CHAPITRE PREMIER MOBILISATION. — 1" AU 7 AOUT
Quelques heures après la publication de l'Avis de « danger imminent de gnerre », le samedi l''' août 1014, dans Faprès-midi, je reçus à Loschwitz, 2, rue Wunderlich, par un coup de téléphone du Ministre de la Guerre de Berlin, l'avis suivant :
« Ordre de mobilisation. — Le ^2 aoiH est le premier jour de la mobilisation ».
Le lendemain, un ordre supérieur de S. M. TEmpereur me faisait connaître mon affectation, celle même qui avait été envisagée pour moi depuis l'année 1910. Le message impérial qui m'était adressé portait :
« Je vous nomme, pour la durée des opérations actives, « commandant en chef de la S*" armée (Lieu de mobilisation « du quartier général de l'armée : Dresde).
Berlin^ le Z^"" août 1914.
Signé : Guillaume ».
Je fis immédiatement part par écrit de ma nomination au roi de Saxe et en informai le Ministre de la Guerre ; puis je me rendis à Dresde-Neustadt ofi je m'établis à 1' « hôtel du Kronprinz ».
Dans les jours qui suivirent, la mobilisation du Q. G. A', s'effectua conformément au plan préparé par l'État-major du XIP G. A. Elle ne donna lieu à aucun incident important et se termina par une revue du Q. G, A^ que je passai, dans l'après-midi du 7 août, devant le Ministère des finances et à la fin de laquelle je poussai un hourrah en l'honneur de l'empereur allemand et du roi de Saxe.
Pendant mon séjour à Dresde^ le roi de Saxe me reçut au château de la Résidence ; il se montra plein de confiance, me recommanda le Kronprinz qui devait suivre le Q. G. A% et m'exprima le désir de me voir affecter le prince à un service actif. Au cours des événements, j'ai souvent déféré au désir royal, et j'ai toujours eu la joie de constater avec quelle fidélité au devoir et avec quel calme ce jeune prince s'acquittait de ses obligations, quelle intelligence il apportait dans le service, et combien il se plaisait dans le cercle de ses camarades.
Son abord modeste et plein de tact, sa manière d'être sérieuse et tranquille, son absence de prétention et son affabilité le rendaient sympathique à tous.
L'avant dernier jour de la mobilisation, je me rendis avec ma femme chez le D*" Friedrich, conseiller de Consistoire, prédicateur delà Cour. Nous y reçûmes la communion. Le 7 août, jour de pénitence et de prières générales, nous assistâmes le matin au service divin, dit par le Docteur en théologie Dibélius, premier prédicateur de la Cour.
D'immenses foules suivirent ces offices dans toutes les églises du pays, pénétrées de la gravité de l'heure,
mais pleines d'espoir et de confiance. Les mêmes sentiments régnaient aussi lorsque, le même jour, à 9 h. 40 du soir, le premier échelon du Q. G. A*, s'embarqua à la gare de marchandises de Dresde-Neustadt pour Priim dans l'Eil'el ; le deuxième échelon suivit quelques heures plus tard.
Au moment de l'embarquement du premier échelon, le Roi, accompagné de tous les membres de la maison royale, parut à la gare où je lui présentai les membres du Q. G. A^. et lui adressai une courte allocution terminée par un hourrah ! Le Roi exprima à son tour ses vœux de prompt et glorieux retour, et le train se mit en marche.
Plein de gratitude, je pense encore à ma femme qui m'accompagna à la gare, le 7 août au soir, au départ de Dresde-Neustadt et qui m'adoucit la séparation par son attitude héroïque. Ni elle, ni moi, ne soupçonnions dans quelles circonstances nous devions nous revoir et quelles épreuves cruelles nous aurions à traverser ensemble.
Concentration (8-17 août).
La 3* armée, dont la composition est donnée à l'annexe 1, devait se concentrer, d'après l'ordre du G. Q. G., dans la région frontière de l'Eifel (Saint- Vith, Waxvveiler, Neuerburg, Priim, Wittlich) appuyée à droite à la 2'' armée, à gauche à la i" armée :
Le XI" G. A. à l'aile droite.
Le XII* G. A. au centre. l Eu i""* ligne.
