‹ Souvenirs de la guerre de l'indépendance de la GrèceChapitre 13 sur 33 · CHAPITRE SIXIEME — Juin. — Juillet · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME — Juin. — Juillet

Je m'embarque à Gîarentsa pour Mésollonghi. — Je suis poursuivi par la flotte fcturque, — Comment je me sauve sur le (Continent, — Description de Mésolonghi.

- Etat des choses dans la Grèce occidenl'tale. — Causes de la discorde entre les B capitaines. — Mon explication avec Marco- IjBotsaris. — Je convoque les capitaines aux BKéRASOviticaCalyvia (cabanes). — Paroles ■iqueje leur adresse. — Je les mets d'accord.

- Discours de Botsaris aux capitaines Soutîiotes. — Il déchire son diplôme de géné-

Jjral. — Dispositions des corps militaires ■hellènes. — Débarquement des Turcs de J-la flotte, — Combat de Crionéri. — s^ dé- ■ barquement. — Leur défaite à Bochôri.

Le péril était grand, le patriotisme me r recommandait d'accepter la mission qui

K GUERRE DE l'inDÉPENDANCE

m'était imposée, je ne pus que me soumettre à ce devoir et j'informai le gouvernement de ma résolution, tout en me plaignant de n'avoir pas été averti plus tôt, de manière à pouvoir prendre les mesures opportunes, et m'approvisionner des choses nécessaires.

Avant mon départ, je fus prévenu que la flotte ennemie, forte de 45 vaisseaux de guerre, naviguait le long de la côte de Mésolonghi, de sorte que le transport de mon corps d'armée par de petits bâtiments devenait impossible. J'ordonnai donc à mon lieutenant Spyridion Panas de passer par le golfe de Corinthe dans la Grèce continentale, et de se rendre a Mésolonghi (i). De

[I) Corps législatif. Période 11, S- 79.

Le Pn'-sideut du Corps Législatif iï son EicelleDce le PrËsident du Corps Exécutif, DaD9 la séance du Corps Lé g i si a lif d'aujourd'hui il a été question de l'Eparque de Mésolong-bi et de tout le Carelliou. M. CoDsIaDtlu Mëtaxaa ayant été proposé comme chef dans cette parlie de la Grèce, où les circonstances difficiles réclament un tel homme, l'auguste Pouvoir exécutifs doDC dû choisir i sa place comme chef des CéphaUènea

1 côté, avec loo hommes d'élite sous la conduite de Spyridion Valsamakis et de f Tsatzos Souliotis, ayant fait mes adieux ■ à mes soldats, je me rendis de Riôlo à fjlarentsa, où se trouvaient deux petits I bâtiments (mystics), envoyés tout exprès r me transporter à Mésolonghi. Je trouvai également à Glarentsa un petit bâtiment Zantiote dont le capitaine m'attendait pour me prévenir que l'amiral de ! flotte ennemie, Topal-Pacba, connaist sant mon départ pour Mésolongbi, me [ guettait de Cryonéri à l'Achéloas pour m'arrèter ; je remerciai le zantiote de ces I précieux renseignements, et je m'entendis avec les capitaines des deux mystics sur la I meilleure manière de faire la traversée.

i Comme le transport des soldats et de mes I cbevaux était facilité par le moyen de deux

n homme qu'il jugeait digne de coin m on lier ce corpi militaire, de faqua à ce que l'tiarmoDie et ' l'ordre continiiasseiit à y régaer. C'est pourquoi le prépent a été soumis ;i l'approbation du Pouyoir exécutif.

Le Vke-Prt'ideat du Corps légùlalif.

THfiouonBT, èvÈque de vreatnéne.

* Premier Secrétaire du C. t., Jean Sca^daliuis.

A GUERRE DE l'indépendance

barques (bratsè ras) d'Etalico, qui se trouvaient par hasard à Glarentsa nous demeurâmes d'accord avec les capitaines de simulernotre navigation versl'ÎIedeCéphalonie, puis Ithaque, et enfin pendant la nuit de nous retourner vers les îles Curzolaires (Echînades), et de là de nous rendre à Mésolonghi par terre ou par les canaux.

Nous résolûmes de partir le lendemain pour avoir le temps de préparer les deux barques (bratsères), et vers le soir nous embarquâmes les munitions, les chevaux et les soldats.

Les quatres petits vaisseaux mirent à la voile, chaque mystic traînant une barque (bratséra), afin que, en cas de danger, nous puissions nous secourir mutuellement.

Nous nous trouvions entre Glarentsa et Céphalonie, lorsque de loin nous aperçûmes à la hauteur de Zante une frégate turque, qui semblait être en vedette. — Mais notre vaisseau avait un vent de sud favorable, tandis que la frégate, se trouvant dans un calme plat, ne pouvait nous donner la chasse. Nous arrivâmes bientôt sous l'île de Céphalonie, et longeant les côtes, nous approchâmes d'Ithaque ; vers le mi-

lieu du jour, nous nous trouvions à la hauteur du dernier promontoire de cette île, lorsque lèvent d'ouest commença à souffler. Les commandants des mystics me proposèrent de profiter de ce vent favorable, et de nous diriger vers les Echinades (Curzolaires). Je leur rappelai les renseignements que nous avait donnés le capitaine de Zante, et leur dis qu'il serait plus sûr d'attendre l'obscurité ; mais leurs observations finirent par me persuader, et nous nous dirigeâmes vers ces îlots.

Déjà nous avions parcouru une bonne partie de notre route, lorsque, vers trois heuresaprèsmidi, du côté de Procopanisto, en dehors de Mésolonghi, seize grands vaisseaux turcs s'offrirent à notre vue.

Comme nous étions encore loin, peut-être ne s'aperçurent-ils pas d'abord de notre présence, mais bientôt un brick déploya ■ ses voiles, et marcha contre nous. Lèvent étant contraire, il dut faire un grand détour , et prendre le vent, pour revenir sur nous ; heureusement qu'avant son retour, nous étions déjà arrivés aux îles Curzolaires, car pour éviter le danger, on ramait avec ardeuraux mystics. Nousapprochions

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de terre, lorsque nous vîmes, près du fleuve Achéloiîs, huit vaisseaux Ottomans, qui auraient pu, le vent étant favorable, nous rejoindre et nous exterminer. Une grande frayeur s'empara aussitôt des matelots du MYSTic où je me trouvais, qui voulurent couper la cordepar laquelle nous traînions notre barque (bratséra), afin d'en débarrasser le vaisseau. Cependant les soldats qui étaient à bord de la reatséra, se trouvant plus élevés que nous et soupçonnant que nous voulions couper la corde, saisirent leurs armes. Dès que je vis les matelots du MYSTIC s'avancer vers la corde, je compris leur intention, et prenant, de mon côté, mon épée et un pistolet, je leur dis que je tuerais le premier qui tenterait d'accomplir cet acte de trahison. En même temps, j'entendis les soldats des bratséras s'écrier : « Ne bougez pas, ou nous vous tuons tous. » Les matelots voyant les soldats prêts à faire feu sur eux, reculèrent tout tremblants. Alors je les encouragai, je leur distribuai une boisson spiritueuse, et ils se remirent à ramer de toutes leurs forces. Dans cette circonstance la conduite des Turcs fut incompréhensible.

