‹ Souvenirs de la Haute-AlbanieChapitre 48 sur 57 · liECQrARD. Histoire de l'Albanie · texte numérisé non relu

liECQrARD. Histoire de l'Albanie

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fanatisme guerrier ne pouvait étonner des hommes habitués à mépriser la faiblesse. Forcés de lutter dans des conditions d'infériorité numérique, les Albanais ne rougissent pas d'employer la ruse* ».

Cette opinion, parmi toutes celles qui ont été émises sur les Guègues, me semble fort juste et explique encore aujourd'hui l'âme de ce petit peuple.

Comme tous les vaincus, ils se sont réfugiés dans leurs montagnes d'où ils avaient vu tant d'invasions passer à leurs pieds, et ils ont abandonné la plaine au vainqueur contre lequel, depuis quatre siècles, ils luttent sourdement.

Cette lutte prolongée, dont on trouverait encore aujourd'hui bien des preuves, explique en partie l'absence de civilisation de ce pays, comparé à d'autres provinces de l'Empire. Le progrès est surtout le résultat du concours de toutes les bonnes volontés et, il me faut avouer, que de part et d'autre, il n'y en a guère eu. De là, cette vie ftpre et moyenâgeuse, où l'individu est privé de la sécurité qui encourage l'activité, aussi la situation des Albanais, bien qu'elle leur puisse être en partie imputée, est-elle digne de pitié tant elle est misérable. Les sentant peu sympathiques, hostiles je puis le dire, les autorités n'ont rien fait et ne font rien pour mettre un terme à ces meurtres par vengeance qui, ainsi que je l'ai fait voir, épuisent cette population ; d'aucuns affirment môme, qu'ils ne sont pas trop mal vus, car ils empêchent les Albanais d'être unis, et, s'ils ne les encouragent pas ouvertement, les fonctionnaires albanais musulmans, chargés par le régime organique du pays de leur répression, en tirent de tels profits, qu'ils seraient ruinés si on ne se

i. Chopin.

tuait pas. Affaiblir les chrétiens, les désunir et en vivre, la combinaison n'est pas de celles qu'on peut négliger.

Absolument ignorants, isolés du contact étranger, les Albanais des montagnes sont moins sensibles à leur misère et n'en éprouvent aucune honte car, n'étant pas en mesure de comparer, ils ne peuvent désirer une meilleure existence.

Avant de trouver étrange leur fierté parfois excessive, il ne faut pas perdre de vue que seuls de tous les raïas, de races et de communions si multiples compris dans l'Empire, ils ont conservé le droit de rester armés. Ce privilège autrefois extraordinaire a certainement moins de prix aujourd'hui, mais il n'est cependant pas sans valeur, car il est la confirmation de l'accord intervenu entre leurs ancêtres et le Grand Seigneur, quand, renonçant à continuer la lutte, ils acceptèrent la domination ottomane. Ils ne sont actuellement soumis à aucun impôt, et leurs immunités sont à ce point étendues, que la régie des tabacs, établissement international, n'a pu être établie à Scutari et dans les montagnes. Leur sujétion est, on le voit, bien idéale ; elle se borne à fournir en temps de guerre des hommes dont la constante pratique des armes, la connaissance des montagnes, l'entraînement journalier, la bravoure, font d'excellents soldats irréguliers dans cette contrée ; en rase campagne, ils n'auraient aucune tenue. Le Padischah a donc sous la main une pépinière de défenseurs pour cette frontière sans cesse menacée de son Empire et ne se trouve pas dans la nécessité d'y maintenir le nombre des troupes qui, dans d'autres conditions, seraient nécessaires.

Cet avantage explique sa mansuétude pour cette population qui, de son côté, a le sentiment de son utilité et en abuse parfois, il faut le reconnaître.

Indépendamment de leurs qualités guerrières dont ils ont encore donné des preuves pendant la dernière guerre turcogrecque, les Albanais, surtout ceux du sud, ont prouvé qu'ils pouvaient rendre d'utiles services dans les fonctions civiles et ont fourni à l'empire une longue suite de grands vizirs et d'administrateurs distingués.