Le XIX' G. A. à l'aile gauche.
Le XII° C. R. en seconde lig^ne derrière les XII*' et XIX« G. A.
Dès la publication de l'ordre de mobilisation, une brigade de chacun des XII*' et XIX^ G. A. fut envoyée à la frontière, en couverture de cette zone de concentration. Ges brigades partageaient avec la cavalerie d'armée (1'^' G. G. von Richthofen arrivé de bonne heure) la mission de couvrir le rassemblement des troupes amenées par chemin de fer.
Parti de Dresde le 7 août à 9 h. 40 du soir, le premier échelon du Q. G. A^, passant par Leipzig, Eisenach, Marburg, Goblence, Gochem, Wengerohr, arriva à Priim le 9 août à 9 h. 20 du soir ; le deuxième échelon suivit le 10 août dans la matinée. Malgré la fatigue de ce long voyage en chemin de fer, j'ai conservé l'inoubliable impression de l'ordre qui régnait dans toutes les localités traversées et de l'enthousiasme qui débordait de tous les cœurs. Get enthousiasme trouvait un vif écho parmi les troupes en cours de transport ; il était d'autant plus sincère que l'alcool, dont l'usage avait été interdit, n'y avait aucune part.
A Prûm, je fus reçu par le capitaine d'état-major Loof, qui avait précédé le Q. G. A^ dans la zone de concentration, ainsi que par les représentants du commandant du XI^ G. A. déjà arrivé à Saint- Vith : le capitaine von Plessen et le prince Joachim de Prusse. Je descendis chez le juge de paix MuUer, rue du Goq. MuUer, personnalité d'élite, en pleine force, bien que frisant la cinquantaine, fut pour moi, aidé en cela par sa femme pleine de sollicitude, un hôte agréable, sympathique et attentif. Résidant depuis seize ans à
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Pritm, il y jouissait, coQime juge de paix, d'une grande considération ; il était très au courant des affaires de Belgique et put me donner beaucoup de bons conseils pour l'organisation de la police de campagne du Q. G. A. et pour mon service de renseignements. Plus tard, il sut me communiquer, au sujet des agissements de la presse chauvine belge, des indications précieuses qui trouvèrent leur application dans deux proclamations adressées aux Belges par le Q. G. A.
Le Q. G, A'., dont la composition est donnée à Pannexe 2, avait à regretter l'absence, pour cause de maladie, des ducsdeSaxe-Meiningen et Saxe-Gobourg-Gotha qui devaient y être attachés ; il se trouva, à son arrivée dans la zone de concentration, en présence de problèmes importants. Il s'agissait, non seulement d'organiser le service intérieur, de préparer une liaison plus étroite entre le commandement et les services, de chercher à se mettre directement en relations personnelles avec les commandants des corps d'armée subordonnés et avec le commandement des armées voisines, mais encore d'envisager sur le champ les mesures à prendre pour préparer la marche en avant de la 3® armée telle qu'elle était projetée pour le commencement des opérations de guerre.
La 2® armée devait effectuer son débouché de bonne heure. Néanmoins les directives du G. Q. G. prescrivaient à la 3'' armée d'achever d'abord sa concentration ; elle n'entamerait ensuite sa marche vers la Meuse, en direction de Namur et de Givet, qu'après en avoir reçu l'ordre. Elle ne devait pas perdre de vue dans ce
132 SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNÉ mouvement quelle pourrait être appelée à prendre part à rinvestissement du front sud de Namur.
D'après le terme fixé à la période de concentration, je pouvais admettre que les mouvements commenceraient le 18 août. En effet, d'après le plan de transport, l'arrivée des derniers éléments combattants du XII^ G. R. était prévue pour le 17 août. Les Corps d'Armée disposaient donc des journées du 12 au 17 août pour prendre les mesures préparatoires à l'attaque général, que le Q. G. A^ jugeait indispensables.
Un coup d'oeil sur la carte montre que les corps de première ligne s'étaient vu affecter par l' Etat-Major général des zones de concentration de grande profondeur, savoir :
58 kilra. au XI' G. A., mesurés sur la route : Gerolstein, Prum, Bleialf, Saint-Vith^ frontière.
