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us SOUVBaOBS
Léonard (pour le disti&gaer de aon irèn bCfailier, dont l'emploi se bornait & coapér la chem); M. Léonard s'était vanté de coiffer la DaclMMi Luynes, qui n'y regardait guères, aveeuna^ai chemises, et ce fut la bonne M"* Thîbaidt, de chambre de la Reine, qui fat chargée d'ea nir la permission de Sa Majesté. Cetlii jesne li» cesse en accorda licence, à condition que aa Dw du Palais le permettrait ou ne pourrait a'^an Êfum voir, et M*"* de Luynes arriva coiffée., aamifa douter le moins du monde, avec allé chamiia^ batiste ; ( heureusement que la Cour était aa MU| Ce tour de force eut un succès prodigieux, at M^^h Vicomtesse de Laval se montra, deax ou trois jiM après, avec un naperon damassé sur la téleataih i^pouf, ce qui fut trouvé d'una fbli^i toiii44É charmante I
Demandez à ma nièce de Matignon a'il n'ait pu vrai qu'elle se soit fait coiffer, en l'année 4785, àh jardinièrey avec une serviette bise ( à litteaux ronp^ dans laquelle M. Léonard avait artiatement toriil* lonné un jeune artichaud , une tête de brocoli vwt» une jolie carotte et quelques petites raves?
Dondon Picot en fut si charmée, qu'elle ae miti crier : — Je ne veux plus porter autre chose qas des légumes ! cela a l'air si simpUy des légumea I c'est plus naturel que des fleurs 1(1)
(1) Dondon Picot était un surnom donné par les aotenn dci Actes des Apôtres et du Petit Gavtier , journaui arisioerakt à Mme la Comtesse Charles de Lameth, riche créole doel le nom de famille était Picot de CLéteau-Morand.
( NoU iQ VÉmm-. )
DE LA MARQUISE DE CRÉQUY. 2i0
C'était donc le plus naturel et le plus simple qui était devenu le plus à la mode. On voyait des femmes et des maris qui s'embrassaient; on enten* dait des frères et des sœurs qui se tutoyaient : les Dames ne se reconduisaient plus entre elles et ne se avaient plus pour se saluer. On disait des femmes nu lieu des Dames, et les hommes de la cour au lieu des Seigneurs, On invitait à souper en péle-méle avec les plus grandes Dames, des femmes de finance, et par exemple une petite M™^ de Favantine, qui se précipitait dans les salles à manger, en rudoyant et coudoyant la Baronne de Montmorency et la Princesse de Léon , la Comtesse de la Chétre et la Duchesse d'Agenois , lesquelles ne s'aimaient guère et se donnaient toujours le bras, parce que de Tunion tient la force, apparemment? On se plaçait a table comme on Tentendait ; chacun tranchait à sa guise et mangeait à son gré de ce qu'il avait devant soi ; enfin, toute chose était devenue d'une simplicité si naturelle , que la Princesse Victor de Broglie s'était brûlée cruellement, et qu'elle avait failli s'estropier, en voulant détacher avec ses ongles une aile de perdrix qui se trouva trop chaude (4). Votre tante de Clermont-Tonnerre ne manquait jamais de retour-
(4 ) Sophie-Rose de Rozen, alors belle-fille da Maréchal de Broglie, et femme en deuxièmes noces de M. René-Marc deVoyer de Paulmy, ci-devant Marquis d'Ârgenson , lequel est aujourd'hui secrétaire de la Société des Droits de VHomme. M. le Duc de Broglie , notabilité doctrinaire est le iils de Mme d^Argenson et du Citoyen Victor Broglie , son premier mari.
{Note de VÉditeuiK^
ner la salade avec ses doigts y et qaund elle t donner, après souper, de petits soufflets à son t nislas { les prénoms ont toujours été beaucoup ] simples que les noms de famille, et bien autreoc naturels que les titres)! on entendait le mari qui lui disait amoureusement et délicieusement: —0 Tappétissante amie de mon cœur! quelle od bon poivre, de fines herbes et d'excellent y! ie à Testragon ! tes jolies petites mains sont à croquer (>§)!
