‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 5 sur 42 · EN · texte numérisé non relu

EN

« Je suis an pénible sentier

« Oii Pamour fit mainte surprise ;

Vous pensez bien que je n'avais jamais ni fabriqué ni fait imprimer aucun logogriphe. Quand il était seulement question d'une charade, je m'écriais et m'enfuyais ; et , quant à l'énigme composée par Monsieur, je vous avouerai que je n'ai jamais essayé d'en trouver le mot. M. de Penlhièvre eut la bonté de lui parler de M®® de Créquy, qui n'était pas en humeur et dans l'usage de se prêter à des espiègleries d'écolier , et la première fois que j'allai faire

« Je suis non loin du bénitier « Quoique je sois hors de Féglise ; « Je suis féminin , masculin , « Douteux en grec , neutre en latin ; « En hébreu je ne le puis dire « Sans vous dévoiler mon secret.

« Avec les niâoes je soupire ; « Je suis voilé , mais indiscret , « Et c^est la rage qui m^inspire. « D^émouvoir j^ai reçu le don.

« Je suis présent à la parade.

« De Ténigme j^ai Tabandon ,

« La profondeur de la charade.

0 Je sais employer sans abus

<i L'importance du hiérogliphe ,

« La rélicence du rébus

a Et la noirceur du logogriphe.

« Enfin je suis un malheureux ,

« Un sylphe , une ruine , une belle ,

« Je suis un disque lumineux

« Et je suis une bagatelle.

« Pour deviner, je suis un lynx ;

« Hercule me trouva futile.

• Pour me cacher je suis un sphinx j

« C'est une clicsc fort utile.

(Note de VÉdiU

A% SOUVEIORS

nia eour à Versaillles, Monsieur n'osa pai me dire tin seul mot qui pût me faire songer à sa belle éptlra et ses prosopopées de collège. Nous avons tonjonrs été bons amis depuis ce temps-là ; jusqu^à l'époque de la réyolotion , s'entend ; car un Prince qui nage entre deux eaux , qui sourit à la plébécoté , et qui semble incliner du côté de la démocratie, me parait on bomme insupportable.

Monsieur ne manqua pas d'organiser d'autres mystiGcations, qui lui réussirent beaucoup mieux que celle de notre énigme. Par exemple, il imagina de faire parler dans tous les journaiii de Paris d'un animal extravagant pour sa conformation, car il avait, disait-on, des pieds d'autruche et des cornes de buffle , avec une queue de singeet la crinière d'un lion. On en fit graver des milliers d'estampes, et Ton nous écrivait de partout pour nous demander quelques détails sur cette curiosité prodigieuse. Tout le peuple était persuadé que rien n'était plus vrai , ce qui réjouissait beaucoup Monsieur et ce qui m'ennuya prodigieusement. Une autrefois, il fit insérer dans le Mercure de France une sorte de procès -verbal de la douane de Marseille au sujet de l'ouverture d'une malle où notre consul d'Alexandrie avait mis des œufs de crocodile, lesquels étaient éclos pendant la traversée, lesquels étaient sautés sur les douaniers pour les dévorer, etc. Le Journal des Savans se mit à disserter là -dessus, et voilà ce qui nous parut divertissant.

Monsieur faisait joliment les vers : il m'avait envoyé sa traduction de la première épitre d'Horace, que je suis fâchée d'avoir perdue; je ne retrouve ici

fM b iBtdrifil âdrené par ce Prince i sa Mh^ mmut { Madum la DaophÎDe ), en lui enToyanI un éf^rtaily et je crois inutile de vous le rapporter , parce qu'il ae trouTesur toutes les tablettes (I). Je sois <^igée de convenir pourtant qu'une aeîUeiires plaisanteries du monde est une cerlettre écrite par Monsieur à la Vicomtesse de au nom de la feue Comtesse de Tessé (2) » hqaslle épftre est datée des Champê^Elfsées^ et la* qocUe est assurément la meilleure critique de cette aerte d'esprit vide et creux , faux et bruyant dont celle Comtesse de Tessé nous avait fatigués pendant soixante et tant d'années de prétentions » de préventions, de précipitations frivoles et d^exclamations glapissantes. CÏairaut disait d'elle que c'était le chaos dans le vide et le néant dans l'agitation. On attribua généralement cette belle éptlre à la Marquise de Goigny, dont le mauvais genre d'esprit est parfaitement analogue à celai de la défunte, et le plus joli de cette affaire était de voir M"*® de Coigny «'•a aj^iquer les félicitations ironiques et s'en pa-

ff ) 1706. Gomme je ne sais plus ee qtfe serout ittrennes les Mietlei ATSe le quatraia , à cause de h réstAnilim , Je Tak i^iyiMrttr on ntatge^ afin de tous en éviter la rediercke :

Au milieu des chaleurs extrêmes , Heureux d^amuser vos loisirs , ( J'aurai soin près de vous d'amener les zëpbirs. Les amours y viendront d'eux-mêmes.

m Marie-Julie de Béebune de Sully de Cbarost, l^lie-mère é^Adrieaiie de NotiUe», Mjotfrd'bui Comtess« de Testé , dont je ne vous tiens pas quitte. {Note de VàMMt» )

Taner injustement. On aurait tellement cru entendre parler M™« de Tessé, ou lire une de ses lettres, que tout le monde s'y serait trompé, si elle n'avait pas été morte. M*"^ de Lussan en fut la dupe, au point de se persuader que la défunte avait écrit cetle même lettre avant sa mort, et sous la rubrique de l'autre monde , attendu qu'il n'existait plus personne qui fût capable d'écrire avec un pareil agrément... . Voyez donc la sagacité de cette vicomtesse ! Monsieur n'a jamais rien fait] qui vaille cette lettre ; et je vais la faire copier ici , pour vous donner une idée de la manière de ces dames et de ce que nous appelions le Crébillonage amarivaudé.

Lettre écrite par Monsieur frère du Roi , sous le nom de la Comtesse de Tessé , deuxième douairière , à la Vicomtesse d'Esparbès de Lussan.

Aux Champs-Elysées, ce 25 août.

« Mon enfant gâlé, ma Louise, de Tautre monde « mon ombre vous souhaite une bonne fête. Comme je « n'ai perdu que la vie, et que la mémoire m'est restée, je « me souviens que c'est la vôtre , et je vous envoie pour « bouquet deux caisses de fleurs qui ne feront pas mal « do vaut lei croisées de voire joli salon bleu , que je ne « connais pas. Sans y être jamais entrée , je sais qu'il « I cssomble à un ciel ; et cela est naturel : telle pro- « priétâire , tel logis.

n J'accompagne mon bouquet d'une lettre , par les « raisons que je vais vous déduire ; car j'étais diseuse « la-haut iK)ur parler a ceux que j'aimais , et je le suis « la-bas pour qu'ilç y pensent.

« Je sea\ que tous iik? ri>gretliez , mais que ce soit

« sans me plainitre . paiic rjiie je suis dans l'ÉlTsëe ,

t ma chère cufaut. L'un e^l bien là. Je me compUis à

a TOUS eu appremlre li'i iiouvËlles.

