Voir à la lin du chapitre le chant relatif à sa mort
infiniment plus farouches ; bien qu'Iiermétiquement voilées, elles se tournent vers les murs quand elles m'aperçoivent.
Croïa,'et ce n'est pas une de ses moindres curiosités, est célèbre parmi la secte musulmane des derviches begtaschis,
si répandue dans la partie de l'Albanie comprise entre Croïa, •Tirana, Elbassan et Monastir; de nombreux et très vénérés personnages y ont vécu et sont enterrés dans la ville et dans les environs, elle est presque considérée comme une ville sainte.
Un des plus intéressants sanctuaires est celui de Bali Effendi, qui fut, assure-t-on, un des professeurs de Mohammed 11 ; il repose avec son fils dans une petite pièce basse blanchie à la chaux où brûle une veilleuse, point rouge dans la lumière verte et mystérieuse qui pénètre du dehors; des mouchoirs et des étoffes recouvrent les deux cercueils, à la tête se trouvent leurs lourds bonnets de derviches recouverts d'une mousseline verte.
Sur un mur, un dessin sous verre attire mon attention, on me permet de le décrocher pour l'examiner. C'est bien naïf, Azret-Ali au galop, à cheval, combat avec une fourche le diable armé d'une énorme massue, un ange ailé descend du ciel pour assister le pieux et célèbre personnage dans sa lutte. Cet endroit est grandement vénéré à Croïa et parmi les sectateurs étrangers, les musulmans, quand le serment leur est .déféré, se déchaussent pour y pénétrer et jurent en posant la main sur le cercueil ; quand ils doivent remplir la même formalité, les chrétiens des environs ne sont pas autorisés à entrer, ils restent dehors et prêtent serment en passant la main dans l'intérieur de la pièce, par les barreaux de la fenêtre.
Une des plus jolies situations est celle du téké (maison de prière) de Baba-Ali, au pied de la colline; il disparaît au milieu de platanes et de noyers magnifiques ; à côté s'élève le cyprès miraculeux qui le rendit célèbre, cet arbre plusieurs fois séculaire, ' dont quatre hommes ne peuvent
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entourer le tronc, offre une particularité curieuse; à quelques mètres du sol, retombent quatre branches larges et plates semblables à quatre énormes planches grossières venant s'arc-boutcr sur son tronc. 11 n'a plus la forme d'un cyprès, ses branches et son feuillage sont bizarrement déchiquetés, il a deux têtes.
Un peu plus loin, on me fait voir une grotte dans laquelle, après y avoir vécu durant quarante années, un pieux derviche du nom de Hadji llamza Baba, a été enterré ; chaque jour on dépose pour lui, comme on le faisait de son vivant, à l'entrée de la grotte du pain et quelques légumes qu'il vient, m'assure-t-on, manger pendant la nuit; je ne cherche pas à approfondir ce miracle de chaque nuit, le défunt a fait beaucoup de bien durant sa vie, je pars convaincu qu'il en fait encore aujourd'hui après sa mort à quelques voisins affamés ou peu scrupuleux ; c'est un bon saint et je dépose à travers la grille mon aumône dans le tronc qu'on a mis à côté.
La nomenclature des derviches célèbres enterrés à Croïa serait longue, je n'ai malheureusement pas pu visiter tous leurs turbés, le mauvais temps s'y opposait; ce n'est qu'en courant que je puis voir les ruines imposantes des sépultures des Toptan ^ , les ancêtres de Fuad Bey.
J'aurais aimé prolonger mon séjour dans cette intéressante petite cité, dont le Caïmacam Omer Lutfi Bey, m'avait accueilli de la façon la plus aimable et la plus somptueuse; j'aurais voulu faire l'ascension de la montagne, pour visiter le célèbre téké de Sari Sal Sadik*, lapluio ne l'a pas permis, les lourdes nuées grises qui depuis deux jours flottaient au