DE LA MARNE EN CHAMPAGNE. — 11-13 SEPTEMBRE
Au COLONEL-GÉiNÉllAL ROYAL SAXON, BAROiN VON HaUSEN, COMMANDANT EN CHEF DE LA 3' ARMEE. »
Déjà très déprimé par ma maladie qui s'aggravait depuis le 4 septembre et par la tension de mes forces intellectuelles et morales qui s'était accrue sans interruption pendant la période des opérations au sud de la Marne, je me sentis complètement désespéré après avoir pris connaissance de cet ordre de cabinet. J'étais, cela va sans dire, prêt à me donner tout entier au service de mon pays, à lui faire le sacrifice complet de toute considération personnelle ; j'eus néanmoins la pensée, dans le premier moment de désespoir, de ne pas accepter l'ordre de cabinet et de le renvoyer par le porteur à Sa Majesté, puis de mettre fin à mes jours. Cependant, après une courte, mais grave lutte intérieure, je retrouvai la foi en Dieu que j'avais perdue et je ne vis plus dans ce changement de ma destinée qu'une lourde épreuve de la Providence. Je considérai comme un devoir d'accepter cette épreuve qui me jetait dans le néant au moment même où je portais les plus lourdes responsabilités devant l'ennemi ; je savais d'ailleurs pouvoir compter sur la fidèle et dévouée compagne de ma vie pour m'aider à supporter ma douleur et me secourir dans la détresse. Je m'y décidai donc ; j'appelai à mon chevet les généraux von Hoeppner et Leuthold, ainsi que le médecin inspecteur D"' Muller ; je leur fis part de la volonté de l'Empereur, leur recommandai la 3* armée, les remerciai pour leur concours fidèle et éprouvé, et je pensai pouvoir leur exprimer l'espoir de mon retour au cas
OÙ je viendrais à guérir, puisque l'ordre de cabinek ne me relevait des fonctions de chef de la 3« armée qu'à « titre provisoire » et seulement « pour ménager mes forces et dans l'intérêt de mon complet rétablissement ».
Le 13 septembre, à 6 heures du matin, je pris congé des membres présents du Q. G. A^ et je quittai Bétheniville, accompagné par le lieutenant-général von Leuckart et par mon ordonnance, le grenadier Osvvald de la 6^ compagnie du régiment de grenadiers du corps n* 400. Une automobile me conduisit jusqu'à Trêves, par Vouziers, Buzancy^jStenay (où j'avais cantonné en 1870 les 27 et 28 août) Montmédy, Longuyon, Longwy, Luxembourg.
Le général de cavalerie von Einem arriva à 40 heures 30 du matin au Q. G. A'. ; dans le cours de la journée, l'ennemi n'aborda la position défensive qu'avec de faibles forces. Vers le soir, il y eut un court combat d'artillerie sur le front du XII* C. R. L'impression générale au Q. G. A', était alors que l'ennemi dirigeait 1« gros de ses forces vers le nord-ouest et n'en laissait qu^une partie devant le front de la 3' armée. A 40 h. 30 du soir, le quartier-maître général — général von Stein — apporta à Bétheniville un ordre de l'Empereur d'après lequel la 3* armée, comme la 4» et la 5«, devait retirer du front un corps d'armée à destination du flanc droit de la 2^ armée sur laquelle, d'après 4e G. Q. G., l'adversaire supérieur en nombre allait tenter un mouvement enveloppant.
En conséquence, dans la nuit, le Xll» G. R. releva la division de droite du XII^ G. A., et le XIX* G. A., la division de gauche, de telle sorte que, dans la matinée