‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 28 sur 42 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Drsnies ci son procès. — Querelles sur la musique. — Les Lullistes et les Ramistes -- Les GKickistes et les Piccinistcu. — Le Marquis df Jaucouri , surnommé Clair de -Lune, — Remarque sur les sobriquets. — Aventure de M. de Jaucourtarec le ClievaliiT Gluck, et l'opinion qu^il avait des musiciens. -» Système de l'ordre profond et de V ordre mince, — Folies scientifiques. — M. Sage et son système de résurrection par l'emploi des alcalis. — M. Dufour et sa liqueur d'absyoihe.— M. MesHKT et son système de guérison par Tinlluenced^s planètes. — Le magnétisme animal. — Le général Lafayelte , disciple de Mesmer. — Le baquet magnétique. — Procédés du mcsmérisme et son système. — Négociation de Mesmer avec le gouvernement français. — Son départ et souscription qu^on ouvre à son profit. — Les adeptes. — M. de Puységuf , M. Bergasse et M. Servan. — Le Marquis et la Marquise Lecamus. — Le docteur Deslon. — Sa mort. — Les cataleptiques. — M'Ie de Bourgneuf. — La pensionnaire de Filontmartre. — Système actuel du magnétisme et du somnambolisme.

Si les Éditeurs du Recueil des Causes Célèbres n'avaient pas enregistré le procès du fameux Desrues, je ne manquerais pas d'en faire un chapitre de mes souvenirs, afin de vous faire admirer la justice du ciel. On ne saurait espérer que l'action de la Providence empêche Texéculion de certains crimes qui sont commis sur la terre , parce que le tnal faire est dans la nature de Thommc, et que

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riionimc est libre ; mais j'ai toujours vu qae les criminels étaient punis, mon Enfant, ?isibleiiient pour le plus grand nombre, et quelquefois décooverls d'une manière si miraculeuse qu'il aurait fallu s'opinintrer dans l'aveuglement, pour ne pas y reconnaître la main de Dieu. Lisez le procès de cet abominable hypocrite , et lisez-le avec atlenfion , je vous le recommande.

Quand on fut ennuyé des querelles sur la grdce efficace et sur le formulaire , où la majorité du public ne comprenait plus rien , parce qu'elle avait perdu la foi et parce que l'instruction lliéologique lui manquait , on s'était mis a disputer sur la musique , et ce fut avec d'autant plus de Tiolence et d'emporiement que le sujet de la querelle était plus frivole et plus étranger à ceux qui s'en mêlaient. L'horreur d'un Quesnelliste pour un Conformiste ne saurait donner aucune idée de celle d'un Lulliste pour un llamiste, et ceci dura jusqu'à l'irruption des Gluckistes et des Piccinistes qui vinrent se ruer les uns sur les autres et se prendre aux cheveux , jusque dans les balcons et le parterre de l'Opéra. Ce fut à la première représentation d'une pièce intitulée ta Bonne Fille ^ et depuis ce moment -là tous les esprits furent agités par la discorde. Elle était à domicile dans tous les cafés et les colysées , dans les jardins publics , et jusque parmi les politiques de l'arbre de Cracovie , à la pelile Provence en automne, ou dans la salle des Cent-Suisses en cas d'orage. La discorde s'était introduite au bureau de M'*^ Lespinasse, sanctuaire de la philosophie moderne; à l'Académie fran^'aise, où personne n'au-

rait pu dire quelle différence il y avait entre un bémol et un dièze ; et jusque dans le salon de musique de M. Trudnine, où tout le monde chantait faux. Les meilleurs amis et les amans se brouillaient, les parens se fuyaient, les enfans se battaient; les bons diners , dont le meilleur effet a toujours été celui de produire une indulgence réciproque , ne produisaient plus que de la colère ou la plus sombre défiance ; enfin , les bureaux d'esprit étaient devenus des arènes où Ton s'acharnait contre la séduisante Armide, ou la malheureuse Iphigénic du Chevalier Gluck, qu'on voulait absolument sacrifier à la Bonne Fille du Signor Piccini et vice versa»

On ne demandait plus : est-il janséniste? est-il moliniste? — est-il encyclopédiste ou dévot? — est-il pour Vordrc profond de M. de IMesnildurant, ou pour Vordre mince de M. de Guiberl, auteur de Ivi Tactique moderne?

On se demandait : est-il du coin de la Reine ou du coin du Roi? et l'on accueillait les survenans bien ou mal , en conséquence de la réponse. Il en est résulté des méchancetés abominables : les enfans de M"*® de Valbelle (c'est-à-dire Athénaïs et Gertrude , aujourd'hui Comtesses de Beauvoir et de Tilly) , avaient mordu le petit d'Havrincourt parce qu'il était Picciniste; et du reste, je vous dirai que ces deux petites de Valbelle étaient si méchantes, qu'elles mordaient les oreilles des chiens , et qu'elles allaient donner des coups de pied aux chevaux. On ne s'en douterait guère aujourd'hui , vous en conviendrez ; mais retournons à la musique. RI. votre |)ère avait fait passer Lauzun pour un Gludiisle auprès de

m SOUVENIRS

M'"^ de Dlut, qui no daignait plus jefer les yeaisur lui. — Vous devriez bien in'expliqiier votre conduite où je ne comprends rien, lui dit-il un jour en lui tirant le bout de son gant par la pointe , à dessein de rinipalienler ; mais elle se laissa déganter en se reculant, plutôt que de l'honorer d'un mot de réponse, et je croirais assez que c'est pour un ou deux motifs de ce genre-là que je me suis enrôlée sous la bannière du compositeur allemand ; car je suis Gluckiste, et je suis bien aise de vous en prévenir. N'en plaisantez pas.

Les deux antagonistes, les plus passionnés Tun contre Tautre, étaient JMM. Arnaud et Marmonlcl, tous les deux encyclopédistes et célèbres philosophes. Ils se faisaient une guerre impitoyable, et se reprochaient des choses monsirucuses, à propos de ret'olulion musicale et de musique /7m.

