprimé ou non les vues et les intentions du G. Q. G. à ce moment là, il résulte en tout cas incontestablement de ses déclarations que la situation de la 2* armée était tout autre qu'on ne l'admettait au G. Q. G.
Si je résume les dires et les développements qui précèdent, je suis conduit à la conclusion que la détermination de renoncer à l'offensive allemande sur la Marne doit être attribuée aux événements survenus sur le champ de bataille de la 2* armée, événements qui, de. leur côté, étaient probablement la conséquence de ceux survenus à la l""® armée. 11 est évident que le mouvement de retraite commencé par la 2« armée ne pouvait
rester sans influence sur l'ensemble de Parmée allemande de FOuesl, et par conséquent sur la 3® armée. C'est pour obéir à cette nécessité qu'elle renonça à son attaque. Son chef en fut profondément affligé. Il remercie toutefois la fortune de ce que le repli de la 3* armée sur la rive droite de la Marne ne fut ni volontairement ordonné par le Q. G. A^, ni forcé par l'ennemi ; il n'eut lieu que sur un ordre venu d'en haut. G^est dans ces conditions que la 3* armée abandonna ses champs de victoire à gauche de la Marne et évacua la rive gauche, soutenue par la conscience qu'avaient le chef et les troupes d'avoir accompli leur tâche.
« Il n'a pas dépendu de nous ».
Tels sont les mots qui, pendant la retraite du XIX® G. A. le 41 septembre 1914, circulaient de bouche en bouche dans les troupes de ce corps.
Mes (f Souvenirs sur la campagne de la Mar?ie en 1914 » me paraîtraient incomplets si je ne rapportais encore ici quelques enseignements que j^en ai tirés au point de vue purement militaire. Je crois nécessaire d'appeler l'attention sur deux facteurs extérieurs qui ont souvent influé sur les décisions du Q. G. A^. Le premier tient à la constitution organique des armées. L'autre a trait aux liaisons entre armées voisines.
Le grand développement de l'armée au cours des dix dernières années crée, pour une part, de nouvelles conditions à la conduite de la guerre. Il faut attribuer aujourd'hui à l'Armée l'importance accordée autrefois au Gorps d'armée. C'est pour cette raison que, déjà avant la grande guerre, la littérature militaire se préoccupait de savoir si les armées d'aujourd'hui,
fortes de millions d'hommes, pourraient être dirigées vers un but unique, par une volonté unique, et exécuter d'un seul bloc une offensive de gjrand style.
D'après mon expérience, les moyens modernes de communication et de transmission, améliorés et accrus, offrent une possibilité suffisante d'assurer en tout temps une direction ferme d'en haut, sans que pour cela l'initiative des chefs subordonnés doive être entravée lorsqu'elle s'exerce dans les limites désirables. L'énormité même des masses employées offre déjà des garanties à cet égard.
Le maniement de ces masses, pour, être possible, exige avant tout l'unité de doctrine, répandue à tous les degrés de la hiérarchie et fondée sur des principes uniformes. Elle est le plus sûr gage du succès. Elle est par conséquent indispensable à la préparation du hauteommandement. En temps de paix, elle ne peut se réaliser que par l'étude approfondie et objective de l'histoire des guerres. L'Etat-major doit contribuer à son établissement.
C'est sur cette base que s'appuya le G. Q. G., au début de la guerre, pour conduire les armées, considérées comme de grandes unités bien articulées. Malgré cela, il ne parvint pas toujours à apporter, dans le maniement des armées, lacohésion désirable et l'harmonie nécessaire. Cela s'explique pour la liaison entre les différents échelons du commandement, du moins au début de la campagne. A la mobilisation, les organes de commandement nouvellement créés durent d'abord s'accoutumer à leurs fonctions. En août 1914, on manquait encore à tous les échelons d'expérience pra-
tique dans l'emploi des moyens de transmission, au milieu de circonstances difficiles. Cette faiblesse se fit sentir dans les premiers temps. Mais, chose beaucoup plus grave, on eut au Q. G. A^., dès que tout l'ensemble s'ébranla, et plus tard au cours des opérations, la perception nette que, organiquement, la direction générale des armées aurait dû être profondément remaniée.
