‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 39 sur 42 · SOUVENUS · texte numérisé non relu

SOUVENUS

delà poitrine etde la terreur des acides; jai boisson que de Teau panée; c'est excellent pour ta trailles ; et jamais de pâtisseries , ce qui va s i à cause de Testomac. On les nourrissait a la et la bouillie de gruau pour les bons repas, * on leur donnait pour le goûter ainsi qu'au déjeûj du coliGchet emmiotté dans du lait écrémé, • on aurait fait pour élever des.8erin8 jaunes à chette. Le Marquis de Villeneuve de Trans di que sa femme avait une perruche à qui l'on < bien autrement à manger qu'à ces quatre en Comme tous les cnfans mouraient de faim , raient toute la journée. Ils en devenaient vo u menteurs : et même il y avait des garçons qui saient par se révolter. Les trois Béthune et 1 seul s'étaient confédérés pour escalader je ne combien de murailles afln d'aller dévaster pei la nuit, TofGee et le garde-manger de la Ducli de Sully, leur grand'mère ; mais la situation petites filles était la plus lamentable, et co elles n'avaient pas la ressource et l'occi i pouvoir voler commodément des croûtes de i des fruits verts et des carottes crues, les plus al< et les plus délerminces s'en prenaient à la pétéi chat.

Le petit de Saint-Mauris et sa sœur qui est jourd'liui M'-^" de Nassau (\) , n'avaient pas e rougeole qui venait d'éclater à Versailles ; la F

{\) Marie-Maxiiiiilienne de Saiai-Maurit de Montbaref riéc efH770, nu l'riiirii llfnry do Nassau , Cointo de Saari e(S»>irvv<.'rdc" ** A s '■>•* pncorp vivautt*. (Aole de i'jb^dil

cesse de Montbarrey s'en tourmentait outre mesure, et je lui fis dire par votre père d'envoyer ses deux enfans chez moi, rue de Grenelle, où je les ferais loger en bonne exposition du plein midi.

On me les amène, et comme ils avaient les lèvres tachées de noir, de vert, de violet, de gros rouge et autres barbouillages incompréhensibles , je m'insinuai dans leur confiance, et j'en appris quMIs n'avaient fait autre chose que manger depuis Versailles jusqu'à Paris, des pains à cacheter dont ils avaient rempli leurs pochettes. La petite fille disait en pleurant qu'il ne fallait pas les dénoncer, parce qu'on les ferait mourir pour avoir été voler les pains à cacheter du Roi , dans un arrière-cabinet de leur père où les secrétaires de ce Ministre avaient leurs fournitures de bureau.

Ils étaient affamés et maigres comme des chacals: — Attendez donc, leur dis-je, et je commençai par faire donner à chacun d'eux une pleine jatte de soupe au riz. Ensuite on leur servit, et méthodiquement pendant six semaines, un bon potage à déjeuner, et pour le second repas , des côtelettes grillées ou des pigeons étuvés à l'orge, des légumes au bouillon, delà compote; quelquefois des tartelettes en pâtisserie brisée, mais non pas feuilletée y ce qui va sans dire. On les faisait goûter avec des fruits, des tartines déconfitures, ou du laitage, et leur souper consistait régulièrement dans un beau poulet rôti (dont ils ne mangeaient que les ailes), lequel était flanqué d'un plat de chicorée, d'épinards ou de laitues bien cuites, et lequel était accosté d'un compotier de bons pruneaux d'Agen, aiguisés.

comme on dit a TofOce, avec un pea de t laga, pour les faire dormir. Je les faisaU Di avec de Teau de veau, tous les matins , et de aux pieds ; on les baignait tous les sami b i Dauphine (^ ) i et puis tous les quinze jours i eicellente petite médecine noire > avec du tai i bien acide et de la bonne manne en larmes, quelques follicules de séné, un grain de soufrei un Ixnh quet de cerfeuil, une pincée de rhubarbe, un scnpuled'aloès, un soupçon dejalap, enfin delathériaque de Venise et de Télectuaire de kinorodon, le tout infusé dans de la tisane d'absinthe. Mais il doit vous en souvenir de mes bonnes petites mi* decines, et je suis sûre que Feau vous en yient a il bouclie? est-il friand!