— Mais, mon bon Dieu! disaient avec raison le Père Garasse et M. Riballier, ces Messieurs nous accusaient d'intolérance, quand il était question des vérités les plus importantes et les plus utiles au genre humain ! Voyez donc comme ils se persécutent et comme ils se déchirent entre eux pour les choses du monde les plus futiles. Est-ce que Tobjet de leurs disputes est plus facile à saisir que les maximes de la théologie dogmatique? Est-ce que leurs explications sont plus satisfaisantes que les nôtres, auxquelles ils ne voulaient pas accéder parce que Tcxigence de leur raison ne s'en contentait pas? Les philosophes ont toujours agi comme leurs devanciers et leurs amis les protestans; ils ont crié, pendant longtemps : liberté générale, indult^encc abso-

DE LA 3URQUISE DE CREÔUY. lli

lue et tolérance unirerselle ! mais , quand ib ea arrivent à Tappiication de leurs prioeipes, oo ks trouve toujours astucieux et persécateors.

Écoulez une aventure du chevalier Gluck. Il oons disait un jour, à Thôtel de Tessé, qu'un jeune homoie de la plus belle pliysiononiie, mais dont Fair était prodigieusement triste, était arrivé chez lui pour loi présenfer, avec son hommage, une partition d'opéra qu'il avait composée sur le sujet d*Orpbée déchiré par les bacchantes. Le poème et la pskrûikm ne valaient pas grand'chose à son aris, mais il afait trouvé que la voix du jeune homme était si parfailement belle et son expression tellement brilbnfe attendrissante, avec à-propos, que ee grand positcur en était resté saisi d'étonnement et d'êi^ miration. Ce n'était pas de» tons bomain^^ disail Gluck, c'était comme un (luîde élbéré qn^aorail épanché sans effort une source profonde et pore# — Prodigieux artiste ! dit-il h ce jeune lir/mme en l'embrassant avec enthousiasme, la Pro^idémm ê marqué votre destination naturelle ; ettirei MU théâtre, et vous serez le plus adrnirat/le th^nUsuf qu'on ait jamais entendu ! — Monsieur, lui rk^m%^ dit le jeune homme avec un air woàHkiHftumi ^m^ trarié, je ne me soucierais pas \H:niu:oup A Hfn ttf* médien... — Comment donc, Monsieur, qfj'eitt'#^q#i« TOUS dites L'i , lui répliqua le dirftti^ir At l'Opéra français ; ouvrez les statuts et les ar^;bife« d^ TA^^^ demie royale de mmiique, et tous ferr<5r/, qw^ #; **l un théâtre où l'on peut chanter f.:i$i% #W'/^f . JN vous suivez le conseil que je rou% A^pttuty j« f^/w? promets d'abandonner t^>ns me* trï^^ut ^mt t^.

m; SOUVEXlIlfe

in\)ccupcr que do votre opéra d'Orpliéei et c'est dans cetle pièce-lù que je vous ferai débuter. Voas avez Tair si prorondcmcnt sensible et si mélancolique, (|uo vous souffrez ccrlaincnicnt de quelque peine du cœur, je n'en saurais douter. Soyez assuré qu'on peut trouver dans les grands succès d'aniour-propre et principalement dans ceux du théâtre, une consolation puissante, et loul au moins mie distraction salutaire, contre les rcjrets et les

onnuis d'une passion malheureuse Le jeune

homme ne voulut entrer dans aucun détail personnel et demanda seulement quelques jours de réllexion.

a Monsieur le Chevalier, lui répond! l-il au bout d*une huitaine, il me faut renoncer à voir mon Orphée sacrifié par les Ménades et honoré par vos accords sublimes. J'ai fait mon possible poin* retendre jusqu'à trois actes, ainsi que vous me l'aviez conseillé, mais il n'y a gajné que de la bouffissure ou du vide enflé, qui ne vous satisferait certainement pas. C'est à quoi s'est écoulé tout le temps que j'ai perdu depuis que j'ai eu l'honneur de vous ^oir.

(( J'avoue, Monsieur, que le seul désir de ne pas vous contrarier n)\i\ail fait promettre de réllécliir a 11 proposition de me vouer au théâtre. Je sais ()(io les philosophes ont l'air d'estimer les comédiens, et je trouve que ce talent n'est pas moins rare que celui du peintre ou du poète. Je sais qu'un homme qui l'exercerait avec honneur ne serait p;)s indigne d'estime, et que certaines maisons qui sont ouvertes à ceux qui se dislinjuent

DE L.V MABQL'ISE I>E CRÉQCY. |IT

dans celte profession, très locratÎTe depois qaei^ae temps, doivent leur pariitre an dédomoi^cnKst pour celles qui leur Ie^tc■iit fermées; raetaeîl de» personnes du premier rang devant les indannucr du mépris qu^on leur porte ailleurs. Il e^t HipeHh de vous citer ici les représentations de Sainfe-Ai^ sise, où Mo"^ le Duc d'Orléans jooe pde-ntèle atet des acteurs à gage, en opp<^»»ition avec l'b^iMrl de Créquy, où Ton a refusé d'admelirc M. hogu^m pour y lire une pièce de coiriédie de M** de Louvois, attendu qu'un aurait été ioroêde Tf fsife asseoir. »

« Je suppose tous ces brilbo« aTint^get ««Mm à mes talens futurs, et mi ra^m «om cède, iMaM vous ne vaincrez pas mon ermir. i'ii tiu^ tmam et des sœurs sous le joug d<; VofHtiiou t ^^S^jre. T^Mrt gothique et tout suran: é <|(j'fl v/it. c«i; ytir^*i^, A^m^ nerait la mort à celle de qui je tie;i% U tie. J M «n neveu. Monsieur, et le i;i jlli«nirefii jetif»e \^/f$$$$mm trouverait pri^é, à son erUrée d^nt le tt^Aêà^^ de son appui le plus naturel, et du fruit de« '//«iteib que j'aurais [>erdu le droit de lui ^\ou:^yt ^^^. ^Hk^ rite. Mes deux hivum qui «t/^nt f/*;»r<?^'; fe^*» malheureuses, et celle qui un IVet p'4t^ A'^uk \m^ possibilité de trouver un parti ^ttUXAt^., ^ t\m y^M«e convenir à ses vœux.., %oîl4, Mon»îe»if^ let ^//v|^ dont je frapperais ma htailUr, H il i/*'* ;/rv# ^^-^ nul succès de vanité perK/fioelî", r»îg?/.<f*r 4* uVi»*^ ni acquisilion de fortune, qtie je ♦^/'i *>"»>*: v/jw^-f à pareil prix «