Les faits démontrent que les armées ne doivent pas, comme en 1914, être juxtaposées, tels des organismes indépendants, sous la direction immédiate du G. Q. G. Il faut les réunir en groupes d'armées. Que ce soit réglé une fois pour toutes par l'ordre de bataille, ou que ce soit une simple mesure occasionnelle, prise en vue d'opérations déterminées, c'est à discuter. Il en va pareillement de la question de savoir si une armée doit être, dans un cas donné et temporairement, placée sous les ordres d'une autre. En tout cas il faut éviter ^de prescrire, sans condition, à deux commandants d'armée de s'entendre pour Texécution d'une opération à conduire ensemble.
A mon sens, il est sage de réunir plusieurs armées en groupe d'armées, sous un commandement unique et permanent. On ne doit même pas craindre de rendre cette organisation assez souple pour que, à l'occasion, un même groupe d'armées englobe toutes les unités chargées des mômes opérations.
Si conformément à ce principe, la conduite de l'aile droite allemande avait été confiée à un seul chef, les choses se seraient passées autrement, par exemple, lors des combats de la Sambre et de Dinant, et plus tard sur l'Aisne et sur la Marne.
Une coopération des armées voisines, réfléchie et bien orientée sur le but à atteindre, aurait pu être réalisée.
Une telle unité de direction fit entièrement défaut. Le G. Q. G. lui-même fut incapable de la prendre en mains et de l'assurer. Il en résulta, pour la 3' armée, de fréquentes difficultés dans ses relations avec les unités voisines, chose nuisible en soi et contraire au but commun. La raison en est que, tout naturellement, les autres armées, en lui faisant appel, appréciaient subjectivement la situation ; elles ne tenaient compte que de leurs intérêts. C'est ainsi que, presque-journellement, le Q, G. A*, et le Q. G, A*, appelèrent la 3^ armée an secours. Souvent ces appels se faisaient entendre à la fois de droite et de gauche. Il n'était pas rare que le Q. G. A^ fût obligé de modifier les ordres qu'il venait de donner. Et cependant, en prêtant son concours désintéressé à ses voisins, il ne pouvait compter sur un merci. Une seule fois, ce fut un cas exceptionnel, on usa de réciprocité à son égard — 2* D. I. G. les 8 et 9 septembre. — De tels heurts, dont on a trouvé maintes traces dans cet ouvrage, ne peuvent être absolument évités: j'en suis bien convaincu. Mais ils ne peuvent que trop facilement mettre en péril une coopération si utile. C'est pourquoi je considère comme indispensable d'en réduire le nombre au minimum. Ce résultat peut être obtenu avec certitude. Il suffit de réunir plusieurs armées en groupe d'années. Autrement toutes les unités engagées sont trop sous la dépendance du « Bon vouloir réciproque ». La 3* armée a prouvé son bon vouloir, au mépris même de ses intérêts ; cela
282 SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE ressort de « Mes souvenirs de la bataille de la Marne en 1914 ».
Ils montrent aussi que la 3® armée, au cours des journées d'août et de septembre 19i4, s'est toujours adaptée à la gravité delà situation, sans demander une explication, sans formuler une plainte, soit qu'on ait négligé de prendre en considération ce que les événements commandaient, soit qu'on lui ait, comme cela s'est produit à différentes reprises, refusé l'appui qu'elle réclamait.
Pour terminer ce travail (1), il me reste à compléter brièvement les « Notes personnelles » que j'y ai introduites çà et là, par quelques indications sur ma santé et mon état d'àme après que j'eus quitté le commandement de la 3« armée.
Assurément l'ordre du cabinet de l'Empereur m^a sauvé la vie. Mais j'eusse préféré mourir plutôt que d'abandonner mon armée. Physiquement et moralement brisé, j'arrivai à Trêves le 13 septembre, accompagné du lieutenant-général baron von Leuckart. Le voyage en automobile me fit revivre de vieux souvenirs de l'année 1870 lorsque je traversai la région de Stenay et de Montmédy, et l'arrivée à Trêves me rappela le voyage d'état-major que je fis en 1896, sous la direction du comte Schlieftén, en qualité de chef de l'armée rouge. Mais j^étais obsédé sans cesse par la pensée de la lourde épreuve qui m'avait atteint. Le lieutenant-général von Leuckart s'efforçait en vain de me consoler de mon
[\) Il n'était priniitivement destiné qu'à ma famille.
destin ; il ne réussit pas même à flatter mon amourpropre en me racontant qu'au G. Q. G. on m'avait donné par plaisanterie le surnom de « nouveau niiicher », en faisant allusion à la constante obligeance fie la 3' armée pour ses voisins. Trop douloureuses étaient mes pensées, trop grandes mes inquiétudes !
