‹ Souvenirs de la guerre de l'indépendance de la GrèceChapitre 12 sur 33 · Scandalidia · texte numérisé non relu

Scandalidia

' Archives de la Régi'uériitioi] hellénique

Pouvoirs législatif et exécutif ainsi que les Ministres restèrent dans le vaisseau en face de Nauplie.

Trois semaines se passèrent, e un égociatiOQs, pour amener Plapoutas à recevoir le gouvernement dans la citadelle, mais, tous ces efforts furent vains, et l'Assemblée nationale dût se réunir à Astros, oCi se rendirent ensuite les membres du Gouvernement.

Vers le milieu de mars, à la veille de noire départ pour Astros, un vaisseau à deux ponts, à bord duquel était Hamilton commandant de l'escadre anglaise dans la mer Egée, entra dans le port. L'amiral anglais envoya immédiatement un canot à notre vaisseau, pour inviter Négris à une conférence particulière avec lui, De grandes dissensions existaient alors entre les primats et les capitaines. Les Anglais, disait-on. ourdissaient quelque trame contre la Révolution hellénique et Négris était considéré comme un de leurs chauds partisans. Les Pouvoirs législatif et exécutif se consultèrent et décidèrent qu'ils ne permettraient pas à Négris de se rendre à l'invitation d'Hamilton.Hs lui ordonnèrent

de lui écrire que, le Gouvernement devant partir le lendemain pour Astros, ils pourraient/ conférer, si Hamilton avait quelque communication à lui faire. On décida en outre, qu'on ne laisserait pas Négrîs aller seul à la conférence, mais, qu'afin d'éviter toute intrigue, on le ferait accompagner par une députation composée de deux memlares de confiance. En conséquence, Caracatsani de Spetsia et moi fûmes adjoints à Négris. Le lendemain nous partîmes pour Astros, et bientôt Hamilton fit prier Négris de venir sur le rivage, où il se trouverait lui-même.

II parla d'abord de notre révolution, et se mit à énumérer les grandes difficultés de la réussite devant l'immense puissance ottomane ; il parla longuementdu déplorable état de nos affaires, causé par nos discordes etnos divisions, qui diminuaient encore nos faibles forces ; il invoqua notre manque de ressources pour continuer la guerre; il ajouta que les aspirations de nos chefs n'étaient rien moins que nationales, que leur but était de se substituer aux Turcs, et qu'enfin le peuple ne serait pas moins opprimé parOdyssée ou Colo-

cotronis qu'il ne l'avait été auparavant par MohammeJ? — Ensuite, changeant de tactique, il conseilla de permettre au Lord Haut-Commissairedes Iles-Ionien nés d'intercéder pour nous auprès de l'ambassadeur d'Angleterre et à celui-ci auprès du Sultan, afin d'obtenir la cessation des hostilités et l'établissement d'une Principauté comme celles de Moldavie et de Valachie : « Je crois, disait-il, qu'il ne serait pas difficile de l'obtenir par la médiation de l'Angleterre. » Énumérant ensuite les avantages de cet établissement, il dit que les Hellènes devaient accepter cette proposition parce qu'alors ils auraient le temps de se préparer à une nouvelle Révolution, la Turquie étant en décadence, et marchant d'année en année vers sa perte.

A peine Hamilton eut-il fini de parler, que Négris, qui savait peut-être quelque chose de ce qui venait d'être dit, se tut, et tourna les yeux vers moi. N'étant pas préparé, et étonné de la proposition inattendue que je venais d'entendre, je crus qu'il était préférable d'interrompre la conférence, et je répondis comme il suit :