75 kilm. au XII^G. A., mesurés sur la route Oberkeil, Bitburg, ^Yaxweiler, Burgreuland, frontière.
103 kilm. au XIX*^ G. A., mesurés sur la route Hetzeratii, Quint, Speicher, Auw, xMeckel, Wolfsfeld, Bettingen, Neuerburg, Dasburg, frontière.
Et seulement 30 kilm. au XI1« G. R., dont la zone n'était pas, comme les autres, longue et étroite, mais très large et courte sur la route Bengel, Wittlich, Eisenschmitt, frontière.
Get échelonnement considérable des XI^, XII^, et XIX® G. A., maintenait les têtes du Xll^ G. R. à deux ou trois journées de marche en arrière et à Test de celles des autres corps d'armée de première ligne ; il fallait donc immédiatement raccourcir cette distance afin de rapprocher le XII* G. R. du front dès le début
des opérations. En conséquence, je me décidai à mettre en marche les troupes de ce corps d'armée aussitôt que possible après leur arrivée et à ordonner aux autres corps de serrer de plus en plus vers l'ouest et de dégager peu à peu toute la partie est de leur zone de cantonnement afin que le Xll" G. R. pût à son tour y pénétrer dès le 1 3 août.
En outre la possibilité, envisagée par le G. Q. G., d'une participation au siège de Namur, m'obligeait à prévoir un déploiement prochain de l'aile droite de la 3^ armée. J'estimai donc qu'il fallait déplacer le XII*' G. R. vers l'avant, sur un large front — ses deux divisions accolées — et le porter derrière les XI*' et XIP G. A. D'après les calculs du Q. G. A'., basés sur ces considérations, on pouvait admettre que, sans avoir naturellement pris un jour de repos, le XII*' G. R. serait, le 17 août, à gauche de l'Our :
La 24« D. R. au Sud-Est de Saint-Vith, derrière le XI« G. A.
La 23* D. R. au Sud-Est de Burgreuland, derrière le XII« G. A.
De cette façon le Q. G. A^ aurait le XII* G. R. sous la main, dans le cas où, le 18 août, le G. Q. G. donnerait à la 3^ armée l'ordre de se porter en avant.
La cavalerie d'armée — 5*' D. G. et division de cavalerie de la garde — renforcée par les bataillons de chasseurs et de tirailleurs de la garde, 11^, 12« et 13«, avait été chargée par le G. Q. G. de se porter en avant de la zone de concentration, par Bastogne, en direction ouest, sur Dinant avec mission d'observer et d'explorer la ligne de la Meuse de Namur à Mézières, Dans
raccomplissement de cette mission, elle se heurta d'abord à de faibles détachements de cavalerie française, puis à de plus forts ; c'est seulement sur le secteur de la Meuse, au sud de Namur, qu'elle rencontra une résistance qu^elle ne put briser d'emblée.
C'est ainsi qu'eurent lieu des combats à Assesse et à Dinant qui se renouvelèrent au cours de l'exploration, mais qui permirent cependant à la cavalerie de recueillir des renseignements étendus sur l'ennemi et sur ses positions à Dinant. Ces succès de l'exploration de la cavalerie renforcèrent la confiance du Q. G. A', dans la possibilité pour l'armée d'exécuter sans à-coup ses premiers mouvements ; mais d'autres nouvelles, émanant du corps de cavalerie et des brigades chargées de la surveillance de la frontière, relatives à l'attitude de la population belge, donnèrent de l'inquiétude pour l'avenir. Ces rapports établissaient tous que les habitants de l'autre côté de la frontière, tant qu'ils étaient en présence de nos troupes, ne se montraient pas absolument hostiles ; mais que dès que celles-ci avaient tourné le dos ou qu'un isolé se présentait, ils ne manquaient pas de les molester par derrière à la faveur de l'obscurité chaque fois qu'ils en trouvaient l'occasion. D'après ce qui s'était passé dans beaucoup de localités et dans toutes les contrées traversées, on acquit l'impression évidente que la population, excitée par la presse chauvine, par le clergé et par le gouvernement, agissait d'après des instructions données à Tavance. On ne pouvait et ne devait par suite hésiter un seul instant à parer à cette situation par les mesures les plus sérieuses et les plus ri-
