DES ZACYNTHIENS, A VOUS LES NOBLES | AGAS ET AUTRES CHEFS DES L
« D'après les ordres du généralissime ] des Grecs Alexandre Hypsiîantis, qui a conquis toute la Valachie, la Moldavie, Constantinople et tes autres parties de ] l'Orient, nous sommes venus ici dans la i Morée, accompagnés d'un propre parent du général en chef, et, chargés de vous | proposer la paix au moyen d'un traité, conforme aux lois de 1 Europe entière.
« Si vous êtes contraires à notre proposition, nous sommes prêts à donner secours et protection à vos ennemis les Moraïtes, et à vous détruire par le feu et par i notre épée. Nous sommes au nombred'en- I viron i.ooocombattants, pourvus de toutes J les choses nécessaires à la guerre et nous J possédons six canons ».
« C'est à vous de choisir, ou la pais la guerre: avec la paix, vous conserverez I votre vie et vos biens ; avec la guerre '
SI
■ nous en venons aux mains, vous serez ex-
I terminés en peu d'instants.
f « Nous attendons votre réponse, et, si
[ vous désirez conférer avec nous, envoyez
' nous une personne digne de foi, nous vous garantissons toute sécurité pour votre envoyé. Avec lui nous fixerons le lieu où seront signées les conditions.
« Nous vous faisons savoir que l'incident qui s'est passé hier, ne nous était pas connu, que, si nous nous sommes trouvés contraints de vous tirer quelques coups de fusils, nous l'avons fait uniquement pour empêcher que rien de semblable se re-
lnouvelât ; aujourd'hui, nous punirons les
['Contrevenants. »
e notre quartier général, ii^juin 1821.
I Michel Hypsilanti, Constantinopolitain, Chef-général de l'expédition
Les chefs :
Constantin Métaxas, Evangelis Panas, Cérasimos Phocas, Denys Sembricos, Anpré Métaxas, Panagiotis Strouzas.
Michel Coutouphas, Secrétaire et Interprète,
Le 2 juin Panagis Messaris d'Argostoli, P jeune homme plein de courageet d'audace
LA GUERRE DE l' INDÉPENDANCE
s'offrit spontanément à porter notre lettre à Lala, et muni de bonnes armes, il partit, porteur d'un drapeau blanc.
Les Laliotes reçurent notre envoyé a bienveillance, le retinrent le soir, le com- ] blérent de soins, et le jour suivant ils le J renvoyèrent ans chefs des Céphallcnes, i avec une lettre très simple, dans laquelle \ il disaient que : « les Agas se trouvant hors de Lala avec l'armée, ils ne pou- I valent ce jour là répondre ànotre lettre, mais que le lendemain ils nous feraient ] porter la réponse par leur envoyé.
Pour nous faire voir qu'ils avaient di vivres en abondance, ils nous envoyèrent ] par Messaris deux pains d'un froment 1res pur, un gâteau (pEÉavi) et un panier de 1 cerises.
Le lendemain voyant venir un cavalier J portant un drapeau vert, nous envoyâmes J â sa rencontre quelques uns de nos guer- " riers céphallènes, qui restèrent près de lui au pied des fortifications, et nous autres chefs céphallènes nous descendîmes pour | conférer avec lui. Il s'appelait Béicos Ké- | chayas et avait ^5 ans; c'était un homme | d'esprit et un Turc orgueilleux. Nous le
DE LA GBÈGF.
reçûmes amicalement ; mais lorsqu'il nous demanda pour entrer dans nos retranchements, nous refusâmes, à moins qu'il ne consentit à se laisser bander les yeux. A cette proposition il répliqua fièrement qu'il n'y avait que la mort et le sommeil qui fermassent les yeux aux Laliotes. »
Ensuite il nous remit leur réponse ainsi
« A vous, nos amis les Métaxas etautres Grecs Céphallènes et Zacynthiens.
« Tout ce que vous nous avez écrit nous a paru étrange. Les Sept-Iles sont soumises aux Anglais, les Turcs n'ont pas de guerre avec les Anglais, des relations amicales, au contraire, les Hentaveceux. En conséquence nous hésitons à croire à tout ce que vous avez écrit sur une expédition de Sept-lnsulaires, de même nous ne saurions ajouter foi à tout ce que vous dites sur la révolution générale des Grecs et la ruine de la Turquie. Nous les Laliotes que ferons-nous de lavie, puisque, à votre dire, tous nos coreligionnaires, ont été détruits?
