CHAPITRE PREMIER
Arrivée de Voltaire à Paris. — Son séjour chrt M. d« Villeitf •
— Sa maladie. — Son couronnement au Th^Atre-Françoii.
— Sa proression de foi catholique. — Sa confesiion. — Sa correspondance avec le cure de St.-Salpice. — Son hypo* crisie , sa mort et ses funôraillos. — f^ettre de rimpéralrioa Catherine a M^"c Denys. — Mot d*unc jeune personne sur les rois philosophes. — Histoire do la princesse Charlotte ^ femme du Czar Alexis. — Fa mort supposée. — Son évasion de Russie. — Sa fuite en Amérique. — Croyance de son retour et de sa mort à Paris. — Autorites et témoignages en faveur de cette opinion. — Note composée par Plmpératrice Catherine pour la démentir. — Critique de cette note. — Docomens qui la contredisent. — Incertitude.
On apprit avec étonnement que Voltaire avait obtenu la permission de revenir à Paris ^ et qu'il allait débarquer dans cette ridicule maison de VI. 1
2 SOIA'ENIRS
BfBe de Viiielte (prétendue Belle-el-Bonne) , au coin de la rue de Beaune et du quai desTbéalins (4). 11 y descendit effectifement, le 40 février 4778; et, sans y prendre une minute de repos , il s'achemina sur ses jambes, et se rendit impatiemment chez son bon ami d'Argental , qui demeurait sur le quai d'Orsay, tout auprès de l'ancien hôtel d'Aiguillon, qui est aujourd'hui la maison des coches (2). Il était enveloppé dans une grande pelisse de yelours cramoisi galonnée d'or et fourrée de martre, avec un bonnet assorti, ce qui fit que les passans le prirent pour un masque, et que les polissons se mirent à crier sur lui. Voici le bulletin de ses faits et gestes, ainsi que je l'avais écrit pour M"® de Louvois.
Le lendemain matin, dès sept heures, il était sorti de son lit, et recevait déjà des félicitations philosophiques. Il était enveloppé dans sa fourrure , et
('l ) Il parait que rien n^cst plus cirango et de si mauvais goût que rajustement et les distributions de celte petite maison dont tout le monde se raille. Les quatre ou cinq pièces du premier étage ont éié sacrifî(^cs pour former un grand salon dont la voûte s'clève jusqu^au grenier, en coupant tout le reste du bAliroent dans sa hauteur et sa largeur. La salle h manger est aa deuxième étage ; on y monte par un torlillonnage en bois rustique , et les murs y sont magnifiquement tapissés en papicr- Terdure, afin dlmiter un berceau de guinguette. L^appartemont de M. de Villette est d^une recherche étonnante et d'un ridicule ocbevé. Il est situé sous les combles , et Ton dit qu'il s'y trouve ime ménagerie au milieu d'une petite naumachie. M>n® la fttar quise couche dans une armoire au bout d'un corridor.
(Note de VÀuteur. ) (2) A présent l'hôtel des Gardes-du-Gorps*
coiffé de nuit, parce qu'il était mourant et qu*il allait se recoucher, disait-il à tout le monde, mais ceci n'en dura pas moins jusqu^a dix heures et demie du soir. M""C3 Denys et de Villette étaient établies dans une première pièce dont on usait comme d'une salle d'attente, tandis que MM. d'Argental et de Villette allaient à tour de rôle annoncer les visiteurs, avec un air d'importance et de solennité risiblc. Il nous fut dit qu'aucune personne de bonne compagnie n'avait osé s'y présenter ce jour-la. jyjme (le Villette faisait la bonne, et la grosse M"'® Denys faisait la belle avec une persistance admirable.
Le jour suivant, grand nombre de personnes envoyèrent demander des nouvelles de M. de Voltaire, attendu qu'il s'était évanoui en aj^prenant inopinément la mort de M. Lekain. Il avait mis un crêpe autour de son bonnet de nuit, en gui.se de scrre-tôte. Il en resta deux ou trois jours inaccessible, et tout-à-fait inconsolable, à ce que disaient ses amis; enCn il reçut une députation des acteurs de la Comédie Française, qui venaient pour le complimenter et pour se lamenter, mais qui le trouvèrent gai comme un pinson. Il se mit à leur parler politique, et à leur lire une lettre du roi de Prusse, qu'il avait reçue nouvellement. — Remarquez bien, Mesdames et Messieurs, leur disait-il, que S. M. pose en principe qu'il ne faut jamais s'emparer du bien d'autrui, et je vous dirai pourtant que ce héros cherche à s'approprier une partie de la succession de feu M. l'Électeur de Bavière; ainsi va le monde; et pour ce qui regarde M. le Comte de Falkenslein, autrement dit rR»«i eur Joseph second, je ne