‹ Souvenirs de la guerre de l'indépendance de la GrèceChapitre 3 sur 33 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En face de l'Acarnanie et du golfe de Corinthe, entre Zante et Leucade, s'étend l'île de Céphalonie, séparée d'Ithaque par im étroit bras de mer. Sa forme est celle d'un triangle, de 40 lieues de tour, ou, selon Strabon, ^00 stades de périmètre ([).

C'est la plus grande et la plus peuplée des îles Ioniennes, elle compte à elle seule le tiers de leur population totale. Elle est située par 38° 1 5 de latitude septentrionale; son climat estival, doux et salubre, devient variable en hiver, par suite de ses nombreuses montagnes. L'Enus, la plus haute de ses cimes, élève majestueusement au Levant ses 4,000 pieds de hauteur au-des-

eX, cimp. ï, n. 1S,

sus du niveau de la mer, et domine les coDtrées d'alentour. De son sommet la vue embrasse un horizon très-étendu ; Zante, Leucade, Ithaque, les Echinades, le Péloponèse, la Grèce continentale, diversement éclairés par le soleil, forment un spectacle des plus pittoresques. Des arbres coupés dans les bois qui couvraient cette montagne, on construisait jadis, les vaisseaux AUX FLANCS PRiNTS DE \-ERMir.r.oN, dont parle Homère (r). L'île est formée d'un système de montagnes et de collines escarpées, de plateaux et de vallées d'un accès difficile et de rochers taillés â pic ; sa nature paraît sauvage et stérile, mais, la main laborieuse de ses habitants, a su faire naître des plantations variées, et des arbres de diverses espèces, croissant entre les montagnes, embellissent l'île par leur végétation et l'embaument de leurs parfums. L'olivier et la vigne y abondent, et les raisins secs en sont le principal produit.

La population de l'île dépasse 76 mille habitants, répandus dans aso villages ou hameaux, quatre bourgs et deux villes.

(1) Homère, Iliadp. lili TT, v 617

Argostoli, sa capitale, est située à l'ouest, vers le fonds du golfe, qui forme un port vaste et sûr ; elle compte environ 12,000 habitants, défendus par un fort. Lixouri situé à l'entrée du golfe, vers le nord, compte plus de 6,000 habitants; les deux villes communiquent par mer.

Homère, caractérisant les Céphallènes, leur donne l'épithète de magnagnimes ; les hommes y furent toujours en effet hospitaliers, patriotes, et les femmes, vertueuses, économes et laborieuses. La stérilité de leur sol, pousse les Céphallènes à se livrer à la navigation et au commerce. L'île donna naissance à des savants illustres ; mais ce fut surtout par cet esprit guerrier dont plusieurs auteurs anciens ont fait mention, que ses habitants se distinguèrent.

L'île actuelle de Céphalonie portait anciennement sept noms : Téléboé, Taphos, Samos, Dulichium, Tétrapolis et Mélaina (noire), peut-être à cause des forêts qui couvrent ses montagnes.Ses premiers habitants venaient de l'Acarnanie, et sont regardés comme d'origine Pélasgienne.

Elle avait quatre villes': Samos, Pale, Crâne

et Pronnes, dont on trouve encore les ruines.

Homère, faisant le dénombrement des armées venues au siège de Troie, cite les Céphallënes sous les ordres d'Ulysse (i).

Hérodote nous apprend qu'à la glorieuse bataille de Platée (497 av. J.-C. ) (a), nonseulement, 200 Paléens, mais encore des Samienscombattirentsouslesordresd'Anicrétos, et contribuèrent ainsi à la défaite de l'armée persane. Ce fait nous est affirmé par des médailles qui furent conservées {)).

D'après Thucydide (4), avant la guerre du Péloponèse (456 av. J.-C), les Céphallènes soutinrent avec quatre vaisseaux les Corinthiens contre les Corcyréens. Les Athéniens ayant déclaré la guerre aux Lacédémoniens, envoyèrent des députés aux Céphallènes pour demander leur amitié (5).

(1) Homtre, riade, lib !, v e'ii (8) Hérodote, Hist liv. IX chap. SXVIII, Edit Di4ot.

(3) Mar. PigDatorre.Hiat. deCËphalonieinêdite.

(4) Thucydide, Guerre du PàlopoDèse, lîb llr chap ST.

(6) Thucydide, II, chap 7.

Dans les commencements de la guerre du Péloponèse, les Céphallènes restèrent neutres, mais plus tard ils firent alliance avec les Athéniens. Les Corinthiens marchèrent alors contre leur île avec 40 vaisseaux, et plus de 1,^00 hoplites débarquèrent dans le port de Crâne et fondirent avec impétuosité contre la ville, qui leur opposa une vigoureuse résistance. Les Céphallènes, ayant feint de vouloir se rendre, attaquèrent ensuite à l'improviste le camp ennemi, tuèrent quelques Corinthiens, et forcèrent les autres à se rembarquer (1). Les Céphallènes aidèrent aussi les Athéniens dans leur expédition contre Leucade {2) et dans celle contre les Syracusains, qui échoua cependant.