Si Dieu a enlevé la raison aux rayas et qu'ils se soient révoltés, vous les Sept-
LA GUERRE DE l'iNDÉPENDANCE
Insulaires, vous ne devez pas faire cause avec eux. Nous vous conseillons donc de vous retirer, et nous vous en donneronsles moyens en amis. N'écoutezpas les mensonges des kay as, et surtout ceux de Pseudo- Georges, ils vous conduiront à la ruine avec eux.
« Lala, 4 juin, »
L'envoyé s'adressant alors à nous, les deus Métaxas, ajouta que nous devions nous rappeler que, dans une guerre ancienne, les Laliotes avaient sauvé la vie à deux de nos ancêtres, engagés dans une révolution, qui avait échoué ; il noua rappela qu'après la destruction du camp des rebelles par les Turcs, les deux Métaxas s'étaut réfugié auprès des Laliotes, ceuxci les reçurent humainement, et les accompagnèrent jusqu'à Néocastron,où ils s'embarquèrent à bord de vaisseaux russes.
C'était ajouta-t-il une grande ingratitude de notre part que de nous unir aux ratas pour faire la guerre aux Laliotes. Ce discours nous donna occasion d'entamer une longue conversation avec l'envoyé. Nous lui parlâmes de notre révolution et des
progrès d'Hypsilantis en Valachie et en Moldavie. Nous lui dîmes que les Turcs se trouvaient assiégés sur toute la terre ferme, ainsique dans lePéloponèse;quedifférents combats avaient été livrés contre eux avec succès ; et que, enfin, les Métaxas, reconnaissants envers les Laliotes, leur proposaient de les conduire sûrement jusqu'à Fatras, comme avaient fait leurs ancêtres pour les nôtres. Béicos nous répondit avec sa fierté ordinaire, que puisqu'il avait été répandu tant de sang ottoman, il importait pen qu'il fût épargné une goutte de sang des Laliotes ! Différents discours furent encore échangés sur cette question, mais en vain. Ainsi se termina cet entretien, et le Turc s'en retourna comme il était venu.
Après ces négociations, deux escarmouches eurent lieu dans la plaine qui est entre Poussi et LaJa ; les Laliotes furent vaincus, mais leur défaite n'amena aucun résultat important. Cependant les Péloponésiens s'étaient complètement préparés, et nous résolûmes de marcher avec toutes nos forces contre l'ennemi, d'après le plan suivant : Plapootas, avec ses soldats et les Olympiens, prendrait pendant !a nuit
une atitri; route, atin de se poster près du quartier des Laliotes de Bastiras, et nous les Céphallènes avec les autres corps péloponésiens nous descendrions dans la plaine, et nous attaquerions les fortifications du bourg de Lala. Les Laliotes marcheraient assurément contre nous et profitant de cette occasion, Plapoutas pourrait se rendre maître de Bastiras.
Ce plan fut mis à exécution, mais malheureusement il échoua. Le matin du 9 juin, [lous descendîmes dans la plaine au nombre de plus de 1,800, tramant après nous les canons de bronze. Les Laliotes, fantassins et cavaliers sortirent de leur côté de Lala. Une terrible fusillade commença aussitôt. Plapoutas l'ayant entendue, se précipita contre Bastiras ; mais les Laliotes, qui avaient là des forts et une garnison, repoussèrent les Grecs, malgré leur courage. Les Laliotes, qui combattaient contre nous, ayant appris l'attaque de Bastiras par les Grecs, envoyèrent à leur garnison, pour lafortifier,environ 100 cavaliers. Aleurvue, les hommes de Plapoutas prirent la fuite, entraînant leur commandant, qui, accablé de fatigue à cause de sa corpulence, brûlé
RE lA fiRÈCF 3<|
par une chaleur atroce et désespéré par sa défaite, expira sur le champ de bataille, Tandis que ces choses se passaient à Bastiras, nous combattions dans la plaine de Lala. Le bruit de l'artillerie retentissait dans les collines, et les boulets de nos canons, heureusement dirigés, commençaient à porter le désordre dans les rangs de l'ennemi. Mais les cavaliers revenant de Bastiras avec des cris de joie, ranimèrent les Laiiotes qui nous tenaient tête, et leur rendirent une nouvelle audace. Ils nous attaquèrent avec violence, et reconquirent ce qu'ils avaient perdu auparavant. A cette vue, et soupçonnant la défaite de Plapoutas, nous commençâmes, vers le coucher du soleil, à baltre en retraite en bon ordre, et les Laiiotes, s'étant approchés de nos . remparts, firent de même. Dans cette bataille périrent trois Cépballènes et onze Péloponésiens; trente soldats environ furent blessés ; les pertes des Laiiotes furent beaucoup plus grandes.
