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LA CITADELLE DE SCUTAKL

enfilade par Tartillerie ottomane. Les assiégés furent un instant contraints d'abandonner cette position, mais, courageusement ramenés par leur chef et enflammés d'ardeur par les discours du dominicain Bartolomeo d'Epire, dont la conduite pendant tout le siège fut admirable, les assiégés parvinrent à repousser les Turcs qui perdirent dans cette journée 12000 hommes. Les pertes de la garnison chrétienne furent importantes : 400 hommes, le sixième des défenseurs, étaient restés sur le terrain.

Le second assaut livré le 27 juillet n'eut pas un meilleur résultat. Après des pertes énormes, le Sultan se décida à donner le signal de la retraite en s'écriant: « Pourquoi faut-il que j'aie jamais entendu prononcer le nom de Scodra pour voir mes efforts échouer devant ses murs. »

Ënfm, le 4 septembre, craignant d'être surpris par la mauvaise saison, Mohammed reprit la route de Constantinople, laissant Ahmed Ewrenos continuer le blocus avec 40000 hommes.

Les assiégés résistaient encore quand, au mois de janvier 1479, arriva l'annonce du traité conclu entre la Porte et Venise, et l'ordre de remettre la citadelle aux troupes ottomanes ; les défenseurs étaient libres de se retirer avec ce qu'ils possédaient.

Avant le siège, on avait évacué par le fleuve la pjus grande partie des habitants de Scutari ; il n'y avait dans la citadelle, au moment de l'arrivée des Muisumans, que 1 600 citoyens, 250 femmes et 600 hommes d'armes. Quand Antonio di Lezze quitta la citadelle qu'il avait si valeureusement défendue, Hammer, l'historien auquel j'ai emprunté ces renseignements, rapporte qu'il n'avait plus avec lui que 450 hommes et 150 femmes qui le suivirent à Venise em-

portant les reliques, les vases sacrés, rartillerie et ce qui restait de leurs richesses.

Rien n'est moins intéressant actuellement que cette citadelle ; le lion de Saint-Marc qui surmontait la porte principale a disparu sous les coups de marteau des soldats turcs dont sa destruction occupait le désœuvrement ; au sortir de la voûte casematée, j'aperçois quelques fortes pièces de canon en fer de fabrication anglaise portant la couronne royale et une date, elles gisent à terre, abandonnées piteusement alors que de l'autre côté j'entrevois soigneusement astiquées quelques pièces sorties de l'usine d'Eissen. L'église qui reste avait été convertie en mosquée ; la foudre, à diverses reprises, a frappé et jeté bas son minaret; les turcs superstitieux l'ont abandonnée et convertie en un dépôt, une jolie grille vénitienne en fer forgé orne encore une de ses fenêtres. Etait-elle dédiée à Saint-Lazare ou à Saint-Stephan, patron de Scutari? personne ne le sait ; rien autre à voir dans ce lieu où de si angoissantes journées ont été vécues; sous l'herbe folle et la terre on trouvera certainement encore un jour d'intéressants souvenirs.

Les gouverneurs généraux, peu confiants dans le loyalisme des Albanais, ont pendant de longues années résidé dans la citadelle avec les services administratifs ; les troupes les entouraient et les canons restaient braqués sur la ville. Il ne reste plu§ dans la forteresse que des condamnés y attendant le moment où ils seront envoyés en exil et des soldats que je vois s'exercer sans enthousiasme, à manœuvrer suivant les règles des plus récentes théories.

Notre-Dame-de-Bon-O ffice ,

Au pied de la colline sur laquelle s'élève l'ancienne citadelle de Scutari, du côté sud-ouest de la ville, sur une langue de terre qui sépare le Drin delà Boïana, sont encore visibles les restes d'un édifice en pierres grossières, célèbre dans cette contrée si profondément religieuse. D'après la croyance locale, c'est en ce lieu que se trouvait une peinture représentant la Vierge et son divin fils et qui, au moment de l'arrivée des troupes musulmanes, disparut soudainement, enlevée par des anges qui la portèrent à Genazzano en Italie où elle se trouve actuellement*.