A la chute de la liberté grecque, après les victoires de Philippe et de son fils Alexandre, les Céphallènes se gouvernaient d'une manière indépendante. Lorsque les ligues se formèrent, et que les Achéens se trouvèrent en hostilité avec les Etoliens, les Céphallènes se montrèrent

(I) Tbiicydiiie, II, cliap. 33.

(!) Thucydide, 111, Dl-SS

fidèles alliés de leurs voisins les Etoliens, avec qui ils avaient formé d'étroites relations, et les secoururent de leurs vaisseaux et de leurs courageux guerriers. Philippe, fils de Démétrius, roi de Macédoine (22T av.].-C.) et allié desAchéens, voulant conquérir Céphalonie, partit de Fatras avec une nombreuse flotte et une armée considérable, et débarqua à Prennes, la première ville de l'île qu'il rencontra sur sa route. Ayant remarqué que cette ville serait difficile à investir, il se rembarqua, et alla jeter l'ancre devant Pale, située au fond du golfe de l'île. A peine y eut-il assis son camp, qu'il assiéga étroitement cette ville, et dès qu'il eut reçu des renforts de troupes auxiliaires, il réussit à pratiquer une brèche dans les murs ; mais tandis qu'il se disposait adonner l'assaut, une révolte éclata dans son camp et le força il lever ce siège (i).

Les Paléens se montrèrent braves guerr'ers, n'ayant pas perdu courage devant les armées nombreuses et aguerries. Ils

repoussèrent toutes les propositions de

paix que Philippe leur fit, et celui-ci,

I désespérant de conquérir Pale, quitta

I nie honteusement, sans avoir rien con-

I élus.

Sous les Romains, les Céphallcnes se distinguèrent aussi par leur esprit belliqueux et leur amour de l'indépendance, comme !e prouve ce qui suit :

Lorsque les Etoliens se révoltèrent contre les Romains pour reconquérir leur liberté, les Céphaîlènes s'allièrent avec mirent à leur secours. Leur marinefit beaucoup de mal auxRomains, ainsi que le dit Tite-Live lui-même. Ils furent dant forcés de se soumettre, mais enfin les Romains, indignés contre eux, les exceptèrent du traité de paix (Cephallenia extra pacis leges esto, Livius X 138), et ordonnèrent à Marcus Fulvius Nobilîor de les traiter impitoyablement. Ce dernier débarqua dans l'île, et intima aux Céphaîlènes l'ordre de livrer les otages. D'abord les habitants des quatre villes voulurent céder, mais, pendant qu'on négociait, les Samiens se repentirent, et on se prépara à repousser les Romains (187, av. J. C).

Alors Fulvius assiégea étroitement Samos, et demeura devant cette ville quatre mois entiers, pendant lesquels les habitants combattirent bravement, et causèrent de grands dommages à l'ennemi. Mais les Romains ayant attaqué vigoureusement cette place pendant la nuit, la prirent d'assaut, la détruisirent de fond en comble, et punirent cruellement les Samiens, qu'ils avaient faits prisonniers (i).

Jusqu'à cette époque, les historiens parlent de l'esprit belHqneux des Céphallènes, mais ils ne citent personne comme s'étant distingué particulièrement. Nous pensons que cela tient surtout au système des auteurs Grecs, qui avaient l'habitude d'attribuer plutôt la gloire à la patrie en général. Quoique les habitants de Céphalonie fussent divisés en quatre gouvernements distincts et que, vu la stérilité de la terre, ils fussent pauvres nous n'en devons pas moins avouer qu'ils se distinguèrent toujours, et qu'ils surent conserver intact le sentiment de l'indépendance.

Sous la République de Venise l'esprit belliqueux des Céphallènes brille aussi d'un assez vif éclat. A cette époque ils forment fréquemment à leurs frais des corps militaires, équipent des vaisseaux, combattent sur terre et sur mer, partagent les dangers des Vénitiens et prennent leur part des victoires. Incontestablement il est dû aux Céphallènes une partie de la gloire, que les Vénitiens acquirent en arrêtant les Ottomans dans leurs attaques contre les Chrétiens.

Marc Tsimaras, son fils Jean et Nicolas Louzi, se distinguèrent à la fameuse bataille de Lépante {1571). Au siège de Candie (1658), les chefs des corps de Céphallènes qui combattirent glorieusement contre les Ottomans, furent Jean-Baptiste Métaxas (1), qui fut nommé colonel; Angelo Delladecima, Anastase di Evangelîno Annino, GeorgesCarbouri et Ventura Pignatorre, qui fut tué (a).

A la conquête de Leucade (1684) les Céphallènes aidèrent les Vénitiens, con-

(I) Plgnalorre, Jlist. de CépUalonle (i) Locatelli, Délia guerra venela ii

duits par MoroKini. Jacques Métaxas et Nicolas Pignatorre commandaient les vaisseaux, et le colonel Jean-Bapfiste Métaxas et Angelo Delladecima, les troupes cépliallènes de terre.