DE LA GRÏCE

En effet quoiqu'ils pussent m'arrêter et détruire mes vaisseaux et mes soldats, ils ne bougèrent pas cependant, et nous donnèrent le temps de passer au-delà des Échinades, et de mouiller en face sur la plage du continent. Les soldats et les chevaux étaient à peine débarqués, que nous vîmes venir vers nous le brick, parti de Procopanisto. Nous courîimes aussitôt nous poster sur une hauteur, appelée Pé- TKovouNi pour défendre les deux barques de transport (bratséras). Ses mystics, ayant été mis en sûreté dans les canaux circonvoisins. Le brick envoya contre les sratsÈRAs deux canots, que nous canonnàmes sans discontinuer, et que nous forçâmes à se retirer sans avoir rien fait. Les soldats du brick nous canonnèrent à leur tour et blessèrent légèrement trois des nôtres ; nous ne pûmes savoir quel dommages nous causâmes à l'ennemi. Le bombardement ayant cessé, nous vîmes un brûlot se diriger contre nos bratséras et les incendier. Ainsi se terminèrent les péripéties de mon passage à Mésolonghi. J'ordonnai aux soldats de venir par terre à Mésolonghi, puis je montai à bord des mystics et, j'arrivai le

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lendemain dans cette ville par les canaux.

Tous les incidents de notre traversée étaient déjà connus à Mésolonghi, et on m'y attendait avec impatience. L'enthousiasme avec lequel on me reçut, fut indescriptible, on salua mon arrivée par des salves d'artillerie et des coups de fusils ; civils et militaires voulurent de toute manière me témoigner leur contentement.

Mésolonghi estnneville maritime, située entre deux fleuves, l'Evenus (Phidaris) et r.\chéloûs (le fleuve blanc) ; elle est distante du premier de cinq milles, et du second de quatorze. Cette ville est au niveau de la mer, et a devant elle une lagune d'une circonférence d'environ soixante milles. Des barques appelées Chiattes (Monoxyla) naviguent seules dans ses eaux peu profondes. Par des canaux trèsprofonds, la ville communique, au moyen de bâtiments acarènes, avec la mer qui en est distante de six à sept milles. Dans la lagune se trouvent plusieurs îlots, dont le p lus grand s'appelle Vasiladi, et est situé à l'embouchure du canal, que je trouvai fortifié et garni de canons.

Mésolonghi est éloigné de la terre ferme,

DE lA GBÊCE

au nord, d'environ cinq railles, il partir du ied de l'Aracynthe (Zygos). Au sud s'étend une plaine jusqu'à l'entrée du goHe de Corinthe, et dans cette plaine, à environ deux heures de chemin de Mésolonghi, sont situés les villages de Bokhôri et de Galata. A l'Orient cette plaine continue jusqu'h une roche, appelée Scali, par où passe, à travers des marécages, la route qui conduit à Etolico, Stamna, Vrakhôri et d'autres provinces.

Ainsi situé entre une plaine d'un côté et les eaux basses de la lagune de l'autre I côté, Mésoionghi offrait une position ' facile à fortifier railitairemenf. La ville ( était environnée d'un profonde! large fos- ' se, communicant avec la lagune, dont les eaux le remplissaient. Sur les bords du iê s'élevait un mur en pierre et en terre

■ inachevé, assez élevé et assez large pour que les soldats, placés dessus, pussent, par les meurtrières, faire feu sur l'ennemi. Au

I haut de ce mur étaient des batteries, ayant

■ chacune un ou deux canons. Le mur était plus fort et en meilleur état vers la Porte, où était aussi placée la grande batterie.

[ Au-delà du fossé vers !a Porte, on avait

pratiqué une espèce de chemin circulaire, qui longeait la cinquième partie de tout le bastion.

La population de Mésolonghi s'élevait à environ 6.000 habitants, en grande partie marins ou pêcheurs ; i. 000 environ étaient des soldats, que les assauts précédents, avaient aguerris. Tel était l'état dans lequel je trouvai Mésolonghi en juin 1823.

Deux membres seulement, Vlachopoulos et Papadakis, de la commission formée par Mavrocordato, restaient à Mésolonghi ; leur trésor étant vidé, ils avaient peu de munitions et manquaient surtout de plomb. Deux jours après mon arrivée ils partirent tous les deux, malgré mes efforts pour les retenir. Vlachopoulos surtout, qui était militaire, devait, au lieu de se retirer avec lesquelques homm.es qu'il avait, défendre la patrie, au moment où elle était menacée par le Pacha de Scodra (Scutari) d'une nouvelle expédition.

A Mésolonghi se trouvaient encore Marco-Botsaris,^ygouris et Kitsos Tsavel lasetTsongas avec leurs corps militaires, qui s'élevaient à 1.000 hommes, et étaient nourris chez les habitants; 1j gêne et le

DE lA GRÈCE

mécontentement des Mésolonghitesétaietit grands. En général l'état de la ville était fort triste, et elle le devint plus encore par suite de la division, portée à son comble, entre les capitaines et les gens du pays.

Cela me plongea dans un tel désespoir, que d'abord je songeai à partir; mais après réflexion je me décidai à rester, et à m'efforcer d'assoupir les divisions intestines, que mon départ n'eût pu que faire dégénérer en guerre civile.

Je découvris d'abord qu'il y avait dans la ville un parti de Mavrocordato, dont Marco-Botsaris était le cbef, et que la commission qui venait de cesser son mandat, avait adroitement répandu le bruit que j'étais envoyé par le gouvernement à Mésolonghi pour combattre ce parti. Mais les véritables causes des graves divisions survenues entre les capitaines, étaient celles-

Premièrement la promotion de Marco-Botsaris an grade de général déplut aux Tsavellas, parce que Zygouris, le plus vaillant de tous, n'avait pas ce grade. Le généralat de Marco-Botsaris fut regardé eun commandement général, parce

140 LA GUERRE DE l'INDÉPENDANCE

qu'aucun des capitaines de la Grèce occidentale n'était investi d'un grade si élevé, et on pensait que tous devaient lui être soumis; ce qu'on ne pouvait tolérer. — La seconde cause était que l'Assemblée nationale avait décidé de donner aux Souliotes Zapanti avec toutes les propriétés turques ; cela déplut beaucoup aux habitants du pays, qui, ne pouvaient souffrir les Souliotes. — La troisième cause était la question du commandement de Xéroraéron.

Une profonde inimitié existait entre les Chasapiii et Théodore Grivas, qui, avant mon arrivée, avait tué trois des leurs.

Tsongas, qui ambitionnait aussi le commandement de Xéroméron, secourut les Chasapéi. Soutenus aussi par les hommes de Marco-Botsaris, les Chasapéi battirent Grivas, et l'enfermÈrent dans une tour près de Dragamesto. Grivas appela â son secours Tsavellas, qui, mij par un pur sentiment de générosité, le sauva et le laissa se réfugier chez les autres capitaines de la Grèce occidentale. Tsongas et Botsaris, étant unis, occupèrent Mésolonghi, et jurèrent qu'ils ne feraient jamais de sortie contre les Turcs, tant que Grivas ne se-

rait pas expulsé de la Grèce occidentale.

LesMésolonghites, de leur côté, ne pouvant supporter les dépenses qu'occasionnait le maintien des troupes de Botsaris, de Tsongas et des Tsavellas, qui ne bougeaient pas de leur ville, se préparaient à les attaquer ; de sorte que la rupture était imminente.

Tel était l'état des choses dans !a Grèce occidentale, que menaçaient deux expéditions; d'un côté, celle de .Moustaï, Pacha de Scodra qui entrait par l'.^grapha ; et de l'autre, celle d'Orner- Pacha-Vry oui, qui se préparait à pénétrer par Macrynoros, pourfairejonctionavecle Pacha de Scodra, de sorte que, la discorde régnant parmi nous, il n'y avait ni forces unies, pour être opposées à l'ennemi, ni argent, ni munitions. Dans une circonstance si difficile, je priai la Divine Providence d'avoir pitié de moi et de m'éclairer sur ce qu'il y avait de mieux à faire pour le salut de la patrie.

