‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 30 sur 42 · VI. y · texte numérisé non relu

VI. y

« Admîrci comme il eit volant « An sein de cet autre élément I M Quel cœar, et snrtoat qaelle (été t « Rien ne l'émeut , rien ne l'arrête ; t Son rang , sei amis , ta moitié , « Ce héros foule tout aux pieds I

« Il peut aller dorénavant

« Tête levée , le nez au vent ;

« Il est , les preuves en sont claires j

« Fort au-dessus de ses affaires.

(c Ma foi , ce grand prince aujourd^haî

« Doit être bien content de lui I

« Mais soudain , quel revers , hclaa I

« Ne Tois-je pas mon prince en bas?

«. Comme il est fait , comme il se j^âme I .

« On dirait qu^il va rendre Pâme ;

fi L'âme! — allons donc, — c^estbienlecas^

« Peut-on rendre ce qu^on n'a pas ?

— Mon ami, disait M. de Lambesc à mon fils, c^est comme si tu chantais vôpres! Ce prince-là, vois-tu bien, remonterait plutôt dans un ballon que de retourner sur un navire, ou d'aller se placer devant la pointe d'une épéc. 11 a peur du fer et du feu, de Teau et du plomb; et comme il est connu pour un lâche, si lu t'acharnes à le faire dégainer, sachant bien que c'est impossible, on dira que c'est

ridicule et l'on se moquera de toi. On Va dit qu'il avait dit en parlant de toi : Ce misérable fou^ num ami le Chevalier Acton nen aurait fait quune bou^ chéel Comment, diable, vas-tu ruminer et songer creux sur un pareil propos d'un pareil homme? Renvoie-lui donc son épithète de rnsérablcy qui n'est qu'une bêtise à propos d'un homme de ta naissance, de ton caractère et de ton esprit, tandis qu'elle est pour un Aêronaute et pour un Vice** Amiral de son étoffe, un double soufflet à lui faire un masque, appliqué tout juste comme de cire! Il s'est servi du terme de foUy et pour ceci, laisse-moi te dire en bonne amitié que c'est une chose qu'il ne faudrait peut-être pas relever, après quinze mois d'une maladie comme la tienne?... On se rabattra sur ta réclusion pendant ce temps-là, sur le bruit public et sur des paroles échappées à tes médecins. Ce sera des explications désagréables pour toi, difficiles à donner pour nous, impossibles à tourner favorablement, peut-èlre? et tu peux bien compter que les Du Crest, La Touche et Sillery ne manqueront pas d'appuyer précisément là-dessus, en disant, pour t'embarrasser et nous aussi, que M. le Duc de Chartres avait proféré ce mot-là dans un sentiment de compassion, sans air de mépris, sans intention dénigrante, et autres fariboles, à quoi tu ne sauras que répondre. A présent, mon cher ami, rappelle^ toi que la Duchesse de Chartres est la fille de M. de Penthièvre qui est au supplice, et que ta mère est au désespoir de tes violences qui ne sauraient aboutir è rien, si ce n'est à vouloir afficher que le gendre d'un

prince, un homme exquis, lequel a ponr toi des entrailles de père, est un impudent bayard, un coquin sans courage et sans vergogne, ce que tout le monde savait déjà. Jusqu'à présent, mon ami, nous avons renfermé la chose entre nous pour en écarter le pablic, et pour éviter les caquets de Paris; mais on en parlait hier à Versailles, et si le père d'Orléans s'en mêle, il est à prévoir que le Roi ne te donnera pas raison. Je sais bien qu'il eiècre et méprise le Duc de Chartres; mais ce sera pour la satisfaction des autres princes du sang, et pour Thonneur de la maison royale. Enfin, souviens-toi bien de ce que je t'assure aujourd'hui : si tu ne laisses pas ces honorables gens du Palais-Royal essuyer tranquillement toutes les saletés que tu leur as jetées à la figure, on dira que tu fais le bravache, et Ton aura soin d'ajouter avec perfidie que tu n'es peut-être pas tout-à-fait revenu dans ton bon sens. Voilà ce qui te menace à mon avis, et ce que j'ose te dire est la plus forte preuve de bonne amité que je puisse te donner.

Votre pauvre père en eut encore une indisposition capitale. M. le Duc de Penthièvre avait obtenu de son gendre un acte de désaveu ; mais cette déclaration parut à mon fils (qui savait à quoi s'en tenir) si lâchement hypocrite et siplatement rédigée, qu'il en éprouva subitement un horrible accès de colère et de mépris ; les tristes effets de cette émotion se prolongèrent pendant cinq ou six mois. Si je me décide à vous laisser quelques instructions sur un si triste sujet, mon cher petit-fils, c'est afin qu'elles ne vous parviennent pas d'une manière in-

fidèle, c'est à contre-cœur et les larmes aux yeux ; mais je sais bien ce que je fais (4 )

{\ ) En respectant le sentiment qui porte Pauteur è s'exprimer sur un sujet aussi pénible avec une circonspection maternelle, on croit pouvoir ajouter que , depuis celte maladie , M^c de Crcquy n^a presque jamais cessé d'éprouver des chafjrins ou des inquiétudes à Fégard de son fils. ( Note de VÉditeur. )

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