Pas un catholique, homme ou femme, ne passe devant ce lieu sans se découvrir et se signer dévotement ; la plupart même se mettent à genoux pour y réciter leurs prières. Presque tous les dimanches de longues files de femmes s'y rendent nu-pieds en pèlerinage, font le tour de ces pauvres murailles délabrées marquées à la chaux de grandes croix blanches, baisant pieusement les angles de l'édifice et pas-

1. Mt^** Dillon, dans son histoire de Notre-Dame de bon Conseil dit que lïmage miraculeuse arriva à Genazzano le 25 avril 1467. Hammer place en 1474, le premier siège de Scutari.

sant, en plein soleil ou sous la pluie, de longues heures en extase, agenouillées par terre entre ses murs éventrés et noircis par le temps, car les autorités se sont toujours opposées à ce qu'on fit un toit ou même essayât de réparer (juelque partie que ce fût de l'édifice.

L'image miraculeuse, connue dans le monde religieux sous le nom de Notre-Dame de bon Conseil, était-elle réellement dans ce lieu, était-ce une église? rien dans sa bizarre construction n'autorise à le croire ; tout au plus cet édifice était peut-être un petit, bien petit couvent; la croyance populaire a été plus forte que tous les raisonnements, que tous les doutes, on croit; les Albanaises musulmanes, ellesmêmes, chargent parfois leurs amies catholiques d'y porter leurs offrandes. Des vieillards m'ont affirmé, qu'il y a environ vingt-cinq ans, un berger se rendant en ville avec son troupeau, avait irrévérencieusement passé la nuit dans cet endroit avec ses bêtes et qu'il les avait trouvées mortes le lendemain matin à son réveil.

Les musulmans fanatiques ont, à différentes reprises, réclamé ces ruines sous le prétexte qu'elles provenaient d'un ancien téké^\ chaque fois, l'émotion a été si profonde parmi la population catholique, que les autorités impériales ont hésité à accorder à leurs coreligionnaires la satisfaction qu'ils sollicitaient. Dans une étude des monuments de cette contrée, ce lieu de dévotion, malgré l'absence de preuves en établissant l'authenticité, devait être le premier mentionné à cause de la vénération dont il est entouré ; pour l'artiste comme pour l'érudit, il est sans intérêt.

\. Maison de prière des derviches.

LES EiNVlRONS DE SCUTARI. 81

Basci.

Entre la rivière torrentielle Chiri et le lac, s'allongeant jusqu'aux pieds des montagnes, on trouve une vaste plaine de hautes fougères, elles ondulent comme des vagues que le souffle du vent pousse sur les contreforts du « Maranaï » ; à peu de distance de ces récifs, semblable au mât d'un navire qui aurait sombré, une haute tour carrée se dresse tristement vers le ciel au milieu d'un amas de pierres et de ses propres débris ; éventrée, béante dans sa partie supérieure, c'est réellement une épave. La porte qui donnait accès dans l'intérieur a disparu dans le sol ; les pierres, la terre et la robuste végétation qu'elle nourrit en rendent l'approche impossible, à peine on en aperçoit le haut, impossible de pénétrer ; par une plaie, ouvrage de quelques chercheurs de trésor, également rendue impraticable par les éboulements intérieurs, j'entrevois des vestiges d'arceaux ; en dedans et extérieurement les pierres sont parfaitement et très régulièrement taillées, une corniche saillant au dehors partageait la tour en deux; des restes de murailles entourent le terrain au milieu duquel elle s'élève. L'établissement devait être important, en rapport avec cette tour qui mesure encore 35 mètres de haut et 4°, 50 sur chaque face.

Ces ruines sont tout ce qui reste d'une ancienne abbaye de Bénédictins, cet ordre puissant venu le premier sur la terre albanaise qu'il a semée de si intéressants souvenirs.