— Mais c'est de Técritrire de ^.Uxt'4^, -^^» ' a* t^ criai-je; c'cj't «ne lettre du M/fq***'. '>. /-t?'//»,*^

us SOUVENIRS

est certain que la beauté de sa voix tient du prodige et qu'il est d'une pâleur étonnante, mais il nVn est pas plus mélancolique, et je ne sache pas qu'il soit malheureux du tout (>!). Si tous vouiez voir son neveu dont il vous parle, à son etUrée dans le monde, vous n'avez qu'à sortir dans le jardin, où tous le trouverez qui court après des cerceaux avec mou petit-fils. — Il aura sept ans la semaine prochaine, ajouta la Comtesse de Jaucourt, et le Chevalier Gluck en resta confondu.

M. de Jaucourt vint nous demander quelques jours après si nous trouvions que sa réponse afait été déraisonnable. — Mais ce n'est pas seulement de votre lettre qu'il est question, lui répondit sa mère avec toute raison, c'est de ce que vous allez vous ingénier pour vous moquer de ce brave hompic, et surtout do ce que vous perdez votre temps a fabriquer des opéras. Je m'en veux mortellement de ce que vous faites le croque-notes, et si c'était à recommencer je no permettrais pas que vous apprissiez seulement à connaître la clé de sol. On dit que vous êtes toujours avec des piaillards et des braillards de chanteurs, avec des bassons, des pardessus-de-violes et des tambouriniers qui doivent être les plus sottes {;ens du monde et qui, du reste, ne valent pas mieux que les acteurs dont vous parlez si bien.

— 11 est vrai que les musiciens sont bêtes comme tout, répondit-il avec cet air de sensibilité naïf et

(1) Gharics-Lf'opold , Marquis de Jaucourt, mort en ^1787, ^Hani devenu Lieutenant- G mi'ral et GlievaUcr des ordres du Roi. ( ^otc de VAuteur.)

douloureux qui avait si profondément touché l'auteur d'Iphigénie. Toutes les fois que celui-ci rencontrait M. de Jaucourt au foyer de l'opéra : — Ah monsieur le Marquis I lui disait-il innocemment^ quel malheur que vous ne soyez pas né de manière à pouvoir chanter sur un théâtre!!! *

C'était la Duchesse de Sain t-Aignan (Françoise Turgot), qui l'avait surnommé Clair-de-lune à cause de sa figure qui était d'une pdieur extrême et pourtant brillante^ et c'était aussi pour le distinguer des autres Jaucourt ; ainsi, ne croyez pas à une histoire de revenant qu'il avait forgée pour y attacher l'origine de ce même surnom. Tout le monde prenait la liberté de s'en servir en l'adoptant à pleine approbation, tant il était bien applicable a ce beau Marquis, et voilà le danger des sobriquets. M"*® de St.-Aignan en affublait tout son monde; elle appelait le Comte de Chabrillan, le gros chai, et M"**^ de la Trémoille^ la très molle, surnoms d'assez mauvais goût, comme vous voyez? Je vous conseille de n'en donner à personne et de ne jamais souffrir qu'on vous en applique.

A la frénésie pour la musique avait succédé la passion pour la tactique militaire, et la discussion roulait particulièrement sur le plus ou moins d'épaisseur qu'il faut donner aux bataillons quand on les dispose en front de colonnes. Je vous demande un peu ce que cela pouvait faire à l'abbé de la Colinière, ainsi qu'à M'"^ Cocquinaud de Lustrac et jime Trudaine de Montigny?

On avait commencé par s'occuper de cette question-là, sérieusement, pertinemment, entre hom-

mes, et pour se moquer de la suffisance de M. de Guibcrt qui venait de composer et publier un gros Tolume ad hoc et in~quarlOy s'il vous plaît; mais comme ce M. de Guibert était devenu plus ou moins à la mode, il y eut de certaines dames entreprenantes et résolues qui, par engouement pour l'auteur du gros livre (et du Connétable de Bourbon), crurent devoir intervenir dans les débats. Ma foi, quand on vit que la première ligne des palissades avait été franchie par Tabbé de la Coliniëre et que ]\{inc Trudaine s'en mêlait, il y eut une irruption générale dans le champ de la tactique! Tout le inonde se mit à disserter à perte de vue sur la stratégie; chacun discourait à perdre haleine sur les avantages et les inconvéniens de l'ordre-mince ou de Fordreprofond, et je ne sais plus pourquoi je m'étais déterminée pour Tordre mince? M. de Penthièvre avait supposé que c'était pour éviter de me trouver d'accord avec le Comte de Broglie qui tenait pour l'ancien système, et sans doute il avait fallu quelque motif de cette importance-là pour me décider à prendre le parti des novateurs? — J'avais eu très certainement une excellente raism, comme disait toujours ma tante de la Fcrté, mais je r^ mt la rafhpelle pas.

A cette folie stratégicale avaient succédé je ne sais combien de folies scientifiques , au nombre desquelles était celle d'un minéralogiste, appelé M. Sage, qui prétendait ressusciter les morts avec de l'alcali volatil , et faire de l'or en barre avec de la terre glaise. L'Académie des sciences avait discuté sur tout ceci très méthodiquement, cl l'on créa^

DE LA ILUfiQnSE DE CtEfJTî, zii

pour ledit M. Sage , ane place de tîbj^ BeBe Irvm de rente à i'hôtei des MoDnaîcs.