Le temps des singularités grandioses et des originalités piquantes était passé. La bizarrerie qui ■ montrait sous toutes les formes était sans esprit, sans élévation, sans bonne foi, l'on pourrait dire, et par conséquent sans grâce naturelle et sans agrément. Comme la bizarrerie était devenue pi s générale, elle était dépourvue d'intérêt et deçà site pour les autres. Personne ne ressemblait an mais on se montrait dégingandé, dépenaillé, lisiblement égoïste, etc. , sans paraître original, i Ton voyait pointer quelque ridicule hors de niv qui se détachait sur cet horizon de maussaderie terne et mesquine, c'était â grand'peine. Je v* parlerai néanmoins de la famille de Villiers, à la-
(4) On doit supposer qu^il est question de la ferame d> Comte Stanislas de ClermonUTonnerre , née de Rosiëres-Sono. et depuis Marquise de Talaru , laquelle était cousiae^ermaîiie de M"ne de Créquy , née du Muy et belIe-filLe de raaienr. Madame de Talaru est morte à Paris en -1852 , en y laissant tous les souvenirs et tous les regels qui peuvent résulter d^nn esprit distingué, d'une âme élevée^ d'un excellent cceur et do caractère le plus généreux. (Note de VÉdUeur,)
quelle aucune autre ne pouvait être comparée pour l'extravagance.
C'était la famille du monde la plus mal organisée pour rélocution , et c'était une famille où tout le monde parlait toujours. La maman grasseyait en nasillant, le papa susseyait et bégayait, le fils aî;ié bredouillait, et sa sœur ainée bégayait et susseyait ien zézéyant pour faire la jolie mignonne. Il y avait toujours dans un coin de leur salle une petite soeur qui était sourde et muette, à ce que disaient les autres, et qui n'en faisait pas moins un sabbat continuel avec des bruits étranges et des cris de sauvage.
Il est bon de vous dire à présent que M"^ la Marquise était une fille de finance, et que sa grand'mère était la nièce et Théritière d'un riche dentiste ^ appelé Duval-Camus ; mais comme de Bièvre avait dit que la fortune de cette grand'mère avait fait crier tout Paris y on ne la rencontrait jamais à l'hôtel de Villiers. Cette petite Marquise à prétentions était une camuse un peu mal envisagée^ disait le Maréchal de Brissac, et du reste elle était informe , difforme et si courtement replète, qu'elle avait l'air d'un melon sur une borne. Je vous assure que la première fois que M™® de Coigny répéta cette ingénieuse hyperbole ( de mon invention ) , elle en remboursa force complimens qu'elle a soigneusement gardés pour elle , et je l'en tiens quitte. Ce que je vous dirai du caractère et des habitudes de M. le Marquis , c'est qu'il ne parlait jamais que de ses petites affaires, et toutes les fois que l'occasion s'en présentait, il se faisait conduire à l'hôtel des postes en
irt SOUVENIRS
carrosse dore, poar y réclamer contre la surtaxe d'une lettre. C'était quelquefois pour une erreur de six liards ; et ce n'était pas du tout qu'il fût un ladre, mais c'est qu'il était un véritable cognefétu (i). M. le Baron, son ûls aîné, mettait du rouge et se balançait à Tcscarpolettc , quoiqu'il approchât de la quarantaine ; enfin , le jeune frère du Baron, M. le Chevalier, qui faisait les délices et l'espoir de la famille, était un brise-cœur, un matamore, un ramassc-ton-bras , qui avait la beauté, la tournure et la rhétorique d'un tambour-major. Je me souviens qu'il aurait voulu se battre en duel avec Lnnznn, purcc qu'un jour, étant acharné pour assommer un pauvre chien qui l'avait éclaboussé dans la rue de Grenelle, en face de chez moi, Lauzun lui dit , en passant, avec un air emphatique et passionné, ces vers de Didon :
ff Tu suoas , en naissant , le lait d^une tigrepsc , « Non , cruel , tu n^es point le Cls d'une déesse I
Il arriva qu'un jour chacun se demanda pourquoi tout Paris avait reçu des invitations pour une grande soirée chez la Marquise de Villiers? C'était pour entendre de la musique, et tout lemondey futavecla persuasion quece serait uneétrangeaffaire. On apprit en arrivant qu'il était question d'un concert vocal.