Dans les sièges et combats des Vénitiens, sous les ordres de Morosini dans le Péloponèse et autres parties de la Grèce (1686-87), les Céphallènes contribuèrent beaucoup à la défaite des Ottomans. A Navarin, Prévéza, Coron, dans le Magne et àCalamata, leschefs céphallènes qui se distinguèrent furent Angelo Delladecima, qnî, fut nonimé colonel, et mourut au siège de Nauplie ; Anastase Annino, Jean-Baptiste Métaxas, Nicolas Pignatorre et les frères Anastase et Angelo Métaxas.

Constantin Typaldo, au siège de Nauplie, fut nommé Ciievalier de Saint-Marc; MarinoPignatorre,à la conquête d'Athènes combattant à la tête de aoo Céphallènes, reçut les éloges du général Courban; plus tard, les deux frères Anastase et Angelo Métaxas, combattant à leurs frais à la tête de plus de 1,000 Céphallènes, reçurent des dignités militaires, en récompense de leurs faits d'armes contre les Ottomans en Acar-

nanîe et en Acliaïe, et furent honorés du titre de comte, eux et leurs descendants.

En 1711 et 1716, les Céphallênes secoururent de nouveau avec des vaisseaux et une armée de terre les Vénitiens, lorsque, sous les ordres de Dolphino, ils repoussèrent ies Ottomans.

En 1717, Constantin Typaldo, son frère Vincent et son neveu Jean marchèrent à la tête de 300 Céphallênes, contre les Ottomans, pour défendre Leucade. Jérôme Delladecima courut, avec 80 Céphallênes, au secours de Corfou, où Vincent Typaldo était déjà occupé, sous les ordres de Schullembourg, k de difficiles opérations de guerre (1).

Nous ne pouvons oublier un homme, qui, vers cette époque, a grandement illustré l'histoire de Céphalonie. Un simple moine, Nicodème Méfaxas, avant parcouru, vers 1727, les principales villes de l'Europe, apporta une typographie de Londres à Constantinople, dans l'intention de contribuer à répandre la lumière du

[0 Mar. Pignalorre, Hiat. inédite de CÉplia-

christianisme. II faillit devenir la victime des jésuites, tout puissants alors dans cette ville; mais, par la protection de l'ambassadeur d'Angleterre et l'amitié du Patriarche Cyrille, il réussit à écarter le danger, et à faire expulser les Jésuites de Constantinople. Grâce à son esprit supérieur il devint Archevêque de Nauplie, et fut élu par le clergé de Céphalonie évêque de l'île.

II obtint plus tard le titre d'Archevêque, et rendit l'Eglise de Céphalonie indépendante de celle de Corinthe. Peu de temps après, accusé par les Latins de Zante, Nicodème passa à Venise, où. il ifut acquitté, et reçut le titre d'Archevêque de Philadelphie, siège créé alors par les Vénitiens pour contrebalancer l'influence du Patriarche de Constantinople. Nîcodème étant demeuré quelques années à Venise, revint à Céphalonie, où il mourut vers

Vers 176g, aussitôt qu'éclatala révolution du Péloponèse contre les Ottomans, les frères Spyridion et Jean Métaxas prirent

(1) Smith ThomaB — CoUeclanea de Cyrillo Lucarin, Patriarcha, ConstaDlinopolitanii , Londini, IIDCCVII.

les armes, ainsi que leur parent Nicolas Métaxas (mon père). La révolution ayant échoué, tes deux frères se réfugièrent en Russie, où ils trouvèrent un asile. Nicolas revint secrètement à Céphalonie, où il se cacha ; les Vénitiens le déclarèrent libre quelque temps après en considération de sa jeunesse.

Comme nous ne voulons qu'exposer succinctement !es diverses expéditions des Céphallènes qui ont eu lieu en différents temps, nous ne pouvons citer qu'un petit nomhre de ceux qui se sont distingués. Nous trouvons : i" Constantin Gérakis en 1685, premier ministre â Siam, mais en réalité vice-roi, connu a la Cour de France sous Louis XIV, par ses grands projets; 2" En Prusse, Spyridion Louzi, ambassadeur en Angleterre et en Russie sous Frédéric-Ie-Grand, et général sous Frédéric-Guillaume II; 3° En Russie, soiis Catherine, Pierre Mélissinos, général d'artillerie; 4° A Naples, Georges Choraphas, en 1772, général sous Ferdinand, roi desDeux-Siciles; 5" En France, sous Napoléon I, parmi les nombreux Céphallènes qui ont servi sous les drapeaux de la

France, se sont surtout distinguas: Nicolas Loverdos, nommé général en 1813, et le colonel Bourbakis, qui laissant la France, accourut dès le commencement de la guerre nationale Grecque, et tomba bravement en combattant contre Kintahi dans l'Attique (1).

Tels sont en peu de mots les exploits des Céphallènes. Céphalonie ayant continuellement suivi le sort des autres îles, ses sœurs, est aussi tombée, après de nombreuses péripéties, sous la protection des Anglais. Tandis que la persécution et la terreur régnaient en tous lieux, mon frère, le premier,Mariiios, N, Métasas,avec Denys Romas et Eustache Stéphanitsis, membres du Sénat Ionien d'alors, s'élevèrent patriotiquement contre le fameux lord haut commissaire Maitland, et protestèrent contre la fausse interprétation qu'il faisait de l'esprit du Traité de Paris appliqué à l'indépendance politique des Iles Ioniennes. Quoique gémissant sous un gouvernement étranger, Céphalonie n'en a pas

des h ouitUË s illustres de l'iludu par Maauraky. Veulsc 1843

moins conservé pur le sentiment national.