Située en plaine, cette cénobie devait être la proie de tous ses ennemis ; elle a disparu dans une tourmente dont on retrouverait peut-être encore le récit dans les archives de l'Ordre ; l'œuvre de destruction a été si fatale que son nom

lui-même n'est pas resté intact dans le pays, on désigne ces ruines sous le nom d'église de Rasci, dénomination qui n'existe pas dans les documents qui paraissent s'y rapporter.

En 1356, sous le pape Clément VI, dans les Registri Vaticani, an IV ^ codice chartaceo t. n° 12, fol. 71 , il est donné à l'évèque Andréa Blasius, juridiction sur le monastère de San Giovanni de l'ordre des Bénédictins, dans le diocèse de Drivasto, royaume de Rascie n ab ipsius regni Schismaticis « quasi totaliter dissipatum ».

En 1403 un décret du sénat de Venise dit : « Possessiones « abbatiae S. Johannis de Strivatio in Districtu Drivasli « affictantur rusticis qui eas laborant et dant affîctus « abbati. »

En 1 445, 1 6 septembre, Archivio di Venezia, Senato, Mar H

103, il est dit : « cum plurium testium allegatione

« appareat villam Veronica Districtus Drivasti, solutam esse « de juridictione abbatis S. Johannis de Stoya (Saint-Jean *< des Fougères)^ ».

En 1459 enfin, Registri Pontifici, Pie II fait mention de rabl)é du monastère de San Giovanni di Strivatio, ordinis S. Benedetti, Diocesis Drivastensis.

De cette dernière date on peut conclure que s'il avait été détruit par les Serbes , il avait été relevé tout au moins en partie ; les Slaves avaient depuis longtemps abandonné l'Albanie et s'il avait été occupé par les schismatiques, il était de nouveau retourné entre les mains des religieux du rite latin, mais l'heure de la tourmente n'était pas éloignée, l'invasion musulmane s'avançait menaçante, comme ces sombres nuages

1 . La plaine où se trouve ceUe ruine s'appelle encore aujourd'hui eh albanais « Fou Stoy » ou plaine des fougères.

d'où sort la tempête qui dévaste ; en plaine, la défense n'était

La ruine de Itasci.

pas possible: depuis cette époque, la nuit s'est faite sur lui.

La mauvaise fortune a poursuivi ces ruines qui, aujourd'hui encore, n'ont pu trouver le repos dans la paix de l'oubli ; malgré les textes que j'ai précédemment cités, établissant son origine latine et catholique, le village slave de Vraca, situé dans son voisinage, les a réclamées comme débris d'église serbe; les montagnards catholiques, toujours prêts à défendre leur religion, se disposèrent à repousser ceux qui voulaient s'en emparer, les deux parties allaient en venir aux mains ; une fois de plus, sur ces quelques mètres de terrain, pour une ruine sans valeur, allait recommencer la lutte néfaste des chrétiens d'Orient et d'Occident, quand le gouverneur général de Scutari, intervenant à la façon du troisième... prétendant, fit défense aux uns et aux autres d'y toucher, les ruines furent gravement proclamées par lui propriété musulmane et les deux confessions satisfaites, puisque aucune d'elle n'avait été avantagée. Si le temps arrange tout, il détruit tout aussi, il accomplit lentement sa mission destructive, un peu aidé par les voisins musulmans qui vont puiser dans les décombres les pierres dont ils ont besoin pour construire ou réparer leurs maisons et leurs murs, ou orner leurs tombes qui occupent en partie le terrain qui entoure le campanile. Sur plusieurs d'entre elles, je retrouve des fragments d'ornements qui prouvent l'importance et la richesse de l'édifice; d'autres tombes, plus anciennes, celles-là, se devinent en d'autres parties aux ondulations du terrain, les pierres qui les recouvraient, s'il y en a eu, ont disparu humblement sous la terre, elle leur est reconnaissante et les couvre d'une admirable floraison de violettes, touchant manteau de deuil.