Le système de résarrecfioOydécoiiTert|i^»r1f . Sn^, ayait été remplacé par le fystèoie de M. Dvfanr , Cliirurgien-major à VÉcole roiiîuîre. et pouvait dispenser de la résarreetion . tf/ami': yvj allez voir. Aussitôt qu'on était uvA^^ , il («Ihrit ^ frotter la peau des jambes afec Atk orti^, ^ ^fm se coucher sur un lit, et s'cnii rer 4«ee de ^i fj d'absinthe de la Martinique i et de cba Jf phoux, s'il se pouvait?^ On s'en^inoEnl iiifidKUe' ment , et Ton se réreillait parC»îtei»eBf %mm. ttàotà, lefrater. La Faculté de Paris 0eYMibit^4i^|ir<«irt«r ces deux prescriptions tbérapeatiqoet; cjum w «l'^i pas ?u que le ÎI^îot haUmr en »t élê reiui<i«^ 4e rÉcole militaire, où Ton devait imiuAr^. ^jmtinxi^ qu'il ne fit frotter les pemnoriiMiirei d« Ib'^ itmk: des orties , et qu'il ne fit boire de b l^«<9«r du» Iles à de petits garçons. Un fils du K^r^m 4 Ar*m^ cey , que M. Dufour arait enivré daUiidVe^ «0 fut si bien endormi qu'il ne s'en réf^lU fm On» répondit â ses parents que Tescefitmi prii^tsaii b r^le, et l'on donna la croix de htiuUMhM 9 M. Dufour, à la sollicitation de M. Kedker et de V . de Monthîon.

Remarquez bien que la Franee pré*et4*ît V//ft un véritable phénomène KMJal^ en ';e qoe b t.iiwi' tion matérielle et politique du ro^*Mifie^it ^jiiijue et prospère , et que tous lesesprili ♦'? tr^^i^j^ut ej^ agitation. L'habitude du bonlietjr et de 1* è^^rjté, la douceur et l'indulgence du jj//Mterrjeri>e*^l le y^ d'intérêt qu'on prenait aux afbîret erî^i^'^tret ^

inOiiie j ( ellrs (l'Amérique, où notre pays se trouvait en|;n{;ù ; roisiveté (les gens du monde et le manque do croyniicc a>ec le l)esoin de croire^ enfin la manie (rontliousiasineou d'engouement qui gagnait toutes les clasiïos, cl qui rcnq)laç^it chez nous toutes les opérnlions du jugement, (elles que l'examen attentifet ropprobatioii raisonnable: tout cela, vous diraî-je, ouvrait une large brèche aux folies imaginalives, aux données incompréhensibles, aux explications inconcevables et tout ce qui s^en suit en fait d'absurdités.

Au milieu de ce tourbillon, parut un homme imposant ])ar son air de sécurité fièrc et de cogitation méditative'; un savant, un étranger (ce qui doublait nécessairement son mérite); et de plus, un homme assez jeune et parfaitement beau , ce qui n'y gâtait rien. Cet homme était en possession d'un secret qui maîtrisait tous les corps animés , et qui lui donnait la facuhé '!e remédier à loi tes les désorganisations de leur mécanisme, ù toutes les causes de souffrance, à tous les maux physiques a toutes hs pénalité» de la nature humaine; et c'était par un principe universel, occulte, uni(|ue , et tellement simple dans son essence cl dans le mode de son application, qu'il n'avait pas besoin d'un autre moteur et d'un autre agent qu'un acte de la volonté.

On apprit bientôt que le Docteur Mesmer avait trouvé dos adoptes, et l'on distingua particulièrement Messieurs de Pujségur, delà Fayette, Bcrgassc et d'Espréménil, parmi ses disciples ses plus fervcns. Il s'était logé dans la maison dos frores Bouret, place Vendôme, et voici comment on y procédait a l'applicolion du maguélismo.

DE LA MARQUISK DÉ CnÉQUY. 123

Il y avait au milieu d'une grande salle un baquet rempli de culs de bouteilles, lequel était recouvert d'une toile verte, et d'où sortaient des gaules de fer avec des robinets et des tourniquets ; toutes ces tiges métalliques élaient courbées en demi-cercle, et ceci donnait au gros baquet Tapparence d'une araignée monstrueuse. Les Mesmeristes étaient là rangés quil'un qui-l'autre, et tenant chacun le bout de sa gaule appuyé sur ses yeux, dans l'oreille, aux reins, contre la poitrine, au creux de l'estomac, à la gorge ; etc., chacun des malades en posture et dispositions très varices, ceux-ci Iremblans de frisson, ceux-là couverts de sueur ; les uns dans une agitation Frénétique, en convulsions abominables et se roulant par terre , ainsi que les jansénistes de St.-Médard ; les, autres en contemplation béaliGque et comme en extase ! Et puis c'étaient des malades qui riaient à gorge déployée, tandis que leurs voisins bâillaient en pleurant, et pendant ceci M. le docteur Mesmer était dans un coin de la salle à jouer de l'harmonica. Il ne s'en dérangeait que pour venir, d'un temps à l'autre, appliquer un de ses doigts sur le front des magnétisés qui lui paraissaient avoir besoin d'une action si puissante et si propice ! Voilà quels étaient les procédés du mesmerismc et voici la doctrine du système.

Le docteur Mesmer avait débuté dans le monde savant par un ouvrage intitulé clcPlandariim injluxu, dont le but était d'établir que les corps célestes ne sauraient manquer d'exercer sur les corps animés, et particulièrement sur le système nerveux , une influence analogue à celle qui dirige et produit leurs

attrnctions respectives. Il y parlait également de la propriété des nininiis à laquelle il attribuait toutes sortes (le vertus pour opérer la guérison des maladies. Mais celle association bizarre du neutonisme avec la cabale et raslrologie ne lui valut aucun succès dans son pays. En arrivant dans le nôtre, il y fit paraître un Précis historique d recueil de faits relaiifs au Magnétisme animal, et le plus grand nombre de ses lecteurs ne douta pas plus de sa bonne foi que de sa puissance magnétique. Il y disait avoir rendu la vue à M'^" Paradis (jeune aveugle), ce qui fut démenti par rAcadémie do médecine, et il assurait qu'on pou\ait penser pendant trois mois sans longue , ce qui parut inexplicable au point d'y faire supposer quelque faute de rimprimear. L'explication du docteur ne se fit pas attendre, et c'était un enchaînement de propositions inintelligibles.