■ Oo ne m'appelle yitis Cumlesse , on m'appelle Julie

t Te&sc, et quel'juefujs Tessé tout court; jo tronTai

• celaDGuf, mais juste, parce qu'ici l'on n'est rien et I tout. Comment cela? Oa est heureuse.

a Savez-ïous qui est-ce qui m'a reçue ? Lucrèce et < Dlinon. J'en ai dcuianik- h raisou : on m'a répondu « l^elle est sitnpl*') : C'en que tous avez tenu un milieu « entre c« deux fjmeusi>i beautés , et vous aviez raison fl loates trois. Lucrèce élaii folle d'être si sage ; Ninon t Aait sage d'être Tulle ; vous n'étiez trop l'une ni trop

■ l'autre ; mais vous éliez honnes toutes trois; et qui

• recoil-on ici .' Les bons.

g Et ce vilaiu Tarquin? lac direz -vous. £h1 mon

• eDlaut, il n'y est pas. Eu fait d'hommes, on n'en

• reçoit que d'une sorte , de ceni qui méritent le bon-

• heur, et non pas de ccu\ qui l'arrachent. On ne trouve H ici que des gens qui croient le plaisir une sagesse et

■ aiment la sagesse comme plaisir. Ah! Vicomtesse, « quelle sociélé ! point d'ingrats et point de roués ! On « est aimahle parce qu'on l'esr , et non parce que l'on

• cherche'» l'cLe; o.i ne quitte jamais, onposscJe tou- « jours. II est vrai qu'un a tout le monde , mais tout ce « monde-Ib n'est i icn qu'un , parce qu'il n'y a qn'un « Cfflorpour tous.

« On me pljisiinto sur mon Ihéalin ; c'est Ninon, € comme vous cnlcuilez ; maïs elle me plaisante pour

• rire , et je la désarme en riant ; je reponds par la vé-

• rite; et cela prend, parci' qu'on l'aime ici.

« Qu'est-ce que le monde? lui ai-je dit : un théâtre it de marionncHes , oii il faul que ctiacuu joue son rôle. o Qui csUce qui le Uxe'i Ictal et l'âge : quand ou est

46 SOUYEl^lRS

« jeone , fraîche et b^Ie , son directeur c'est scfA ami ; « quand ou nVst plds ce qu'on était , son ami c'est son a diretteur ; c'est pour soi qu'on a le premier, on a )e « second pour les autres. Mais que préféreriez-TOUS? « Louise! Pourquoi cela? C'est qu'elle est bonne ^ el « qu'elle a de quoi devenir meilleure.

« A propos, petite libertine , tous allez doue à Saintce Omer pour faire tourner toutes les têtes?... Et la

« votre? Âh I il est aimable Je ne crains ri^ et ne

a vous desapprouve pas.

a £coutcz-moi , chère enfant ; dites bien des choses « de ma part b Madame de BouIamvillier&. Un des « grands torts de votre bas monde , c'est d'oublier « trop vite les morts : elle ne l'a pas , je lui en sais gré ; « je l'aimais la-bas ; je l'aimerai ici.

« Vous avez aussi une voisine , Madame la Comtesse <c de Beauharnois , dont on raffole dans ce pays-ci ; a elle n'y est pas encore , tant mieux I nous aimons <( que les bons vous restent , parce que vous n'en avez a guère.

<t Nous avons aussi Dorât ; célibataire qui la ehantp « du matin au soir , et elle le mérite , je le sais, car « elle a de l'esprit comme un ange et une âme comme « dans ce monde-ci. Dites-lui , pour lui faire plaisir, a que son ami est très heureux. Il y a ici deux acolytes a qu'on lui a [donnés pour raisons : c'est Anacréon et « Fontenelle; il marche de pair avec l'un, et rend dé])i a l'autre sensible ; c'est un miracle, mais il l'opère.

a Et ces prudes, comme j'en ris! et ces femmes qui « venaient souper chez moi pour qu'on dît d'elles : a Elles vont là... Mais je ne ris pas de tout le monde, « au moins.

« Quoiqu'on ne fasse point d'enfans ici, on s'intc- « resse beaucoup aux mères qui s'amusent a faire des « Amours; vous en connaissez une, n'est-ce pas? Elle

de; l.^ iuafliJWK bb crëouy. a

■ rime en an ; tl\c a nbon. Parle-t^w de wa air : m

■ dit (fiarmaru , wa esprit charmant; «uore son cnor B haêretsanl ; rime jiste; U Ttùra , c'fsl tuuan. Ea-

■ TSyn-U-iDoi Jans un siècle : je la placerai auprès dft

■ BnDSïean; son vai ver sera dtauliea i elle brfllen Fd!

■ et Giera l'autre.

• Et le cher Baron ée Tott , qu'en faltea-TOiB f Mlle

• ncoset , qnaflïl vom le Terrm : Je Ttl ntallnilé m

• MM fin , mai» jo me oiNra», c'est ft te ew de radoter. ■ Qm dfTkz-vous, ma diêre enEant, de m Tilahi

• Abbé de Ucdêfl^, «^ui e&l f f nn frapper ici? M» bralal ,

• on di'liauclic! t'i donc l'borrenr I Voiseion l'a cbasaé

• comme prurnac ; ii.aâ nous guettons l'Ablië de Bernis, a \Aieu, chère entant; ménagei - vous. Je ne vous

a attends que Jaiis soiianle ans an plus tât , parce qnH

■ fbnl f tre assez Ta-Iiis pour mieux goûter le lùea dîd. a Pifls qo'ufl pelit Conseil , et je fous laisse : Myei

n jeune sans crainf? de tfeiltïr ; rlelHiMei sans eninte

■ d'être jeune ; mtç/. bonne eemmétoas MesiinwMe; <i aiy^vx sintaole poor être aimée. Le boriMor dons le

■ tnoKdo, leToici:seiair,etbieaplM«rc*fl«l'msnit.

^/m ie vous écrim au |oar de l'ftu. '' ~J ^^r 0 TESSÉ, raJevideetheiireDM. >>

Ondilque, lorsqueM.deTallejraDdserectMirclie et qu'il Teut Taire l'ugréable en écmant, il y « quelque diose (le cuttc fscture-Ià dans son slyle. Oa s^en est moijué connue de juste; il a loalu s'en cor* riger, mais il aura beau faire, il n'krira jamaia correcicnient ni agréablaneoti il wi de l'école dû Crébillon. i