(4) Brandelis-Armand-Jacques de Villiers , des Sires de Tlle- Adain, Marquis de Saint-Georges et premier Châtelain da Câlinais, Commandeur des Ordres de N.-D. du Mont-Carmel et Saint Lazare , etc. j mort à Coblenlz en t70l . {Note de l'Àut,)
et que toutes les personnes de la famille deyaient y faire leur parlie. Jugez Tagréable surprise!... On se forine en cercle, et c'était un maniaque appelé M. Dupont qui devait diriger toutes ces belles voix. — Monseigneur, Mesdames et Messieurs, commença par dire M. Dupont, en faisant une inclination profonde à M. le prince de Conty , vous allez entendre une cantate imitée du chant naturel au Rossignol; j'ose me flatter d'avoir eu le bonheur de récrire et de l'accentuer sous la dictée de la nature; et puis voilà tous ces aimables enfans de la maison qui se mettent à chanter en fausset :
Ti-ô-ou , ti-ô-ou , ti-ô-ou ,
Spé tiouz^cou-à.
Goa-orror-pipi ;
Ti-Ô , ti-ô , ti-ô , ti-ô-tixe î
Cou-ciè , cou-cib , cou-cio I
Z'cou-ô , z'cou-ô , z'cou-ô;
rzijt'sijt'si
Gurror-tiou ! 7,^quonâ-pipi , coui !
C'est ainsi qu'on nous la donna bien imprimée sur papier couleur de rose , la cantate ornithologique et philomélique de M. Dupont de Nemours; figurezvous, si vous pouvez, les foux-rîres, en entendant chanter sept à huit romances telles que celles-ci par une pareille couvée de rossignols?
Parmi les choses les plus ridicules de la même époque, il ne faut pas que j'oublie de vous rapporter une autre chanson que M"^ Necker avait composée pour la convalescence de sa mère, et qu'on
5ît snnvEKitts
;ivait occucillio dans lu furaillc et la :
Necker uvcc une approbation flatteuse. L'a*
ment de CCS gens-là passait toute crof nnc«, et M
monlnl élnil obligé de couveoir que les ven 4
M"'' et de M. Necker auraient été liien i
plau s'il [l'avait pas accepté la L'0(Dmîssii>n de l« I
toniger. Voici donc celle belle poésie, corrige di i
uiicux possible, et dites-iooisi l'vii^mitimcntell'li- I
niiration do ces Necker Ibs uii» pour Im sottes dV 1
mit pas tous les caraclËresde l'iniqujià?
Air , Je suU Undor, ma naiitantf en a
Moi i|ui [piûlaii la vie avec J^lire , Uuua uu itisUnt j'ai connu Ir nmltiviir. IJrlIe tnoman , U'inoin de La d<>iiluiir. J'ai dit ; Pour moi la vie rat nii ■aiiiilîfi!
En me donnant lu plus digne drs mkttt , Ciel , lu in'oE fait le |il<i9 beau do pr<!4Mt(,
Dui^ae veiller sur ses jouri i>icnfaitalia , Uu tel fnveurs me seront trop miH'rr].
Oui , je crains moins la dciul«ar pur iiioi-m^me . A Lniis ECS Iruits JH sttis prHe li m'iiffrir i Les plus grands maux c'ett mux qu'on voîl touSttiv A des pareni qu'on révère ut iju'on (imc.