Le fluide élliéré que M. Mesmer avait & sa disposition pouvait être augmenté par la volonté de Thomme et réfléchi par les glaces ainsi que par la lumière (il m'avait semblé que c'était concentré et absorbé qu'il aurait fallu dire), et du reste le même fluide pouvait être communiqué, propagé et appliqué par le son. Il était transportable et susceptible d' accumulai ion. Toutes les propriétés des substances matérielles cl des ôtres organisés se trouvaient soumises à l'intention et à la rémission de cet étrange fluide ; enfin Mesmer ajoutait à tout ceci que les êtres organisés sont analogues à des aimans, qu'ils ont des pôles ainsi que des antipathies matérielles, et que leur similitude est si parfaite que le phéuG^

mène de l'inclinaison même s'y trouve régulièrement observé.

Les savans trouvèrent que l'absurdité de celle dernière assertion ne laissait rien à désirer, et relativement au phénomène de rinclinaison du pôle, on alla jusqu'à dire à M. Mesmer qu'il avait pris, comme le singe de la fable, le nom d'un lieu pour celui d'un homme. Il ne s'en déconcerta pas le moins du monde ; il eut la hardiesse d'adresser à M. de Maurepas, premier ministre, un mémoire apologétique, avec un ultimatum écrit de sa main, dans lequel il demandait au gouvernement français, non pas qu'on fît constater l'existence et l'efficacité du magnétisme, ce qui serait inutile et puéril, osait-il ajouter, tant la chose était notoire et magnifiquement prouvée; mais il demandait qu'on enregistrât les déclarations de toutes les personnes qu'il avait guéries, et qu'on voulût bien lui concéder, en rémunération de ses bienfaits, la propriété de la terre et du château de Surgy, lesquels appartenaient au domaine de la Couronne. Il ajoutait que si l'on voulait marchander avec un homme de son importance, il allait quitter Paris , sortir du royaume et renverser son baquet en abandonnant tous ses malades à leur malheureux sort.

Mon cousin de Breteuil s'était entiché, je n'ai jamais su comment ni pourquoi , du magnétisme animal. Il intervint dans la négociation , et fut se placer officieusement entre les prétentions du magnétiseur et les épigrammes de M. de Maurepas, de manière à ce qu'on fit proposer à Mesmer, au nom du Roi, devinez quoi, mon pauvre Enfant... C'était

vingt mille livres de roules viagères, avec un traitement annuel de douze mille livrcss, un logement au liOuvre, et le cordon noir de Saint-Michel, avec le titre de médecin consultant pour Sa Majesté! On lui demandait seulement d'ouvrir un cours de ma- ^MuUisme et d'y former trois élèves à la pratique de ses admirables procédés.

Comment voudriez-vous qu'une monarchie puisse aller avec des injustices et, tranchons le mot, des e\lrava{j[anccs pareilles i\ celles-ci? heureusement pour la honne réputation du ministre de la maison du Roi (Haron de Breteuil) que le docteur Mesmer se trouva tellement choqué de l'incivilité de ses propositions et de sa lésinerie, qu'il ne daigna seulement pas lui répondre, et qu'il partit brusquement pour les eaux d'Aix la-Chapelle, emmenant plusieurs de i^es malades avec lui : c'était les plus dévoués et les plus dociles : mais on ne manqua pas d'observer que ce n'était pas les moins riches. Un iiabile avocat, nommé Ik'rgassc , parut alors sur la scène; il entreprit d'obtenir un (!édomma{;ement public en faveur de Mesmer, et pour h: c<Misoler du mauvais procédé de INI. (le l^rctouil, il imagina d'ouvrir à son proGt une souHcription de cent actions à cent louis la pièce. C'était cependant à condition qu'aussitôt que la liste serait remplie, M. le Docteur aurait la charité de révéler toute sa doctrine, afin que la nation française, en première ligne ;. et l'humanité soulTrante, en général, pussent être snlutairement éclairées sur la mystérieuse organisation du baquet rempli de cids de bouteilles, sur les bons eflets de l'application du doigt inngnctiquoj et parliculicrcment sur l'eni-

ploi de riiarmonica dans les cas de surdiié, car on assurait que la Marquise Lecamus lui devait sa guérison radicale (1).

Le docteur allemand préleva tout au moins cent cinquante mille écus sur la crédulité parisienne , au moyen de la souscription de M. Bergasse, et F Avocat-Général au parlement de Dauphiné, qui s'appelait M. de Servan , flt paraître une brochure de sa composition, dans laquelle il nous conseillait d'ériger des statues sur les places publiques en l'honneur de M. Mesmer. Il aurait demandé des temples , s'il avait osé. Le fougueux d'Espréménil , assisté du M'* de la Fayette, allait pérorant et déclamant contre la superficialité du vulgaire et pour l'infaillibilité du magnétisme ; et c'était, je vous assure, avec autant d'enthousiasme et d'opiniâlreté qu'on les a vus déblatérer, pendant le reste de leur vie , contre les inslitutions surannées, en faveur de la liberté qui nous a procuré le régime de la terreur (2).

(i) Quant à Marijneritc Lecamus , Marquise Lecamus et nièce du Cardinal Lecamus , Évèquc de Grenoble, je vous dirai que son mari fut ic premier gentilhomme Français qui s\ivisa d'appliquer un tilrc seigneurial sur son nom de famille et sans prédéccsijion d'un arlicle datif. Quand on lui demandait des nouvelles de son Marquis. — J'en suis excédée, et surtout pendant Il nuit, répondait-elle , mais j'espère bien quelemagnciisme mVn délivrera ! Elle avait entendu qu'on lui parlait de son rhume et non pas de son mari, tant elle avait été bien guérie par l'harmonica I ( Note de V Auteur. )

(2) Antoine Mesmer, qui se qualifiait premier médecin du Landgrave de Jlcsse cl de S. A. le prince de Reuss , est mort à Stcnilz en \H\ j, âgé de 82 ans. ( Note de rLdilcur. )

128 SOCVËNIRS

I/en(pnomcnt désordonné pour le magné avait ('16 la première aberration de ces têtes faites, et Ton a remarqué que presque tous lesp cipaux révolutionnaires avaient été Mesmérisles passionnés.