« Je ne veux pas discuter à présent la première partie de votre discours. La guerre que nous avons entreprise, est inégale, je le reconnais, mais la puissance du Très-Haut et la philanthropie des états chrétiens ne permettront jamais qu'elle se prolonge outre mesure. Quant à ce qui regarde la seconde partie, je vois que nos discordes s'aplanissent facilement ; nous en avons un exemple récent dans l'insurrection de Dramalî, qui nous menaçait de la guerre civile. A l'approche du danger, les parties rivales se réunissent contre l'ennemi commun. Si la Révolution réussit, la restauration de ce pays dépendra des puissances européennes. Cependant, je ne puis nier que notre position ne soit extrêmement difficile, comme vous l'avez observé. Quant à votre proposition, nous ne pouvons donner aucune réponse, ni exprimer notre opinion sur elle. Permettez-moi une seule observation: Comment se peut-il que les Hellènes demandent l'intervention du Lord Haut-Commissaire, del'ambassadeur ou du gouvernement anglais lui-même, en se basant sur celte simple conférence?

Cette proposition est contraire à tout ce que les Hellènes ont proclamé et proclament sur leur indépendance. Il me semble, pour que le Gouvernement hellénique pût s'occuper d'un tel objet, qu'il devrait exister des documents, des communications, justifiant du moins que la Grèce est conseillée par une grande puissance, comme l'Angleterre. Vous pouvez donc, si vous le voulez, exposer et envoyer par écrit au Gouvernement ce que vous avez eu l'obligeance de nous communiquer verbalement. »

Ma réponse troubla Hamiltou, qui répliqua qu'il n'avait pas été chargé de tenir un tel langage et qu'il ne pouvait donc faire aucune communication par écrit ; mais comme ami de la Grèce, voulant son existence et sa prospérité, il croyait nécessaire de donner ce conseil, et comme tel les Grecs devaient l'accepter ; comme philhellène, il servirait de médiateur, dès que le gouvernement hellénique l'en aurait chargé. Puis il reprit le même thème d'une manière entrecoupée. J'ajoutai :

« qu'avec le respect et la reconnaissance, que nous lui devions tous pour son phil-

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helléaisme, nous communiquerions au Gouvernement ce qu'il nousavait dit, et que l'Assemblée Nationale allait se réunir, et décider. »

Ainsi se termina notre conférence avec Lord Hamilton ; ma réponse, quoiqu'elle ne fût pas d'accord avec l'opinion de Négris, plut néanmoins à Caracatsani, et au Gouvernement.

Après la conférence, nous nous rendîmes aux Calyvia (Cabanes) d'Astros, où le Gouvernement s'était déjà établi, et où devait se tenir l'Assemblée. Nous pensâmes que nous devions communiquer secrètement ce qui s'était passé pendant la conférence, pour ne pas éveiller des soupçons chez le peuple réuni à Astros, et pour qu'il n'arrivâtpas de désagréments à des gens, suspectés injustement peutêtre, de comploter contre l'indépendance hellénique. Nous avions raison, car après avoir communiqué par écrit les faits de la conférence, le P. Exécutif fut d'accord avec nous, ainsi que plusieurs députés ; mais peu s'en fallut que nous souffrions nous-mêmes de l'agitation dupeuple, qui, ignorant les détails, faisait toute sorte de

suppositions. Ces soupçons furent bientôt détruits, le peuple réfléchissant que, comme j'étais membre de la commission, il était difficile que rien fut tramé contre l'indépendance hellénique, surtout par les Anglais, qui m'avaient banni de ma patrie, avaient confisqué mes biens et persécutaient mes parents. Tout soupçon contre la conférence ayant cessé, nous ne songeâmes plus qu'à la convocation de l'Assemblée Nationale.

L'Assemblée d'Asfros formait deux camps : le premier, était sous la direction immédiate de Colocotronî, auquel était unis Odyssée, Rhangos et quelques autres capitaines de la Grèce Continentale, ainsi que les sénateurs du Péloponèse. Dans le second camp, on comptait la plupart des primats du Péloponèse, les membres du Gouvernement, Zaïmis, Londos, Notaras, Giatracos et d'autres capitaines. Le premier camp professait des principes démocratiques, le second paraissait plus conser\-ateur. Les capitaines prétendaient à une infinité de droits, les primats se contentaient de droits simples et semblaient disposés à faire des sacrifices, de

■ sorte que la rupture paraissait inévitable.