Et d'abord je cherchai à détruire les soupçons mal fondés, que, mon arrivée avait fait naître, sans raison, chez les amis de Mavrocordato. J'appelai ensuite Marco Botsaris, je lui parlai sincèrement, et lui

exposai que je n'avais pas eu d'autre intention, en venant à Mésolonghi dans de si difficiles circonstances, que d'être utile à la patrie. Je ne connaissais même pas primitivement ma nomination, et, si je t'eusse connue auparavant, j'aurais refusé mon consentement, Attenduque je me trouvais déjà à Patras à ia tête de ■^oo soldats, j'ajoutai que les lettres du gouvernement et celles de la Commission de Mésolonghi, en me représentant les nécessités du moment, m'avaient décidé à venir, malgré le péril que je courais d'être capturé par la flotte Turque ; enfin je dis à Botsaris que je préférerais m'en retourner plutôt que d'être la cause de plus grandes dissensions, et de paraître involontairement chef de parti contre Mavrocordato. J'ajoutai que, pour faire cesser les divisions, je m'adressais principalement à lui plutôt qu'à tout autre, connaissant son patriotisme et sa valeur.

Botsaris, qui ne manquait pas de qualités morales, sentit profondément mes raisons, et me répondit que, quoique les affaires de Grèce occidentale fussent dans un bien triste étal, il pensait néanmoins que les

obstacles pouvaient s'aplanir, si je donnais des preuves des sentiments que j'exprimais, non pas tant pour lui-même, que mes raisons avaient convaincu, mais pour ses collègues, qui conservaient toujours leurs soupçons.

Je répondis à Botsaris que j'étais prêt à lui donner de semblables preuves, et que, puisque je n'avais pas encore nommé le personnelqui devaitformer monbureau, il voulut bien me désigner lui-même qui pourrait être capable d'être mon secrétaire.

Supposent que j'hésiterais à accepter, il me proposa Nicolas Louriotis, partisan dévoué de Mavrocordato, mais homme sage et bon patriote. J'acceptai sans observation, et j'écrivis immédiatement sa nomination, que je remis à Botsaris, pour qu'il la lui portât. Ce premier acte fit avouer à Botsaris que lui et ses amis se trompaient sur mes sentiments. Cette difficulté aplanie, I nous nous occupâmes d'autres questions, I Je lui montrai la nécessité d'éloigner de l. Mésolonghi tous les capitaines de la Grèce ■'occidentale, pour faire cesser leurs soup- ^ çons, contre les Souliotes, et leur faire [comprendre leur devoir sacré envers la

A GUERRE DE l'iNDÉPENDANCI

patrie. Je lui dis qu'il serait peut-être 1 difficile d'éloigner Grivas, mais que je désespérais pas de le faire. Lui-même etM les autres comprendraient qu'il ne devait!

pas se trouver dans les campements, enm contact avec les parents et les amis deS Chasapéi qu'il avait assassinés. ^ A cea observations, Botsaris m'encouragea, me dit que Tsongas serait inexorable.

Je répondis que je ne désespérais pas3 mais que lui-même Botsaris devait chei cher à faire disparaître la division quifl existait entre lui et les Tsavellas, parc^ que l'union des Souliotes constituait unel force puissante qui pouvait encouragerj les autres à repousser l'ennemi. — Botsar^a me répondit qu'il ferait cesser les dissent sions qui eKistaîent entre les Souliotes e lui. Cette conférence terminéeàlasatisfaçtion des deux partis, je m'occupai immé-J diatement de l'exécution de mon plai

Je convoquai les primats et les iiÉMOoi-^ HONTES de Mésolonghi, et les invitai à c tribuer au maintien des troupes qui :

trouvaient dans la ville, et à mettre k lei disposition des maisons pour quelques] jours seulement, c'est-à-dire jusqu'à cel

DE LA GRÈCE l4;

f qu'elles fussent prêtes h sortir contre l'ennemi. Les autorités Mésolongliîtes ayant volontiers accepté ma proposition, je nommai intendant M;tros Déligeorgis.

I Après cela, je iis venir Botsaris, Tsongas I et Tsavellas, et je leur dis de déterminer F le nombre des portions de pain pour les

• vrais soldats, à qui l'Intendant les distribueraient tous les jours, et de loger leurs hommes dans les maisons qui leur seraient

. assignées par les démogkrontes. Ma proposition fut accueillie de bonne grâce, et le bon ordre rétabli.

Les capitaines, qui se trouvaient hors I de Mésolonghi, étaient : André Iscos et I Jean Rhangos, capitaine de la province du LValtos, chez qui s'était réfugié G rivas ; I Pésylis et les Gioldassei, de Carpénlsi ; K Sadimas, de Vlochos ; Zanganas de Véné- Ktico; et Macris de Zygos. Par une cîrcu- I laire je les invitai a se réunir aux Keraso- IViTicA Calyvia, où je me rendrais moif même pour une conférence.

Dans les premiers jours de juillet, ac- I -compagne de trois primats de Mésolonghi,

* Carapépéris, Cotsicas et le bon citoyen Bçnisélis, je me rendis vers le milieu du

jour aux Kerasovitica Calyvia. J'y trouvai réunis les capitaines de la Grèce occidentale et quelques primats; il s'y trouvait encore plus de 2.000 hommes d'armes. Ils me reçurent tous avec la plus grande courtoisie. Assemblés sous l'ombre des arbres, je leur lus les documents concernant ma nomination, et je leur représentai que le péri! imminent de leur patrie avait seul pu me persuader de venir combattre avec eux ; j'énumerai les difficultés de la guerre et notre peu de ressources, et, en terminant mon discours, je leur dis que, par la persévérance, la concorde et la

volonté du Très Haut, nous poumons

surmonter tous les obstacles, et vaincre l'ennemi.

Après moi, Iscos, qui était le personnage le plus important, prit la parole, et me répondit, au nom des capitaines, que c'était avec plaisir qu'ils avaient appris ma nomination, car, par ma prudence et mon patriotisme bien connus, je pouvais les conduire à la victoire, il ajouta beaucoup d'autres paroles flatteuses, qui me firent espérer que ma mission réussirait. Après ce discours préliminaire, ils se plaîgniren

du gouvernement dissout, qui n'aurait

' 'jamais dû accorder le commandement-en-

I chef à Botsaris, qui était étranger, que,

par cette nomination, les chefs indigènes

[ se regardaient comme dédaignés, ce pour-

[■quoi ils refusaient tous de la reconnaî-

; ils me dirent aussi que le gouver-

[ nement avait mal fait de donner Zapanti,

c Souliotes qui n'avaient pris aucune

part à l'affranchissement de ce pays, tandis

que les corps militaires seuls de la Grèce

occidentale en avaient chassé les Turcs

au prix de leur sang. D'autres capitaines

exprimèrent les mêmes plaintes, montrant

ainsi leur aversion contre les Souliotes.

Je leur répondis qu'ils se trompaient, s'ils croyaient que le commandement militaire était la même chose que le gouvernement ; je leur démontrai qu'en ma qualité de gouverneur de la Grèce occiden- I taie, dirigeant ses affaires militairement et I politiquement, tous me devaient obéisf sauce, Botsaris aussi bien que les autres [capitaines. Lorsque je leur lus les instruc- I ■ tions du gouvernement, ils avouèrent qu'ils 1 s'étaient trompés, et me répondirent tous I qu'ils m'acceptaient et me reconnaissaient

représentant du gouvernement, et que comme tels ils me rendraient les honneurs qui m'étaient dus.