De mille niaui l'oiinim UDmaocoiiipigaai Mais sont-ils faits pour un Aire Bcroinptl "^ Ail t d'un cbjvt de vertus si rempli Que h iintii luit toujours la courpif;!)*;'
Dans le village on nous dit qu elle habite , £t qu'elle suit toujours Pubscurité.
De la nature eu sa simplicité , Jamais maman n'a passé la limite.
Des purs esprits l'essence est impassible y Ma mère a droit h cet heureux destin.
Ciel! n'as-tu pas réuni dans son sein Un esprit pur avec un cœur sensible!
Les dieux , touchés de mon humble prière , Ont fait cesser le mal qui m'accablait Dans ce moment , hélas ! il me semblait Qu'un jour nouveau me rendait la Inmicre.
J'ai reconnu combien mon âme est tendre ^ A quelque chose ainsi malheur est bon.
Dieu 1 gardez-moi de pareille leçon , Je n'aurais pas la force de la prendre.
Couplet ajouté par M, Necker,
De mon papa voyez Tamour extrême :
Rien , m'a-t-il dit, ne peut vous désunir. Un seul instant pourrait tout me ravir; Ah ! par pitié , prenez soin de vous-même.
— Mais, Bonne-maman, ne pourrait-on pas trouver un peu d'injustice et de prévention défavorable
— Ah! vous croyez pouvoir me soupçonner, et
71G SflL'VKMKS
VOUS lirciH'z les airs de me contrôler, monsieur mon petit-fils ! vous yduIcz dire, apparemment, que ces coupU'ls soDl de M''' Nci:kcr et (|ue ce ne sont pas des vers de M""' de SinOl. lin \oulez-vous, des vers de M"'' df StdrI ? Jùi voulez-^ons i|u*ellc avait com* poiiés lon{;-temps apri's son niiiri:i^re, et qui furent aa'iii*illis diins .-^a cnlcrie du (Contrôle avec un transport (r.idrnirution iioni|)iireille? l^coulez cette chan^ son vompo^if par .U'""^ la liaronne de Staël pour M, l'iMv liartlu'hm}/ , et chaulée par elle à fin dm soupi'iy à l'hàld lin Conlrnlc^Gniual. Klle est sur Tiiir : Avec 1rs jeux dam le villat/e; j'aurai soin d'y ni;ir(|uer les lus afin que vous puissiez la retenir par cœur avec plus d'aisanie, et j'espère que vous aurez raniabilité de nous la chanter souvent?
Dans le; cbainps heureux de l.i (jii'cc Vous qui savi'z iiic trau5p)rler, Aux vaille cssiiis de ma jpuncsio Votrf esprit prut-il s'nrrt'ier !
KsUlle à vos veux une exrii«o?
I^st-eo à vous ('oii){itcr les ans ?
Trilmtaircs de vulre nuise, Tous les siècles vous sont présens. (Bis.)
Si vous avez de Pindulgcncc
Pour un sexe souvent flaltô,
Craignez-vous que Sapho s'offense
De ce mouvement de bonté.
Je ne sais si nous devons croire
Que son talent était parfait,
Mais j'aime à souscrire a sa gloire
Quaud vous couronnez son portraif. (OiV.)
A vous vanter chacun s'empresse Dans des vers qu^on fait de son mieux ; Louer le peintre de la Grèce Me semble trop audacieux.
De celte Athène qu^on révère , Vous seul avez su rapporter La lyre d'or du vieil Homère j Donnez-moi la pour vous chanter. {Bis) {i).
Je vous parlerai présentement du ménage Cossé dont les ridicules étaient également hors de ligne.
