MŒURS ET COUTUMES DE SCUTARL
Toir la mariée de la part de ses parents. La semaine qui suit est employée à recevoir les visites des amies ; le père et la mère n'ont pas le droit de venir; la nouvelle mariée doit rester debout, immobile, dans un coin de la pièce de réception et paraître honteuse, elle se cache le visage, mais ne doit plus pleurer.
Ces huit jours écoulés, elle a le droit d'aller chez ses parents et d'y rester quatre jours et quatre nuits sans son mari ; sa mère ne peut l'aller voir chez elle, avant qu'elle ait eu un enfant, ce sontsesmarraines qui vont la chercheretla recon duisent, car pendant l'année qui suit son mariage la jeune femme peut aller une fois ou deux par semaine chez ses parents*; elle doit y rester la nuit qui précède le mercredi des Cendres. Les femmes, dans la rue, ont le droit d'arrêter une nouvelle mariée et de demandera la voir, celle qui l'accompagne s'arrête, lève les voiles qui lui couvrent la figure et fait admirer la jeune femme qui reste les yeux obstinément baissés. Pendant l'année qui suit son mariage, le linge de la mariée est lavé et repassé dans sa famille ; c'est ensuite chez elle que son linge est blanchi.
Ces usages, ce cérémonial compliqué sont très exactement observés et pas une famille, même celles dont les membres ont résidé à l'étranger, n'oserait s'y soustraire. Quelque désillusion que puisse éprouver le mari à l'église, seul instant pendant lequel il peut apercevoir sa future femme avant de prononcer le oui qui les liera pour la vie, il est, m'a-t-on dit, sans exemple qu'il y ait eu un refus, les conséquences en seraient trop graves, car les parents de la jeune fille, les témoins et la famille du jeune homme deviendraient ennemis.
I. Pendant une année elle doit constamment, dans la rue et chez elle quand on lui fait visite, rester les yeux baissés.
Les formalités du mariage chez les Albanais musulmans ou schismatiques sont à peu près les mêmes. Chez les premiers on demande au mari s'il désire que sa femme lui soil remise avec ses cheveux longs ou coupés. La mariée, revêtue de ses plus riches vêtements, reste debout sur le divan, les mains cachées sous une serviette brodée d'or,
L'enlèvement de la mariée cliez des paysans catholiques.
deux femmes la surveillent et lui couvrent la figure d'un voile de soie quand elle veut boire.
Sur un fond plus lumineux dans la plaine, en un cadre plus sauvage dans les montagnes, la vue d'une noce catholique est alors d'autant plus intéressante que la grande diversité des costumes place dans le décor des notes de couleur d'un attrait tout particulier. Ce sont, cette fois-ci, les hommes qui interviennenl, les parents et les amis du
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mari vont ensemble et au pas chercher la future, tirant de temps à autre des coups de fusil pour signaler leur approche ; une salve générale avant d'entrer annonce leur arrivée.
Us sont reçus par le père qui leur offre le café et les
Arrivée <le la moriée chez les paysans
cigarettes traditionnels, ils restent peu. La mariée en pleurs est placée sur un cheval qu'elle enfourche au milieu des lamentations des femmes, un long voile rouge jeté sur elle la couvre entièrement. Abimée dans sa feinte douleur, exhalant des cris plaintifs que l'usage la contraint de faire entendre jusqu'à ce qu'elle ait quitté les terrains de sa famille, la tête posée sur le cou du cheval, qu'on conduit par
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la bride, forme rouge sans aspect, elle part ainsi seule de la maison paternelle, au milieu des détonations qui se prolongeront tout le temps du trajet, enlevée par des inconnus qui la conduisent chez son maître, où le prêtre attend pour bénir leur union*.
Non seulement les filles dans la campagne se marient sans dot comme à Scutari, mais le futur donne à leur famille une somme d'argent variant entre 100 et 200 francs; une partie est employée à l'achat du trousseau, le reste constitue une indemnité pour les parents qui perdent une servante utile et souvent une bête de somme.