Je repris ensuite !a question de Zapanti, et je leur prouvai que nous ne pouvions pas dire que ce lieu était affranchi, puisque cela dépendait de la réussite de la I révolution et que c'était une folie de se i prendre de querelle pour une chose que I nous n'avions pas encore acquise; j'ajou- J tai que si le gouvernement avait concédé 1 Zapanti aux Souliotes, c'était afin qu'ils pussent se fixer quelque part, puisqu'ils avaient perdu leur patrie. Ils ne pouvaient d'ailleurs prendre possession d'un lieu exposé de toutes parts aux attaques des ennemis. C'est pourquoi le gouvernement • n'avait pas limité les droits de ceux qui j prétendaient en avoir sur ce pays, et qull pourraient soumettre leurs réclamationsJ aux Assemblées nationales qui devaient!

avoir lieu.

Les dissensions de ce genre étaient donCi'l vaines, car, si par l'aide du Très Hauti notre révolution réussissait, et la Grèce J devenait libre, les citoyens pourraient s'adresser au gouvernement qui serait alors 1

établi et qui reconnaîtrait leurs droits.

La rupture du joug, dis-je, est donc le seul objet digne de notre attention, et, cela obtenu, toutes les autres difficultés s'aplaniront d'elles-mêmes. C'est une I honte pour nous de nous disputer, quand I nous devons faire face au danger imminent d'une expédition formidable et d'entrer en contestation avec les Souliotes qui peuvent nous être d'un grand secours contre l'ennemi commun.

Ainsi finit notre première conférence, dans laquelle je réussis à résoudre les deux premières questions. Restait celle de Grivas, qui était la plus I difficile; je jugeai opportun de n'en pas parler dans l'Assemblée. Comme nous étions au coucher du soleil, je la prorogeai, et je convoquai les capitaines pour le lendemain, afin que j'eusse le temps de persuader en particulier aux plus influents d'entr'eux que Grivas devait s'éloigner. La nuit étant survenue, je fis venir Iscos et Jean Rhaogos, et je leur parlai de la position des armées, leur disant qu'ils ne pouvaient réussir que par îa concorde et que Théodore Grivas se trouvant au milieu 10*

d'eux, serait peut-être la cause d'événements fâcheux; sa conduite blâmable contre les Chasapéis l'ayant rendu impopulaire, il serait bon qu'il s'éloignât pour la tranquillité du pays. Beaucoup de paroles furent échangées, mais à la lin tous deux consentirent à parler à Grivas, et nous demeurâmes d'accord de n'en rien dire le jour suivant, parce qu'ils se chargèrent de persuader à Grivas de demander lui-même à se retirer dans le Péloponèse.

Le lendemain nous étant de nouveau réunis en assemblée, Grivas se présenta et dit à l'assemblée que, puisque Tsongas et Botsaris le haïssaient, il ne désirait plus rester dans la Grèce occidentale, et me demandait la permission de se retirer dans le Péloponèse. J'ordonnai ensuite à Iscos et Rhangos de se poster dans le Macrynoros, aux autres capitaines de rester à Carpénisi jusqu'à nouvel ordre, et à Macrîs de ne pas quitter le Zygos jusqu'à ce que je me fusse entendu avec les Souliotes et Tsongas. Ayant terminé toutes choses comme je le désirais, je repartis immédiatement pourMésolonghi.

Là j'engageai les capitaines Souliotes à

songer où ils posteraient leurs troupes, parce que les dernières nouvelles m'annonçaient que le Pacha de Scodra et Omer- Vryoni approchaient pour envahir le territoire hellénique. Je m'expliquai longuement avec Botsaris, lui disant qu'à présent que toutes les difficultés étaient aplanies, était le moment de tenir sa promesse et de se réconcilier avec ses compatriotes les Tsavellas. Le lendemain par suite de notre entretien, Marcos ayant convoqué tous les CAPITAINES souliotes, officiers et soldats, dans le vestibule d'une grande maison turque, appelée Voïvontaliticon leur parlât en Albanais leur langue, et leur fit un discours plein d'enthousiasmeet de patriotisme. Voici la partie essentielle de sa harangue :

«I Mon âme se brise en voyant que mes compartriotes, qui me soupçonnent injustement de vouloir !eur commander à tous s'éloignent de moi. Nos divisions amèneront la ruine des Souliotes, et c'est peutêtre ce que désirent nos ennemis. Nous avons perdu notre patrie, et nous cherchons à nous faire une nouvelle demeure, mais yparviendrons-nousjamais, étantdésunis ?

1 53 LA GUERRE DE l'iNDÉPENDANCE

Nous voulons conserver notre réputation militaire, mais pourrons-nous la main tenir, étant en désaccord ? Nous sommes peu | nombreux, mais à cause de la réputation denotre nom, beaucoup d'étrangers s'unissent à nous, et la gloire de nos victoires revientà nous seuls, quoique nous soyons aidés par eux. Quand nous sommes ui nous formons un seul corps militaire, nous j sommes des Souliotes! Chaque gouvernement nous caresse. Divisés nous serons I obligés de nous unir 'a d'autres, le nom de Souliote s'éteindra et nous deviendrons les suivants d'iscos, de Rhangos et du reste, Nous devons nous souvenir de ce que nous devons à notre patrie particulière, a Souli, à nos ancêtres, à nous-mêmes I Si nous avons perdu nos maisons, notre terre i nous portons en nous le nom de SouH, , que nous ne saurions conserver qu'en , étant unis. Nous portons le nom de nos glorieux ancêtres, qui ont toujours combattu contre leurs tyrans pourleur liberté.

Q.uel nom nous resterait ? A moi celui de Bolsaris ; à toi, celui de Tsavellas ; à toi celuideZervas,dePliotomaras, deDanglis, si nous étions divisés et inscrits dans les

rangs de Plapoiitas, de Colocotroni, d'Iscos et d'autres ! Frères, nous avons des

devoirs envers nous-mêmes, envers notre honneur, envers notre réputatioa militaire, envers nos propres familles ! Quelle utilité pouvons-nous retirer de nos divisions r Quel avantage pour nos enfants ?

La fraternité donc, l'accord entre nous sont les seuls moyens par lesquels nous pouvons honorer notre sainte patrie, et nous rendre utiles à la liberté de la Grèce, — Moi, compatriotes, je n'ai pas demandé de grades au Gouvernement, ni n'ai été nommé commandant en chef, cependant un grade m'a été accordé, mais ne le méritez-vous pas tous comme moi ? Eh bien ?

pour vous prouver que je suis très éloigné de nourrir des sentiments d'égoïsme et d'ambition, et que je suis ce même Marcos, que vous avez toujours vu combattre à vos c6tés,je déchire devant vous mon diplôme de général, et je vous jure que je ne veux d'autre dignité, que celle qu'avaient mes ancêtres, et quevous avez tous vous-mêmes.

Nous sommes, frères, et nous n'avons qu'une chose de commun, la gloire kt 1,'honneub. Voici l'ennemi qui nous attend;

i;4 ^ GUERRE DE L'INDÉPENDANCE

c'est sur le champ de bataille seulement que nous devons glorifier et honorer le plus brave. »

Ayant parlé ainsi à ses concitoyens, Marcos déchira son diplôme de général.

Son discourset son acte émurent jusqu'aux larmes tous les assistants qui se levèrent aussitôt, et s'embrassèrent les uns les autres. Emmenant alors Tsavellas et les autres capitaines Souliotes, il les conduisit chez moi, où je les reçus en versant des larmes de joie; ils m'annoncèrent qu'ils étaient prêts à marcher en corps contre l'ennemi là où Je le jugerais convenable.

Après leur avoir exprimé toute ma joie de leur réconciliation, je leur dis de prendre avec eux Tsongas, et Macris, afin qu'ils décidassent ensemble les positionslesplus propres à leurs campements.