goureuses. Les incidents qui témoignaient de cette hostilité ont été trop nombreux pour pouvoir être rapportés ici. La découverte de dépôts de fusils, de revolvers, de munitions et de dynamite, n'était pas chose rare, non plus que les destructions de lignes télégraphiques et téléphoniques, de ponts sur les routes ou sur les voies ferrées, l'obstruction de chemins par Tabatage, parfois sur des kilomètres de longueur, des
arbres qui les bordaient ; etc.. etc
Particulièrement caractéristique était une circulaire d'une autorité postale belge, tombée entre les mains de r Etat-Major du Xl° G. A., qui donnait le conseil d'aller amicalement au devant des Allemands, mais de leur faire sous main et par derrière tout le mal possible. Des assassinats furent la conséquence de ces sentiments hostiles. Alors, devant la nécessité, le G. Q. G. n'hésita pas à réprimer avec la dernière rigueur la conduite hostile, contraire au droit des gens, de la population belge. L'arrestation comme otages de personnes considérées, notamment de propriétaires fonciers, de maires, de curés, etc., l'incendie de maisons et de fermes, la mise à mort des gens pris sur le fait, ne purent être parfois évités, Cette attitude perfide des habitants surexcita beaucoup non seulement les troupes des 48® et 64® brigades d'infanterie qui se trouvaient dès le début sur la frontière et qui lurent ensuite poussées en avant pour la protection des voies ferrées en territoire belge, mais bientôt aussi les troupes des corps d'armée qui se trouvaient encore dans la zone de concentration. Ces dernières durent exécuter leurs mouvements dans cette zone par une chaleur torride qui leur occasionna
136 SOBVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE quelques pertes à la traversée des montagnes de l'Eifel ; mais, d'un autre côté, l'obligation de participer à des marches journalières renforça la discipline et l'aptitude à la guerre des troupes de toutes armes. Dans les tournées que j'effectuai chaque jour de Priim, pour visiter les commandants de corps d'armée ou le Q. G. A*, voisin, je rencontrai souvent des colonnes en marche du XI" G. A., de la 2« D. I. G. et des corps d'armée saxons ; partout régnaient dans les rangs allemands un ordre et une discipline exemplaires.
J'eus une impression tout à fait singulière en rencontrant un bataillon du 102"^ R. 1. C'est à la fin de la matinée du 12 août que je croisai ce bataillon au sommet d'une côte escarpée où il faisait halte en plein soleil. Le chef de bataillon avait ordonné de mettre sac à terre et même permis d'ôter les tuniques. Des centaines d'hommes profitèrent de cette occasion pour retirer aussi leurs chemises et les faire sécher au soleil. Environ un millier d'hommes prenaient un bain d'air le torse nu, n'ayant pour tout vêtement que leur pantalon. Pour quoi des aviateurs ennemis auraientils pris une semblable troupe au repos ? Quelques heures plus tard, à mon retour, je rencontrai de nouveau ce bataillon, cette fois en marche, gaillard, sans un seul traînard, preuve vivante de l'influence rafraîchissante d'un bain d'air pris en masse.
Pendant le séjour du Q. G. A^ à Prûm, les officiers et fonctionnaires militaires se réunissaient journellement en conférence, prenaient leur repas en commun et resserraient les liens de la camaraderie ; mais ils
souffraient déjà de la séparation de leurs proches par suite de la suppression du service postal ; quelques-uns seulement eurent le bonheur de recevoir des nouvelles des leurs, grâce à des circonstances particulières. Je fus moi-même un jour au nombre de ces heureux quand le lieutenant comte Munster, arrivant de Dresde, le 12 août, m'apporta une lettre de ma femme, la première qui me parvint et qui devait rester la seule jusqu'au 17 août, par suite de la fermeture de la poste.
Le 13 août au soir, eut lieu, à l'abbaye de Priim, un service divin catholique et évangélique pour le Q. G. A^ Il fut célébré par les ecclésiastiques du pays ; malheureusement, il ne fut pas commun, mais séparé par confessions.