A notre retour à Foussi, nous apprîmes les événements de Bastiras et la mort de Piapoutas, et, comme la plus grande partie de ses hommes avait déserté, nous re-
A GUERRE De l' INDÉPENDANCE
mîmes tout autre mouvement militaire jusqu'à ce qu'il nous fût arrivé de nouvelles forces, et qu'un nouveau chef eût remplacé celui qui avait été tué. Quelques jours après arriva Détnétrius Plapoutas, frère de Georges, à la tête d'un nouveau coqis.
Les Lallotes, étonnés du courage inespéré de notre armée, et voyant les pertes considérables qu'ils avaient faites dans les diverses batailles dont nous avons parlé, comprirent que leur position était fort incertaine, et demandèrent des secours à Jousouph-Pacha à Fatras. Nous fûmes aussitôt informés par les commandants du siège de cette ville que Jousouph était déjà j parti, à la tète de 600 fantassins Albanais | et îoo chevaux. Nous nous adressâmes suite aux chefs Péloponésiens pour qu'il fût envoyé des troupes, afin d'occuper les défilés, et d'empêcher, ainsi le passage des Turcs ; on nous répondit que ceux-ci s' étant en tendus avec leurscoréligionnaires de Caîavryta, avaient pris les mesures nécessaires. En même temps, ils nous proposaient d'abandonner la position que nous occupions, et de nous transporter dans une autre plus rappnchée et plus forte. Mais
DE LA GRtCE
ayant réfléchi que nos forces n'étaient pas suffisantes pour la défendre, nous préférâmes rester à Poussi,que nous fortifiâmes de notre mieux, en élevant des terres-pleins aux endroits les plus exposés, et en plaçant sur le front de notre camp les deux canons de fer, confiés aux braves matelots céphallènes dont Panas prit la direction. Les deux canons de bronze furent placés à la droite du camp, et confiés k la direction d'Onouphre-Lykiardopoulos et de CalHgas; André Métaxas, Denys Sambricos, les autres hommes de guerre et moi, nous acceptâmes la défense des autres positions du camp.
Le 20 juin, au coucher du soleil, Jousouph-Pacha avec ses soldats parut sur les collines opposées. Alors, sous la protection du feu de nos canons, nous sortîmes aussitôt de nos retranchements pour attaquer le nouvel ennemi. Les Laliotes, de leur côté, étant sortis de Lala avec toute leur armée, reçurent en poussant des cris de joie Jousouph-Pacha, qui entra triomphalement dans la bourgade.