S'ils avaient trouvé des pains à cacheter dans met cabinets, ce qui n'était guère possible à cause de mes belles manières, je vous assure quMIs n'auraient pas eu la tentation de les dérober pour les manger. A la suite de ce régime nouveau pour eus et qui était l'ancien régime pour moi , ils engraissèrent, ils s'égayèrent et s'embellirent; ils derinrent ploi doux, plus confians, plus véridiques, et lorsque la Princesse ou le Prince de Montbnrrcy venaient les voir, ils ne s'y reconnaissaient plus. — Comment, disaient-ils , nos enfans mangent tout ce qu'ils veu-

(I ) CVst-à*(lirc dans une (Iccoclioo de serpolet , de feuillet de laurier, de Ihyin sauva{;e et de marjolaine , où l'on doit ajouter un peu de sel marin. Fatjon prescrivait de Taire prendre cet bains froids en hiver et licdes en été , aGn dViablir autant d'accord que possible entre la sensibilité de IVpidermc et la température. ( .Vofe de VÀuteur, )

lent et n'en sont pas malades? ils sont devenui prodigieusement raisonnables !

Les enfans qu'on fait manger dans leurs chambres et qu'on laisse manger à leur appétit, ne sont jamais gourmands. C'est la moralité de mon historiette.

Si j'avais Gni ce long article sans avoir parlé du Marquis de Laval , on pourrait dire qu'il manque quelque chose ù ce chapitre de mes souvenirs, et Yous pourriez supposer que je ne l'ai pas terminé consciencieusement. Je vous dirai donc que le Marquis, depuis Duc de Laval , était censé le remplaçant de l'ancien Ëvèque de Lisieux (M. de Matignon), pour le monopole du ridicule avec privilège. Mais pour mon propre compte et dans Fopinion des personnes d'esprit, il se trouvait entre l'Évéqueetle Marquis une différence énorme, attendu que si ce dernier disait quelquefois des choses étran-' ges , il ne faisait jamais de bévues, et des bêtises encore moins. Il a toujours été l'homme du monde le plus honorable pour le caractère , le plus estimé pour le courage , et le plus délicatement sévère en fait de probité. Il a toujours été pleinement et hautement considéré pour sa loyauté politique et sa véracité scrupuleuse ; et du reste , il est tellement obligeant , soigneux et attachant par ses procédés , qu'il a toujours conservé de nombreux amis. C'est un homme d'un sens naturellement droit et si nettement judicieux , qu'il a pour toutes les choses de calcul , et notamment pour les jeux de commerce , une aptitude incomparable. J'ai toujours pensé que toutes les étrangetés qu'on lui prêtait n'étaient

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pas de 8011 produit; mais comme il a le singulier défaut de ne jamais prendre garde aux mots dont il se sert, il ne m'a jamais paru surprenant qu'il eût dit ce qu'on pourrait appeler sottement une bêtise. C'est une sorte d'infirmité qui provient de son indifTérence pour les paroles , et qui tient souvent à sa préoccupation d'une chose absente. Il en résulte quelquefois des coq-à-l'àne et des amphigouris dont on l'amène incontinent à se divertir lui-même; mais pour en conclure qu'il est ejusdem farinœ que M. de Lisieux, il faut être absolument dépourvu de jugement et d'esprit.

Je ne sais s'il a jamais véritablement parlé d'une lettre anonyme, signée par tous les officiers de son régiment, ni des quatre coins de la cour ovale de Fontainebleau? Je ne sais s'il a jamais dit en parlant de sa belle-sœur, qu'elle avait des yeux comme une culotte de velours noir? (\) mais ce que je sais très bien , c'est qu'il disait quelquefois des choses très fines, et que certains individus s'attachaient particulièrement à les tourner en preuve assurée de son manque de jugement et d'esprit. On aurait dit que les sottes gens s'opiniatraient à le retenir dans

(4 ) M. le Baron Mounier , membre de la chambre des Pairs , a la chariU> de montrer à tout le monde une lettre autographe et signée d^un Ambassadeur de France à Vienne dans laquelle on voit la phrase suivante : — « Je rat* mettre les fers au feu « pour leur tirer les vers du nés et pour découvrir ce qu'ils « ont dans le ventre. » Si l'on concluait de celte trilogie de métaphores incohérentes que cet Ambassadeur français était dépourvu d^esprit , de talent et de capacité diplomatique , on aurait grand tort I ( Note de l'Éditeur,)

DE LA MARQUISE DE CRÉQUY. ni

leur catégorie. Je vais vous conter son aventure avec Maréchal-de-Bièvres.