Les rapports de la cavalerie d'armée, arrivés jusqu'à la fin de cette journée, et les résultats des reconnaissances aériennes précisèrent la situation de l'adversaire devant la 3" armée. Ils permirent de se rendre compte que le groupe du nord de Tarmée française était encore en voie de concentration et que, abstrac. tion faite de la garnison de Naniur, la 3*^ armée avait devant elle :
Doux divisions de cavalerie, la l""" et la 5®, avançant timidement devant l'aile gauche de la 3° armée et l'aile droite de la 4^ ;
Le !•''' C. A. près de Namur et au sud, derrière la Meuse, un autre G. A., venant du sud par Givet.
En présence de cet état de choses, le G. Q. A^ examina le 13 août sa situation et celle de Tadversaire.
On savait que la France espérait que l'armée belge,
138 SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE appuyée sur les forteresses d'Anvers, de Liège et de Namur et renforcée par des éléments anglais et français, serait capable d'opposer à Ja marche des Allemands à travers la Belgique une résistance assez longue pour qu'une contre offensive de grand style pût être entreprise par les Français vraisemblablement par Verdun sur la Lorraine.
Cet espoir de l'ennemi fut réduit à néant par la prise aussi rapide qu^inattendue de Liège, car le G. Q. G. français se vit ainsi dans la nécessité, à peine la concentration commencée, de modifier de fond en comble le plan d'opérations de son aile nord. La question de savoir oii Tennemi chercherait vraisemblablement à établir sa nouvelle base se résolvait d'elle-même ; il suffisait pour cela de jeter un coup d'oeil sur le cours de la Meuse entre Charleville et Namur. Je ne doutai donc pas que les Français appuieraient leur aile nord sur la Meuse au sud de Namur et sur Namur même, pour réaliser la liaison avec les Anglais débarquant à Anvers ou à Fouest et avec les forces belges en campagne et à Anvers.
Cette hypothèse fut non seulement confirmée au cours des journées suivantes, mais encore se changea en certitude lorsque des fractions importantes de l'armée française furent poussées vers le nord, et, par Philippeville, sur la Sambre.
La concentration de la 3^ armée fut terminée le 17 août comme elle devait l'être ; le Q. G. A^ déclina cejour-là, comme il avait déjà eu l'occasion de le faire une première fois, une demande du Q. G. A^., tendant à déterminer la 3'' armée à s'ébranler prématurément;
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mais je fus à môme d annoncer au G, Q. G. que la 3® armée tout entière était prête à se mettre en marche, à l'exception de quelques colonnes de munitions du XII'' C. U. encore en cours de transport par chemin de fer.
L'avance générale avait été prescrite par l'Empereur pour le 18 août, et la 3" armée notamment devait porter son aile droite par Durberg (Durbuy), Havelange, contre le front sud-est de Namur, en liaison avec l'aile gauche de la 2* armée et se maintenir, par son aile gauche, en contact étroit avec Taile droite de la 4® armée.
En même temps, d'autres dispositions furent arrêtées pour la prise de Namur par l'aile gauche de la 2® armée et l'aile droite de la 3® ; cette dernière reçut pour l'attaque 4 batteries autrichiennes de mortiers lourds.
Tandis que le P"" C. G. qui opérait en avant de la 3^ armée exécutait avec succès, le 18 août, une nouvelle reconnaissance offensive de la ligne de la Meuse occupée par les Français vers Dinant et que les 1'"'= et 2" armées allaient continuer leur marche en avant à partir de la ligne Hasselt, Saint-Trond, la 3^ armée s'ébranla le dit jour et porta son quartier général de Prûm à Viel-Salm.
Quartier général du XI* G. A. à Soy.
— XIl^ — à Laroche.
— XIX*' — à Mabompré.
— XI l« G. R. à Rurgreuland.
Le corps de l'aile droite (VIII*=) de la 4^ armée atteignit Wiltz.
Un ordre du G. Q. G., arrivé dans l'après-midi, chargea la 2" armée de l'attaque sur Namur. Le XP C. A., avec le III® bataillon du l®"" régiment d'artillerie à pied et le 23* régiment de pionniers, passait à la 2*= armée. A la 3« armée incombait la mission de couvrir l'attaque sur Namur, face à la ligne de la Meuse Namur-Givet tenue par l'ennemi. Le débarquement des mortiers autrichiens était poussé dans la zone de la 2" armée.