Le jour suivant, vers le milieu de juillet, Tsongas, Botsaris, Tsavellas, Macris et quelques autres capitaines s'étant réunis chezmoi, décidèrent d'un commun accord qu'Iscos et Rhangos avec les Valtinais iraient se poster à Macrynoros, comme i!

avait été déjà décidé à Kesasqviteca CalyviA ; Macris, dans une position appelée

Laspj j et Tsongas, à Vonitsa. Ces quatre corps, s'élevantà 4.000 hommes, s'entendraient et se secoureraient mutuellement, lorsqu'ils seraient attaqués par Omer- Vryoni, qui devait entrer en Grèce par MacrynooroSjpourfairesajonction avec le Pacha de Scodra. Marco-Botsaris, Tsavellas et d'autres Souliotes devaient se rendre à Carpénisi, et s'unir à Gioldasi, Pisili, Sadimas et autres capitaines de la Grèce occidentale, qui s'y étaient postés, comme il leur avait été recommandé à Kerasovitica Calyvia.

Je communiquai par une circulaire cette résolution aux capitaines des environs, et j'ordonnai de préparer, les munitions nécessaires pour chaque corps militaire, après avoir distribué aux capitaines un peu d'argent de ma pauvre cassette particulière. Ensuite, toutes les troupes qui se trouvaient à Mésolonghi, partirent pour le lieu de leur destination ; comme il n'existait pas de magasins de blé, chaque corps devait tirer ses provisions de la province à laqueile i! appartenait. Les habitants de ces provinces n'ayant payé ni dîme ni aun droit national, étaient obligés de nour-

l;6 LA GUERRE DE L INDI

rirle capitaine et les soldats sous ses ordres. 1 Tandis que les capitaines guerroyaient, I je restais à Mésolonghi, et j'entretins avec eux et le gouvernement une correspondance continuelle. Je m'occupai surtout j de fortifier cette ville et de lui procurer ds munitions et du plomb, dont on avait 1 plus grand besoin. Je rassemblai le plus d provisions possible, pour soutenir un 1 siège, si les armées helléniques échouaient!

au dehors. Vers la fin de juillet, Topal- Pacha, amiral de l'escadre ennemie, informé de mes opérations stratégiques, dé- 1 barqua près de Cryonérî un corps de plus I de 300 hommes, qui s'avança jusqu'à Bo- 1 chôri et Galata, à deux heures de Mésolonghi. Avec ma garde particulière et quelques MésolonghiteSjje marchai contr'eux, et je donnai en même temps des ordres pour faire venir des renforts d'Etolîco.

Nous attaquâmes les Turcs près de Cryoneri, mais les vaisseaux ennemis, qui | étaient mouillés tout près, tirèrent sur j nous, tuèrent trois des nôtres, mon cheval, et blessèrent onze soldats. Enfin, les 1 Turcs vaincus, se retirèrent, et furent forcés de remonter sur leurs navires. Ce 1

V GRÈCE

combat eut lieu vers le coucher du soleil ; comme je pensais que le lendemain il y aurait un nouveau débarquement, je résolus de ne pas m'éloigner, d'autant plus que je venais de recevoir de Mésolonghi et d'Etolico de nouveaux renforts. J'ordonnai donc à Tsatsos, commandant de ma garde, de se fortifier à Bochôri avec cent hommes, et à Spyridion Valsamakis, avec cinquante à Galata; de mon côté je me postai à une demi-heure de Bochôri, près de la mer, dans une position appelée Dé- KÉ, aux pieds du mont Varasova, avec environ cent cinquante soldats, et je me retrancliai fortement dans les mines de quelques maisons. J'ordonnai également à Valsamakis et à Tsatsos de venir au secours de cette position, qui ne manquerait pasd'ètreattaquée, mais de se tenir cachés, afin que les Turcs de la flotte crussent qu'ils étaient partis.

Cependant Topal-Pacha pendant la nuit transporta de Fatras dans ses vaisseaux des Laliotes et des Albanais, et le lendemain il débarqua à terre environ six cents Turcs, parmi lesquels il y avait des soldats et des matelots. Du Déké oii je me trouvais,

158 LA GUERRE DE l' IN DÉPENDANCE

avant le jour, à peine les vis-je venir, qiu j'en avisai immédiatement ceux deBochflfi et de Galala. Les Turcs, se partagèrent ci»

deux corps ; le premier, composé dej 150 hommes, prit la direction de BochôriJ comme avant-garde ; une demi-heurfi après, le second corps se mit aussi en mou-^ vement. L'avant-garde des Turcs s'avan—; çait hardiment vers Bochôri, pensant 1 que les maisons en étaient évacuées ; mais, . Tsatsos fit ouvrir le feu contre eux, leurJ tua soixante-dix hommes et, poursuivit-l les autres qui prirent la fuite. Le second .J corps se dirigeait du côté de Galata; lesJ soldats de Valsamakis s'élancèrent à rencontre, et, accourant nous-mêmes du J Déké, nous le primes en flanc, de sorte que ce corps de Turcs qui était le plusl nombreux, attaqué de tous côtés, et dé—ï courage par la défaite de l'avant-garde^j commença à battre en retraite. Nous Ittf poursuivîmes jusqu'à la plage, mais noasj fûmes arrêtés par les vaisseaux, quitirèrentï sur nous, et par leurs canots, qui étaient I revenus avec de petits canons. Les Turc» J purent se rembarquer, et mettre fin à ce 3 combat, qui avait duré près de trois heures. J

Nous eûmes huits hommes tués, trois à k Bochôri, et cinq du corps que je conduisais à Déké, deux Céphallènes, deux de Mésolonghi et un d'Etolico; trois seulement furent blessés. Du côté des Turcs, il

' resta sur le champ de bataille plus de morts, parmi lesquels on remarquait un

' jeune homme de 20 ans ; à sa beauté, à la richesse de ses vêtements, on l'eût pris pour le commandant de l'avant-garde, mais, comme nous l'apprîmes plus tard, c'était le filsadoptif de ToiMl-Pacha. Beaucoup de sabres et de fusils furent le butin de la journée.

J'annonçai aussitôtaux capitaines l'heureuse issue de la bataille, leur recommandant de ne pas quitter leurs postes, parce que nous étions en nombre suffisant pour repousser toute attaque des ennemis. Nous restâmes tout le jour et toute la nuit à nos places, et les Turcs demeurèrent immobiles à bord de leurs vaisseaux. Le jour suivant une frégate partit pour Fatras, et revint bientôt après. Nous ne vîmes â bord que son équipage ; j'en conclus donc, qu'elle avait transporté à Fatras les soldats qu'elle avait pris la veille.

l6o LA GU18RE TU

l'indépendance

Deux jours après arriva Macris avec environ trois cents hommes, je lui reprochai sévèrement d'avoir quitté son poste sans ma permission. Il me répondit que, comme capitaine de la province attaquée il n'avait pas pu demeurer indifférent à la nouvelle du débarquenient des Turcs, mais que, d'accord avec Tsongas, il avait laissé à Laspi deux cents de ses soldats qui, joints à ceux qn'avaitenvoyés Tsongas lui-même suffisaient pour garder cette position. Il ajouta qu'il n'avait reçu ma lettre qu'en route, et près deMésolonghi, et qu'il avait cru bien faire en venant à ma rencontre, avant de rebrousser chemin. Les circonstances m'obligeaient à ménager les capitaines, je dissimulai donc mon mécontentement, et lui dis que, puisqu'il était venu, il allât se poster à Déké, où je me trouvais, et renforcer Bochori et Galata,en cas d'un nouveau débarquement de s Turcs.

Ma présence étant désormais inutile, je retournai le soir à Mésolonghi avec plusieurs de ses habitants et quelques Étolikiotes ; j'y reçus en arrivant l'accueil le plus enthousiaste.

Arrivée de Lord Byron à Céphalonie. — ^^t^igues, — Tséléledim Bey campe à Carpénissi. — Plan militaire de Marco- Botsaris. — Attaque nocturne du camp ennemi k Carpénissi. — Mort de Marco- Botsaris et son convoi funèbre. — Bataille de Caliacouda. — Mort de Zigouri Tsave!las et de Nicolas Condojanni. — Mesures prises pour défendre Mésolonghi.

