PAR
LE COLONEL-GÉrsÉRAL BARON von HAUSEN
ABREVIATIONS EMPLOYEES
G. Q. G. = Grand quartier général.
Q. G. A'. = Quartier général de la 3^ armée.
= Corps d'armée actif.
= Corps d'armée de réserve.
= Division d'infanterie.
= — — delaGairde.
= — de réserve.
= Corps de cavalerie.
= Division de cavalerie.
= — — de la Garde.
Plus de quatre années se sont écoulées depuis la fin de la guerre de mouvement de 1914 sans que, en haut lieu, on ait tenu pour nécessaire d'éclairer le public sur le fond même des événements qui se déroulèrent à cette époque.
Faut-il en chercher la raison dans ce fait qu^il n'a pas encore été possible de commencer l'histoire de la guerre mondiale, ou peut-(^tre môme de sortir des longs travaux préparatoires qu'elle exige ?
A mon avis, un pareil retard ne pouvait empêcher les autorités compétentes de publier, en attendant, des relations exactes des faits qui se sont déroulés depuis le début de la guerre jusques et y compris les combats de la Marne. Cette publication aurait pu se faire, par exemple, sous forme de monographies, comme cela s'est déjà produit pour bien d'autres événements de la guerre (1).
(1) A la lin d'octobre 1919, iiou inohis de 39 fascicules de la collection publiée par l'État-raajor derai'mée en campagne, soua le titre : Monographies de la Grande Guerre ont paru ou ont été annoncés. Le n° 7 est intitulé « Bataille de l'Ourcq «. Le nom de « Marne « a été soigneu«ement écarté.
Quel que soit l'auteur de cette omission volontaire ou non, il ne peut échapper au reproche d'avoir — par un silence prolongé pendant plusieurs années — risqué d'éveiller le soupçon que le G. Q. G. ait voulu éviter de s'accuser lui-même ou qu'il ait entendu ménager telle ou telle des personnes ou des autorités qui lui étaient alors subordonnées.
Quoi qu'il en soit, une réserve aussi longtemps gardée — peut-être à dessein — n'a servi qu'à détourner l'attention publique des journées d'août et septembre 1914, tout en laissant le champ libre à maintes légendes de guerre, qui, faute d'avoir été officiellement démenties, rencontrèrent des oreilles complaisantes.
Je n'en considère que davantage comme un devoir de contribuer par mon témoignage à sauver l'honneur de la 3* armée, dont j'avais le commandement, et de couper ainsi les ailes à tous les racontars que l'on tenterait de faire pour se décharger de ses propres fautes et les rejeter sur la 3^ armée.
C'est dans ce but et dans cet esprit que je me suis décidé, non sans en avoir été sollicité, à écrire ces lignes sous le titre : Souvenirs de la Campagne de la Marne en 1914.
Mon récit s'appuie étroitement sur mon mémoire du 11 juillet 1918 intitulé: Ce que fai vécu et ce que j'ai appris comme commandant en chef de la 3^ armée pendant la guerre de mouvement de 1914. Il est strictement conforme à la vérité ; je n'y ai voilé aucune faute personnelle et n'ai cherché à atténuer aucune de mes actions.
En rédigeant <» Ce que fai vécu et ce que fai appris »,
je m'en suis tenu surtout au point de vue militaire. J'ai, par exemple, développé les décisions du Commandement, en reproduisant textuellement les directives reçues, les ordres donnés, les comptes-rendus, etc.. Dans mes « Souvenirs de la Campagne de la Marne » au contraire, je pouvais éliminer de l'exposé des opérations les détails purement techniques des ordres et des comptes-rendus. Mais en revanche, j'y introduisis des notes personnelles.
La forme même de ces Souvenirs devait forcément m'entraîner à des considérations critiques. En les formulant, je n'ai eu à cœur que de faire valoir ce que nous avons vécu, ce que nous avons fait pour la patrie. Je n'ai pas voulu que ma voix se tùt. Si j'attaque des opinions différentes des miennes, si je porte des jugements sur ce qui s'est passé en dehors de TEtat-Major de la 3® armée, ce n'est pas pour m'en prendre aux personnes ni aux autorités. Je n'ai d'autre intérêt en vue que celui de la vérité et de la patrie.
Puisse-t-on partir des mêmes principes le jour où les « Souvenirs de la Campagne de la Marne en 1914 » viendraient à servir de base à une histoire de la guerre.
C'est par ce souhait que je terminerai cette préface, non sans y ajouter un souvenir de gratitude pour mon chef d'Etat-major : M. le général-major von Hœppner, et pour tous les membres du Q. G. A^, et un témoignage de reconnaissance sans réserve aux troupes royales saxonnes qui, formant la 3^ armée, c'est-à-dire une armée purement saxonne, ont franchi victorieusement la Meuse, l'Aisne et la Marne, et ont évacué les champs
de leurs victoires au sud de la Marne, non de leur plein gré ou sous la pression de l'ennemi, mais bien sur l'ordre supérieur de S. M. l'Empereur et parce que la situation générale des armées allemandes l'exigeait.
LoscHWiTZ (Dresde), le 21 février 1919.
Baron von Hausen, Colonel-général.