Je profitai du déplacement du Q. G. A. pour faire une nouvelle visite au général commandant le XI* G. A. Je le rencontrai au moment où il faisait défiler une partie de son C. A. devant le Grand-Duc de Saxe Weimar, et le prince héritier de Waldeck. Les troupes et les convois, les hommes et les chevaux, étaient en parfait état. En cours de route je pénétrai pour la première fois en territoire belge. Je constatai le soin avec lequel la population avait cherché à multiplier les obstacles à la marche des Allemands, en coupant et en barrant les routes et les ponts, et combien, pour réprimer ces actes contraires au droit des gens, l'autorité militaire avait été forcée de sévir fréquemment contre les habitants, en brûlant les maisons ou par tout autre moyen.
A Viel-Salm, le Q. G. A^ s'établit au château d'un industriel belge, M. Sincay. Cette maison de maître, très luxueusement installée, au milieu d'un parc ancien, servait probablement de séjour durant la saison des chasses à courre. On y trouvait des écuries pour 50 chevaux et plus de 40 chambres. Nous ne trouvâmes
142 SOUVENIllS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE au château qu'un vieux serviteur qui, aidé par sa femme et avec le secours de nos vivres réglementaires, se chargea de notre bien-être matériel.
Le i9 août, nous restâmes à Viel-Salm, tandis que les corps d'armée continuaient leur mouvement vers Touest, le XI* G. A. restant encore dans la zone de la 3'= armée. J'eus ainsi l'occasion de saluer à Viel-Salm le général von Ehrenthal et de nombreux éléments de sa 24« D. R.
Les rapports parvenus ce jour-là, ainsi que ceux de la veille, confirmèrent, en les complétant, les vues que j'avais déjà à Priim. L'ennemi paraissait concentrer non seulement les 1" et 2^ G. A., mais encore d'autres forces importantes, peut-être sa 5® armée, à l'ouest de la Meuse, de Namur à Dinant et à Givet, et, au sud de la Sambre, en amont et en aval de Gharleroi.
La question de savoir comment il emploierait ses forces de la Sambre, soit pour une offensive, soit en restant sur la défensive, en liaison avec des troupes belges et peut-être anglaises, allait bientôt être résolue. En tout cas l'occupation par les Français de la coupure de la Meuse, Namur-Dinant-Givet, pouvait être considérée comme constituant une liaison entre le groupe d'armées déployé à l'est de Gharleville elles éléments d'armée de la Sambre ou bien comme formant le flanc droit d'un front constitué sur la Sambre, face au nord. La ligne de la Meuse, en aval de Givet, facilitait extraordinairement l'exécution de cette double mission. La rivière coule, en effet, dans une vallée profondément encaissée, surplombée à certains endroits par des rochers à pic, elle ne peut être franchie que sur des
ponts et constituait par suite un sérieux obstacle devant la position fortifiée occupée par les Français sur la rive gauche et qui s'appuyait solidement au nord sur la forteresse de Namur et au sud sur le fort de Givet.
Il était certain pour moi que nous allions nous heurter à Fadversaire sur cette coupure et en venir aux mains ; mais l'incertitude régnait sur l'évaluation des effectifs que nous rencontrerions sur la Meuse. La force de la position et la valeur de l'obstacle permettaient au commandement français de n'y employer relativement que peu de troupes. Cependant le danger que présentait, pour les opérations françaises, une irruption des Allemands sur l'aile nord à Dinant, ne permettait pas non plus de sous-estimer les effectifs ennemis. Je tenais donc pour vraisemblable que des troupes des 1*"^ et 2® G. A. s'opposeraient à notre tentative de forcer la coupure de la Meuse à Dinant, mais je ne croyais pas, en raison de la nature du front défensif de 15 km. de long, que la totalité de ces deux corps d'armée serait affectée à la défense dé la Meuse.
W août. — Le 20 août, le XI** G. A. prit position contre Namur, tandis que les XIP et XIX" G. A. portaient leurs éléments de sûreté jusqu'à Spontin, Celles, Giergnon, leurs gros immédiatement en arrière :