Les Anglais eux-mêmes lui en rendent le témoignage, en disant, dans leur sincérité britannique, que Céphalonie est plus grecque que la Grèce elle-même (i).

U était donc écrit dans leurs destinées que vingt-trois siècles après la bataille de Platée, où les Céphallènes vinrent au secours des Grecs pour chasser les Perses barbares, ils reprendraient les armes, malgré les Anglais eux-mêmes, et qu'ils combattraient avec les Péloponnésiens dans les plaines de Lala et ailleurs,et qu'ils se distingueraient pendant toute la guerre sainte de l'indépendance pour secouer le joug des Ottomans.

(1) Nous devons noter que l'Auteur écrivait cela avant que les lies Ioniennes fussent unies à la Grèce.

ras. — Mort de Georges Plapoutas. — Bataille dans la plaine de Lala. — Jousouph- Pacha arrive de Fatras avec une armée. — Les chefs Péloponnésiens veulent se retirer de Laia. — Nous demandons des secours au Sénat du Péloponnèse. — Assaut de Poussi par les Laliotes, et leur fuite k Patras. — Ma rencontre avec Hypsilanti et sa suite. — Projets de ceux qui entouraient Hypsilanti. — Les blessés sonttransportés àCalamata. — Mon campement avec un nouveau corps de Céphallènes à Saravali. — Conséquence de l'expédition de Lala. — Proscription des chefs Céphallènes par le gouvernement ionien.

La SociÉTÉ DES Amis, dont le but était d'affranchir la Grèce, du joug des Turcs, était complètement inconnue des primats deCéphalonie; seul, mon frère Marin os Métaxas, connaissait son existence, et la soutenait de ses deniers. Il en avait été avisé, en même temps que les principaux personnages des Iles, par une lettre d'Alexandre Hypsilanti, lorsque celui-ci se préparait àleverdansla Moldo-Valachie le drapeau de l'indépendance. Mais Marinos ne confia à personneson entrée dans l'HÉTAiHiE, craignant d'être persécuté par ies Anglais, comme il l'avait été déjà lors

DE LA GRÈcn 3

^e sa protestation contre leur protec- »rat, qui, s'appuyant sur une interprétation fausse du traité de Paris, visait 1 détruire l'indépendance politique des Ioniennes, Il n'y avait que quelques capitaines de navires, et quelques négociants, naviguant ou trafiquant le long des côtes de la Russie et de l'Asiemineure, qui fissent partie de I'Hétairie.

En janvier i8si, Athanase Politis de teucade mon condisciple en Italie, passa mar Céphalonie; je le reçus chez moi, et il ■n'expliqua le but que se proposait la ■ociÉTÉ DKS Amis, J'en devins aussitôt membre, et ayant prêté serment, j'appris goe bientôt la- révolution devait éclater, et tqueje pouvais m'entendre avec Germanos, archevêque du Vieux-Pàtras, et affilier à I'Hétaikie tous ceux que je jugerais dignes de cette grande entreprise.

Peu après le départ de Politis, il se répandit des bruits de mouvements insurrectionnels en Valachie, et vers le mois de mars la révolution du Péloponèse éclata.

Sur ces entrefaites, je lis part à mon frère Marinos de monentrée dans l'Hêtatrie, et alors seulement, avec une grande circons-

E DE l'IM dépendance

pection, il me découvrit ce qu'il s ce sujet. Enthousiasmé par ses paroles je me mis en campagne pour faire prêter serment à bon nombre de mes parents et de mes compatriotes, qui, devenus membres de I'Hétaikie, se préparèrent à aider de toutes leurs forces les insurgés du Péloponèse. Selon les recommandations de Politis, j'écrivis à l'archevêque du Vieux Patras, qui me répondit que le besoin de soldats était urgent, qu'il fallait exciter les MAGNANIMES Céphallènes, îi accourîr k son aide le plus tôt possible avec des hommes et des munitions.

Je me concertai aussitôt avec mes amis et nous réunîmes assez d'argent pour acheter des munitions et des armes, et l'expédition du Péloponèse fut résolue. Mais, afin que ce mouvement ne fut pas dëvoiîé au gouvernement Anglo-ionien, mal disposé alors pour la guerre de l'Indépendance hellénique, le but n'en fut communiqué qu'à un très petit nombre de personnes, la dépense fut soldée au nom des plus riches Hétaihistes. Mes frères et moi, nous dûmes faire pour la réussite de cette expédition, une brèche sérieuse à notre

I fortune. Tandis qne ces préparatifs se fait sous ma direction, nous apprîmes Iqu'Evangélis Panas, un des capitaines de i navires marchands de Céphalonie, qui ' depuis longtemps était initié aux mystères de i'HÉTAiRiE, était parti pour le Péloponèse avec cent hommes et deux canons, , qu'il avait préparés et armés à ses propres ^rais.