Il faut vous dire à présent comment le peuple de Paris ne resta pas en arrière des gens du monde fait d'enthousiasme pour les prodiges.

On ne savait ce que pouvaient devenir journellement tous les cochers, les palefreniers y les marmitons , les garçons de cuisine et surtout les laquais de 1.1 ville. On n'en pouvait garder à l'antichambre^ et quand on les envoyait quelque part , ils n'en revenaient point. Les maîtres d'h6tel en perdaient la léte; et comme la même chose arrivait dans presque foules les maisons, on avait fiui par en parler dans le monde, où personne ne savait à quoi cela pouvait tenir.

Il était arrivé d'Alsace un prodigieux médecin, qui guérissait toute espèce de maladies par la simple imposition d'une de ses mains. Il no recevait pas d'argent; mais il était convenu que les personnes qui pouvaient payer, donnaient quelque chose en s'en allant, et suivant leurs moyens, à une grosse fille qui se tenait toujours derrière la porte. Le peuple assurait que ce médecin distribuait aux pauvres du quartier l'argent qu'il avait reçu par ce moyen. Il avait été s'établir dans une maison de la rue des Moineaux , sur la butte Saint-Roch, et Giclait là que toute la livrée de Paris tenait ses assises. Les femmes du peuple y jouaient un grand rôle, et je vous assure qu'elles auraient mis en lambeaux

toute personne qui se serait permis de douter du pouvoir de ce charlatan. La inère de mon garçon d'office, par exemple, avait amené chez cet homme une de ses filles qui était boiteuse de naissance. Il lui toucha les hanches et lui ordonna de marcher sans béquilles. La boiteuse obéit et tomba sur le nez ; mais la mère s'écria que sa fille était une entétée qui ne voulait pas marcher comme tout le monde ; elle entra dans une furieuse colère , elle se mit à lui casser ses béquilles sur le dos, et pour que la malade pût s'en retourner , son frère fut obligé de lui en aller chercher une autre paire (de béquilles). Le médecin désapprouva l'emportement de cette bonne mère; mais tous les laquais et toutes ces femmes qui couvraient la butte, et qui virent la jeune fille s'en aller comme elle était venue, lui dirent que c'était sa faute, et peu s'en fallut que tout le monde ne la battit pour la punir de sa mauvaise volonté.

Vous imaginez bien que l'autorité fut révoltée de ce qu'il y avait un homme à Paris qui faisait muser les laquais et qui dérangeait les cuisiniers. C'était bien autre chose que les inconvéniens du magnétisme! Mais, pour écarter un soulèvement populaire, ce qu'on avait toujours grand soin d'éviter sous le gouvernement de nos rois, paternellement, et pour ne pas avoir à sévir contre le pauvre peuple de Paris, qui est la plus stupide engeance de la terre, et qui du reste est la plus atroce et la plus infâme canaille de l'univers, on se crut obligé d'user d'artifice : on fit déguiser des hommes du guet qui furent prier Je médecin de venir avec eux chez M°^« la Ma-

m SOUVENIRS

réchalc de Nonillcs qui voulait le consulter , et que SOS infirmités relenaient chez elle. On leraenacha un commissaire de police du quartier Saint-Denis, qui le fit monter dans une cariole et conduire a dix lieues do Paris, avec injonction de n'y rentrer jamais. On trouva chez lui près de vin{jt mille francs en petits écns , pièces de vingt-quatre et de douie sous, que M. le lienienanl de police ordonna de laisser a la disposition de la grosse fille.

Ce qui fil le plus grand honneur au magnétisme fui la mort du docteur Deslon , son second prophète. D'une constitution robuste, et âgé seulement de quarante ans, ce médecin supportait à lui tout seul , depuis Thégyre de Mesmer, toutes les fatigues de la superintendance et des opérations magnétiques. Il en avait supprimé Tharmonica , dont il ne savait ]>as jouer; mais il avait ajouté le somnambulisme au mesmerisme, et c'est un grand bénéGce. Duc somnambule , interrogée par lui sur une douleur qu'il éprouvait au creux de l'estomac, lui répondit ([u'elle y voyait une cause de mort certaine et prochaine; que c'était un point noir, exubérant et putresccnt. (La somnambule était une paysanne de Chatou). Elle ajouta que la grande quantité de fluide magnétique , que ce docteur absorbait cl qu'il dirigeait sur ses malades, avait rinconvénieut de lui corroder le système nerveux , de lui allumer la bile et de lui décomposer le sang , d'où venait qu'elle lui donnait le conseil de se baigner souvent et de ne magnétiser personne avant le retour du prinfemps, ni surtout pendant la canicule où Ton allait entrer. Celle fille ne lui laissa pas ignorer qu'il ne vivrait

toute personne qui se serait permis de douter du pouvoir de ce charlatan. La mère de mon garçon dWfice, par exemple, avait amené chez cet homme une de ses filles qui était boiteuse de naissance. Il lui toucha les hanches et lui ordonna de marcher sans béquilles. La boiteuse obéit et tomba sur le nez ; mais la mère s'écria que sa fille était une entétée qui ne voulait pas marcher comme tout le monde ; elle entra dans une furieuse colère , elle se mit à lui casser ses béquilles sur le dos, et pour que la malade pût s*en retourner , son frère fut obligé de lui en aller chercher une autre paire (de béquilles). Le médecin désapprouva Temportement de cette bonne mère; mais tous les laquais et toutes ces femmes qui couvraient la butte , et qui virent la jeune fille s'en aller comme elle était venue, lui dirent que c'était sa faute, et peu s'en fallut que tout le monde ne la battit pour la punir de sa mauvaise volonté.