On estime à 100 000 environ le nombre des montagnards de la Haute- Albanie, 15000 seulement appartiennent à la religion musulmane, tous les autres sont catholiques, mais la fatalité ne leur a laissé pour vivre que peu de terres cultivables dans leurs montagnes où ils étouffent.

Dans la plaine, presque exclusivement catholique, les habitants sont soumis à toutes les taxes du Tanzimat. Ils sont plus à leur aise que les montagnards, mais moins indépendants. Leur ignorance est la même. En dehors des impôts, ils ont encore à subir les razzias des montagnards Mirdites, incursions qui ne se terminent jamais sans conflits sanglants.

Dans la ville et ses environs, le nombre des chrétiens ne dépasse pas 12000, au milieu de 40000 musulmans armés, alors que ceux-là ne le sont pas, aussi la condition des premiers, courbés sous une servitude politique sans contrôle, qui dure depuis quatre siècles, est vraiment des plus misérables ; sans cesse avilis, les Scutarins catholiques ont pour la plupart perdu l'énergie guerrière qui distinguait leur race*. Cette plaie douloureuse de la domination semble ne plus être sensible chez eux; leur âme, sous ces jougs

1 . « Us ressemblent, ces chrétiens de la Turquie d'Flurope, aux juifs de la Russie ; ils ont comme eux Tâpreté au gain, Téchine souple, la dissimulalion.— « En Albanie » par Sierra, Paris 1897. » Il ne faut pas quand on veut juger les Albanais, perdre de vue, selon moi, qu'on se trouve ramené au xv^ siècle (Note de l'auteur).

séculaires, s'est durillonnée de résignation et d'accoutumance; ils sont exemptés d'impôts, de service militaire, mais chaque famille est tenue au paiement annuel d'une somme de 30 piastres (6 fr.), argent destiné à l'entretien de quelques gendarmes ; les Albanais musulmans ne paient rien, mais doivent le service en temps de guerre.

Les chrétiens n'ont pas de chefs pour les protéger; ils ont bien des délégués dans les conseils ou dans les tribunaux, mais ils sont //ro forma ; aucun d'eux n'est en état de lire ce qu'on lui donne à signer, et n'oserait élever la moindre objection. Ils n'ont pour prendre leur défense que leurs prêtres; mais le haut clergé est de nationalité étrangère, ainsi que la plupart des religieux. Us n'ont pas eu la bonne fortune d'avoir comme les Grecs, les Bulgares, les Arméniens, dans les autres parties de l'Empire, un clergé national et patriote. Ces clergés ont pu mériter une partie des accusations diri gées contre eux ; mais ils n'en ont pas moins eu l'inappréciable qualité, et particulièrement le clergé grec, de maintenir vivace l'idée de patrie et de nationalité, de souffrir et de lutter pour elle : ils ont eu l'admirable persévérance d'en entretenir le sentiment, comme ils entretenaient les lampes dont la lueur vacillante éclairait leurs iconostases et dont la petite flamme ne doit jamais s'éteindre ; ils y sont parvenus, en dépit des ouragans qui s'abattaient sur eux.

Dans la Haute-Albanie, le clergé et les religieux appartiennent encore en général à des ordres étrangers, la plupart italiens ou dalmates ; recevant de l'étranger les subsides dont ils vivent, ils sont les protégés d'une puissance étrangère, enfin, leur patrie n'est pas de ce monde. Ils rendent néanmoins aux Albanais de réels services, dans la pénible situation où ils se trouvent placés, mais ils n'ont

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pas rame albanaise. La Mirditie et quelques villages du diocèse de Scutari possèdent un clergé indigène, qui s'intitule clergé national, un peu trop haut peut-être, car cette dénomimation a éveillé bien des susceptibilités ombrageuses et créé plus d'une difficulté à ces prêtres, malgré leur pauvreté si dignement supportée, et le rôle intéressant quUls pourraient remplir, si on les soutenait.