Le soir de ce même jour nous tînmes conseil avec les Pélopooésiens, qui d'à-
}2 LA GfEHHE DE L ISUEPENDANCE
bord nous proposèrent d'abandonner nos fortifications, de nous retirer à Dyvri, village de montagne dans l'EHde, et de nous y fortifier, parce que les Turcs de ce pays étaient nombreux et guerriers expérimentés. Nous, Céphallènes, nous repoussâmes cette proposition à l'unanimité, menaçant même les Péloponésiens, s'ils faisaient !e moindre mouvement de retraite, de nous détacher d'eux et de nous joindre aux armées Péloponésiennes assiégeant Tripoli. Comme soldats, nous devions défendre nos fortifications, si les Turcs voulaient nous attaquer, et, retranchés derrière no& remparts, nous pouvions les vaincre et les chasser de Lala. Les chefs Péloponésiens, nous voyant bien décidés, s'empressèrent de partager notre résolution. Mais, comme nous avions besoin de secours, ils nous proposèrent d'écrire à Stamnitsa, où siégeait le Sénat Péloponésien, pour lui demander de nous envoyer immédiatement des renforts et demandèrent en me désignant qu'un des chefs céphallènes s'y rendit pour conférer avec les primats. Nous acceptâmes leur proposition, et, ayant délibéré à part,
DE LA GRÈCE n
nous décidâmes que je devais moi-même, suivant le désir des Péloponésiens, me charger de cette mission. Nous décidâmes qu'aussitôt que je me serais mis en mouvement avec les nouvelles forces que me donnerait le Sénat Péloponésien, j'aviserai les chefs qui se trouvaient à Poussi, afin qu'ils préparassent la position oii devait s'installer ce nouveau corps auxiliaire. Nous étant ainsi concertés, je partis la nuit même pour Stamnitsa, muni des lettres nécessaires des chefs militaires, faisant connaître au Sénat le motif de ma mission.
Arrivéle lendemainai juin àStamnitsa, j'y trouvai l'évèque de Vresthéne Théodorète, Pétro-Bey, Sotir Charalambis Crevatas, Anagnostîs Délijanni, Athanase Canacaris, Rhendis, Nicolas Poniropoulos et quelques autres primats; je leur énuméraî les forces des ennemis surtout après l'arrivée de Jousouph-Pacha, et leur représentai combien était nécessaire l'envo de prompts secours. Ces primats résolurent immédiatement de me donner tous les hommes qui se trouvaient à Stamnitsa, même leurs gardes particulières, et écri-
virent en même temps à différents villages et bourgs pour que des hommes d'armes se missent en campagne et s'unissent à nous Le lendemain, 23 juin, je partis avec Chrisospathis, qu'ils avaient nommé chef de ce corps auxiliaire, en route nous rencontrâmes un messager extraordinaire, qui nous annonça queprèsdeLalaonse battait depuis le matin, et qu'ony entendait d'incessants coups de canon et de fusils, songeant alors que les Laliotes avaient attaqué nos retranchements à Poussi, jepressai notre marche pour que nous arrivions à temps. Dans notre passage par les villages les hommes d'armes qui avaient reçu l'ordre du Sénat, se joignirent à nous de sorte qu'un jour plus tard, sa juin, le nombre total de notre corps s'élevait à i ,000 hommes. Lorsque j'appris que la bataille avait commencé, je dépêchai un courrier aux chefs de Poussi, pour leur faire connaître l'heureuse issue de ma mission et notre prochaine arrivée. A notre approche de Lala vers le soir, la bataille avait déjà cessé. J'écrivis alors de nouveau, et demandai des instructions pour l'installation ducorps auxiliaire. Par le retour du 1
feçus une réponse de mes frères d'armes ïéphallèoes, qui me décrivaient l'attaque l'ennemi et ses conséquences.
Jousouph-Pacha ne pouvant pas rester Hongtemps à Lala, et pensant que, si la tbataille était remise, nous aurions le temps Ide recevoir des renforts, fit le 22 juin une fc-3ortie générale, avec les Laliotes, contre pes Grecs. La bataille dura avec quelques linterruptions du matin jusqu'au coucher rdu soleil ; les Turcs tentèrent plusieurs assauts sans résultats contre les fortifications de Poussi. Les Grecs réduits au désespoir, repoussèrent héroïquement l'ennemi, rde sorte que Jousouph fut obligé deserer sans avoir rien fait. 11 resta sur le ^hamp de bataille 23 Céphallènes, 2 Za- ■cynthiens et plus de 60 Péloponésiens, et 1 fut blessé 18 Céphallènes, parmi lesiquels un de leurs chefs André Métaxas, stun Zacynthien Sembricos furent blessés.
Après l'attaque des Laliotes à Poussi, les phefsGrecs considérant qu'ilsne pouvaient e maintenir dans cette position, se retirèrent pendant la nuit avec les Pélojponésiens et les Céphallènes à Dyvris.
■Cette résolution était insensée, et ne s'ex-
plique pas ; les Laliotes étant vaincus, les Grecs ne courraient aucun danger, et devaient rester dans leurs retranchements, , d'autant plus qu'un corps auxiliaire de 1,000 hommes belliqueux arrivait à leur ■ secours ; il fallait seulement envoyer les blessés ailleurs afin de les faire soigner.