Les frères Anastase et Gérasimos Phok'i:as, que j'avais fait recevoir membres ide I'Hétairie, offrirent spontanément leur Ëpropre vaisseau, non seulement pour ■transporter les hommes de guerre dans le Péloponèse, mais encore pour prendre Içart aux opérations de la flotille des Sa- |laxidiotes.

Ils l'armèrent à leurs frais et le muni- Krent de tout ce qui était nécessaire pour • cette expédition.

Alors nous nous réunîmes en congrès, lafin que chacun inscrivît le nombre des I combattants, avec lesquels il devait faire lia campagne. Nous demeurâmes d'accord, Imon parent André Métaxas et moi, pour e pas donner prise à la jalousie, de laisser t nos coassociés libres dans ce recensement.

DE l' INDÉPENDANCE

André Métaxas, qui, pour des raisons dé'l famille, ne pouvait alors contribuer pécuniairement ac succès de notre entreprise, participa cependant avec entliousiasme au I recrutement. Je ne mentionnerai pas combien chaque coassocié recruta d'hommes, je dirai seulement que le nombre de quinze 1 cents fut dépassé ; tous ceux qui ne purent 1 prendre place sur le vaisseau des Phocas, devaient nous suivre sur depetites barques.

Au matin du jour fixé, le vaisseau devait se i trouver devant la ville de Lixouri, pour y ' embarquer les hommes et les chefs; puis, il devait toucher h d'autres parties de l'île, pour Y prendre les autres membres de l'ex- | p édition.

Le 25 avril iSai, nous transportâmes j nuitamment de ma maison, à bord : muni- j tions, armes et vivres, puis je montai sur ] le vaisseau avec quatre-vingt-dix soldats, parce qu'on soupçonnait le gouvernement j de vouloir m'arrèter. André Métaxas resta dans la ville, afin de guideravecmes frères, le reste de l'expédition. Nous quittâmes | bientôt le port d'Argostoli, et nous nous ' trouvâmes, ainsi qu'il avait été convenu, devant Lixouri, au lever du soleil. Ayant

T)E I A C.utCP. 7

alors, tiré trois coups de canon, nous hisneslepaviilon de I'Hétairie, mais, après avoir attendu jusqu'à neuf heures l'arrivée des chefs et de leurs hommes, contrairement h notre espérance, nous ne reçûmes aucun signal. La ville était tranquille; les chefs, qui avaient prorais de prendre part à l'expédition, s'étant repentis de leur parole donnée, n'organisèrent rien, et montrèrent la plus impardonnable négligence, alors que, d'abord, ils avaient embrassé avec empressement le mouvement national. Cependant André Métaxas arrive d'Argostoli, et m'annonce avec désespoir que, non seulement les chefs de Uxouri, is encore d'autres coassociés avaient changé de résolution, et usaient de prétextes pour différer l'expédition. Décidés malgré tout à cette campagne, nous connmes d'envoyer immédiatement mon frère Jean et son frère Anastase aux plus prochains villages, pour exciter nos campagnards à venir combattre avec nous ; en même temps nous fimes retourner André à la ville, afin qu'il pût s'entendre avec , mes frères sur les moyens d'atteindre le but proposé.

Restés à bord avec le capitaine Anastase Phocas, nous nous dirigeâmes immédiatement vers Agios-Sostis, mouillage situé à l'ouest de l'île, à trois heures d'Argostoli, OLi nous abordâmes au coucher du soleil.

Etant descendu à terre, je me rendis au village de Pesadès, d'où j'écrivis à ma sœur Jeanne, qui se trouvait au village de Kéramiès, de venir me voir. Elle vint immédiatement, et, ayant appris la conduite des Hétairistes céphallènes, elle résolut d'employer toute son influence sur l'esprit des paysans pour les décider à nous suivre.

Elle exécuta le tout avec bonheur, et le lendemain elle m'envoya plus de trente hommes bien armés. Leur exemple piqua l 'amour-propre des paysans de Lourda, de Vlakhata et des environs qui se réunirent au nombre de cinquante. Il en arriva ensuite vingt du faubourg de Saint-Georges, conduits par le prêtre Markétos, et soixante-dix des villages d'Omala, que rejoignît André Métaxas. Nous trouvant à la tête d'environ deux centssoixante-dix hommes d'élite, nous partîmes d'Agios-Sostis, au bout de trois jours et nous allâmes jeter l'ancre dans le petit port de Catoléo. Là

DE I.A GRÈCE If

Dous attendait une nouvelle désillusion !

chef, qui avait promis de venir de Scala avec cent combattants, avait différé son départ; mais heureusement Gérasimos Victor Phocas, arriva avec quarante hommes de Pyrgî, et plus de cinquante vinrent spontanément d'F.lio et de Corone, Nous recrutâmes donc près de trois cent soixante bons guerriers, sans compter l'équipage; ce corps fut placé sous les ordres des deux Métaxas et de Gérasimos Victor Phocas, Enfin cette expédition, qui s'organisait au milieu de tant d'intrigues, de craintes et d'oppositions semblait devoir réussir.