Vous imaginez bien que l'autorité fut révoltée de ce qu'il y avait un homme à Paris qui faisait muser les laquais et qui dérangeait les cuisiniers. C'était bien autre chose que les inconvéniens du magnétisme! Mais, pour écarter un soulèvement populaire, ce qu'on avait toujours grand soin d'éviter sous le gouvernement de nos rois, paternellement, et pour ne pas avoir à sévir contre le pauvre peuple de Paris, qui est la plus stupide engeance de la terre, et qui du reste est la plus atroce et la plus infâme canaille de l'univers, on se crut obligé d'user d'artifice : on Gt déguiser des hommes du guet qui furent prier le médecin de venir avec eux chçz M"^^ la Ma-

i :) 2 SOUVENIRS

— On n'a jnu)is vu si bonne disposition. — Vi vivrez cent nns. — Si tous buvez davantage ne vous clmulTez pas, vous ne serez jamais malade.

Cette fille était âgée do trente-quatre ans; elle ne savait pas lire et n'était jamais sortie, jusque-là, de la basse-cour de M"*^ de Maupcou (la Chancelière). C'était la créature la plus simplement ingénue qui se puisse trouver. Quand elle était dans son état naturel, on n'aurait pu tirer d'elle une seule parole, ne dirai pas scientiGque , mais correctement prononcée , et du reste il est assez connu que M. de la IVIothe-le-Vayer ne pouvait regarder en plein jour par sa croisée sans éprouver des vertiges et sans fréniir> tandis qu'il allait courir toutes les nuits sur les toits de riiôtel de Maupeou , comme un chat maigre. Mais c'était par un effet du somnambulisme naturel, et reste à savoir comment le magnétisme a le pouvoir de provoquer et la propriété d'iitt/iser, comme disait M. Darcel, celte disposition phénoménale? Je ne vous en puis donner aucune explication : je n'en sais pas plus (|ue vous ; mais ne croyez pas que j'aie élé la dupe d'une comédienne.

Dans l'état présent du magnétisme, on a supprimé le baquet et les tiges métalliques; mais la croyance au iluide a survécu dans l'esprit de certains adeptes à la puissance de l'harmonica , et la plupart des magnétiseurs allribuent simplement Taction du magnétisme à l'action de la volonté. J*ai vu magnétiser M'"*^ de St.-Julien , M. de la Gorce, et M"** Lecanuis par M. de Puységur. M. de la Gorce, aussitôt qu'il fut touché, tomba dans le somnambulisme et parla comme un insensé , ce qui n'était certaine-

ment pas son habitude autrement que dans un pareil état de crise. M""^ de St.-Julien fondit en larmes et fit des sauts de carpe, avec des cris de chouette, et laM^*' Lecamusqui ne s'endormit pas , resta comme une bûche , à peu près dans son état naturel.

Le procédé du magnétiseur ne me sembla pas précisément scandaleux, comme on le prétendait; mais il me parut tout-à-fait dépourvu de bienséance. Il était assis devant ces dames , ses pieds touchant les leurs; ses regards enfoncés dans leurs yeux, en serrant fortement leurs genoux entre les siens : il leur tenait les mains appliquées dans les siennes, au grand ouvertes, avec les quatre pouces et les doigts majeurs en correspondance immédiate, a dessein d'influer sur le battement des artères à Funisson : c'est la raison qu'il en donnait, et voilà ce qu'on appelle se mettre m rapport. Ensuite le magnétiseur promena doucement ses mains, à partir de la tète aux pieds, sur toutes les parties du corps de ces dames, en ayant soin de s'arrêter pendant la valeur d'une minute à chaque articulation des membres, et lorsque le sujet magnétisé fut supposé par lui devoir être suffisamment pénétré de fluide , il administra ce qui s'appelle le magnétisme à grands cauranSy ce qui consiste dans un mouvement à distance opéré largement avec les deux mains ouvertes et les doigts écartés , laquelle action est dirigée de la tète aux pieds avec la plus grande accélération. Ceci produisit un même effet sur ces trois personnes^ dont les visages devinrent absolument décolorés, et qui prièrent le magnétiseur de s'arrêter parce que la plante des pieds leur brûlait. M. de la Gorce ajouta

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SÔUVl

i'ESffiS

que SCS jambes nlbicnl ^eliJer comme 4mx ffatgnUita. M. du Vaysigav y rent<i(tin fort flisénicnl en Im EouHIant sur la li^urc, i|iii icpril litiit iiiiii«il£l m cirnnLinn naturelle, l'iisuilu il odiuiiiistra (<! (]U'!i iijipeliiU dus ptiues en définitive, ai \e plus benii résultai lie la séance fut t1<: mu fiiim tuiiiber iam iiitc fltta> que i\e nerfs, la première et b deiitiéru qu«j'att éprouvée, depuis giiisaiilect seke ansq^ae j ut v^ui, jusqu'à présenl. M""' du SI, -Julien se trouva parfailement ijuérie d'un horrible mal du 141e. M. dolii Gnrce, tjui ne s'étuil fnil magnôlisor que |KirciirIosilé, n'en éprouva ni bien ni mal , ci.ceplé In tnntruriélÉ d'uvoir ballu lii campagne ca liî boono AiDpngnic ; enfin M™" Lccamus n'en fut pas g sourde, et vous conclurez de ceci tout cequ'fl plaira.

Je ne doufi3 pas que Mesmer ne fâl nn chârl et je pense que sa combina ismi du i>uquel, avec itt tringles de fer et son barmonlco, n'était querfu charlatanisme; mais je ne saurais douter delà lîlé d'un pii6nomËne appelle Magnélisota et Mesmer a dijcouverl l'exislonce.

J'en ai vu de prodi^rieux effets que je buis assurée d'.ivoir Ju^és fruidcmenl, s:)ns coniplaisnncr, et sans prévention ; mais l'ulititi du Magnéliame ne m'est pas démontrée , et son danger me paraît manifeste.

Je ne saurais nier que sur cerluins individus et dans certains ras, son efficacité puisse ayir saliitaîrement, en apparence ; muis j'ai remarqué que la plitpart des hommes étnient insensible!! à l'actioD du magnétisme, el j'ai connu gnuid noiubrddl

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femmes auxquelles il faisait toujours et dans tous les cas un mal affreux (4).