Je oe rou." parlerai pM eoeort ansn longoeineiiC j

longnenwv' j

de M. le Comte d'Artois, avec qui j'avais moins de relations qu'avec ses frères, parce qu'il était le plus jeune , et parce que mon fils avait la survivance du grand office de son beau-père dans la maison de Monsieur. Cet enfant royal était rempli de vivacité, d'esprit, de bonté naïve et de grâce naturelle. On en rapportait continuellement des gentillesses ou des preuves de sensibilité parfaite ; je vous assure qu'il était devenu pour toute la France un objet d'adoration , et c'est assurément la personne de la famille royale que les d'Orléans ont eu le plus de peine à dépopulariser, comme disait Mirabeau. La Duchesse de Beauvilliers, qui grognait toujours, ne trouvait pourtant qu'un reproche à lui faire ( en trois parties): c'est à savoir qu'il avait toujours un pied sur rétrier, qu'il avait toujours la cravache à la main, qu'il avait parfois la main trop légère.. Dans quelques années d'ici je vous parlerai de son duel avec un prince du sang , et vous verrez si le Duc d'Orléans , frère de la Duchesse de Bourbon , s'est conduit misérablement dans cette occasion-là. Notre cousin le Prince Louis , depuis Cardinal de Rohan , fut envoyé comme Ambassadeur extraordinaire à Vienne; mon parent le Baron de Breteuil, Ambassadeur ordinaire à Vienne , eut le dégoût de s'y voir éclipsé par le Prince Louis. Il arriva d'Allemagne avec la rage dans le cœur ; il fut créé ministre de la Maison du Roi , ce qui l'encouragea dans son esprit de vindicte ; au lieu de l'apaiser et quand je vous rendrai compte de cet horrible procès du collier, qui m'a donné tant de soucis et d'affliction , yous y trouverez l'effet de celte belle rancune de

M. le Baron contre le Cardinal de Rohan. Vous Terrez tout ce que la considération de la Reine et la réputation du clergé français en ont souffert ! Je n'y saurais penser encore aujourd'hui sans irritation. J'ai eu bien de la peine à m'en réconcilier avec M. de Breteuil. — Ne me parlez jamais de la férocité de votre conduite envers ce Prince-Évôque, lui dis-je après sept années de brouillerie. Je vous Pai pardonnée, j'en conviens; mais jedésirequeDieu vous la pardonne un peu mieux que je ne le saurais faire I J'ai trouvé dans les lettres que j'ai conservées du Prince Louis un portrait, ou si vous voulez une esquisse de l'Archiduchesse Marie -Antoinette. Il est assez mal écrit , comme tout ce qui provient des gens du monde , et particulièrement des grands seigneurs de ce temps-là ; temps de contagion philosophique et de confusion dans les intelligences, misérable temps , où l'arrogante afféterie d'un Grimnt et d'un Chamfort , où les sensibleries et les niaiseries de MM. d'Arnaud-Baculard et Marmontel , as*sistées des boursoufflures à la Diderot et des platitudes à la Sédaine , avaient tout-à-fait dénaturé le bon sens, le bon style français et le bon goût , qui n'est que l'expression du bon sens. Du reste, il était fidèlement vrai, ce portrait à l'ébauche, il avait le mérite de la ressemblance , et c'est pourquoi je l'ai gardé.

« L'Archiduchesse -Dauphine est d'une taille propor-

'A tionnëe à son âge , maigre sans sécheresse ni disgrâce ,

« ainsi qu'une jeune personne qui n'est pas totalement

« formée. Elle est parfaitement bien faite , et tous ses

« mouvcmens agréable» Ses cheveux sont U'un blond pur

« et ecr tain/et qui n*a pas le moindre reflet de hasardé,

« tirant sur le roux. Ils soat bien plantes ; les sept pointe^

« y sont visibles, car on la coiffe en les relevant à la mode

• actuelle , mais il est à craindre qne son front ne vous « paraisse trop dégarni. C'est par suite d'une manie de sa f gouTcmaote qui aime à voir un grand front , je sup- « pose , et qui faisait serrer le front de cette princesse

• avec an bandeau de laine qui lui a rongé les ebeveffî.

• Elle a donc le front un peu grand , mais trè^ beau ; la « forme de sob visage est d'un ovale parfait , m peo « allongé; des sourcils aussi fournis qu'une blonde pevi « les avoir, mais d une nuance plas foncée que set die- « veux , et les cils d'une longueur charmante. Ses yeux « sont bleus sans être fades , et jouant avec une vÎTacité a pleine d'esprit. Son nez est aquilin , un peu trop affilé « par le bout peut-être, mais il en résulte une impr^ « sion de délicatesse et de distinction, ce me semble. Elfe « a la bouche petite et vermeille comme une cerise ; îai fl lèvres épaisses , et surtout Tinféricurc, qu'on sait étfe fe ff trait dtstioctif de la maison de Bourgogne. Ft^aârairet- « vous pas que ceci ait pu se perpétuer jusqu'il nos }o«f«,

• depuis la Duchesse Marie4a-€rraBde, c'est'-k-dira pM* a dant trois cents ans? C'est la moindre portion iétm « riche héritage. Âh ! Louis XI , Louis XI , qu'ave»^rM# t fait Ikl La finesse de sa peau tient du prodige, sa blaa<* « cheur est éblouissante ; elle a des couleurs naturellea et « bien placées , qui perdront beaucoup à être couvertes f parle rouge, qui ne les vaudra pas. Son port est celui « d'une personne qui sentqu'elle est Archiduchesse et fille f des Césars. Sa physionomie est très varice, mais tou- « jours très noble. Sa dignité naturelle est tempérée par « sa douceur, naturelle aussi, et par la simplicité de sos f éducation. Je ne crois pas que les Français puissent se

• refuser, en la voyant , à un sentiment mêlé de ilbor « dresse et de profond respect. »

DE LA.MARQUiSË Dfi CRÉQUY. 51

Je TOUS ai déjà parlé des pronostics ^ui vinrent DOtis attrister autour du berceau de Louis XVI, et le courrier qui meurt de sa chute , et l'aumônier qui ne peut ondoyer Tenfant parce que la mort Tient le saisir, et les nourrices qui meurent , et le Roi qui se reproche de lui avoir donné ce nom de Duc de Berry qui porte malheur ! Jl en fut ainsi pour l'arrivée de TArchiduchesse Marie-Antoinette. A la frontière, en quittant sa cour allemande, elle remarqua les tapisseries de la couronne qui garnissaient la tente où venait de s'effectuer son échange : c'était des scènes de carnage , et notamment le massacre dés Innocens et celui des Machabées , ce dont elle n'osa parler, mais ce qu'elle montrait en pleurant. La femme d'un valet de garde-robe et sa sœur, qui servaient aux Atours, trépassèrent sous la même tente et dans la même soirée. On dit à cela que c'était de leur faute , et pour avoir mangé des champignons^ mais elles n'en moururent pas moins. Voyons maintenant les réjouissances de la ville de Paris, et dites-moi s'il est permis de croire aux mau** Tais présages.

Votre père était malade , au point de ne pas quitter son appartement. On avait pensé que je de- Tais correspondre à Taltention des Messieurs de l'hôtel-de-ville, qui nous avaient adressé deux invitations pour y souper avec LL. AA. Royales; c'était l'avis de M. de Penthièvre, et ce fut celui de la Comtesse de Marsan. Ainsi je surmontai je ne sais quel trouble et quel sentiment d'effroi que j'en éprouvais dans l'ame avec plus d'angoisse et de te« nacité qu'aucune autre sorte de pressentiment. Je

me fais habiller et coiffer, suivant la bienséance de mon ûge et selon mon habitude , en mère Bobie ; je me fais ajuster un pied de rouge et mon plastron de l'ordre de Malte , en vertu de porte-respect, avec la croix teutonique de St-Jean-Népomucène, en vue de faire ma cour à l'Archiduchesse ; et me voilà saiis brillans ni perles , en simple robe grise et sous une coiffe noire , au milieu de cette foule enrubannée et même endiamanlée^ pourrait^on dire. Les bourgeoises et les échevins n'en revenaient pas. Lauzun dit à mon fils qu'on s'était beaucoup intrigué pour savoir mon nom, et qu'il avait entendu dire que j'étais ta princesse de Malle.