Avec le secours que j'amenais, nous pou-* vions attaquer l'ennemi avec succès, et le 1 mettre en fuite. De cette façon les Laliotes eussent été entièrement détruits, et la victoire des Grecs eût été plus complète.
L'abandon de nos fortifications de Poussi amena la dispersion des Peloponésiens I et la dissolution du corps des Céphallènes, qui, formé au prix de tant de fatigues, de i sacrifices et de dangers, inspîraitle respect l aux Peloponésiens, par son ordre et sa ] discipline militaire, et la terreur et l'adm ration aux Laliotes, à cause de son audace ] et de son courage.
Les Laliotes retournés à Lala, apprirent I que de nouvelles armées marchaient i contr'eux, et, comme ils avaient éprouvé I beaucoup de pertes dans les derniers combats, et qu'en outre ils étaient pressés par' J Jousouph-Paclia lui-même, qui ne voulait i
A GRÈCE
F[ias rester enfermé dans leur ville, ils prirent leurs objets les plus précieux, emmenèrent leurs familles et partirent avec le Pacha pour Patras.
En apprenant ces nouvelles, nous pars pour LaIa,aGnde prévenir l'ennemi, I et de le harceler dans sa fuite ; mais, nous trouvâmes la ville déserte. Je parcourus blors toute cette belle bourgade, qui compait environ 900 maisons, la plupart cons- ■uites en briques, et autour desquelles p'élevaient de hautes tours isolées au milieu de plantations de cerisiers. Ayant naminé les fortifications des I.aliotes, et fcelles des grandes maisons particulières, ■ je vis qu'il eût été bien difficile de les prendre d'assaut. Les Grecs, selon leur habitude, pillèrent ce qu'avaient laissé les Laliotes, et ensuite ils brûlèrent cette grande cité. J'appris en outre que dans la dernière bataille de Poussi les Laliotes avaient perdu 200 hommes, 170 dans les combats précédents et un grand nombre de blessés. Après ces événements, je m'empressai d'annoncer à mes compagnons d'armes les Céphallènes la fuite des Laliotes, et je leur exprimai mon étonnement
IL'EBRE DE l'îNDÉPENDANCE
de ce qu'ils avaient quitté Poussi, quand ij les Turcs avaient manqué le but deleurl attaque, et au moment où je leur amenais ] un corps auxiliaire important. Mais, contre I mon attente, je reçus une seconde lettre T des nôtres, par laquelle ils m'avisaient J que, les Péloponésiens s'étant dispersés, lesblessés avaient été transportésàXopotos, village de Calavryta, où ils m'attendaient ; 1 ils me priaient en même temps de leur J procurer un chirurgien. C'est pourquoi je retournai à Staranitsa, où je trouvai les primats, prêts à se rendre au-devant d'Hypsilantj, qui, allait de Trîeste à Hydra, et 1 devait passer dans le Péloponèse. Je les i suivis, sur leur invitation, espérant aussi trouver un chirurgien dans le cortège du i Prince, et je l'annonçai à mes compagnons I d'armes.
Nous reçûmes à Astros Démétrius Hyp- I sijanti, représentant deson frère Alexandre, commissaire-général de la suprême autorité de la Société des Amis, à qui les primats me présentèrent. Je vis le prince et I ses conseillers ; mais l'impression que j'en j reçus, fut mauvaise, car je ne trouvais pas | eu cet Jionime les qualités qui sont néces-
Vsaires au chef d'une grande entreprise.
J Hypsilanti me reçut avec bienveillance; I je lui racontai les événements qui s'étaient t passés autour de Lala, et la raison qui n'avait poussé à venir au-devant de lui; e lui dis en même temps que, le considé- I rant comme mon chef, je désirais recevoir I de lui des ordres pour la position à assi- Igner au corps des Céphallènes. Il nie ré- I pondit que son état-major, où se trou- Fvaient des médecins et des chirurgiens, était à Calamata,et que les blessés devaient être transportés là. Quanta la position i^ assigner à notre corps, il conférerait plus
Itard avec moi sur les mesures les plus convenables à prendre.