C'était chez M'"® de Castellane, au chdteau de Lucien nés et tout auprès de Paris. Le seigneur de Bièvres arrive et trouve au milieu de cinq à six personnes , un grand monsieur qu'il ne connaissait pas ; il avait des talons rouges et des plumets blancs; c'était visiblement un homme de la Cour , et le petit Maréchal à la nrécaution de se tenir dans la réserve, ainsi qu'il était de convenance et d'usage pour lui. {\)

Voilà que M>>^ de Castellane se mit à nous parler d'un ajustement nouveau qui s'appelait à Vinnocence reconnue; lequel ajusteoient consistait dans une sorte de caraco taillé sur le patron du gros casaquin d'une paysanne de Normandie qu'on avait acquittée trois fois de suite après l'avoir condamnée pour vol domestique. Ce serait une histoire de servante à n'en pas finir.

— A l'innocence reconnue? dit le grand monsieur; j'aimerais mieux qu'on dise à la savante justifiée.... Et M. de Bièvres eut l'air d'observer que ce grand malicieux s'était souvenu du conte de La Fontaine avec beaucoup d'à-propos.

On dit ensuite qu'il faudrait aller faire une visite à M"c de Lhospital, qui se tenait à Saint-Germain, où elle s'était tout-à-fait retirée.

(i) On avait fini par radmettre et le recevoir avec plaisir dans le plus grand monde , à raison de sa gentillesse , de ses bonnes manières , et de la mesure parfaite aveclaquelle il savait montrer les grâces et la finesse de son esprit. Mme de Lussan l'aimait beaucoup. (Noie dé V Auteur,)

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— Mirée, dit le {'ranil Monsieur, vous pou?eE bien dire ralntime! Ht M. de Hièvres 80 dil à loiniùnie, — en voila un que je n'oublierai pas. — Mjisi ve>i i|u'il est très joli ! le c:ilembourg....

On nniciia lis cnl'ans di* M""' de (^asleliane qui étaient élevés n lu Jmn-Janiuta ^ el à qui In maman nu niaii(|Uii pas de faire des niie\reté.sen leur disant force niaiseries , comme de juste ; — Méchant enfant! qui \ ou lez frapper maman ! bonne maman, qui vous a nourri de son lait, et (|ui vous a porté dans son sein pendant neuf mois!

— Consirutifi, ajouta rincminu, avec un accent niOlé d'admiration , de reproche el d^attendrîssement.

— Ah ra, quel est donc ce (jrand serpent de Versailles qui fait de si bonnes nio(|ucrie8 et dont personne ne se doute à Paris? se demanda M. de Bièvres avec un sentiment de rivalité rempli d'alarmes.

Il parait que lo fds aine des Castellane se trouvait en pénitence? — J'étais allée pour le consoler ce matin, disait sa mère en ccunmençant le récit d'une aventure assez puérile, et jc passais jusguanm lieux où l'on garde mon fils,

— Voilà, par ma foi s'écria Thommc aux talons ronges avec un air de surprise et de dénigrement i faire pouffer de rire , — voila un joli endroit pour élever un enfant !

— Madame, avez l'extrême bonté de me dire le nom de ce Monsieur qui a tant de Gnesse et d'à-propo8 dans Tespril? vint me demander le petit de Bièvres. Je lui répondis que c'ctait le lils aîné du Maréchal

de Laval, et j'entendis que Marécbal-de-BièTres s'écriait : — Tar ma foi ! je voudrais bien que les imbéciles de la ville eussent autant d'esprit que les prétendus imbéciles de la Cour I il parait qu'on est cruellement exigeant, à Versailles? on n'est pa« aussi difficile à Paris et c'est bien heureux pour moi !...

Je reviens à M. de Laval , et je vous dirai qu'il y avilit à Paris une vieille personne appelée la Marquise de Mauconseil, qui était une assez grande Dame poitevine et qui était bien malade. On ne s'en serait certainement pas tourmenté, si sa fille n'avait pas été fort à la mode ; mais comme cette fille, M"'^ d'Hénin , s'inquiétait assez naturellement pour la santé de sa mère, on se mit â s'émouvoir et s^enthousiasmer d'une si belle sensiblerie pour pour les inquiétudes de M"»« d'Hénin , qu'on ne vous permettait plus de parler d'autre chose ^ et que tous les amis de M™^ d'Hénin n'agissaient absolument qu'en vue de cette maladie-là ('). Afin de ne pas s'éloigner de cette intéressante et précieuse ma-» lade, qui avait toujours été d'un caractère assez difficile et d'une humeur assez contrariante, et surtout pour ne pas abandonner M"»® sa fille à ses angoisses et ses transes mortelles , on apprit que Mesdames de Turenne, de Poix, de Tessé, de Lauzun, de Bayes et de Brancas étaient allées s'établir auprès de ladite

