INTÉRIEURS ALBANAIS
Musulmans et chrétiens albanais vivent fort retirés; les premiers sont enfermés dans le haremlick où sont confinés les enfants et les femmes; le manque de distractions, l'absence de cafés ou de cercles, l'avarice et la pauvreté produisent le môme résultat parmi les seconds. Les maisons des uns et des autres sont à peu près semblables extérieurement, vaste et massif édifice dans une cour entourée de grands jardins fruitiers, tel est l'aspect des demeures des anciennes et riches familles quand la porte de la rue s'entr 'ouvre pour vous ; elles sont grandes, car les doctrines de Malthus y sont inconnues et l'usage veut que les fils, même mariés, continuent à y résider avec le père qui reste le chef comme dans les familles de l'antiquité. Peu à peu cependant,' la société tend à se dissoudre par suite de l'accroissement des familles, de la diversité des goûts, des froissements entre femmes, et de l'infiltration lente mais cependant appréciable des idées modernes.
Au rez-de-chaussée, les magasins, le cellier, le bûcher, l'écurie ; au premier étage les appartements blanchis à la chaux, garnis deboiseries sculptées; les fenêtres sont étroites, munies de barreaux de bois et de grillages au travers desquels la lumière se tamise en lueur d'or pâle, des volets
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intérieurs etdesplacards en bois très gracieusement seul pfcés parfois, par ces patients ouvriers que sont les Orientaux pour lequel le temps est sans valeur; de bas divans autour de la pièce, recouverts comme le plancher, de tapis turcs et sur lesquels on trouve assez souvent encore de très curieux coussins envieux velours de Gênes ou de Venise ; d'anciennes et fort décoratives hautes cheminées, rien de plus en général dans les maisons restées fidèles à la tradition et qui n'ont pas voulu laisser pénétrer chez elles le banal mobilier viennois.
Si vous vous sentez au début un peu gêné dans ce milieu d'un autre Age, avec votre costume à la franque, l'intérêt que vous ressentez en retrouvant cette vie d'une autre époque, vous fait perdre de vue la note discordante que vous êtes. Dans les maisons malheureusement trop rares où l'aisance s'esta peu près maintenue, que d'intéressants bibelots on rencontre encore, armes anciennes, tapis curieux, lanternes de cuivre armoriées, glaces bizeautées, peintures sur verre, autant de rares et précieux souvenirs de la domination vénitienne !
Chez les catholiques les murs sont couverts d'images de saints, grossières enluminures, d'objets de piété ou d'anciennes copies de tableaux religieux de l'école italienne, toiles en général de peu de valeur.
Les repas se prennent en commun et sont simples car l'Albanais, par avarice et surtout par pauvreté est sobre en temps ordinaire; les convives s'asseoient à terre, autour d'un immense plateau de cuivre étamé ayant parfois un mètre et demi de diamètre et sur lequel sont placés les plats contenant les mets et dans lesquels on plongera sa cuiller ou ses doigts qu'on essuie à la longue serviette unique qui re-
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coovre les genoux de tous. Avant de commencer, les Albanais absorbent plusieurs petits verres d'eau-de-vie de marc qu'ils fabriquent cliezeux,écbangeant force souhaits de bon appétit; quand il y a des élrangersà la famille, les femmes ne prennent pas part au repas, elles servent ou surveillent ;
Maison albanaise.
la politesse exige qu'on laisse toujours son assiette à moitié pleine, c'est une flatterie adressée au maître de la maison, on doit donner à comprendre qu'il y a de tout si abondamment, qu'on ne peut achever ; chez les montagnards on doit agir de même, celui qui prendrait ce qui reste dans le plal insulterait la maison qui le reçoit. Chez les callmliques, les repas sont précédés et suivis d'une prière à laquelle s'ajoute le soir la récitation en commun du rosaire.
INTÉRlEins ALBANAIS. W
La nuit venue les ilomestiques étendent des matelas sur les lapis, les recouvrent d'étoffes de soie et de coton, la toile
Cheminée albanaise
est inconnue, et d'épais couvre-pieds ouatés. Très rares encore sont les maisonsalbanaises dans lesquelles on mange
sur une table ou dort dans un lit. Le père, la mère et tous les enfants non mariés, dorment dans la même chambre. Telle est la vie des Albanais de Scutari, existence fort triste, misérable la plupart du temps; par suite de leur pauvreté, se nourrissant mal, travaillant toute la journée au bazar dans des rues humides et sombres, n'observant aucune précaution d'hygiène, buvant de l'alcool, du café à l'excès, fumant de même, ils n'ont que peu de résistance et sont désignés pour la tuberculose. Vivant en commun, la promiscuité ne peut que hftter la diffusion de ce mal terrible; en quelques années des familles entières disparaissent. On me citait l'exemple d'une maison qui avait un moment contenu dix-sept personnes, il ne reste actuellement que la mère, deux filles et un fils, le père et ses douze enfants sont morts phtisiques, les quatre survivants continuent à rester dans la même demeuré, à dormir dans la même chambre, sur les mêmes matelas. Les deux filles, du reste, sont déjà atteintes et ne peuvent presque plus travailler. D'après les docteurs que j'ai consultés à ce sujet on peut évaluer dans la mortalité à 60 p. 100 au moins le nombre de ceux qui succombent à ce mal horrible, la phtisie. Les musulmans albanais ne sont pas moins éprouvés que leurs frères catholiques.
La femme albanaise catholique, si soigneusement voilée dans la rue, se montre à visage découvert dans la maison ; elle a quitté son manteau rouge, ses voiles blancs et chaussé des babouches qu'elle laisse sur le seuil de la chambre dans laquelle elle pénètre ; une large ceinture de soie entoure sa taille, la chemise de gaze de soie est largement ouverte sur la poitrine, en partie cachée pourtant: par une étoffe de soie rouge; la chevelure invariablement teinte