Après m'avoir fait la politesse de m'invîter k souper à rHôtel-de-Ville , il paraît que M. le Prévôt des Marchands n'avait pas eu celle de s'en souvenir; et, comme on n'y savait où me placer ni que faire de moi, le greffier de la ville entreprit de tne faire asseoir à table avec les inspecteurs-généraux d'armée ; ce que je n'acceptai certainement pas, vous pouvez m'en croire; et ceci me faisait un certain plaisir, à dessein de m'en retourner bien vite après avoir salué LL. AA. Royales, et pour aller me divertir de ces formalistes qui m'avaient forcé la main ; mais je n'eus pas la satisfaction de cette petite vengeance : M. de Taiaru se mit à dire que M. le Dauphin ne s'asseyerait pas si M'"® de Créquy ne se trouvait pas convenablement bien placée ; mais toujours fut-il que je n'aurais pu trouver place à la table de M. le Dauphin si ma nièce de Tessé ne m'avait cédé la sienne; et voilà de ces déconvenues qui ne manquent jamais d'arriver aux félcs de la ville. 3e

DE LA HMtQlUSK DE CRËQUY. 63

i souviendrai Inujours de la Duchesse de Fitz- I Ismes qu^on y voulait iii><:iilument conduire auprès du Maréchal de Loneiidal , pour lui cliaiiler des couplets snr la prise de ISergop-Zooiu , en lui sou- -teua»! qu'elle avait une voix superbe, el parce qa'on la prenait pijur M"^' Lempereur , la femme du joaillier.

M"" la Coniiesse du Toulouse et M"* de Carignan, légitimée du Savoie, furenl assises au ping ■j/rèa de Monsieur le Dauphin, ce qui ne pouvait mécontenter persoiiue. L'illégidmité française à la droite du Prince , el l'étrangère à sa gauche , ainsi que de raison. Ma pldce <;(ait à calé de Monsieur , qui mangea de grand nppélit , suivant sa coutume, et qui n'en parla p[is moins agréablement. M. le Comte d'Artois n'était paa à ce banquet, et je ne saie plus pourquoi. M'^" de Tessé n'avait pas manqué de proliter de In bonne occasion pour s'envoler à tire d'aile et s'en aller souper au coin de son feu. Plat à Dieu que j'en eusse fait autant I car en nVen retournant, à deux heures du matin, je fus aocrodiée par un c(]uip;ij;c à la livrée d'Orléans, sur Je Font-au-Clian(}e, et mon carrosse y fut culbuté eue un monceau de pavés. Un de mes chevaui ne poQfait s'en relever , mon cocher avait l'épaule démise el j'étais couverte de contusions. Vous pouvtt bien supposer que mon carrosse était en raaiï^* état; mais je ne voulus pas monter dans c^^ etM^

m'avait renversée (bien qu'il fût à vide), etj'* à ces manans du Palais- Royal que ca>marque de confiance et de faroiliHÏiP- ' prendrais certainement pas avec |p^

léaas. Ce fut M"^ do Poulpry qui me lira d'affaire, et qui me fit coucher au fond de gon yk-k-vb. Elle était dans cette voiture avec sa mère la Présidente de Confolens, qui la prit sur ses genoui; et lorsque j'arrivai chez moi, il se trouva que je m'étais évanouie, ce qui ne dura pas moins de cinq a m heures.

Vous dire à présent comment il se fit que, huit jours après, je me laissai conduire au fett d'artifice qui fut tiré sur la place neuve, à l'entrée des Cbampe- Elysées, c'est une chose inexplicable, autrement que par les supplications et les persécutions du Hajrécbal de Brissac, gouverneur de Paris, pour qui Mli« de la ville avaient eu l'attention de réserver cette grande colonnade où se trouve aujourd'hui le gardêHnen^ ble (1). Avant de continuer mon triste récit sur œ prétendu feu de joie, je vais vous parier d'une dis« cussion qui s'émut à Versailles à propos du bal de la cour , et qui me parut d'une impertineiice outrée.

On avait appris ou cru savoir que c'était Mf^ de Lorraine , fille de M<"® de Brionne et sœur de MM. de Lambesc et de Vaudémont, c'est-4i*dire Frifi«cesse du môme sang que l'Archiduchesse^Dauphtoe, qui devait danser le menue! imn>édiatemeul tprèi lea Princesses de la famille et du saog royal. C'était une distinction qui n'aurait eu rien d'intolérable; Bif par ma foi! les Princes et Princesses de Lorraine en possédaient bien d'autres , auxquelles on avail

(I) G'«t le Bini»tèr« de k raariae, ieyvîs le pillfge Ml Gar^Meuble , en 1792.

DE LA HABQUiSE DE CRËQUY. U

a> là (emps àe s'sccoulumcr 1 Od a/ooUît <|m Io &oi n'avait accordé ceci qu'A la M^lidUlioD da Comte de Mercy, l'Ânibassa Jeur impérial, leqoel eo aaroil fait la demande formelia an nom d« l'Impératrice-Relne, ce qui n'avuit pas plm de TraisemblsQce que de vérité. Voil.i iVlM. les Ducs et Paifs en fermentation de résistance, en projet de réTolte, poDT ainsi dire, et les vutlà qui s'adjoigaeal une quarantaine de genti si hommes opposaiu, parmi leaqoels on voit Hgurer Al. de la Vanbaliëre etM.da Vilielte, nfia de représenter l'aDcienne noblwse, apparemment. Le premier Tair, ArclWfAqae et Duc de Reims , ne vouliil pns enlr«r dans aa pareil Irrpotage ; mais on s'assembla chei M. de Broglie, Eféqae de Noyon , et Comie et Pair de Franco en celte qualité; enCn M. de Clermont d'Amboîse y rédigea la piJ.-ce Euivante (il y paraît â ta beauté du style) ; et Kl, de Noyon s'empressa d'aller présenter ce faclum à Sa Majesté. C'était une disserlalîon sur un menuet : voyez donc l'heureux à-[H'opoa et U belle con\enauce du lu Taire présenter par un EvËque I Enfin voici le chef-d'œuvre en qoeation , que voire père ne voulul pas signer. Je ne me s^ rais jamais consolée de voir son nom sur une telle pancarte, avec un pareil entourage.

K les grands et la noblesse du royaume, honorés, dans t tous les temps , de la protection particulière de Votre « Majesté et des Kois ses prédécesseurs , déposât «lee a coa&aDco aa pied du Irùnc les justes alarmes qo'iliQ • cooçucs.Le braits'estrépandaqueVotreMiJi ""

oesqo'iiiiiay >Ha}eilM|p

« sollicitée d'accorder un rang à la ma'son de Lorraine « immédiatement après les princes de voire sang royal, et « qu'il avait été réglé qu*au bal paré, qui doit avoir lieu « pour le mariage de Monsieur le Dauphin^ Mademoiselle « de Lorraine danserait avant toutes les dames de la cour : « honneur si distingué que , dans votre auguste maison , <( il n est pas même accordé aux branches aînées sur le^ « branches cadettes , et qu'il ne Ta jamais été qu'aux « filles du sang royal sur les femmes de qualité.