L'Albanais a un attachement profond pour son pays, tant qu'il l'habite ; ce sentiment semble complètement disparaître, quand il réside à l'étranger, peut-être ne le voit-il plus qu'à travers le souvenir des misères qui l'ont contraint à le quitter ; chez les Albanais musulmans, cette indifférence a surtout pour cause l'influence d'une religion qui absorbe l'idée de patrie : je ne puis l'expliquer chez les Albanais catholiques de Scutari que par leur égoïsme commercial et, peut-être aussi, leur désespérance en l'avenir. A l'exception de quelques dons faits à la cathédrale, aucun des Albanais aisés de Scutari, ou de leurs compatriotes parfois fort riches qui vivent à l'étranger, n'a eu la généreuse ou patriotique pensée de laisser des fonds pour la création d'établissements pouvant aider à rapprocher leur pays de la civilisation. Il ne possède encore ni hôpitaux, ni écoles. Combien, sous ce rapport, ils sont loin de l'admirable et touchant patriotisme des Hellènes et des autres nationalités des Balkans. A qui leur reprocherait cette égoïste indifférence, ils répondraient que cet argent serait infailliblement en partie absorbé par les difficultés à aplanir pour obtenir l'autorisation de construire; ils citeraient, à l'appui, plus d'un exemple terriblement probant ; mais, avec un peu de ténacité et d'adresse, ils pourraient, je le crois, réussir, s'ils le voulaient réellement.

D'où provient celte froide apathie des catholiques de Scutari?De leur longue servitude, de leur instruction des plus rudimentaires, de leur mollesse, de leur absence de besoins, du bon marché de la vie. Quant aux montagnards, ils n'ont aucune idée, aucune aspiration, en dehors de la vie animale. A Scutari comme dans les montagnes, on se plaint parfois devant un étranger, mais, dans le fond, les uns et les autres ont encore, en général, la volonté de ne rien changer à ce qui est, toute innovation leur est odieuse, surtout quand ils croient qu'elle leur coûtera, ils l'ont bien montré à l'époque des réformes ; les montagnards catholiques ont alors fait cause commune avec les musulmans, pour les repousser \

Le gouvernement, de son côté, n'a rien fait pour améliorer la situation économique du pays et tâcher de s'attirer des sympathies qu'un peu, bien peu de bien-être et de tranquillité lui assurerait, mécontentement d'une pari, indifférence de l'autre, les atomes crochus font défaut et le pays reste dans un état de barbarie incroyable pour celui qui ne l'a pas parcouru.

Sans trop de peine, et avec un peu d'argent, on pouvait rendre faciles les communications entre Scutari et la mer : la distance en plaine n'est que de 27 kilomètres, qu'il est parfois impossible de franchir, car il n'y a pas de route. J'ai dit les difficultés qui empêchaient les montagnards d'exploiter leurs forêts et leurs terres. Le gouvernement, en faisant des routes de pénétration, accordant des concessions de

i. Us n'avaient pas, comme les Scutarins, Texcuse d'un long esclavage pour justifier leur attitude ; on leur avait fait croire qu'on allait mettre en vigueur une loi nouvelle, et qu'ils auraient des impôts à payer : cela a suffi.

moulins à vapeur*, ou d'autres élablissements industriels, amènerait un peu de civilisation; il n'ose passer outre à l'opposition systématique des beys, partisans résolus de ce qui a toujours été, adversaires d'un changement, hostiles à l'ouverture du pays aux étrangers, méprisant le commerce, redoutant de voir les raïas s'enrichir.