Il y avait eu par le monde une vieille sœur de la Princesse de Rochefort, qui était Chanoinesse, et qui se faisait appeler la Comtesse Zéphyre de Botbeliii; je vous dirai sans témérité qu'elle était contrefaite comme un sac de noix. Elle épousa tout d'un trait le Comte de Cossé, qui passait pour un veuf inconsih' lable, et qui, du reste, n'était pas moins ridicule et mieux bâti que sa charmante Zéphyre. C'est encore, au moment où je vous écris, un couple sufGsant, prétentieux , amoureux et sémillant , passée la soixantaine. Représentez-vous d'abord une petite bossue dont la parure est toujours pimpante^ à côté d'un grand bossu> noir et maigre, vide et flasque.
(^ ) Avis de VÉditeur» Nous n'avons pu nons décider à re* trancher la citation de ces deux morceaux de poésie composés par Mine de Staël , attendu qu'ils n'ont été publiés dans aucune édition de ses œuvres. On pourra vérifier l'exactitude de cet mêmes citations à la page 56 du quatrième volume, et la page 52 du tome cinquième des Lettres de Grimm , qui les envoie soigneusement et qui les recommande à ses correspond ans couronnés comme s'ils étalât des chefs-d'œuvres d'éloquence et d'élégance française.
et qui s'écoute parler du haut du nex. Ils parlent ordinairement tous les deux ensemble, et c'est avec le niOme son de voix, de ces voix obtuses et maussadément obstruées, comme si Ton était enrhubé tu cerfeau. Quand ils ne parlent pas cuisine , assignats ou tiers consolidé, et ceci n'arrive pas souvent, c'est pour se faire valoir l'un par Tautre qu^ils vous parlent l'un de l'autre, et c'est pour vous réciter toutes les pelles chausses qu'ils se sont tites. Par exemple, ]\{mu ^Q Cossé vous expliquera comment son mari disait un jour à propos de la révolution, que c'était un orage dévastateur^ et la voilà qui s'extasie d'admiration ! Mais pendant ce temps-là, M. de Cossé racontait à son voisin comme quoi M""® la Comtesse Zéphyre d'Orléans-Rothelin avait dit, long-temps avant leur mariage (et long-temps après Voltaire), qu'une traduction n'est jamais que le revers d'une tapisserie : Il se transporte, il en éclate, il en trépigne, il se pâme! Quand on a le malheur de les avoir a dîner chez soi, ils commencent par regarder sur la table, et se concerter à voix basse avant de s'asseoir, et je vous assure que c'est avec un air affairé , scrutateur et sévère. Ensuite, ils se recommandent ou s'interdisent les plats qui sont à leur portée, en motivant leurs jugemens et se parlant d'un bout de la table à Tautre.
— Mon Dieu ! Monsieur de Cossé , ne mangez donc pas du saumon, vous savez bien qu'il ne vous réussit pas I
— Ma toujours bonne, aimable et attentive, lui riposte son bossu, qui lui fait des mines de /!(/éfe berger, je vous rends cent mille grâces ! et il renonce
à manger sa tranche de saumon, qu'il renyoie d'un air de résignation sublime.
— Allez vite me chercher l'assiette de M. de Cossé, dit-elle brusquement à son laquais. — Vous savez bien, lui crie-t-elle de l'autre bout de la table, avec un accent d'effroi courroucé, vous savez bien que le docteur Gastaldi vous a prescrit l'usage des toniques! Des toniques, mon ami, des toniques. — Allez reporter cela à M. de Cossé, et elle lui renvoie ce qu'il avait entrepris de manger sans épice ; mais c'est après avoir eu la précaution d'y semer une forte pincée de gros poivre.
— On n'a jamais été plus bonne et plus sensiblement soigneuse! Mangez de ces mousserons, Comtesse , lui crie-t-il en jetant sur elle un œil attendri , c'est moi qui vous en prie !.... Ils sont au blond de veau , c'est moi qui vous en réponds ! Mangez de ces mousserons , chère et précieuse amie !....
— Qu'est-ce que dit M. de Cossé? demanda-telle , attendu qu'elle est très sourde.
— Je ne vous dirai pas , Madame , je n'ai pas entendu....