« Ils croient, SIRE, qu'ils manqueraient à ce qu'ils doi- (( venta leur naissance, s'ils ne vous témoignaient combien a une distinction aussi humiliante pour eux qu'elle est « nouvelle ajouterait à la douleur de perdre l'avanlage « qu'ils ont toujours eu de n'être séparés de Votre Msyesté « et de sa famille royale par aucun rang intermédiaire, et « s'ils ne vous représentaient, avec le plus profond res- (( pect les raisons|qui s'opposent a des prétentions qui ne « blessent pas moins la dignité de la nation et de votre cou- « ronne que les prérogatives de la noblesse française. Us se 0 flattent qu'elles toucheront Votre Majesté, et que sa « bonté ne lui permettra pas de souscrire a une demande a dont Teffct ne pourrait que mortifier un corps qui a « toujours été le pins ferme soutien de la monarchie, et u qui n'a cessé de prodiguer son sang et sa fortune pour « en augmenter la gloire et la splendeur.

« Il n'y a point d'honneur, SIRE, dont la noblesse fran- « çaisc soit plus jalouse que d'approcher de ses rois, et « elle croit défendre le plus précieux de ses avantages « en défendant le rang qu'elle tient auprès de Voire u Majesté. Attachée au trône dès le commencement de la « monarchie, elle n'en a jamais été séparée par qui que ce « soit : c'est un ordre que les Rois vos prédécesseurs ont « toujours maintenu ; et lorsque François P*", pour faire a honneur au Duc d'Albanie , frère du roi d'Ecosse , qui c était en France , le fit placer entre un prince du sang

f et un pair du royaume , il crut devoir déclarer que c c'était pour cette fois seulement, en ses cours et con- « seils, les premiers et les plus prochains de sa perc sonne, ( H recommanda d'en faire registre. )

« Les puînés de Glèves, dont la maison précédait en c Allemagne celle de Lorraine; ceux de Luxembourg, c qui comptaient quatre Empereurs et six Rois de Bohôme c parmi leurs ancêtres ; ceux do Savoie , issus d'une « maison qui régnait souverainement depuis cinq cents « ans, se sont conformés à l'ordre ancien du royaume ; ils « n'y ont pris d'autres litres que ceux qui sont communs c à (ouie la noblesse , et se sont honorés de marcher au « rang des comtés, duchés et pairies qu'ils y ont obtenus.

(C La maison de Lorraine elle-même a tellement re- « connu cet ordre qu'elle a voulu se prévaloir de dignif tés de l'clal pour précéder les princes du sang.

« C'est cet ordre ancien que Charles IX voulut être suivi « a la cérémonie de son mariage , après la discussion la « plus scrupuleuse qu'il en fit faire dans un conseil tenu à « Soissonsen4570. 11 y régla les rangs par Tancienneté des « duchés,comme avaient fait tous les Rois dans les temps « passés, et répondit au duc deNevers, de la maison de (C Mantoue, qui s'en plaignait, qu'il voulait suivre ce qu'il a avait trouvé , et qu'il ne pouvait faillir en le faisant.

« Quel titre, SIRE , pourraient vous présenter Mes- « sieurs de Lorraine qui pût changer un ordre si respec- « table , qui pût donner le droit de se placer entre Votre « Majesté et les grands du royaume , et d'abaisser au- « dessous d'eux les premières dignités de la nation , les « dignités dont ils se sont eux-mêmes servis afin de pouce voir décorer , élever déplus en plus et finir par exalter a leur maison ; dignités par lesquelles ils ont cru devoir « précéder les princes de votre sang, qu'ils ne pouvaient <( incontestablement précéder par leur naissance? S'ils « ont joui de quelques préférences momentanées sur les

hê SOUVENIRS

f grandi da royaume, c'est dans ies](eiiips oh Tav « et les drconstanoes leur assuraient le succès de « leurs prétentions : doÎTent-ils les faire reyîvre dans a « temps ou la sagesse et la justice de Votre Majesté « le bonheur de ses sujets et la gloire de son règne?

« La grandeur des premières dignités dans tout état f marque celle des nations, et la grandeur des nations folt « celle de leurs rois. De là vient^ SIRE, qu'aucun de not « voisins ne souffre que des étrangers, même soureraiiiSj f aient chez eux la préséance sur les grands de l'État. « Aucune Duchesse , en Angleterre ; ne voulut céder le « pas, en4670, hlaDuchessedeModène,quiy menaitsa « fille (depuis Reine d'Angleterre ) pour épouser le Due « d'York ; les grandsd'Ëspagne n'ont jamais fait auiBucs « de Lorraine d'autre honneur que celui de les faisser « asseoir à Textrémité du même banc qu'eux ; MM. de « Lorraine n'ont pu obtenir à la cour de Vienne mdme^ « où règne le chef de leur maison, d'autres honneurs que ' u ceux qui sont communs à tous les princes de l'Emittre.

« Les grands de votre royaume, SIRE , ne sont pdnt « inférieurs à ceux de tant d'états , qui regardenumt « comme une offense pour eux et pour leur nati^m la « prétention de les précéder chez eux. Ce serait douter « de la prééminence de la France en Europe que de Q douter de la prééminence de ceux qui, aux termes u de ros ancêtres, font partie de son honneur ei du « propre honneur de ses rois,

« La noblesse française ne le cède et ne doit oider, « SIRE, k aucune noblesse du monde, à raison de son a ancienneté , par l'éclat de ses actions , et par les grands « hommes qu'elle a produits. Elle compte parmi ses an- « eètres des Rois , des Empereurs et d'autres souverains ; « elle y compte des maisons à qqi leurs alliances ont « ouvert des droits sur plusieurs trônes de TEurope ; elle « ne connaît en un mot au-dessus d'elle que te Mog de

« iet [roM , parce qu'eile^ne Tirit ^e dans ce «ang ma*

• giMto ceux qui , par les lois de la monarchie; peuvent t deFeoir ses souveraios.