Rien de plus à voir, nous disons adieu à la tour de Rasci; combien de temps restera-t-elle encore debout, semblant

prête èk écraser ceux qui tenteraient de lui arracher le secret qu'elle parait garder.

Le retour s'effectue par le petit village slave de Vraca, Tortagréablement caché dans la verdure de ses arbres; nous le traversons à pied. Une jeune paysanne assez richement vêtue, avec sa large et pesante ceinture de cuivre garnie de cornalines énormes, m'arrête au milieu de ia route et prend ma main qu'elle porte à son front après l'avoir baisée ; c'est, paralt-il, une jeune mariée, et l'usage l'oblige, pendant les premiers mois qui suivent son mariage, k cet acte d'humilité vis-iivis du sexe fort ; elle en agit de même, du reste, avec mes compagnons.

Ce n'était pas la seule surprise que nous réservaient les chemins om-

Villageoise de Vraca.

breux de ce village. Peu après nous rejoignons une autre femme qui marche devant nous, la tournure est jeune et élégante ; avant de fianchir l'ouverture pratiquée

86 SOUVEiNIRS DE LA HAUTE- ALBANIE.

dans la haie d'un jardin, elle s'arrête, et se retournant, nous laisse voir un visage horriblement défiguré, le nez a été complètement coupé à partir de la base. L'ablation est récente, la cicatrice encore enflammée, répugnante à regarder. Elle reste hardiment devant nous qui passons, il y a du défi dans son regard.

Elle n'a que vingt-deux ans, nous raconte un villageois, son mari la soupçonnait de lui avoir été infidèle ; n'ayant pu la surprendre, il l'emmena un soir dans les champs, lui lia les mains et la frappa pour la contraindre à reconnaître sa faute. Après son aveu, il lui coupa le nez qu'il lui mit entre les mains et rentra chez lui, l'abandonnant mutilée dans l'obscurité.

Afïblée par la douleur, la malheureuse vint au milieu de la nuit frapper à la porte du pope du village, dont la frayeur fut grande, en apercevant celte figure ensanglantée et horrible. 11 la reconduisit dans la demeure d'un de ses parents chez lequel elle vit*. Son mari, qui depuis a assassiné un paysan, a disparu du village; il erre dans les montagnes, espérant échapper aux fusils de ses ennemis.

Nous avions atteint le cabaret situé à l'extrémité de ce village slave, aux mœurs passablement étranges, et nous allions remonter à cheval, quand arrive une longue caravane de montagnards de Skréli, tribu importante et riche; ils venaient de la plaine avec leurs bestiaux, et retournaient dans leurs montagnes. Les hommes s'arrêtent pour boire du café, de l'eau-de-vie et fumer avec nous, pendant que les bêtes se précipitent assoifîées vers l'auge du puits et que les femmes lasses s'allongent à terre après s'être débarras-

1. Cçtte mutilée n'est pas la seule sur laquelle ait été faite cette douloureuse opération, j'en ai rencontl'é deux autres; leurs maris les avaient con servées auprès d'eux, satisfaits probablement de les avoir rendues horribles.

LES ENVIRONS DE SCUTARl. 87

sées de leurs fardeaux, attendant, pour se désaltérer à leur tour, que les animaux aient fini ; les hommes donnent le signal du départ, la troupe reprend sa marche, bêtes et femmes pesamment chargées suivent les bestiaux, les hommes à cheval ne portent que leurs armes. L'étape a dû être longue, le soleil est déjà bien bas ; combien de temps marcheront-ils encore avant de s'arrêter dans un champ pour dormir sur la terre? Peu à peu ils disparaissent dans les nuages de poussière que soulèvent leurs pas fatigués.