— Comment n'écoutez- vous pas ce que dit M. de Cossé? reprend-elle avec un ton de reproche et d'aigreur.
Je me souviendrai toujours qu'un soir de carnaval, a souper chez M"® de Guémenée, celle-ci proposa des petits pois à son voisin le Cardinal de Montmorency, Grand-Aumônier de France et grand ami de la bonne chère. — Avec plaisir, dit-il en chaffriolant. On va chercher des petits pois, mais
le maître d'hôtel Tient dire k la Pr
avait placés devant M. le Comte do i
a pas laissé du tout. M°*^ de 6uéiii< « !
assiette , et voit sur le meDa du sou r
s'y trouver deux casseroles de petits
d'hôtel recommence sa tournée , et
dire a sa maîtresse que M'°® de ( se a
autres ù elle toute seule : de sorte qu'ils a^
glouti pour six cents francs de petits pois ,
deux , sans compter les truffes blanches I »
dont ils avaient fait, comme on dit,
vide (\).
Une inconcevable folie de ce temps-là , c manière de nourrir ses enfans. D'à n i mençait par les allaiter soi-même; on n ait i mauvais lait à leur donner, et même n'i pas du tout; mais c'était égal: — à la Je^ Ji I Vous pensez bien que tous les enfans là n'étaient pas assez résolument constitués résister ù une nourriture insuffisante ou i qi chétive; il en mourait les deux tiers i la i i et le surplus n'en échappait que pour a m r d'étisie après dix-huit ou vingt années de s< continuelle et de consomption. Mesdan ^
d'Estaing , de Lusignan et de Gou( , s'i i<
(4) M. le Comte de Gossé-Brissac , S^natenr de FErapire et membre de la icgiou-d^honneur , avait fini par être dumbcUas de Mme Buonaparte la mcre, (]ui ne TappeUU et ne puhil jamais de lui sans estropier son nom. — Ganova , disait-il avec nn accent d^irrilation très divertissant , Ganova n^est pat digne du nom d'artiste et de statuaire I Ganova n'est qu'on minœanv..- Il a vieilli , MADAME Merf, I t( a vieilli, MADAME ! 1 I
opiniâtrées à nourrir leurs poupons , attendu que Je lait et la sollicitude d'une mère ne sauraient être
[placés par le lait et les soins d'une mercenaire , etc. Ce qu'il en est arrivé , c'est que leurs héritiers sont allés ad patres, ainsi qu'on aurait dû le pressentir avec de pareilles nourrices. La soUici^ tude maternelle de ces Dames ne s'étant exercée que sur leurs garçons , il ne leur est resté que des filles , et quand M. de Gouffier rencontrait chez moi Jean- Jacques Rousseau , il ne manquait pas de me dire: — ' C'est pourtant grâce a lui que ma maison va se trouver éteinte, vilain songe-creux! — Mais mon Dieu , Madame , qu'est-ce que c'est donc que la maison de Gouffier, me demanda-t-il ensuite (Jean- Jacques). Avez-vous jamais ouï parler de l'Amiral de Bonnivet? — Sans aucun doute. — N'avez-vous rien lu sur les Ducs de Roannez? — Voilà par exemple une famille dont je ne sais rien du tout. — Eh bien, lisez l'Histoire de France avant de faire des livres sur l'éducation. A la place du Marquis de Gouffier, je vous étranglerais !
Une autre imagination folle, où Jean-Jacquee Rousseau n'était pour rien, c'était celle d'empêcher les enfans de manger à leur appétit , laquelle sottise avait succédé à celles de Mesdames de Blot , de Monaco, de Yalbelle et tutte quante, lesquelles avaient entrepris de ne pas manger pour leur propre compte. On empêchait donc les pauvres enfans de manger de la bonne soupe et de la viande, à dessein de ne leur introduire dans le sang et les humeurs aucun élément de putridité. On les privait de manger du fruit à cause des vers ; point de confitures , à cause