« Ce sentiment qui fait lo caractère propre de la na«

• tiou , et qui , dans la nation , distingue surtout votre

• noblesse ; cet amour inaltérable pour nos Rois, que les c Tertiis de Votre Majesté ont encore augmenté, ne nous

• rend que plus sensibles aux moindres atteintes que Ton « peutdonner au rang que nous avons toujours tenu près « daCrAne; mais, SIRE, votre bonté et votre justice nous « raisurent. Si Votre Majesté a bien voulu donner des « preuves de sa complaisance dans une occasion qui fait « le bonheur et l'espérance de toute la France, elle ne f voudra pas qu'un si beau jour soit une époque de dou- « leur pour la noblesse française, et daignera dissiper ses 9 craintes en déclarant que son intention est de conserver « Tordre ctablidans le royaume depuis le commencement « de la monarchie , maintenu par tous ses prédécesseurs , « et dont elle a voulu elle-même , en -1 7>l 8 , garantir la « durée^ en consacrant par ses propres édils tes anciennes

• eonstiiutions de cet état, qui ont donné aux premiers « officiers de la couronne, auprès des rois, le rang îm- « mkUal après les princes du sang. Elle comblera de re- « connaissance les plus fidèles et les plus soumis de ses

• sujets^ ainsi qu'une noblesse qui n'est pas moins prét« « que ses ancêtres à sacrifier sa vie et ses biens pour la « défense de sa patrie et la gloire de votre couronne*

« A Paris , le 7 mai 4T70 , etc. j»

Le Roi répondit à peu près en ces termes à M. l'Evêque de Noyon :

« La danse , aux bals de ma cour, est une chose qui « ne saurait tirer ii, conséquence , attendu que le ehoii

<( des danseurs et des danseuses n'y dépend que de

« volonté. Je ne veux rien changer à ce qui s'y prati

« habituellement; mais, si je voulais marquer quelque

« distinctioa sans conséquence à Mademoiselle de LÏvr.

« raine à Toccasion du mariage de mon petit-Gls avec

« une autre Princesse de Lorraine , Archiduchesse d*Aa-

« triche, il me semble que personne ne saurait en être

« blessé ni surpris. Je compte sur la soumission de la

« noblesse de mon royaume , et surtout dans une cir-

« constance où je désire, où je compte fôter une alliance

« qui fera, j'espère, et n'en doutons pas, le bonheur

« de ma famille et la félicité de vos enfans (4). » .

Cette réponse du Roi ne satisBt aucunement la majorité des réclamans, qui complotèrent de ne pas aller au bal de la cour. La plupart d'entre eux n'étaient pas d'étoffe à s'y trouver invités ; mais ils jie s'en donnèrent pas moins la belle apparence du refus. La princesse Charlotte dansa son menuet immédiatement après LL. AA. SS. , et le Marquis de Villelte en fut profondément courroucé. Voilà tout ce qui résulta de la susceptibilité de ces gentilshommes et de leur insurrection contre la croix de Lorraine.

Je me rappelle que M. de Lafayette était dans les plus irrités , et qu'il vint m'entreprendre et m^attaquer un jour, à l'hôtel de Tessé, sur la tiédeur que je paraissais mettre à cette grande affaire. — Me prenez-vous pour une grue? lui dis-je. Apprenez que si j'avais des réclamations à faire signer à mon

(1) A rÉvéqne de Noyon; et ceci parut une ëpigramme contre le choix d'un mandataire eccléfiastiquc.

fils contre les princes lorrains, ce ne serait pas à roccasion d'un bal, mais à propos des promotions et des processions de Tordre du Saint-Esprit, où nous les voyons précéder nos maris, nos frères et nos enfans, sans en rien dire. On leur donne à 25 ans le cordon bleu que les seijgneurs français ne peuvent obtenir avant 55 ans, aux termes des statuts; nous les voyons mettre leur chapeau lorsque le Roi se couvre ; et nous ne pensons pas à réclamer contre ces prérogatives. Vous nous dites curieusement que MM. de Lorraine les ont obtenues dans un temps où leurs prétentions ont été favorisées par les circonstances, mais on pourrait faire ainsi l'histoire de toutesles prérogatives; et, du reste, j'aimerais mieux faire cause commune avec cette maison-là qu'avec des bourgeois parvenus, comme il y en a dans vos signataires. Laissez-moi donc tranquille avec la Princesse Charlotte et son menuet.

Il faut vous dire que, dans cette année 4770, les Champs-Elysées n'étaient ni plantés ni percés, que le pont Louis XVI n'existait pas , que le quai des Tuileries n'était qu'un sentier de hallage, et que cette rue Royale qui conduit de la porte Saint-Honoré sur la place de Louis XV n'était ni tout-à-fait bâtie, ni alignée, ni pavée. Toute la partie septentrionale de la même rue, qui vient aboutir sur le boulevard, était encore obstruée par de vieilles maisons à moitié démolies ; et, de plus, on avait pratiqué, pour la construction d'un égout, un fossé très-large et très-profond, qui se prolongeait dans toute la Ion-, jgueur de cette rue projetée.

Vous voyez donc qu'il n'existait alors que deux

issues pour arriver sur la place de Louis XV et pour en sortir, c'est-à-dire la route de Versailles, («Tenue du Cours-la-Reine) , et ladite rue Royale, qui avait absolument la forme et tous les Inconvéniens d'un entonnoir. En réjouissance du mariage de Monsieur le Dauphin , le Prévôt des Marchanda (c'est toujours M. Bignon) avait eu l'ingénieuse pensée d'établir une foire sur le boulevard du Nord ; et, de peur qu'on ne le soupçonnât de vouloir accorder aux marchands forains quelques exemptions favorables à raison de la circonstance, il eut soin de faire afBcher et proclamer à tous les coins de rue que celle foire ne serait pas franche. Il espérait apparemment que le loyer de ces boutiques équivaudrait à ses frais d'artifice et d'illumination. Voyez la belle économie pour la ville de Paris, qui n'avait pas moins de 38 millions de rente I

En concordance avec celte foire sur le boulevard de la Madeleine et ses barraques éclairées de petites lanternes qui firent le plus misérable effet du monde, M. Bignon avait choisi (préférablement à tout autre lieu) la place de Louis XV pour y faire tirer un feu d'artifice ; et, comme il ne voulait pas se relâcher de ce qu'il appelait son droit de police et d'autorité prévôtale, il avait écrit à M. de Sartines de se tenir tranquille, et il avait fait dire à Bontemps qu'il eût à rentrer son pont tournant des Tuileries, parce qu'il ne voulait pas avoir la responsabilité de ce qui pourrait arriver dans le jardin pendant le reste de la nuit. Grâce a la prévoyance de M. Bignon , M. Bontemps fit tourner le pont des Tuileries, ee qui fut encore un inconvénient pour le public , et

DE LA MARQUIl^ DE CRÉQUY, 62

le feu de joie ne réussit pas autrement bien que le reste. Au lieu de se communiquer aux pièces d'ar-« tIGce, il embrasa lacharpènte^ et ce fut an inceadie formidable. On s'empressa d'envoyer chercher les capucins et les pompiers avec leurs pompes, qui ne pouvaient arriver que par la rue Royale ; ainsi vous pouvez imaginer l'engorgement et le surcroît d'em« barras qui s'ensuivit.

Les ordonnateurs de cette fête auraient dû prévoir que le peuple qui viendrait par le boulevard ne manquerait pas de se diriger du côté de la place où Ton devait tirer le feu d'artifice, et que la foule qui se trouverait sur la place ne manquerait pas de vouloir se porter, aussitôt que le feu serait terminé, du côté du boulevard où se tenait la foire de M. Bi* gnon. Ces deux colonnes opposées devaient inévitablement se rencontrer et s'entrechoquer , dans ce défilé, sur le versant d'une excavation profonde et sur un terrain couvert de gravois , de moellons , de solives et autres matériaux de forte construction. Jugez ce qu'il en advint lorsque les trains des pompes et les cavaliers du guet eurent entrepris de fendre la presse ! Ce furent des femmes et de malheureux enfans qu'on écrasait dans la foule, et qu'on renversa dans ce grand fossé de la rue; c'étaient de» vieillards abattus et foulés aux pieds des chevaux, des gens qui se débattaient contre les filous et qui tiraient l'épée contre des voleurs; enfin c'étaient des seldals aux gardes qui faisaient faire place à leurs officiers, ou bien à leurs maîtresses, à grands coups de sabre. On n'a jamais poussé des hurtemens plus atroces , et c'étaient des cris d'angoisse à fendre le cœur !