' Alors j'eus l'occasion de connaître ceux qui entouraient Hypsilanti, et j'appris ses plans avec stupeur. Us me demandèrent des renseignements sur l'état général des choses. Je leur dis que le peuple était mal armé et peu expérimenté dans les choses de la guerre, et qu'il faîlait le préparer avec sagesse et prudence, afin qu'il pût mener l'iusurrection à bonne fin. Contre mon attente, ils me répondirent, qu'il ser^i t mpossible de diriger ce peuple, tant q i ■
40 Lk GCEKKE DE L IXDÉPENDAXCE
les ARCHO^TES auraient l'autorité. Je répondis à cela qu'une telle opinion serait extrêmement funeste dans les circonstances présentes, parce que le peuple, qui craignait les Turcs, n'avait de confiance que dans ses primats. Et si ces derniers ne prenaient pas une part active dans la direction des opérations, nous verrions immédiatement le peuple se soumettre de nouveau aux Turcs, Hypsîlanti devait, selon moi, s'entendre avec les primats et chefs militaires sur le but principal que nous poursuivions, la destruction de l'ennemi ; sinon, la discorde et les divisions amèneraient la ruine de ta Révolution,
Mes obseriatious ne plaisaient pas à ceux qui entouraient Hypsilanti, ils cessèrent tout rapport avec moi, jusqu'à notre arrivée à Vervéna, Je dois cependant excepter Georges Cozakis Typaldos, homme d'un ardent patriotisme et d'un caractère intègre, avec lequel je causai en particulier de mes opinions, et qui les approuva entièrement. A Ver\'éna, dans un long entretien que j'eus avec Hypsilanti, je lui proposai de m'unir à lui avec mes Céphallènes, il accepta ma proposition. Mais les
: l.A QRÈCE
iprimats du Péloponèse concevant des ÈÈoupçons sur los projets d'Hypsilanti, et woyant avec déplaisir l'union des Céphalivec lui, cherclièrent à me persua- Ber, l'archevt-qQË du V. Patras et Zaïmis Burtout, qu'il ûtaît préférable de m'unira ^ux dans le camp de Patras. Ils me proftiiirent d'augmenter notre corps militaire, et me firent observer que Céphalonie était plus près de Patras. Je répondis qu'ayant donné ma parole à Hypsilanti, je ne pourrais ia retirer; qu'ils devaient le lui pro- •Oser eux-mêmes, et je prorais d'accepter s qu'ils décideraient. Hypsilanti me fit Sppeler de nouveau, et me dit qu'à Tripoil devait lui-même camper, il y avait Edes forces suffisantes, qu'à Patras on en I manquait, et qu'il me priait de me rendre au camp de cette dernière ville avec mon ^t:orps de Céphallènes.
^K Voici l'ordre du jour d'Hypsilanti:
^^L « Généreux compatriotes, soldats cé- I phallènes et zacynthiens, placés sons les ordres du comte André Métaxas, de Gérasimos Phocas et Evangelis Panas.
s ]'ai appris les brillants actes de cou-
K GUERRE DE l'iNDÉPPNDANCE
rage et de patriotisme, que vous avez ac--
complis. Les Turcs les plus braves et les 1 plus audacieux ont tremblé devant vaillants et invincibles Hellènes ï Gloire à J vous camarades, et gloire à tous i d'entre vous qui ontconquis par leur raort ] l'immortalité. Réunissez-vous maintenant, en un seul corps, et rendez-vous â Fatras I pour assiéger les Laliotes qui s'y sont ré- | fugiés. Vous combattrez, je n'en doute pas, avec cet esprit de liberté et de patriotisme, ' qui animait jadis vos ancêtres. Ne craignez i pas, amis, que la patrie commune ne récompense dignement les vertus de ses enfants. Comme plénipotentiaire je note vos actions, pour qu'il leursoit attribué les honneurs qui leur sont dus, et par moi et par le général enchef, mon frère, et par l'auforitésuprême. M. Constantin Métaxas, votre compagnon d'armes, vous dira ce qu'il faut faire pour vos camarades blessés et vous fera part de ce que je lui ai recommandé.
■Vervéna, 22 juin i8si.
Le patriote.