La situation des chrétiens est, on le voit, peu enviable. La force vitale du pays est dans les montagnes dont les habitants ont vécu libres, et en imposent aux musulmans. L'arbre de ce côté est encore vigoureux, mais la sève ne peut y circuler librement. Enclavés entre des pays pratiquant une autre religion et de races différentes, Monténégro et Grèce, populations dont ils n'ont rien à espérer, avec lesquelles ils ont toujours mal vécu, car le fanatisme religieux et les aspirations politiques ont créé entre eux une inimitié que le temps n'a pas affaiblie, alors que ces voisins ont eu et ont encore de puissants protecteurs, les Albanais sont absolument isolés, et peuvent avec raison penser que le malheur poursuit l'homme solitaire. Ils ont, en outre, l'infortune d'être eux-mêmes intérieurement déchirés par des hostilités religieuses d'autant plus vivaces, qu'ils sont de même race . musulmans, catholiques, orthodoxes parlant la même langue, ayant la même origine, sont des frères; mais des frères ennemis; aveuglés par des rancunes confessionnelles, ils ne comprennent pas tout le mal que leur a causé leur manque de cohésion ; ils n'ont donné aucune preuve

1. La farine destinée aux troupes vient de Salonique par San Giovanni di Medoa; l'hiver il est souvent difficile de l'apporter en ville, parfois impossible durant plusieurs jours. Les Albanais ne mangent que du pain de maïs. Le pain blanc ou à peu près blanc, consommé par les quelques étrangers établis ou de passage, est fabriqué avec de la farine de Trieste.

d'esprit public, et consument leur énergie dans des luttes de vanité et de petites rancunes; ils sont cependant unis dans leur haine contre les Turcs qui, de leur côlé, ne dissimulent guère leur mépris même pour les Albanais musulmans, qui leur ont pourtant rendu plus d'un service.

L'isolement dans lequel ont vécu les Albanais n'a cependant pas été si complet, qu'ils n'aient eu connaissance des progrès réalisés par les nations voisines, que d'heureuses circonstances politiques ont fait plus directement entrer dans la civilisation ; ils ont dû être conduits à se demander pour quelle raison, seule de tous les pays de l'Empire, leur contrée continue à rester abandonnée ; pourquoi aucune tentative n'est faite pour les mettre au niveau de leurs voisins, leur donner la sécurité, créer des débouchés à leurs produits ; ils n'ont pas voulu comprendre qu'ils en étaient en partie responsables, tous les torts ne sont pas du côté des autorités. Caractère, mœurs, langage, croyance, tout les sépare des autres peuples des Balkans ; ils n'ont avec eux aucune affinité : Ilerzégoviniens, Bosniaques, Serbes, Monténégrins parlent une même langue ; ils pourraient, à la rigueur, se réunir et formeraient un Etat. Les Albanais n'ont pas même cette perspective.

Quel pourrait être le sort des Albanais, si des événements qu'espèrent, peut-être imprudemment, les patriotes du dehors modifiaient la répartition de ces contrées en constant travail. Continueront-ils, comme l'affirment quelques-uns, à rester attachés à la fortune de Salonique? C'est une opinion que rien ne justifie ; pourront-ils, comme on cherche à le leur persuader, arriver à se constituer en un petit Etat qui s'ajouterait à la fédération balkanique rêvée par d'autres? C'est un songe assurément séduisant au moment de la poussée des

nationalités cherchant à se créer une place dans ce qu'on appelle le concert européen ; mais c'est une hypothèse dont la réalisation semble encore bien éloignée, et je n'aperçois pas trop la puissance désintéressée, ou intéressée, disposée à les aider, en acceptant, en échange de ses bons offices, cette monnaie fourrée qu'on appelle la reconnaissance.

Je ne crois pas qu'il y ait en Europe un peuple moins préparé à recevoir ce précieux, mais parfois dangereux présent, qu'on appelle la liberté, et que d'autres ont acheté au prix des plus nobles et des plus douloureux sacrifices.