Je ne sais pas et je ne saurais savoir s'il est vrai que le magnétisme est un remède assuré dans toutes les maladies atonîques, et je ne dirai pas qu^il ne soit salutaire aux individus chétifs ou débilités ; mais ce que je sais fort bien, c^est que son emploi m'a paru très dangereux dans les maladies indammatoireSy et tellement dangereux qu'il a déterminé des morts Subites en pareil cas. Voilà ce que je vous garantis et dont je vous avertis.

Quant aux pliénoniènes du somnambulisme, je yous dirai qu'ils n'avaient rien d'incroyable pour moi, parce que j'avais passé mon enfance à ouïr parler de somnambules à Monlivilliers, où les Demoiselles d'IIoudetôt tracassaient toutes les nuits et sautaient quelquefois par les fenêtres afin d'aller grimper aux arbres, et nager dans les étangs du parc au cœur de riiiver.

La cadette écrivait comme un chat quand elle était réveillée; sa troisième sœur avait une fort belle écriture, mais lorsque la contagion du somnambulisme l'avait gagnée, et pendant que les autres étaient à Iulincr dans les bois, ladite sœur cadette, appelée M"^' d'Épronville, se mettait à l'ouvrage et faisait la besogne de tout le monde, en imitant si bien l'écriture de chacune de ses sœurs (à talons) que la maîtresse de classe et la propriétaire du cahier ne pouvaient plus recon-

naître la ligne d'écriture où l'on s'était arrêté la veille.

J'ui vu dans le bourg de St. -Fal, auprès du chJieau de M'"^ votre mère, une cataleptique, appelée M"° de Bourgneuf, qui passait huit mois de l'année couchée sur le dos sans manger, sans boire et sans faire aucune espèce de mouvement. Sa respiration n'était pas sensible à Foreille, et son expiration ne marquait pas sur le miroir. Elle se réveillait subilenieiit au bout de son accès; elle vivait pendant cent vingt et un jours à la manière de tout le monde, et retombait en catalepsie pour deux cent quarante et deux jours, bien comptés; co qui s'est exécuté périodiquement pendant sept années consécutives, et jusqu'à sa mort, arrivée le 4 octobre 4765.

J'ai vu la cataleptique de l'abbaye de Montmartre, et j'ai vu comme tout le monde, ou j'ai cru voir, au moins; car, en vérité, dans une vision pareille, il est permis de suspecter le témoignage de SCS propres yeux, de ses oreilles et de sa judiciaire humaine! J'ai cru voir, il m'a semblé, ou ne doute pas, et nous avons dû croire quo cette pensionnaire de Montmartre avait non pas /n, si vous voulez, mais aperçu, devant nous, les yeux fermés et par l'esiomac,\t3 contenu de deux lettres pliées, fermées et cachetées, que M. Bergasso venait d'écrire dans une autre chambre, sous la dictée de la Maréchale de Ségur et de la Comtesse de Yirieu qu'il n'avait jamais ni vues ni connues, auxquelles il n'avait jamais écrit, ni fait parler; et qui du reste n'auraient pas voulu se prêter à des

piperles dontcet lionoéte M. Bergasseétait ÎDcapablo pour son propre compte. On avait d^abord appliqué les deux billets cachetés sur la poitrine de la cataleptique; elle demanda qu'on les lui posât sur le creux de Testomac, Tun après Tautre ; elle commença par nous dire qu'il s'y trouvait une li{;ne absolument illisible, en conséquence d'une rature dont on n'avait pas eu la précaution d'étanchcr Tcncre avant du fermer un de ces billets, et ceci, dont on ne s'était pas aperçu, fut trouvé ponctuellement vrai lorsque nous ouvrîmes cette lettre. Nous fûmes témoins de plusieurs autres phénomènes dont on u «liesfté procès-verbal, et vous en trouverez la copu' dins mes papiers; mais les membres de la faculté jk INiris ne voulurent pas en entendre parler; ih: oiit i.'iijours pour les cataleptiques une abominatioii saiu \S|<ilit, attendu qu'ils ne savent qu'en din:, ci \:*\\.v '*n les docteurs ne doivent ignorer du v'ww.

Les phénomènes du maonétinnin ne Huni |« mu'tant pas moins avérés que ceux de Tétat ralalopiiquo et du somnambulisme, et ceux-ci n'ont d'autre avantage sur celui-là que d'avoir été connuH des naturalistes anciens, ce qui l'ait que les doctmirN modernes n'osent pas s'inscrire en faux contre la notoriété publique et sempiternelle. Mais la découverte du magnétisme est récente, el voilà pourquoi les savans proprement dils ne veulent pas convenir de sa réalité. Je ne parle ici que pour son existence et non pas en faveur de son utilité, prenez-y bien garde et résumons-nous. La plus grande partie des humains n'est pas accessible aux effets du magnétisme. L'application magnctiqire et di-

1 IS SOCVKMP.S DE I.A MAUQnSE DE CRËQIjT. rectc est plus souvent nuisible aux malades qu'elle ne leur ost salulaire. Tous les individus qui sont or{;nnisés de manière à recevoir Timpression du uia^jnélisme, ne sont pas susceptibles d'entrer en i'tat de somnambulisme. Tons les somnambules magnétiques ne parlent pas; tous ceux qui parlent ne sont pas clairvoyans : la plupart de ceux qui distinguent leur état avec lucidité, n'ont pas la même aptitude en faveur des autres malades; enfin les plus clairvoyans ne le sont pas toujours, et les somnambules qui font payer leurs consultations ne sont prcscpie jamais de bonne foi.

Le peu que je viens de vous dire au' sujet de ces trois phénomènes do la catalepsie, du somnanobulisme et du magnétisme , est tout ce que j'en sais; mais je suis persuadée que ceux qui vous en diront plus que moi n'en sauront pas davantage.

Il faut savoir ignorer, mon fils ; il faut s'y résigner humblement avec un sentiment de résolution soumise. Il faut dire à son intelligence humaine, ainsi que riLternclà l'Océan révolte: — a Tu n'iras I)as au-delà de ces rochers où j'ai marqué ta limite; ici tu briseras l'orgueil de tes flots. »

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