(\) Étienneie- Cécile de Guynost de Mauconseil, veuve de Gharles-Joseph-Alexis de Bossut d^Alsace de Ghimay d^Hénin- Lietard , Prince du Saint-Empire. Nommée dame du Palais de la Reine en 4777 , morte à Paris en <8i 6 , âgée de 75 ans.

(Note de VÉditeur. )

rt'"' de Moucoiiswi , afin d'y veiller i tour it rfh I c6lé àe son lit. M'"" île Itritacis nnurrùxailabaj ;a tiileatiiâe, qui ne »'en trouvail pas tropl)î«c;(I| tecj, du reste, éUiît sâremcnt plus rnliguan[<it|)llll simiiyeiix pour M""" Ae Branous , ciiie de paiwerlt' luUs ù veiller ei A o«iiser avec la Princesae il'Flémn, ]ue tvut lo monde aimuit véHl/ibltuntnl, H ^M lersonnc nu voyait siirBGamnient o came de «un tervice A Versailles. Elle n'héslln pns (c'ostMTiif Brnneas dont il s'ngil ) à sacrifier les oblîgnlm Je la nature aux devoirs de Tninilié, ae qui Im irouvé sublime ; et les maris, les onTans et les ic [neeti()uc§ de ces dames en sont resfôs penduni plu ie bû semaines avec h bride sur le con. Je n'ai pu parlé des amans, parce que les Damo» et It» iii»r>l dont il est question , n'avaient ei iid deviipol aTùir aucune inquiétude semblable. Toiile« ce» bfilltf Dames étaient campées dans les dL>iix hsIoim aà précédaient la cliambre à coucher du M'"' de Mar" ;onseil. On nv.iii dressé Iroiii lils à sniiglcg dli :liacune de ces pièces ; elles avaient ouitiné da ;lles une demi-douzaine de Femmiis, ijui couubail ]ans la seconde antichambre «ur des canapjs. première antichambre était occupée pur les vntels tlfl a maison , qui dormaient sur lus banquetlea, H b ialle d'audience de ces Dames était dcvcnno la sullei iianger, où la table restait couverte en perniaiMiiicu. !^liacun s'iiigéuiail pour inventer et leur unvover le^s choses citquisca : c'était ô qui eonlrïbueritil i >arntr le buiïet, cl c'était une odeur de coin«lijles à ne pas tenir dans la maison. Uii voyait stir «U8 ces beaux vieui meublev el dans loua les coin*

de ces grands salons surdorés , des bonnets , des corsets , des paquets, des coffrets, des sachets, des suUans, des flacons, des mantilles, avec des pots de rouge et des pantouffles , et cet encombrement dépenaillé donnait parfaitement Tavant-goût de ces maisons de ci-devants, dont on a fait des maisons d'arrêt pendant la révolution ; mais c'était à l'exception de l'abondance des vivres, pourtant.

Jusqu'ici tout s'arrangeait pour le mieux. On commençait par faire sa toilette , on entrait et l'on sortait de la chambre de la malade pour y rentrer et pour en ressortir la minute d'après, on allait se promener dans l'appartement , on s'asseyait pour manger ou pour copier les bulletins du docteur , on donnait des audiences à ses parens et ses intimes; on écrivait force billets surtout, et l'on recevait des réponses toutes remplies d'admiration pour un dévouement si tendre et si généreux qu'il allait devenir un sujet d'orgueil national, aussi bien que l'exemple et l'envie des générations futures ! On était persuadé que les Aristogiton , les Harmodius et les Pylade étaient des Atrides et des cannibales en comparaison des amies de M""® d'Hénin !

Cependant les amies des amies s'ennuyèrent et s^enflammèrent. On avait appris que la Princesse de Turenne se trouvait un peu souffrante , ce qui n'était pas surprenant à cause du défaut d'air et d'exercice. Elle avait des amies intimes à n'en pas flnir ; on avait entrepris de l'arracher à ses fonctions d'hospitalière et quand on vit qu'elle y mettait une résistance invincible, on résolut de venir s'adjoindre aux autres récluses, afin de pouvoir

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