64 SOITVENIRS

Mon carrosse était parvenu jusqu'à la porte du Garde-Meuble par la rue Saint-Florentin, où la belle maison de la Duchesse de Tlnfantado se irouvaif en construction, ce qui faisait que cette voie n'était pas trop praticable; et, comme il était attelé de six chevaux, je n'y voulus pas monter de peur d'augmenter les embarras du moment. J'ordonnai qu'on en dételât quatre, et voilà mes gens qui se mirent à me faire je ne sais combien de ramages à propos des harnais: — Et si les chevaux restent dételés, on les battra , Madame , et le monde est assez mécbsnt pour les blesser ou les voler — Qu'on les enlève ou qu'on les estropie , j'aime cent fois mieux les perdre que d'écraser personne ou d'inquiéter qui que ce soit.... Sur cette entrefaite, un flot du peuple me sépara de mes gens, et me souleva et si bel et si bien que je me trouvai transportée sur le bord du fossé du château , comme la sainte maison de Loretle, et sans avoir mis pied à terre. Ici j'étais en grand danger d'être écrasée contre la balustrade ; mais j'avisai par bonheur un petit escalier de planches, au moyen duquel je descendis prudemment, lestement et résolument au fond de ce fossé. J'allai m'abriter sous une tonnelle de vigne, où je rendis grâce à Dieu de ma présence d'esprit , c'est-à-dire de sa protection signalée. Je m'assis sur un petit banc , je récitai mon rosaire, et j'attendis le point du jour avec assez de tranquillité d'esprit. Passé trois heures du matin , je n'avais plus entendu d'autre bruit sur la place que celui des patrouilles du guet ou des gardes- françaises , et j'avais eu quelque velléité de remonter jusqu'au niveau de la balustrade afin

'de leur demander assistance; mais je fus retenue ~par une sorte de sentiment que je ne soupçonnais pas en moi. La vieillesse est quelquefois embarrassée, sans être timide, et surtout lorsqu'elle est aux prises avec un sentiment féminin, c'est-à-dire avec une sorte de délicatesse , ou , si Ton veut, de coquetterie naturelle. Il me sembla qu'avec des soldats, et de jeunes soldats peut-être, mon apparition pourrait leur donner des idées impertinentes pour moi , et par exemple, celle d'une vieille sorcière qui serait sortie de sous terre afin de leur sauter aux yeux. Je craignis qu'ils ne se moquassent de moi quand ils verraient mon visage ; il me parut au-dessous de moi de solliciter du secours à prix d'argent ; car enfin , pensais-je en marmottant mon chapelet, ôtez-moi le nom, les titres et la fortune, et vous verrez chacun de ces garçons-là sauver, de préférence à moi, une grosse servante , au lieu de songer à me tirer d'embarras. Les vieilles gens ont si mauvaise grâce à redouter l'abandon, la souffrance et la mort ! C'est la raison qui me fit patienter sans rien dire ; et je crois bien que , si j'avais eu quarante ans de moins > j'aurais agi tout autrement. Il parait que, pour dissiper les idées prestigieuses et pour faire des réflexions philosophiques, il n'est rien de tel que de passer la nuit dans un fossé. Aussitôt que le jour parut, c'est-à-dire à trois heures et demie du matin , j'escaladai mon degré de planches, et, quoique je ne fusse chaussée qu'en mules, j'arrivai sans malencontre à l'hôtel de Çréquy , où tout le monde était dans la désolation. (Votre bonne Dupont en prit une jaunisse qui lui dura deux ou trois mcfîs.) C'é-

tait Jû première fois que j'eusse mis k main sur le marteau de ma porte cochère > et je ne savais comment m'y prendre. Je n'avais pourtant pas eu grand'peine à m'orientcr jusque chez moi; et bien m'en prit, car j'aurais eu horreur d'entrer dans un fiacre, et je ne rencontrai , depuis la rue Saint-Florentin jusqu'à la rue de l'Universilé, qu'un petit garçon , à qui je demandai s'ii ne connaissait pas l'hôlel de Créquy, rue de Grenelle, et s'il voulait m'y conduire. — Tiens, celte religieuse, me dit-il, cette vieille fardée, est-elle donc bêle! Et il me tira la langue. Je me souviens que je racontai la chose à la Comtesse de Gisors, et qu'elle me répondit avec un air de componction piteuse et d'humiliation résignée : — Hélas ! mon Dieu ! quand nous nous trouvons sans laquais, voyez ce qu'il en arrive, et ce que

c'est que de nous !

Il y eut dans cette affreuse bagarre environ quatre mille personnes de tuées ou d'estropiées, et du nombre de ces dernières étaient le Maréchal de Biron , la Comtesse d'Ëstaing, la Marquise de Chéteaurenaud fsa mère) , et puis MM. d'Argental , de Raze et Trud»iae de Montigny , sans parler de toutes les femmes d'Ecbevins dont l'échafaudage avajt été renversé dans le tumulte^ et qui furent dépouillées par des filous. On di9a|t que la femme d'un quartinier, qui s'appelait Babdle, avait perdu pour quarante mille écus de diamans qu'elle avait loués chez Boehmer, lequel était le joaillier du Duc de Chartres. On avait dit , long-temps avant ceci , que dans toutes les oc-^ casions solennelles, et surtout quand il devait y avoir des fôtcs à riIôtel-de-ViUe , celui-ci ne man-

^pMil jâinaîs de se faire prêter des diamans par M. aoo père^ et qu'ensuite il s^arrangeait ayec Boehmer, qui prêtait ces diamans à loyer et qui lui réservait les deux tiers de son profit. Je n'ai su qa'en penser et M. de Pentbièvrc ne le croyait pas; mais, de toutes les bassesses dont son gendre était capable, celle-ci n'aurait pas clé la plus inconcevable ci la plus réToltante ( I ).

Toute la journée du lendemain fut employée à débarrasser la place et la rue Royale des cadavres dont elles étaient couvertes , et à les transporter dans le cimetière de la Madeleine pour les y faire reconnaître par leurs parens ou leurs amis. On apprit que Madame la Dauphine , ainsi que Mesdames, filles do Roi , étaient venues de Versailles jusque sur le Cojar8-la-R«iiie, et qu'elles avaient rebroussé chemin en apprenant les malheurs qui venaient d'arriver. M. de Sartines m'a dit qu'il avait reçu du Roi, du clergé, des Princes, de la Noblesse, et jusque des fermiers-généraux , plus de deux cent mille francs, qu'il avait fait distribuer aux familles les plus maiheureuses.