Au moment où, à notre tour, nous allions nous mettre en route, apparaît avec des allures de pauvre bête fourbue, une jeune paysanne portant un enfant nu dans un tablier de laine et suivie d'une jeune fille ; elles arrivent d'où venait la caravane, elles se dirigent vers le puits et voudraient boire, il n'y a pas de seau; désespérées, elles regardent avec crainte et supplication vers le cabaret où des hommes causent et fument en les regardant, elles les sentent probablement sans pitié ; j'envoie mon cawass leur parler, il leur apporte une cruche et une corde ; la plus jeune, sa sœur, me dit le drogman, puise et donne à sa compagne l'eau fraîche, si ardemment désirée, que je supposais qu'elle avait la fièvre^ maladie fréquente dans cette contrée, je me trompais ; pendant l'étape, la malheureuse a accouché, on l'a abandonnée en chemin, laissant sa sœur pour l'aider ; quand elle a été délivrée, elles se sont mises en route pour rejoindre la caravane à son campement.

Drivas to.

Quand on remonte le Chiri (Clauzulus des anciens), on fie tarde pas à rencontrer un pont en pierres de belles di-

mensions, connu dans le pays sous le nom de Pont- Vénitien, Pont de Mesit (en albanais Ura-Mesit); sa longueur est de 112 mètres, sa hauteur de 15 mètres, l'ouverture de l'arche principale à laquelle sont encore fixés des anneaux et des débris de chaînes, n'a pas moins de 27 mètres. Que la construction soit vénitienne ou musulmane, comme l'affirment quelques historiens, c'est en tout cas un hardi et élégant ouvrage, qui a su résister au temps, ce grand destructeur, et aux crues torrentielles de la rivière.

Après avoir traversé ce pont, que de si nombreuses et si puissantes armées ont souvent employé, et remontant l'autre rive, on atteint assez rapidement une magnifique vallée, couverte d'oliviers séculaires aux troncs tourmentés ; elle se resserre peu à peu sous l'éboulement des quartiers de rocs et des terres ravinées, quitte le Chiri et vous conduit brusquement par un coude à la haute colline que surmontent les restes de l'ancienne ville de Drivasto.

Une route empierrée en escalier, l'ancienne route qui montait en lacet à la ville, vous permet d'arriver sans danger, mais non sans fatigue pour votre monture, à la porte de la première enceinte qui entourait la vieille cité. L'aspect est désolé, un seul montant de la porte en pierre reste debout, s'appuyant sur une muraille en ruines ; tout est brisé, une tempête de feu et de fer s'est lourdement abattue sur cet endroit. Une cinquantaine de maisons environ, construites avec les débris dont la terre est couverte, composent tout le village au milieu duquel s'élève une petite mosquée au minaret de bois grossièrement peint; non loin de là est la citerne, seul vestige de l'ancienne ville fondée, dit-on, par les descendants d'Isaac Ange et dont le dernier duc Andréa Angelo, descendant des empereurs de Constan-

LES ENVIRONS DE SCVTARr.

r iÉ

linople, remit la possession à la république de Venise.

ï^our arriver à la citadelle qui, située au sommet, protégeait la ville, lescaladeest pénible; là également, le temps a achevé l'œuvre de destruction commencée parles hommes ; de la forteresse, reconstruite par une compatriote, la pieuse Hélène, reine de Serbie, au xiii'' siècle, il ne reste que des pans d'épaisses murailles, des troncs de tours éventrées qui témoigneront quelque temps encore de la violence de l'attaque à laquelle elles n'ont pu résister malgré leur excellente situation. Barlelius raconte que la ville fut investie, alors qu'une partie de la population, la plus vigoureuse, était en razzia dans la plaine ; après une canonnade de seize jours, les habitants, décimés par une peste violente, furent impuissants à défendre leurs remparts et ce qui restait, trois cents hommes environ, avec leur vaillant chef Jacques de Mosto, après s'être rendus, furent conduits au camp du Sultan Mahommed il qui assiégeait alors Scutari, et décapités devant les remparts de cette ville.

