‹ Souvenirs de la Haute-AlbanieChapitre 7 sur 57 · INTÉRIEURS ALBANAIS · texte numérisé non relu

INTÉRIEURS ALBANAIS

en noir est maintenue en place par des bandelettes qui retiennent le salman, sorte de petit coussin de soie blanche orné de perles fines, de coraux et de paillettes d'or et dont les extrémités retombent derrière la tête ; pas de bijoux les jours ordinaires, beaucoup trop les jours de fête.

Le costume des jeunes filles catholiques est à peu près le même mais plus sévère ; elles ne portent rien sur la tête ; leurs cheveux ne sont pas teints; sous le long paletot yV/ô^, elles ont un gilet de soie à manches croisant et fermant haut sur la poitrine.

L'étiquette albanaise a des règles qui causent toujours au début une certaine surprise à l'Européen admis dans une famille ; les hommes sont toujours servis les premiers, quand on apporte successivement aux visiteurs, suivant l'usage, les sirops et le café suivis chez les catholiques d'un verre de liqueur, pendant qu'un homme boit, la maîtresse de la maison ou la plus récemment mariée de ses belles-filles doit rester debout la main sur la poitrine. Dans certaines maisons fidèles aux anciennes coutumes, si les rafraîchissements sont apportés par une servante, elle les présente à genoux si le visiteur est de haute condition. Quelques dames albanaises parlent italien, le type est en général fort beau.

Quelques curieux objets en cuivre, de vieux et parfois très rares tapis persans, quelquefois aussi de belles armes anciennes, souvenirs de temps meilleurs, peuvent encore se trouver dans le selamlik^ pièce de réception des hommes chez les Albanais musulmans, le reste de l'ameublement est le même que chez les chrétiens. Le personnel féminin est confiné dans le haremlik.

• Le costume d'intérieur des Albanaises musulmanes est, paraît-il, incomparablement plus élégant que celui des

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catholiques et plus gracieux; un diadème de perles fines et de coraux orne leur tète, elles ont de larges pantalons de soie ornés de riches broderies d'or, une chemise en gazede soie, sur laquelle elles mellent un étroit gilet de velours brodé d'or s'arrètanl sous les seins et retenu par une agrafe d'or ornée de pierreries. En grande toilette, elles portent, en outre, un long vêtement de velours ou de drap rouge couvert d'admirables broderies d'or, il en est dont le prix s'élève jusqu'à 3 000 francs; pour sortir, elles se voilent de mousselines blanches ne laissant k découvert que les yeux et jettent sur leur tête un long manteau bleu brodé d'or, qu'elles drapent avec une grâce infinie.

Les Européennes qui ont été en relations avec elles les proclament fort belles en général. La forme, l'étoffe et la couleur de leurs vêtements ne sont pas soumises à un règlement comme chez les catholiques; autrefois paralt-il, ces dernières s'habillaient comme les musulmanes. On raconte qu'un pacha indigène, s'élant épris d'une catholique qu'il avait aperçue dans la rue. qu'il prit pour une musulmane et ne pût obtenir, il fut enjoint depuis aux catholiques,

Albanaise catliolique (coslume intérieur).

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de porter un vêtement qui permit de les distinguer.

Le très petit nombre de femmes albanaises de ri(e grec qui résident à Sculari, porte encore le même costume que les musulmanes, sans les voiles blancs sur la figure.

L'existence des jeunes filles albanaises est des plus tristes ; l'usage exige qu'aussitôt qu'une fille a atteint sa douzième année, elle soit immédiatement retirée de sa pension et enfermée jusqu'à l'époque de son mariage.

Séquestrée dans une chambre, où elle ne pourra plus être vue que par de très proches parentes, elle s'occupe à tisser les étoffes de soie et de coton qui doivent composer son trousseau, y compris celles qui seront employées pour ses couches, ses deuils, son enterrement, celui de son mari et de ses enfants.

Fait surprenant, dans un pays si profondément catholique et pratiquant, les jeunes filles, même voilées, ne pouvaient pas aller à l'église : chaque demeure riche avait sa chapelle dans laquelle le dimanche un prêtre venait célébrer

ao SOUVENIRS DE. LA HAUÏE-ALBANIE.

la messe. Il a fallu un ordre du Saint-Père pour décider les parents à les laisser sortir pour entendre la messe; elles se rendent maintenant à l'église avant le jour, traversant rapidement les rues une lanterne à la main, les traits soigneusement cachés par une épaisse étoffe de coton.

Le soin jaloux avec lequel les jeunes filles catholiques sont dérobées aux regards est une des conséquences de l'antagonisme religieux de cette population de même race. En des cas semblables, il y a recrudescence de fanatisme, et les chrétiens sont devenus plus intolérants et plus sévères que les musulmans, dont les filles peuvent au moins sortir voilées avec leur mère, faire ou recevoir des visites.

Il est dans ces conditions difficilement question, on le comprend sans peine, de ces unions appelées mariages d'inclination ; l'autorité paternelle, encore si entière dans cette contrée, décide donc sans appel. Un ami de la famille est chargé de la négociation ; quand on est tombé d'accord, le père informe sa fille qu'il Fa promise. La future bellemère, à plus forte raison son fiancé, n'ont pu et ne pourront la voir qu'à l'église, le jour du mariage.

Si la jeune fille a atteint un certain âge ou est affligée de quelque infirmité, ses parents ne doivent pas le laisser ignorer, la négociation devient plus pénible. Après bien des détours et des hésitations, le père et la mère déclarent à l'intermédiaire qu'on leur a souvent, très souvent déjà, demandé la main de leur enfant, mais ils ne voulaient pas s'en séparer; ils avouent avec regret qu'elle a un œil malade en ce moment; qu'elle a depuis quelque temps à la jambe un mal qui guérira peut-être difficilement, ces euphémismes indiquent qu'elle est mûre, borgne ou boiteuse. Lacompensationdue pour chacun decesdéfautsestl'objetd'un nouveau

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et plus ftpre débat. Comment prendre dans une famille une femme dont l'état de santé obligera peut-être son mari aux dépenses d'un long traitement? Le père finit par céder, non sans avoir combattu pied à pied, et annonce qu'il donnera une indemnité ; dans les familles riches, cette somme s'élève parfois jusqu'à iOOO francs pour chacune des désillusions réservées au mari. Connaissant l'usage du pays, ce dernier, qui se marie également par ordre de son père ou de son frère aîné, doit se trouver dans un état d'Ame quelque peu troublé quand on lui annonce qu'en dehors du trousseau obligatoire, sa compagne lui apportera quatre ou six mille francs en espèces ; un peu d'arithmétique lui permet, en divisant

cette somme par deux, de déterminer le nombre des surprises désagréables auxquelles il doit s'attendre, mais elles resteront inconnues pour lui jusqu'au moment où elles seront devenues inévitables.

Il existe encore une autre situation offerte à la jeune fille

Jeune fille calholique albanaise.

catholique albanaise, elle peut se faire monaca (tertiaire) ; quand elle a déclaré qu'elle renonce à se marier, et veut être monaca, la jeune fille est libre de sortir, d'être présente pendant les visites faites à ses parents, chez lesquels elle continue à habiter, et sa condition semi-religieuse est indiquée par son habillement d'où les bijoux, les hautes broderies et les couleurs voyantes sont rigoureusement proscrits ; elle est astreinte à trois maigres par semaine : les mardi, vendredi et samedi, à la lecture de diverses prières, dernière obligation dontelle s'affranchit assez généralement. Comme rang, elle passe après sa mère et a le pas sur ses belles-sœurs.

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