Tout cela se passait sous les yeux de l'anglais Travers, qui dirigeait l'autorité locale; mais la garnison étant faible, tandis que lasurrexcitation des Céphallènes était violente, ce résident jugea prudent de ne pas recourir a des mesures violentes.

Nous devions cependant agir avec une prudence et une adresse excessives, car l'échec de cette entreprise eût causé sans nul doute la ruine de notre pays. En effet, tandis que, l'enthousiasine s'élevait à son comble, et que des parties des plus reçu-

lO LA GUERRE DE L INDEPENDANCE ■

lées de l'île les primats s'offraient, prêts à tout soulèvement, non s les retenions avec la plus grande tranquillité, et nous leur faisions espérer qu'on les avertirait en temps opportun, nous bornant seulement k inscrire ceux des HÉTAiRiSTEs,qui avaient promis le concours de leurs hommes d'armes. Cette mesure prévint toute fâcheuse conséquence. Comme j'étais l'organisateur de cette campagne, et le centre de toutes les opérations, les souscriptions en argent desHÉTAiRisTEstrop peu nombreux ne suffisant pas, ma famille dut faire de grandes dépenses. Je fus mandé par le président

, qu

me fit de s

s observations,

et me démontra que, si je dirigeais la campagne, je compromettais ma famille et mon patrimoine. Je fus lorcé de reconnaître la justesse de ses observations, et, pour qu'on ne pût mettre obstacle à nos préparatifs, je lui promis même de m'éloîgner de CéphaJonie, et je lui demandai pour Zante, un permis de police qu'il s'empressa de me remettre en souriant.

Ainsi par la prudence et l'activité, nous atteignîmes notre but sans aucun fâcheux accident.

DE LA GKECE

Finalement nous fîmes voile pour le Péloponèse, et, au commencement du mois de mai, nous arrivâmes heureusement à Glarenza. De là, nous écrivîmes à Georges Sissinis à Manolada, pour lui apprendre notre arrivée, ainsi qu'à Zante au capitaine Constantin Dédoussi, quisehâta de venir au-devant de nous de Galaxidi . avec cinq vaisseaux, Georges Sissinis nous répondit en nous invitant à venir à Mano- I lada, où Evangélis Panas se trouvait avec s hommes. Les Galaxidiotes et nos capi- ' tainesAnaslaseetGérasimosPhocas tinrent , conseil avec nous et il fut décidé que le 1 vaisseau de ces derniers se joindrait hux : Galaxidiotes, qu'il se dirigerait [ vers le golfe de Corinthe et que nous I irions à Manolada, afin de nous entendre c l'Archevêque Germanos, qui se trou- I vait alors au siège de Patras. Celui-ci me I dit que, puisqueles armées grecques, qui assiégeaient Patras, étaient suffisantes, il fallait nous unir à Sissinis et aux autres chefs du Péloponèse, pour marcher contre les Laliotes, qui infestaient le centre du Péloponèse, et il envoya même le céphal- I lène Nicolas Géracaris pour persuader aux

commandants de Céphalonîe de prendre part à cette campagne. Nousfùmes, malgré nous, obligés de suivre les recommandations de Germanos. Georges Sissinis avait influence en Elide, comme primat, mais non comme capitaine, et d'ailleurs, les habitants de cette province n'étaient pas des soldats. Il rencontra donc beaucoup .

de diflicultés, à former un corps militaire, d'autant plus qu'une grande partie des habitants de cette province, redoutant les Laliotes, s'étaient réfugiés dans les îles Ioniennes, et dans les montagnes. Nous fûmes donc obligés de rester quelques jours à Manolada, où Panas s'unit à nous avec le corps qu'il commandait.

C'est alors que notre compatriote Jean Sculojénis, mouillé à Counoupéli, rivage de Manolada, nous fit une visite, et m'invita à me rendre à son bord, le 17 mai. Je m'y rendis et ayant remarqué deux canons de campagne en bronze, avec des affûts, je les achetai de mes deniers, ainsi que des obus et lesautresustensiles indispensables.

Ces deux canons avec deux autres de Panas n'encouragèrent pas peu le corps Céphallène, dans lequel se trouvaient des

natelots qui connaissaient bien ]a mae de l'artillerie.

i nous nous mîmes en marche, l'Cn nous dirigeant vers l'Éparchie de I Pyrgos, où étaient rassemblés tous les f hommes armés de la contrée. A notre passage dans la province de l'Eiide, quelques L guerriers, sou s les ordres de Sissinis,sejoi- I gnirent encore à nous de sorte qu'à notre arrivée à Pyrgos, nous étions plus de 460 Céphallènes, qui, joints aux hommes de j Sissinîs, faisaient un total d'environ i.aoo combattants. A Pyrgos nous trouvâmes r Nicolas Viîaëtis et divers autres chefs de [corps, nous marchâmes avec eux jusqu'au I village de Stréphi, où nous demeurâmes Isept jours pour tracer notre plan, car en approchant du pays occupé par les I Laliotes, il se pouvait qu'en chemin nous 1 eussions quelque rencontre avec eux.