Sa triple enceinte de murailles, qui ne mesure pas moins de deux milles de circonférence, prouve l'importance de la ville de Drivasto ; quelques-uns des écrivains du Bas- Empire en ont fait mention sous les noms de Trivastum et Dinnastrum ; elle avait déjà un évéque en l'an 877*.

Du côté nord, la montagne descend à pic dans le Chiri dont les eaux froides et limpides baignent le pied ; dans le sud, le panorama est splendide, la plaine des fougères, Scutari avec ses jardins et la vieille citadelle vénitienne

i. 11 nt partie du concile de Delminium, capitale de la Dalmatie ancienne, auquel prirent part tous les évoques deDalmatie, Croatie, Servie avec les délégués du pape et de Tempereur de Gonstantinople pour établir les limites des provinces et des diocèses.

avec laquelleDrivasto pouvait correspondre par des signaux

La citadelle de Drivaslo.

€t qui devait, ayant elle-même à se défendre, regarder im-

n S013VEMUS DE LA HAITE-ALBAME.

puissante les sinistres lueurs du siège ; adroite enfin, le lac, espace infini, lumineux, vers lequel bien souvent ont dû se diriger les regards anxieux des pauvres assiégés comballant pour leur sol et leur foi.

C'est en vain qu'on y cherche quelque vestige des temps meilleurs, toutadisparu ; ce qui reste, peut-être, estenfoui sous les ruines; de temps à autre on a trouvé des débris d'armes ou des monnaies sans intérêt. Je n'y ai relevé, dans le mur d'une maison, qu'un fragment de belle pierre grise portant élégammcnt sculpté le monogramme de Saint- Benoit et une pierre tombale avec inscription de bien mauvaise époque, stèle funéraire fort ordinaire. Le seul objet rappelant une époque florissante, qu'on ait trouvé à Drivasto, est un très curieux enkolpion byzantin d'assez joli style, formé d'une plaque circulaire en or mesurant six centimètres de diamètre et représentant trois saints mililîiires surtout célèbres en Orient, saint Théodore le Stratilate, saint Démètre l'aumônier et saint Georges le , cette partie de l'inscription est fruste ; qui dira le nom de la personne qui le portail et que ces trois guerriers devaient protéger?

Enkolpiot

LES ENVIROxNS DE SGLTARl. 93

Eglise des Saints Serge et Bachus.

Des églises si nombreuses qui se trouvent dans les environs de Scutari, aucune n'est encore aussi intéressante que celle des Saints Serge et Bachus, dont les ruines disparaissent peu à peu sous l'action des eaux delaBoïana.

A son incontestable importance, à l'élégance de sa construction, s'ajoute encore pour moi le souvenir de la nationalité de celle qui l'a reconstruite. Hélène, avant de devenir reine de Serbie, était française, fille d'un empereur latin de Constantinople*, régente pendant la minorité de ses fils Urosiiis et Stefanus. Cette princesse, célèbre par sa piété, releva cette église bâtie autrefois par ordre deJustinianus 1*"" ainsi que le rapporte Théophylatos, précepteur de cet empereur.

L'édifice construit en pierres et briques symétriquement espacées, mesure 30 mètres de long sur une largeur de 10 mètres, la hauteur actuelle au-dessus du sol est de 15 mètres environ, la muraille est percée de six fenêtres pratiquées au milieu de cintres en pierre sculptée, une porte basse dans la muraille latérale qui subsiste encore, la porte principale en partie comblée, est surmontée de l'inscription suivante :

f IN NOIE . DNl . AM . EXlMjE . VIRGINIS . FILII ^ANNO . M

. ...XVIII MAGNlFlC'DNS.DNS.VROSr DÎ.G:

R ASIE . REX . ILLVSTRIS . MAGNIFICI . REGI' . VROSII AT'

./.... DNE . HELENE . RHIGINE . EDIFICAVIT . HÂC . ECC *•

IN OxNORË . STORM . SGII . ET . BACHI . A . FVNDAMTIS V'Q

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