ï Mais ceux qui étaient étrangers à ces discordes, étant intervenus, nous réussîmes k établir l'accord entre les parties rivales conditions suivantes :

i" Les députés des provinces des deux parties contendantes seraient validés sans examen.

2° Une commission de 7 membres chargés de réviser la Constitution d'Epidaure et les autres lois en vigueur, serait choisie dans les deux partis,

î" L'élection des membres du Corps Exécutif futur serait faite en nombre égal dans les partis. Chacun étant d'accord, l'Assemblée fut ouverte le 29 Mars. Furent élus : Pétro-BeyMavromicliali, président; Théodore!, évêque de Vresthéni, viceprésident, et Théodore Négris, premier secrétaire. Après la formation de son bureau, la chambre procéda à ses opérations, — Dans sa i" séance, elleapprouva la Loi Organique d'Epidaure, les lois sur le commandement général de l'armée, sur l'amiralat, les lois militaires, sur le ministre de la Guerre et de la Marine, et sur l'organisation intérieure de l'Assemblée,

a L.\ GUERRE DE l'indépendanc

■ — Dans sa 2" séance, l'Assemblée résolut d'élire une commission de sept membres parmi les Hellènes les plus connus, les plus vertueux et les plus instruits, pour la révision de la loi organique d'Epidaure.

Elle procéda à l'élection de ces membres dans la 4" séance. On en choisit trois de chaque parti rival, parmi lesquels Négris, l'évèque d'Androutsa et A. Monarchidis, le 7" étant en ballotage, je fus nommé k l'unanimité comme n'appartenant à aucun parti. Quelques jours après, l'Assemblée jugea à proposd'ajouterdeux autres membres, et ainsi cette commission fut de neuf membres. Dans cette même ^ séance il fut question d'administrations particulières, du Sénat et de l'Aréopage; leur existence fut reconnue nuisible aux intérêts du pays, et ils furent supprimés à l'unanimité par l'Assemblée. — Dans la ^' séance, on nomma une commission de neuf membres pour la rédaction du code pénal tiré des ordonnances des Empereurs Byzantins. — Dans la sixième séance le budget de !a première période gouvernementale fut revu et la révision du budget de l'année suivante fut proposée ;

DE lA GRÈCE

laj

on nomma à cet effet une c la membres, 6 politiques et 6 militaires. — Dans la huitième séance, il fut question de choses ecclésiastiques et le ministre des Cultes reçut ordre de rédiger un projet de Constitution ecclésiastique. Dans cette I séance, il plut à l'Assemblée d'ordonner à Colocotronidelui remettre sans retard Nauplieetses forteresses, et de lui consigner les documents venus d'Italie, qui furent lus dans la séance suivante, — Dans la neuvième séance, je soumis avec la commission à l'Assemblée le résultat de nos travaux faits sur la Constitution d'Épidaure ; elle fut approuvée comme Constitution provisoire de la Grèce, et confirmée le jour suivant par un vote particulier, — Dans la I douzième séance, l'Assemblée s'occupa du 1 budget annuel, et décida que le gouvernc- ' ment, qui recevrait ses pleins pouvoirs des peuples, serait chargé du soin de pourvoir aux dépenses de la Nation, qu'il pourrait emprunter sur hypothèque des biens natio- I naux, et qu'il pourrait vendre ces mêmes I biens conformément au décret 32"°, S'étant aussi occupée de l'organisation des provinces de l'État, l'Assemblée nomma