A Trêves, je descendis à l'hôtel Porta-Nigra et je consultai le docteur Lehnert, directeur de l'hôpital de la garnison. Le 14 septembre, mes forces diminuèrent encore : je passai la journée dans un état lamentable. Le 15, le commandant de place mit une automobile à ma disposition pour me conduire à Coblence. Très obligeamment, la commandantur me fit accompagner par le colonel Weyrach. Je suivis la vallée de la Moselle, le long du chemin de fer. Je refis en sens inverse l'itinéraire suivi par le Q. G. A^ le 9 août. A Co blence, par suite de la réduction du service des chemins de fer, je me vis placé dans Falternative soit d'entrer à l'hôpital, soit de poursuive mon voyage jusqu'à Wiesbaden, en faisant appel à mes dernières forces. Ayant reçu une dépêche télégraphique de ma femme ra'annonçant son intention d'accourir à Wiesbaden pour me soigner, je pris à Coblence une automobile qui, par Nieder-Lahnstein,Ems, Nassau et Schwalbach, me conduisit le 15 septembre à Wiesbaden avec mon ordonnance Oswald. Là, je fus admis à l'hôpital Saint- Joseph et traité par le D'" Wehmer. Le jour suivant, je reçus la visite de ma femme, arrivée à Wiesbaden dans la nuit du 15 au 16 septembre.
Quel revoir plein de joies et de douleurs 1
Je restai malade pendant cinq mois et notamment :
Jusqu'au 5 octobre, à l'hôpital Saint-Joseph à Wiesbaden.
Du 5 octobre au 8 novembre à l'hôtel de la Rose ; toujours soigné par le docteur Wehmer.
Du 8 au 9 novembre, voyage par Munich à Partenkirchen ;
Du 9 novembre au 18 janvier 1915, à Partenkirchen, sanatorium Wigger, traité par le D"" Lydtin ;
18 janvier au 25 février, Méran (Hôtel de Méran) ;
25 au 26 février, Munich ;
26 au 28 février, Dresde ; l*"" mars, retour à Loschwitz.
Ma maladie, que l'on prit d'abord pour la dysenterie, fut reconnue plus tard être le typhus ; elle atteignit son plus haut degré à Partenkirchen. Sans le désintéressement et Tesprit de sacrifice, les attentions incessantes et délicates de ma femme, je ne serais pas resté eu vie. Son activité et ses soins m'ont non seulement apporté la guérison, mais encore rendu à la pleine santé- Etre appelé à sacrifier de nouveau celle-ci à l'Empereur, au Roi et à la Patrie, dans les circonstances que nous traversions, était depuis ma guérison, en mai 1915, mon vœu le plus cher. Mais il ne lut pas exaucé, bien qu'on m'eût assuré à plusieurs reprises de l'intention de l'Empereur de me donner une nouvelle affectation.
La cause pour laquelle ne se réalisa pas mon espoir de réintégration, fondé sur le mot « provisoirement » employé par l'Empereur en me relevant de mes fonctions de commandant en chef le 12 septembre 1914, je crois pouvoir l'attribuer :
d'un côté, à ce que le cabinet militaire du roi de Prusse
a cru nécessaire de pourvoir à certains hauts postes de commandement nouvellement créés en donnant la préférence à des généraux prussiens et bavarois, comme pendant de longues années on l'avait lait vis-à-vis du contingent saxon ;
d'un autre côté, à ce que le représentant de l'armée saxonne n'a pas pu avoir le dessus sur le G. Q. G. et le cabinet prussien.
Je soutï'ris de cet ostracisme depuis l'été 1915 jusqu'à la fin de la guerre mondiale et je ressentis douloureusement la diminution de la considération des représentants de l'armée saxonne au sein de l'armée allemande. Je n'ai pas craint d'attirer l'attention de toutes les autorités et de toutes les personnes responsables sur ces procédés qui firent une très pénible impression sur les troupes saxonnes elles-mêmes. Ce fut en vain ! Combien lourdement tout cela s'est payé ! Mais je m'estime heureux de n'avoir plus appartenu au service actif, lorsque, par la révolution du 9 novembre 1918, l'armée s'est laissée tomber dans un chaos d'impuissance, de désorganisation et de honte!
Qu'a-t-on fait de la fidélité allemande?
Loschwitz {Dresde), hiver 1918-19.
Baron voiN Hausen,
Colonel-général .