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224 SOUVENiriS DE LA HAUTE- ALBANIE.
sommet, traînées par le vent, s'abattent sur nous; nous sommes dans l'eau; pour passer le temps j'accable mes hôtes de questions sur l'origine et l'histoire des begtaschis, sur la petite église de sainte Marie-Madeleine (Chin-Mri en albanais), située au nord de Croïa, à trois heures de distance, à droite de la route conduisant à Scutari.
Près du village auquel elle a donné son nom, se trouvent les ruines de cette église ; située sur le versant d'une montagne elle est entourée d'arbres, l'abside rappelle celle de Sciassi, elle était partagée en quatre registres contenant chacun des images de saints peints à la fresque, ceux du rang inférieur sont en pied; leurs noms sont écrits dans le champ, saint Ambroise est le seul bien conservé; dans les autres registres sont des médaillons ronds renfermant des bustes peints; quelques fragments de peinture à droite permettent de supposer que la décoration de l'abside se continuait de même sur les murailles intérieures. Le bâtiment orienté nord-sud mesure à peu près 20 mètres de long sur 7 de large ; les murs avaient près d'un mètre d'épaisseur ; à 25 mètres environ en avant de la porte principale, un peu sur la gauche se trouvent les restes d'une haute tour carrée.
Avec les pierres écroulées de ses murs, on a élevé dans l'église un autel, sur lequel le 15 août on célèbre le service divin ; du temps de Scande rbeg on y disait sept messes chaque jour.
Le mauvais temps semble bien établi, le baromètre ne laisse, hélas, aucun espoir; la pluie devient torrentielle, de véritables rivières descendent de la montagne, peu d'heures suffisent pour rendre les chemins bien difficiles. Je courrais alors le risque d'être bloqué pendant plusieurs jours, je décide que le départ aura lieu le lendemain à quatre heures
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du matin. Huit heures de cheval par utie pluie battante ; des passages de rivières subitement grossies, des fondrières dans lesquelles on court le risque de laisser sa monture, tel est le retour à Durazzo, un de ces contretemps auxquels il faut s'attendre quand on voyage en Albanie.
La mort de BcUaban Pacha
(Complainte albanaise chantée àCroîa.)
Thanos Musachi Thopia, le beau-frère de Scanderbeg a refusé de rendre au sultan la ville de Croïa, Croïa si souvent attaquée, Croïa qu'on n'a pu prendre encore.
Pendant deux ans il résiste ; pendant deux ans, derrière les débris des murailles détruites, il repousse les Turcs.
Les habitants manquent de vivres, manquent de munitions; épuisés de fatigue, sans espoir de secours, ils jurent de tuer Balaban Pacha dans un dernier eflbrt et de s'ensevelir sous les ruines de leur ville.
C'est en masse qu'ils sortent de la ville les habitants de Croïa, pour se précipiter sur leurs ennemis.
Ils les repoussent jusqu'à la montagne de Krousèse*.
De Croïa à Krousèse, sans reprendre haleine, pendant deux jours on combat.
Longue et sanglante était la lutte, douteuse la victoire.
Le matin du troisième jour, des deux côtés les guerriers brisés de fatigue, arrosant la terredu sang de leurs blessures , ne peuvent plus combattre.
Oublieux de leur serment, les gens de Croïa demandent à retourner vers leur montagne, les musulmans veulent rentrer à Pétrella où se trouve le reste de leur armée. En vain