Le mariage chez les musulmans albanais diffère peu comme cérémonial, dans les villages, du mariage chez les catholiques. Au lieu d'entrer en servante humble et éplorée, la jeune fille musulmane se rend chez son mari droite et fièrement campée sur son cheval, semblant avoir la conscience et peut-être la volonté de lui apporter le bonheur.
Quand elle entre dans la cour de la maison, de toutes parts éclatent les coups de fusil; on l'entoure pour l'aider à descendre de cheval et, dérobée aux regards par un grand voile que des mains amies transforment en un dôme audessus de sa tête, elle monte seule l'escalier en haut duquel l'attend son époux. Est-ce le bonheur ou le chagrin qui pénètre sous ce voile dans l'intérieur de cette maison ? L'existence des gens de la campagne est faite de si brutales réalités qu'il y reste peu de place pour les désillusions. Quant aux Albanais musulmans de la ville, le divorce est
1. Dans certaines montagnes la mariée, quand elle se rend chez son mari, tient en main une bouteille d'eau-de-vie de marc et une tasse ; à chaque homme qui la salue d'un coup de fusil quand elle passe, elle offre à boire.
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si facile pour eux, qu'ils ne connaissent guère cette préoccupation. Ils n'ont, en général, qu'une femme, mais je dois reconnaître qu'ils en changent .ort souvent.
Baptême,
Le baptême de l'enfant a généralement lieu immédiatement après sa naissance et n'est l'occasion d'aucune fête particulière. La catholique après ses couches reste trois jours au lit pour un garçon, six jours pour une fille. Quarante jours après elle va faire ses relevailles à l'église, d'où, sans revenir dans la maison de son mari, elle se rend chez ses parents et y reste une semaine. La naissance d'une fille est une cruelle désillusion pour la famille ; on semble avoir honte de l'annoncer.
Quand elle sent approcher le moment de sa délivrance, la femme albanaise fait apporter dans sa chambre les vêtements avec lesquels elle et son enfant seront ensevelis en cas de mort. Aussitôt après l'accouchement la jeune mère est revêtue de ses plus riches vêtements, couverte de bijoux et reçoit les visites; si c'est une primipare elle reste silencieuse, la figure voilée et ne répond à personne. A chaque visiteur avant son départ on apporte le baby lié dans son berceau et on lui offre un œuf avec lequel il doit lui frotter la figure en lui souhaitant qu'elle reste toujours blanche*. Chaque visiteur apporte des œufs ou des fruits.
Quelques mois après on procède à une cérémonie qui semble propre à l'Albanie ; les parents du baby prient un
1 . C'est-à-dire qu'il ne fasse dans sa vie rien de honteux et dont il puisse rougir.
ami ou une personne haut placée de lui couper les cheveux.
Coumbaros (compère), tel est le titre d'origine grecque donné à celui qui accomplit cette opération ; elle lui crée une situation exceptionnelle dans la famille de l'enfant* Qu'il soit musulman ou chrétien, il peut librement entrer dans le haremlik ' si son filleul est musulman, et voir la mère qui ne se voile plus devant lui. Il est de la famille, plus même que le frère du mari*. Les catholiques, à l'époque où ils se trouvaient vis-à-vis des musulmans dans un état d'abaissement et de soumission souvent plein de dangers pour eux, briguaient Thonneur de devenir coumbaros d'un enfant musulman, en profitant pour faire de riches présents et s'assurer ainsi la protection de leurs maîtres ; peu à peu cet usage s'est infiltré parmi eux par habitude et imitation et actuellement la coutume est devenue commune aux musulmans et aux chrétiens.
Les hasards d'une tournée de chasse m'ayant amené dans le village musulman de Drivasto, je fus accueilli dans une maison de paysans avec cette aflabilité qu'on est assuré de rencontrer partout en Albanie où tout ce qu'on possède est offert à l'hôte de passage. Le brave homme qui m'avait reçu si bien vint quelque temps après me trouver à Scutari, pour me dire que sa femme et lui seraient bien fiers si je consentais à couper les cheveux à leur petit garçon. Je fus heureux de leur faire ce plaisir.
Au jour fixé, je vis arriver au Consulat le père portant un plat rempli de miel dans sa cire dorée ; derrière lui le