Afin de me procurer le plomb qui manquait à Mésolonghi j'avais écrit à Zavos à Hthaque et à Denys Romas à Zante, tous deux partisans dévoués de la Révolution ; mais je ne reçus d'eux aucune réponse à lause des mesures sévères du gouvernefinent Ionien ; je me trouvais donc, dans un

léa tA GDGItRB BE l' INDÉPENDANCE

ejttrême embarras, lorsque le Métropolitain Ignace m'envoya de Livourneun canon de 48, qu'il accompagnait d'une lettre trèsflatteuse. Par crainte d'un siège futur, je pris des mesures générales, et je ne négligeai rien pour me procurer des aliments, mais l'argent mefaisait défaut; il ne m'était possible d'avoir aucune communication, avec Céphalonie car mes frères persécutés par le gouvernement Anglo-Ionien m'avaient écrit de ne me fier à personne. A cette époque Lord Byron, se dirigeant vers la Grèce, était arrivé à Céphalonie et avait exprimé à mes frères, le désir de se rendre à Mésolonghi ; il contribua par l'autorité de son nom â apaiser la haine que le gouvernement Ionien nourrissait contre mes parents qui purent songer à me secourir. Ils engagèrent Lord Byron à partir pour Mésolonghi, mais Mavrocordato, qui préparait son départ pour cette ville, envoya à Céphalonie, avec des lettres pour le Lord, Praïdis qui fit tous ses efforts, pour lui faire remettre son voyage jusqu'à l'arrivée de Mavrocordato à Mésolonghi. Ce retard fut une vraie fortune pour les Hellènes, car la

défaite du Pacha de Scodra eût été attribuée à un Anglais, et non à ceux qui, sans ressources et par leur seule valeur, firent échouer l'expédition ennemie.

Botsaris ayant appris l'arrivée de Byron, m'écrivit de Carpénissi le 30 juillet, qu'il était bon, comme représentant du gouvernement hellénique, que j'invitasse le Lord à venir dans la Grèce occidentale. Je ne confiai à personne les renseignements que j'avais reçus de Céphalonie, et je répondis à Botsaris que, comme autorité, je ne pouvais pas inviter officiellement un tel personnage, sans instructions du gouvernement ; mais que lui et les primats pouvaient l'inviter, et que, s'ils le faisaient, je ne voyais pas de difficulté à transmettre moimême leurs lettres pour qu'elles parvinssent sûrement entre les mains du Lord à Céphalonie.

Le 4 août 1823, je reçus une nouvelle lettre de Botsaris, dans laquelle il me disait qu'il suivrait mon conseil, et que, préparant contre l'ennemi un plan d'attaque, du succès duquel il ne doutait pas, il écrirait plus tard au Lord, afin de lut anicer sa victoire en même temps qu'il

lui transmettrait l'invitation. Il me fit savoir, en outre, que le Pacha de Scodra était entré en Grèce par l'Agrapha, et que son avant-garde, composée de cinq mille hommes, infanterie et cavalerie, sous lei ordres de Tséléledim-Bey, était déjà campée près de Carpénissi.

Après cette lettre, je m'attendais à apprendre d'un jour à l'autre la nouvelle de quelque bataille, lorsque le 8 août Basile Goudas, secrétaire de Botsaris, m'apporta une lettre delui à Mésolonghi. Il rae priait de remettre une certaine somme d'argent à Goudas, pour l'envoyer à sa famille, qui était à l'étranger; et avait chargé ce dernier de me donner de vive voix des renseigm ments détaillés sur son plan d'attaque, craignant qu'une lettre ne s'égarât, et que les Turcs n'apprissent son projet. Il terminait, en disant, que bientôt nous jouirions h Mésolonghi, de son succès comme la patrieetmoi le désirions. Hélas! CeMarcoSj qui écrivait ainsi, on me l'apporta mort deux jours après !

Goudas me donna sur le plan d'attaque les renseignements suivants:

Dès que Tséléledim-Bey aurait assis son

camp à Corpénissi, Botsaris, d'accord avec les capitaines Souliotes, l'attaquerait pendant la nuit, et l'écraserait facilement. Les Turcs, poursuivis par les Hellènes, rencontreraient en route les restes de l'armée turque et le Pacha de Scodra ; cette armée n'étant pas prête non plus, perdrait courage, et battrait en retraite. Les Hellènes alors, aidés par les provinces voisines, poursuivraient les Turcs jusqu'à l'Agrapha,et ainsi tiniraitl'expédition ottomane.

Goudas me dirait encore que Botsaris n'avait pas confié son projet aux autres capitaines de la Grèce occidentale, et qu'il les avait tous postés sur une hauteur, peu distante de son camp et de celui des Turcs, avecl'ordreforraeldene se mouvoir contre l'ennemi, que lorsqu'ils seraient prévenus.

Ils devaient s'ils entendaient des coups de fusils, y répondre par une fusillade continue, mais ne pas quitter leurs places, Marcos prit cette mesure, craignant que quelques CAPITAINES, peu expérimentés dans une guerre nocturne, ne tuassent des Souliotes au lieu de Turcs; un grand nombre en effet ne connaissaient pas le mot d'ordre, qui était, en langue albanaise,

A GUERRE DE l'iN DÉPENDANCE

pour la demande Kiste (qui es-tu ?), et pour la réponse Stournaki (pierre de fusil), et si quelqu'un avait hésité un instant de répondre, il eût été pris pour un turc et tué.

Le camp ottoman se composait de Turcs de Scodra, de Mérédites, de Tchamides d'Albanais, et le vêtement, l'armeroent, la taille et la langue des Albanais ne diiîéraient en riendeceuxdesSouliotesjorpour connaître ce qui se passait dans le camp ennemi, Marcos y envoya secrètement Noutsos Botsaris, son parent, qui espionna ' ]es Turcs; il s'introduisit dans le camp ennemi, le parcourut sans crainte, en se mêlant aux Turcs, lorsqu'on l'interrogeait, ii répondait aux Tchamides qu'il était Albanais, et aux Albanais qu'il était Tchamide. Les Turcs, campés dans un extrême désordre, ne conçurent pas le moindre soupçon, de sorte qu'il put rester le 6 et le 7 août dans le camp Turc, II revint le 8 dans le camp hellène, et raconta à Marcos ce qu'il avait vu. II y avait diverses tribus de Turcs, qui ne se connaissaient pas mutuellement, campaient çà et là en désordre, et se soupçonnaient les unes les autres à

e fréquents larcins qui se commef- Itaient. Hormis les Turcs de Scodra et ^quelques Abanais, les autres étaient de ■Biauvais soldats, faciles à vaincre. Goudas I me dit, en outre, que Botsaris avait l'intention d'exécuter son projet, dans la matinée du 9 août, et comme je lui faisais observer j^^ qu'il risquait ainsi le coup définitif, il ^^kjn'assura que la réussite était certaine.

^H Cette bataille nocturne eut lieu, en effet, ^^kVers l'aube du 9 août. Dans la matinée du ^Hdo, j'entendis des cris et des gémissements ^^Eliors de ma maison, et je vis entrer Gou- ^^C'daSjtout en pleurs, qui m'annonça la mort ^P-de Marcos, et me dît qu'on apportait son ^K cadavre. Je restai muet de douleur à la ^B nouvelle de cette catastrophe. Je sortis ^M immédiatement de chez moi, et, ayant ^m réuni en un clin d'œil les habitants de ^f Mésolonghi, je me précipitai hors de la ville à sa rencontre, et je reçus dans mes bras la dépouille mortelle de ce grand homme.