I Comme les armées péloponésiennes I manquaient de munitions, et que nous en lavions une quantité suffisante, nous leur I en distribuâmes, pour n'avoir plus aucun 1 prétexte de retarder notre départ. Ayant r donc quitté Stréphi le 27, nous arrivâmes [ au village do Gouméro après 20 heures de

marche. Nous devions le lendemain verser uoe position, nommée Bodini, et la j prendre pendant la nuit, si nous ne v lions pas la voir tomber eotre les mains i des Laliotes; je proposai que l'un de nous, à la tête de cinquante Céphallènes et d'autant de Péloponésiens, partit immédiatement pour s'en emparer, mais mon opi- J nion fut repoussée, car nous ne devions ( pas nous diviser. Puis bientôt Vilaëtis et j Sissinis nous dirent qu'ils avaient envoyé eux-mêmes à Bodini le capitaine Crasakis, et nous conseillèrent de ne plus nous en I préoccuper.

Le jour suivant 33 Mai, avant de nous I mettre en route, nous détachâmes 25 i .lommes sous la conduite des deux frères ] Apostolatos et de quelques Péloponésiens, j pour les envoyer en avant-garde. Peu de | temps après nous partîmes aussi ; les deux , canons debronze furent transportés sur des ' mulets, et les deux autres, plus gros, furent 1 traînés sur des affiits improvisés par une , multitude de paysans. Après trois heures t de marche, un Céphallène arriva en hâte et nous annonça que notre avant-garde ayant trouvé les Laliotes postés à Bodini,

Jjeur avait livré combat, et qu'un des frères

f Apostolatos avait été tué. Il fallait nous

presser si nous ne voulions voir notre

avant-garde et nous-mêmes taillés en

pièces par les Laliotes.

^^Ê La position de Bodini est à deu>: heures

^^Bet demie de Lala ', c'est une chaîne de pe-

^^Ktites collines, aux pieds desquelles roule

^^Vdne eau abondante ombragée par des pla-

^^Btanes. Les Laliotes étaient rangés le long

^^^âe ces hauteurs, lorsque notre avant-garde

f arrivant du côté opposé, occupa le col ;

alors commença le combat, les Grecs tirant

d'en haut, et les Laliotes d'en bas. Nous

prîmes les canons de bronze, et avançant

à marches forcées, nous fûmes en une

heure sur le champ de bataille.

LesCéphallènes combattirent bravement et les canons rendirent de très grands services dans cette rencontre. Les Laliotes, fantassins et cavaliers, étaient plus de 600, et les Grecs environ 900. Le corps des Céphaliènes, 200 Arcadiens sous Mellîo, ■ des Pyrgiens et des Éléens prirent part à rï'action. Après cinq heures d'un combat Lopiniâtre, les Laliotes, malgré leur cou- [rage, commencèrent a battre en retraite. A

cette vue les Céphallènes, suivis des Arcs diens, s'emparèrent de la position tandis que les ennemis se retiraient en bon ordre vers Lala. Les Grecs eurent 14 hommes tués et 18 blessés; plus de 70 Laliotes furent mis hors de combat; la plupart avaient été blessés par les obus des canons. Cette défaite apprit aux Laliotes qu'ils auraient désormais à combattre des ennemis braves et déterminés et remplit les Grecs de courage et de résolution. Durant la bataille, les Grecs restèrentexposésaux rayons brûlants du soleil et sans eau, car les Laliotes occupaient les sources. De l'autre côté des ■ coups de fusil qu'on entendait, durant la mêlée, derrière les positions des Laliotes, sans qu'on sût d'où ils partaient, contribuèrent aussi à leur retraite. En avançant, nous rencontrâmes bientôt PanagiotisPhotilas, venant à notre secours avec 400 Calavrytinais. Nous nous joignîmes à eux et nous nous dirigeâmes vers Poussi, où les troupes campèrent vers le soir.

Cette position est défendue par une chaîne de collines séparées, au pied desquelles s'étend une plaine. En face se trouve le pays le Lala, distant dePoussîde

rtb d'heure k peine. Nous trou- ■âmes là les Gortyniens (Carytinais) sous leurs chefs Georges Plapoutas et Démétrius Délijanni, et les Olympiens (Phanaritès) commandés par Zaphyropoulos .

Campés sur ces collines, noas décidâmes, pour effrayer les LaUotes,de leur annoncer notre arrivée par uoe triple salve d'artillerie et une triple fusillade. L'air étant tranquille, après la détonation nous entendîmes les cris d'épouvante des femmes et des enfants des Laliotes. Le lendemain de notre campement à Poussi, le 30 mai, Denys Sembricos de Zante vint aussi nous joindre avec 53 de ses compatriotes, que nous reçûmes comme des frères dans nos .retranchements.

Fortifiés dans Poussi, afin d'éviter toute ittaque imprévue, nous astreignîmes les 'troupes à la plus sévère discipline. Chaque matin, avant le lever du soleil, les tambours et le bruit d'une canonnade annonçaient à la garnison qu'il était permis de immuniquer et de sortir des forts. Penlant le jour nous placions des gardes pour :mpêcher que les hommes des autres corps ne vinssent eu trop grand nombre

l8 LA GUERRE DE L'iNDépENDANCE

dans le camp des Céphallènes. Après le coucher du soleil, un autre roulement de tambours et l'éclat d'une seconde canonade avertissaient de nouveau les soldais qu'il fallait rentrer dans la citadelle. Pendant la nuit des sentinelles empêchaient de sortir les hommes de la garnison et ne permettaient à personne de rôder autour de nos retranchements. Chaque nuit a tour de rôle un des chefs céphallènes parcourait nos forts, pour s'assurer si la vigilence ordonnée était hien observée. D^ cette manière l'ordre et la discipline militaire, maintenues pour la première fois dans un camp grec, produisirent une bonne impression sur les autres corps.