i GUERRE DE l'indépendance

une commission de dix membres, chargée de faire des études préparatoires sur ce sujet. Mavrocordato et moi, nous fûmes élus membres de cette commission, — Dans la treizième séance, nous présentâmes sur cette organisation, un travail que l'Assemblée approuva et sanctionna par un vote particulier, — Dans les quatorzième et quinzième séances, on parla beaucoup de de l'indemnité due aux trois îles maritimes, mais la question resta en suspens, il fut rendu là-dessus un décret dans la seizième séance. Dans cette même séance, l'Assemblée s'occupa du rapport de la commission sur la rédaction des lois pénales, approuva qu'il fût envoyé au corps législatif qui le revit et le sanctionna sous le titre de «collection des lois criminelles. » — Dans la dix-septième et dernière séance, on décida à l'unanimité que Tripolis serait le siège provisoire du gouvernement, et après quelques autres actes de peu d'importance, cette deuxième Assemblée nationale fut dissoute le i8 avril.

Après la dissolution de l'Assemblée le , pouvoir exécutif fut établi, son président fut Pierre Mavromichalîs, et ses membres

x)locotroni, Zaïmis, Sotir Charalambis et André Métaxas, qui, vers la fin de l'Assemblée était revenu d'Ancône sans avoir pu arriver jusqu'à Vérone auprès du Congrès jdes Souverains. Mavrocordato fut nommé lecrétaire d'Etat.

Je ne voulus pas prendre part à ce nouveau gouvernement, nourrissant toujours mon projet favori, d'organiser avec mes ^mpatriotes un autre corps d'armée, et de ivec eux pour la guerre. C'est avec jette résolution, que j'accompagnai legoubernement k Tripolis. En ce moment, des 'lettres de Londres annoncèrent que l'emprunt négocié devait avoir lieu, et le gou vernement songea il envoyer une commis- • sion pour le représenter. Le pouvoir exécui proposa d'en faire partie, mais je répondis qu'étant jeune, je ne devais pas [n'éloigner du champ de guerre dans ces feritiques circonstances, et, comme j'avais refusé d'être ministre, je repoussai cette [proposition.

Pour la réalisation de mon projet, je i de Tripolis à Nauplie, où se trourvaient beaucoup de mes compatriotes. Je rtéunis plus de trois cents Céphallènes, et.

pour augmenter ce nombre, je reçus des Rouméliotes,des insulaires et des habitants des côtes du Levant, de sorte que mon corps comprit bientôt 500 hommes. Comme Je rencontrais de nombreuses difficultés pour armer ce corps, les frères Calergi me livrèrent soo fusils, A la tête deces troupes, je partis pour Tripolis, afin de me mettre aux ordres du gouvernement, et d'en recenitions.

Le gouvernement reconnaissant de ma résolution, me nomma commandant des Céphallènes, et m'ordonna de partir pour Patras, où se trouvaient d'autres corps, assiégeant les ennemis qui s'y trouvaient enfermés. Je partis de Tripolis vers le milieu de mai, et je campai sur les positions de Riolo et d'Ali-Tchélépi, auprès de Sissinis qui commandait les armées de Gastouni et de Patras, tous deux nous attendîmes l'arrivée des autres troupes pour resserrer davantage le siège de cette dernière ville.

Il y avait trois semaines environ que je me trouvais à Riolo, lorsque dans les premiers jours de juin, un messager extraordinaire, envoyé par le gouvernement,

m'apporta différentes lettres officielles, qui

m'annonçaient qu'un décret du 4 juin,

m'avait nommé Eparque général de la

Grèce occidentale, et qu'un autre décret

du 13 de ce mois m'accordait dans la même

région une autorité militaire absolue. Le

gouvernement m'engageait à presser mon

départj d'après les nouvelles qu'il avait

reçues, Moustaï, Pacha deScodra, préparait

une grande expédition contre Mésolonghi.

I Le gouvernement annonça ma nomina-

I tion à Mésolonghi, et la commission qu'a-

I vait formée Mavrocordato pour adminis-

I trer le pays, m'écrivît que ma présence

I était urgente, et que l'on m'attendait pour

t prendre au plus tôt les mesures nécessitées

■ la campagne imminente des Turcs,

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