Une sœur de Marco, appelée Marô, ma-

I riéeavec un Agraphiote, demeurant à Méso-

I longhi, me fit prévenir par Goudas qu'elle

me priait de faire transporter le mort

l6S LA GUERRE DE t'iN DÉPENDANCE

chez elle, pour l'honorer de toutes les cérémonies funèbres d'usage dans Souli.

Nous devions ensuite l'accompagner à l'église, d'où, après les prières religieuses, nous le conduirions à sa dernière demeure. Nous portâmes donc le mort chez Marô, à qui j'exprimai les sentiments pénibles que me causaient la perte de ce chef, mon ami, et un des plus puissants soutiens de ta Révolution hellénique. En la consolant, je lui dis qu'il n'était pas en notre pouvoir de nous dérober à la volonté du Très-Haut. Marô me remercia de mes paroles amicales, et me répondit, les larmes aux yeux : « Nous sommes habitués il des morts de cette nature, car depuis le moment où nous avons connu le monde, nous n'avons entendu parler par nos pères et nos frères, que de guerres et de morts.

Hélas! C'était aussi le sort de l'infortuné Marco !» Et en disant cela, elle tomba sur le cadavre de son frère.

A ma sortie de la maison de Marô, je donnai les ordres pour les funérailles.

Trente-sept coups de canon, un à chaque quart d'heure, annonçaient l'iàge de Marcos. L'évêque et le clergé de Mésolonghi,

■ d'Etolico et du voisinage, tous les habitants de la ville, civils et militaires, toutes les femmes, les cheveux épars, accompagnèrent le mort à l'église. La cérémonie religieuse terminée, il fut déposé dans le tombeau, et tout le premier, avec l'évèque, je jetai de la terre sur le corps de cet homme généreux, en qui la patrie avait mis de si grandes espérances.

Le lendemain de la sépulture, ceux qui avaient été blessés à Carpénissi, furent transportés en ville au nombre de 42 ; leurs blessures, produites plutôt par la poudre que par les balles, démontraient

que

le combat avait eu lieu co)

irps a corps.

Voici la description exacte de la bataille.

Environ 900 Souliotes et Continentaux furent mis en mouvement dans cette attaque nocturne contre le camp ennemi. Sur une hauteur voisine furent postés, comme il a été dit, plus de 2.000 Hellènes, sous la conduite des capitaines Gioldaséi, Pisilis, Sadimas, Zanganas et autres. Les Souliotes se mirent en marche en bon ordre deux heures avant le jour ; ce qui fut une trèsgrave faute ; ils auraient dû se mettre en marche au moins quatre heures plus tôt.

Marco, qui dirigeait cette attaque, avait décidé avec Tsavellas d'assaillir avec 500 hommes l'aile gauche du camp ennemi, où, d'après les renseignements de Noutsos, les Turcs étaientplus nombreux; Tsavellas, de son côté, devait assaillir l'aile droite avec les 400 hommes restants. Marcos, devait prévenir Tsavellas, au son de la trompette, de chaque mouvement qu'il ferait. Les Hellènes entrèrent ainsi sans coup férir dans le camp des Turcs une heure et demie avant le jour. Ils les trouvèrent endormis. La tuerie dura plus d'une demi-heure. Ensuite commença la fusillade dans le camp, suivie bientôt de celle des Hellènes qui se trouvaient sur la pentevoisinc. Cependant Marco est blessé légèrement au côté, et son trompette gravement frappé, mais le carnage et les cris desTurcsetdes Hellènes n'en continuaient pas moins. Tséléledim-Bey d'abordétonné de cette attaque imprévue, rassemble les Scodriens, entre dans un parc de brebis qui se trouvait près de lui, et commence une fusillade plus régulière sur les combattants, sans s'inquiéter si ce sont des soldats hellènes ou turcs qu'il frappe. La

IDE LA GRECE 17

perte fut sensible chez les Hellènes, qui attaquaient les Turcs campés autour du parc. Marco songeait à l'échec de cette tentative, si avant le jour il n'avait chassé les Turcs postés dans le parc ; il communiqua cette crainte aux officiers qui l'entourent, à son frère Costas, à Noutsos, et réunissantautourdeluiplus de deux cents hommes, donne l'assaut aux Turcs retranchés dans le parc. Mais ne connaissant pas leurnombre, il ordonne à ses soldats de tirer, afin que la fusillade des Turcs, lui permette de juger de leur nombre. Mais, à la riposte des Turcs, une balle frappe Botsaris au front près de l'œil droit, l'étend raide mort. Ceux qui étaient auprès de lui, découragés, enlevant le cadavre, commencèrent à battre en retraite, invitant les autres à faire de même, car le jour approchait. Ils cachaient la mort de Marco, pour que les soldats ne perdissent pas leur sang-froid. Mais, au milieu de cette terrible confusion, ils oublièrent de prévenir Tsavellas, qui combattait avec succès à l'aile droite, de sorte que les troupes sous les ordres de Marco se retiraient, tandis que Tsavellas continuait à combattre. Tséléle-

dim-Bey, voyant la retraite des Hellènes et le combat continuer à l'aile droite, ordonne à environ aoo cavaliers de se diriger par le bas, de traverser un pont, et de tomber sur les derrières de Tsavellas, pour écraser les Hellènes, pendant leur retraite, Jean Tsaousis, officier de Botsaris, voyant Je mouvement des cavaliers, se précipite au devant d'eux avec quelques soldats, les attaque au passage du pont, en tue un grand nombre, et force les autres à retourner sur leurs pas. Alors Tsavellas, averti, se retire en bon ordre, se joint à Tsaousis et aux autres, apprend la mort de Marcos et la blessure du trompette qui l'a empêché de donner le signal de la retraite. Après cet insuccès, les Hellènes, regagnèrent la position qu'ils occupaient auparavant.

Dans ce combat, il resta sur le champ de bataille environ soixante Hellènes ; il y eut 42 blessés, qui furent transportés a Mésolonghi. Du côté des Turcs, on compta 1 .^00 morts, et un petit nombre de blessés; comme on combattait corps à corps, les blessures étaient presque toutes mortelles.

Les Hellènes prirent i .600 fusils, i .800 pistolets, 500 sabres petits et grands, i.aoo

ehevaux, 30 mulets et d'autres bagages de guerre. On m'apporta, en outre, à Mésolonghi quatre drapeaux, dont un en soie, sur lequel était brodée une main montrant une demi-lune, les trois autres portaient seulementune demi-lune, mais tous étaient de couleur verte.

Après la mort de Marcos, j'écrivis une lettre de condoléance à son frère Costas, Botsaris, et une autre aux capitaines souliotes, partageant leur douleur pour la mort de leur grand compatriote ; je louais en même temps leur triomphe remporté à la bataille de Carpénissi, et les priais de me faire connaître quelles mesures ils pensaient prendre pour empêcher l'irruption de l'ennemi. Mais il manquait cet homme, dont la gravité effaçait toutes les jalousies des Souliotes, qui, par sa valeur et son talent militaire, commandait, non seulement le corps des Souliotes, mais encore tous les CAPITAINES qui se trouvaient dans la Grèce occidentale. Après la mort de Marco, ZigourisTsavellas avec Kitsos voulaient prendre la direction du camp, mais Costas Botsaris, les Danglis, lesZervas et d'autres ne voulaient pas la leur céder.

LA GUERRE DE l'INDÉPENDANCE

Les frères Tsavellas se mirent d'accord avec les CAPITAINES de la Grèce occidentale, qui avaient intérétànepas être abandonnés parles Souliotes, et se séparèrent de ceux de Botsaris. Contre toute espérance, Costas Botsaris m'écrivit qu'il avaitl'intention d'abandonnerlapositionqu'iloccupait, et que Tsavellas, de son côté, uni avec les capitaines delà Grèceoccidentale, devait allercamper dans une nouvelle position vers Carpénissi, d'où il menacerait le camp ottoman.