Ces mesures eurent d'ailleurs un très bon résultat. On arrêta une nuitunPyrgien, qui s'introduisait clandestinement dans son camp, situé près de nos retranchements, et nous apprîmes le lendemain qu'il communiquait aux Laliotes les plans des Grecs. Un conseil de guerre ayant été tenu par les chefs du Péloppnèse, il fut condamné à mort et fusillé ! Cet exemple ne fut pas perdu pour l'avenir.

Après notre arrivée à Poussi,Ieschefs des

DE tA GBfeCE

I Péloponésiens; Sissinis, Vilaétis, Mellios, I Photilas, Plapoutas, Délijanni et Zaphykropoulos, furent convoqués et nous leur I représentâmes qu'il ne fallait pas ainsi i perdre iniitilement un temps précieux, s qu'au contraire, maintenant que plus r de six mille hommes étaient rassemblés et

■ que les Laliotes découragés par leur dé- ['faite de Bodini, se tenaient tranquilles, il I. fallait se ruer sur eux en rangs pressés, se I rapprocher de Lala, et, avec l'aide de nos

;anons, forcer les ennemis à se rendre.

I Mais les chefs Péloponésiens déclarèrent EtQus à l'unanimité qu"ils n'étaient pas [.prêts, que leurs hommes n'avaient pas

■ l'expérience de la guerre, n'étaient pas cipiinés, manquaient d'armes et d'au-

I très choses nécessaires, et qu'il fallait re- I mettre à plus tard toute attaque contre ^ l'ennemi. A cette proposition nous oppo- ;s quelques observations, mais ils ^insistèrent, et ils eurent raison, car un • jour après, la plupart de leurs soldats dé- 1 sérièrent, et il en resta à peine 2.000 avec I leurs chefs.

Les Laliotes habitaient divers quartiers, Ipeu distants les uns des autres ; le plus im-

portant était le bourg de Lala, situé daiiune position délicieuse du mont Pholoé.

Venaient ensuite par rang d'importance le village de Basliras, et plus loin celui de Doucas, qu'on brûla après notre arrivée.

Les premiers habitants de Lala furent des Albanais. Une multitude de Turcs, qui avaient dévasté le Péloponèse de 1770 à 1779. et que poursuivait le Capitan-Pacha se réfugièrent chez eux. Les Laliofes étaient forts et courageux, élevés militairement, ils étaient gouvernés par des chefs, dont le pouvoir sur eux était absolu ; pauvres d'abord et misérables ils étaient devenus plus tard riches et puissants à force de rapines et de déprédations. Leurs habitations, vastes et fortifiées, étaient construites sur des collines, du haut desquelles on voyait une partie de l'Elide et le cours de l'Alphée; à leur base s'étendait une plaine fertile. Les Laliotes avaient enceint leur bourg de remparts, et tout autour s'élevaient de puissants bastions. Leurs troupes comptaient i.^oo fantassins et 400 cavaliers.

£n attendant que les Péloponésiens fussent prêts, nous descendîmes deux

DE LA GRÈCE al

''fois dans la plaine, et, pour essayer les forces de l'ennemi, nous provoquâmes les taliotes à des escarmouches, mais ils ne bougèrenl pas. Alors le bruit se répandit queles Laliotes, étaient désespérés et se rendraientsans nul doute siieschefsCéphallènes leur faisaient sommation par écrit.

Nous tâchâmes de combattre cette étrange idée, mais :10s soldats nous menaçant de partir, si nous n'écrivions pas aux Laliotes, nous fijmes donc obligés de le faire. Notre lettre aux Laliotes semblait être écrite par les chefs Céphallènes et Zacynthiens, notre corps n'étant composé que de Céphallènes et de 23 Zacynthîens, sous la conduite de Sembricos; aucun autre, loaien ou étranger, ne s'y trouvait. Cette lettre fut signée par moi d'abord, puis par Gérasimos Phocas, André Métaxas, Evangélis Panas, Denys Sembricos et Panagiotis Strouzas. Pour donner une plus grande importance à notre expédition, nous écrivîmes auxLalîotes que nos forces étaient considérables, quoique nous ne ■lussions que 4É0 Céphallènes et un petit nombre de Zacynthiens,. Nous y ajoutâmes la signature d'un frère d'Hypsilanti,

tA GUERRE DB l' IN DÉPENDANCE

amandant général de nos corps | Grecs, que nous nommâmes Michel, quoiqu'aucun Hypsilanti ne se trouvât alori dans notre camp, ou dans le Péloponèse.

Cette lettre contenait mot-à-raot, ce qui

I Dk nous les chefs des céphallènes i

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