DÉMBTRIUS HypSlLAN-T[.
Chargé despleins pouvoirs du Commissaire-généraL
K GKÈCE
Ayant reçu d'Hypsilantî les pièces nécessaires, je m'empressai de partir, pour prendre les dispositions relatives aux blessés, et aussi pour ne pas me trouver présent à la rupture que je prévoyais entre Hypsilanti et les primats à Vervéna, et qui eut lieu, en effet, peu de jours après mon départ. Hypsilanti, mécontent, résolut de partir pour Calaraata, et l'armée, qui fondait sur lui toutes ses espérances, le protégea. Par l'entremise des chefs, la diffi- ;ulté fut aplanie en apparence, maïs il resta au fond des cœurs une haine qui, plus tard, devait avoir de tristes résultats. En quittant Vervéna, je nie dirigeai vers Xopo- I tos, où, au lieu du corps des Céphallènes, e trouvai que les hiessés, cela amena [ de désagréables, explications entre moi, . Evangelis Panas, Phocas, et André Métaxas lui-même. Ils n'avaient pu maintenir notre corps militaire, et l'avaient laissé tomber en dissolution. Je me repentis de ne pas être revenu après avoir reçu leur seconde lettre j'aurais peut être pu conserver un corps de soldats exercé et habitué à la guerre ; maintenant il n'était plus temps. Je fis alors transporter les blessés à Calamata,
OÙ nous trouvâmes les soins et l'assistance d'un chirurgien. Ce devoir rempli, mon premiersouci fut de rassembler de nouveau un corps de Céphallènes, et avec les quelques compatriotes qui se trouvaient à Calamata, je me dirigeai vers Patras, où j'arrivai dansles premiers jours dejuillet. Là, je formai un nouveau corps de 200 Céphallènes, je retrouvai mes deux canons de bronze, que Sissinis avait transportés, et j'allai camper à Saravali.
La campagne des Céphallènes dans le Péloponèsefut d'une grande utilité, car les Laliotes étaient les Turcs les plus redoutables de lacontrée; jamais, avantnotre arrivée, on n'avait pu former un camp contre eux ; ils parcouraient sans relâche lé centre du Péloponèse, brûlant villes et villages. Seul Charalambos Vîlaetis avait résolu de les combattre pour sauver sa patrie, la ville de Pyrgos, et s'était posté à Lanzoi, mais les Laliotes, l'ayant attaqué, le tuèrent lui et la plupart de ses hommes presque sans combat. Le nom de Laliotes inspirait depuis la terreur dans les provinces voisines. Le corps des Céphallènes par la victoire qu'il remporta tout d'abord
à Bodini contre les LalJotes, excita le courage des habitants des provinces voisines de Lala, et prouva à leurs terribles adversaires que la valeur n'était pas leur patrimoine exclusif. Les Laliotes rassemblèrent le plus de forces qu'ils purent, ils furent néanmoins décimés aux batailles livrées dans la plaine de Lala et à l'assaut de Poussi et chassés pourtoujours des contrées qu'ils avaient conquises. Il ne resta donc plus aux Turcs, au centre du Péloponèse que la seule ville de Tripoli. C'est donc aux Céphallènes, mes compatriotes, que sont dus les premiers succès de la Révolution grecque dans la Péninsule, parce que, les Laliotes vaincus, le peuple du Poloponèse prit courage, et accourut avec ardeur sous les drapeaux. Ainsi renforcés, les divers corps pressèrent la r-iddition des autres places assiégées.
Cependant Jousoupb-Pacha ayant saisi notre lettreauKLaliotes,la communiqua en seplaignantau consul d'Angleterre àPatras, qui la transmit à Lord Maitland haut-comraissairedesSept-Iles. Se basant sur cette lettre, qui se trouve encore dans les archives secrètes de la Protection à Corfou, cet
homme odieux obligea le gouvernement des Ues Ioniennes à rendre un décret, par lequel nous, les chefs qui avions signé la lettre, étions proscrits et privés de nos droits politiques et de nos biens. Mais la confiscation ne frappa que moi comm.e chef de l'expédition et comme ayant signé le premier la lettre aux Laliotes.
Voici la proclamation du gouvernement Ionien écrite eh Italien.