11 est une troisième combinaison dont on ne parle pas, ce serait l'imprévu; mais n'est-ce pas ce qu'il y a encore de plus certain dans les affaires humaines? Six années de séjour, d'une observation constante, m'ont permis de connaître en partie l'Albanie et ses habitants ; de longues années s'écouleront encore, je le crois, avant qu'ils soient unis. Je n'oserais affirmer qu'un péril commun les rapprocherait. On se hait actuellement de vilayet à vilayet, de ville à ville , de montagne à montagne* ; il y a un travail constant: du côté de l'Epire par la Grèce ; dans la Haute-Albanie, l'Autriche-Hongrie et l'Italie, avec le Monténégro soutenu par la Russie, luttent d'influence. Dans d'autres régions, les Serbes, les Bulgares, les Roumains même, ont des émissaires chargés de justifier ou de créer des titres à des revendications; tous ces pays ont leur clientèle, ce qui démontre combien est superficiel, j'allais dire peu vrai, le bruit qu'on mène d'un éveil

i. Un Albanais musulman ne dira pas d'un Albanais catholique : « c'est un homme bon » (i adam) mais « c'est un homme bien » « guzel adam », un chrétien Albanais ne peut pas être bon à son avis. D'un étranger, il dira parfois (c c'est un homme bon ». De même les catholiques tant qu'ils le peuvent n'achètent jamais rien chez un musulman.

du patriotisme albanais ; on assure que, réunissant les quatre vilayels de Scutari, Janina, Monastir, Kossowo on pourrait former un groupe de 2 000000 d'Albanais ; mais qui oserait entreprendre de les administrer, dans l'état où ils se trouvent actuellement ? Ce serait tenter l'impossible : si on avait à s'occuper d'eux immédiatement, ce ne pourrait être, je le crains, que pour les partager.

Comparés aux raïas des autres contrées de l'Empire, les Albanais sont les plus favorisés, sans que cela soit beaucoup dire ; ne payant aucun impôt, n'étant pas soumis au service militaire, les chrétiens ont d'autant plus mauvaise grâce à se plaindre, que leur ignorance ne justifie pas leurs aspirations, ou du moins celles qu'on leur prête; en l'état actuel, incapables de se conduire, ils ne peuvent que changer de maître , et rien n'indique que , sous beaucoup de rapports , ils gagneraient au change. Le progrès est'plus apparent que réel en Turquie. Le gouvernement ne peut donner suite aux promesses, dont il a, quelquefois imprudemment, été peu avare : les lois excellentes ne font pas défaut, mais les moyens de les appliquer. Ce que peuvent coûter les faveurs de fonctionnaires, parfois avides, n'atteint pas le chiffre des sommes qu'ils devraient acquitter en impôts sous un autre gouvernement, et l'espèce de ces employés tend du reste chaque jour à disparaître.

Dans ces conditions, les Albanais ne sauraient être trop circonspects, je le crois, dans la manifestation d'aspirations que rien actuellement ne justifie, et dont la réalisation brusque les trouverait absolument incapables de profiter. Ils n'ont pas, comme les Serbes ou les Grecs, le spectacle d'une partie d'entre eux déjà libres pour les encourager à demander leur liberté et les y aider. N'ayant pas de passé,

ils n'ont pas Tidée d'une résurrection ; ils ne peuvent, comme d'autres peuples, parlerderégénération eninvoquantle souvenir d'une ancienne indépendance ; malgré leur bravoure, ils ne se sont jamais appartenu ; leur cas hélas ! on le voit, n'est pas le même; ils doivent se créer, travail peu aisé au milieu des compétitions ; ils semblent s'y essayer timidement : il a été parlé de comités s'occupant à l'étranger de l'unification de leur langue, de son épuration ; ils en sont encore au bégaiement : c'est l'enfance. Quand atteindrontils leur majorité? Personne n'oserait le dire : ce n'est pas, on le voit, l'œuvre d'un jour ; ils ont à grandir, à travailler, à lutter et à souffrir pour le progrès : c'est à cette condition seulement, qu'ilspourront s'acquérir lasympathieetprouver leur utilité.

Sculari, 1893-1899.

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