Cependant le Pacha de Scodra, traversant l'Agrapha, s'unit à Tséléledim-Bey à Carpénissi, et Omer-Vryoni, apprenant l'irniption de Scodra, entra dans la Grèce occidentale par Macrynoros. Iscos, Rhangos et Tsongas, après la mort de Marco et l'entrée de Scodra à Carpénissi, virent qu'il leur était impossible de résistera la marche d'Omer-Vryoni. J'écrivis alors à Costas Botsaris d'occuper les ponts d'Alara-Bey ; à Tsongas, de venir à Palioraaïna près de l'Achéloiis, ei de s'entendre avec Costas Botsaris; à Iscos et à Rhangos, de se consulter avec les Tsavellas et les autres capitaines, pour occuper la position la plus convenable.

Kn ce moment je reçus du Péloponèse det. lettres d'André Londos, m'annonçant qu'il avait reçu l'ordre de se rendre dans la Grèce occidentale avec s.noo soldats Comme il ne pouvait à cause de la flotte ennemie aller par mer à Mésolonghi il avait déjà mis en mouvement 400 soldats qui gagnaient la Grèce Ferme en traversant l'isthme de Cotinthe.

Je communiquai à Londos les mesures que j'avais prises après la mort de Marco, en lui envoyant le plus capable de mes employés, Constantin Goulimis, pour lui faire connaître le péril imminent deMésolonghi, et le manque de vivres, Je lui fis part, en outre, de la nécessité de s'unir avec Tsavelias, pour former un camp redoutable sur les derrières de Scodra, qui n'avançait plus depuis qu'il savait que d'autres positions avaient déjà été occupées précédemment par Tsongas et les Souliotes. Londos hâta l'envoi des 400 hommes, et obligea Sissinîs à m'expédier 1 .800 mesures (kila) de blé de Turquie.

Sur ces entrefaites, Tsavelias avec les autres capitaines de la Grèce occidentale alla occuper la position de Caliacouda

près de Carpénissi, où étaient déjà campés les 400 Péloponésiens de Rhodopoulos, le fils de Mitsos Condojanni de Patratsiki et quelques autres troupes de Crawara, de sorte qu'il se trouva à Caliacouda un camp de plus de 2.500 hommes. Dès qu'ils furent fortifiés dans cette position, ils décidèrent que Sadimas avec 200 soldats garderait un défilé de difficile accès, d'où les Turcs pouvaient, une fois passés, s'élever sur la hauteur qui se trouvait derrière le camp.

Ce passage était si escarpé et si bordé de précipices, que 50 soldats seulement, et non 200 auraient suffi pour le garder. Avec ces précautions, la position de Caliacouda, qu'occupaient les Hellènes, devenait très forte et presqu'inexpugnable.

Scodra pensait qu'il n'importait pas du tout d'attaquer aussitôt Mésolonghi ; sachant qu'il trouverait de la résistance en route, et, ayant sur ses derrières un camp redoutable, il résolut, de le détruire. Sur la fin d'août, il marcha contre les Hellènes qui occupaient Caliacouda.

Trois fois il se précipita avec toutes ses forces contre les fortifications des Hellènes mais il fut repoussé avec des pertes consi-

DE LA GRECE IJ-J

dérables. Ayant compris alors qu'il ne lui était pas possible de prendre cette position, il employa !a corruption et acheta les gardiens du défilé placés sous les ordres de SadimaSjCommeilaétédit, qui lui livrèrent le passage. Pendant la nuit, il y envoya un détachement et le lendemain il assiégea de nouveau les fortifications helléniques de Caliacouda. Alors qu'il était repoussé les Turcs apparurent tout-à-coup sur les hauteurs qui étaient derrière nos soldats, les Hellènes pris entre deux feux se virent perdus. Un seul parti leur restait à prendre, s'ouvrirun chemin à travers les bataillons ennemis. Dans unélao d'héroïsme ils seprécipifèrent hors des retranchements et se frayèrent un passage au milieu des Turcs stupéfaits par tant d'audace. Il resta sur le champ de bataille plus de 200 hommes, parmi lesquels les capitaines Zigouris Tsavellas, Nicolas Condojanni et quelques autres officiers. Les Hellènes, en fuyant, perdirent tous leurs bagages, leurs vêtements de dessus, et ne conservèrent que leurs armes.

Un tel désastre, amena la dispersion de l'armée et permit à Scodra-Pacha de

marcher librement contre Mésolonghi. De son côté, Omer-Vryoni ayant aussi appris la défaite des Hellènes à Caliacouda, envahit immédiatement notre territoire et s'arrêta à Lépénou, à huit heures de Mésolonghi.

En apprenant cette catastrophe, je rae laissai aller au découragement : Il n'était plus possible, pensai-je,d'ercipècherScodra d'avancer, mais voulant combattre jusqu'à la dernière heure je concentrai les restes des armées à Etolico et à Mésolonghi ; j'écrivis à Kitsos TsavelJas de faire rentrer en ville ses soldats ; à Rhangos, Iscos et aux autres, de camper hors de Mésolonghi, où ils le pourraient, puis je me dirigeai à la rencontre de Tsongas vers Paliomaïna, et de Botsaris vers Angélocastron.

Après avoir conféré avec Tsongas à Paliomaïna, nous décidâmes qu'il irait luimême à Mésolonghi avec son corps, et que Dimos Tsélios se rendrait à Lésinî, forte place, entourée de lacs, où il rassemblerait les habitants des villages voisins, afin de les soustraire à l'esclavage. J'engageai Costas Botsaris et Macris, à se rendre avec"

! que

leurs troupes à Mésolonghi, tandis deux lieutenants de Macris, Tserpélis Lalios, occuperaient avec des forces suffisantes quelques îlots le long de l'Achéloils, et qu'ils y recueilleraient les familles des provinces de Vlochos et de Zygos.

Après cela, j'ordonnai aux Démogéhontes des villages voisins de se retirer avec les habitants dans les deux villes. De retour à Mésolonghi, je proclamai que toutes les femmes et les enfants, qui le voudraient, étaient libres de partir pour Calamos ou les autres iles soumises aux Anglais ; mais je défendis aux hommes propres h porter les armes de s'éloigner. Ces précautions eurent un heureux résultat, et, tout le temps que dura la guerre, Scodra ne put pas faire un seul prisonnier.

Je mis ensuite tous mes soins à me procurer des vivres et à tout ce qui pouvait être nécessaire pour soutenir le siège, et j'écrivis à Londos, afin de l'engager à partir sans délai pour la Grèce occidentale.

Cependant Scodra s' étant joint à Omer- Vryoni, marcha contre Mésolonghi à la tète d'une armée de 15.000 hommes d'înfanferi de deux mille chevaux. Tson-

gas, Botsaris, Macris et Tsavellas le dernier rentrèrent tous dans la ville avec environ deux mille soldats. Je plaçai sous leurs ordres tous les hommes qu'ils purent rassembler dans les environs de Mêsolonghi, de sorte qu'ils eurent sous la main un corps de 3-500 hommes.

J'ordonnai à Tsongas et à Botsaris d'occuper toute l'enceinte de Mésolonghi jusqu'à la grande batterie près de la porte à gauche ; à droite, je plaçai Tsavellas et Macris; et à la porte de la ville, Tsongas avec ma garde; à la batterie, je plaçai les Mésolonghi tes, comme plus expérimentés et plus exercés, et je retins sous mes ordres immédiats 250 soldats d'élite, pour courir avec eux au secours de la partie qui serait attaquée par les Turcs.

Telles furent les mesures que je pris pour la défense de Mésolonghi.

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