On apprit aussi que M. Bignon, après avoir va l'effet et le succès de son joli feu d'artifice , était rentré chez lui , dans son carrosse , à dix heures du soir; qu'il s'était couché, suivant son habitude, à onze heures précises , et qu'il avait dormi paisiblement jusqu'à huit heures du matin. Le surlende^

(1) Vous Terrez que ce mémo Boehmer a joué un grand r< dans le procès du œilicr, dont il se disait co-propriétaîre*

(Note (k VAuUwr^)

main, il eut Tattention de se présenter à l'Opéra dans la grande loge de la ville , a6n de montrer qu'il n'érait ni blessé ni embarrassé de sa position vis-à-vis du public. Je vais avoir Thonneur de vous parler de M. Bignon , Seigneur de Lile-belle-sur-Seine et Prévôt des Marchands de la bonne ville et cité royale de Paris.

Il avait la préoccupation continuelle et l'ambition d'être parent d'un certain Jérôme Bignon qui florissait au milieu du dix-septième siècle : passonslui cette prétention-là. On avait commencé par le destiner à l'état ecclésiastique ; mais tous les autres Bignon furent enlevés par une épizootie, ce qui fit qu'on s'empressa de le marier avec une demoiselle herbagère. Je ne me souviens pas de son nom, qui ne signifiait rien ; mais toujours est-il que c'était la plus contentieuse et la plus effrontée commère du pays de Caux. Les niaiseries qu'il avait dites et les bêtises qu'il avait faites au séminaire de Saint*Sulpice y fournissent encore à la récréation des tonsurés ; témoin celle de Texamen théologique, que je ne vous rapporterai pas afin de ne pas tomber dans les redites et les ravauderies de M"^^ Doublet et de M. Bachaumont (4). Il est une autre anecdote absolument

(1) Voici comment cette vieille anecdote est racontée dans les Nouvelles à la mainàe la Présidente Doublet : «^L^Abbé Bignon « s'était donc collé contre la porte afin d'écouter et profiter de « ce que répondrait TÂbbé de Damas qui passait pour un sa* « vaut. — Mais, lui demanda ce maître fou d''évéque de Sentis , « si , après la consécration , il allait tomber dans le calice une « mouche, et, par exemple, une araignée, qu'en feriez-vous ?— « Monseigneur , je tâcherais de l'avaler ainsi que les saintes

inédite et que l'abbé Cochin nous racontait à peu près toutes les fois qu'il était question de M. Bi* gnon ; c'est encore une historiette de séminariste, et la voici. Il y avait deux jeunes curés du diocèse de Paris qui avaient écrit au supérieur de Saint-Sulpice pour le questionner sur deux cas de conscience : un d'eux s'informait quel était pricisément l'âge indiqué par les canons pour une femme qu'on admettait dans un presbytère a titre de gouvernante; et l'autre demandait s'il était permis de porter perruque et de cacher sa tonsure en officiant , lorsqu'on était sujet à des fluxions sur les yeux. Le supérieur y répondit catégoriquement, et donna ses consultations à l'abbé Bignon pour y mettre les adresses des deux curés comme elles se trouvaient au bas de leurs lettres. Celui-ci commença par prendre lecture des pièces afin de connaître l'affaire , à laquelle il procéda le plus méthodiquement du monde. Ce fut avec tant de jugement que celui qui s'informait de la gouvernante reçut pour réponse qn'il la fallait

« espèces , et si j'y sentais trop de répugnance pour pouToir

« la consommer ainsi qu'il se doit , je la prendrais au bout d^ine

« épingle et je la brûlerais à la flamme du cierge. — C'est bon

(( à savoir , se dit le petit Bignon , que l'ÉTéque ne voulait pas

« admettre dans les ordres ; et, comme il avait entendu qu'on re-

« muait à la porte , et qu'il se douta que l'autre avait écouté l'Abbé

a de Damas, il lui dit, pour se moquer de lui : — S'il entrait iuo-

« piuément dans l'église un âne, et qu'il allât boire l'eau du

« bénitier, que feriez-vous ? — Monseigneur, réponditce mignon

« Bignon, je tâcherais de l'avaler, et, si j'y sentais trop de repu-

« guance pour le consommer , je le prendrais avec uue épingle

« et je le brûlerais à la flamme du cierge. Il parait que l'évéque

« ne put s'en taire avec le Cardinal de Noailles. » (Note de VÉdit.)

courte f brune et point frisée, et que celui qui parlait de la perruque apprit qu'elle deyait être âgée de gua-- Tante ans pour te moins.

Il parait que son expérience des cas réservés l'avait rendu prodigieusement scrupuleux. Il avait pour héritier présomptif un jeune Bignon qui servait dans la marine , et qui tomba chez lui comme une bombe en lui disant : — Bon jour, mon oncle. J'arrive d'Amérique , où j'ai pensé faire naufrage au milieu d'une tempête infernale. Je ne savais plus à quel saint me vouer, et j'ai promis que vous vous feriez Minime ou Lazarisle , à votre choix. (Test un vœu que j'ai fait à votre patron saint Jérôme : ainsi voyez ce que vous aimerez le mieux. — Qu'est-ce que vous avez fait là, monsieur I Vous êtes un garçon joliment téméraire ! ... Et le voilà qui s'en va bien vite à l'Archevêché pour y consulter les promoteurs et les ofBciaux, qui lui dirent : — Tenez-vous tranquille et laissez-nous tranquilles.

On fut obligé de lui faire quitter sa charge de l'Hôtel-de- Ville avant l'expiration de ses trois années prévôtales ; et c'est pour l'en dédommager que les Maurepas l'ont fait nommer grand-maltre de la librairie du Roi , autrement dit premier gardien de Itt Bibliothèque Royale à Paris. M. de Maurepas , qui ne pouvait s'empêcher de goguenarder, lui dit une fois : — Bignon , mon ami , vous voilà placé commodément : c'est une belle occasion pour apprendre à lire.

On nous disait, le printemps dernier, qu'ayant eu les jambes enflées et croyant mourir, quoiqu'il eût conservé le meilleur appétit possible, il avait fait

DE LA MARQUISE DE «lÉQUY, 71

venir sa péronnelle de femme au bord de son lit pour lui confesser et lui demander pardon d'une faute dont il s'était rendu coupable, — Vous croyez que j'ai toujours été vertueux , mais ce qui vous confondra, lui dit-il en sanglotant, e'es^ que je vous ai fait un€ infidélité, il y aura quatorze ans l'été prochain, pendant la canicule ; et je ne mourrai pa» tranquille si vous n'avez pas l'indulgence et la cha«^ rite de me le pardonner. Cette cauchoise lui répondit en pleurnichant qu'elle avait grand besoin de pardon pour elI^HDéme, attendu que, jalouse comme elle ét^it de son aimable époux , et s'étaut aperçue de ce qu'il venait de lui avouer, ce qui l'avait rendue furieuse, elle lui avait fait prendre un poison lent qui serait la cause de sa mort. Elle a pourtant soia d'ajouter qu'il n'en mourra pas de celte fois-ci , et la vertueuse dame s'échappe en étouffant de rire.

Je vous paraîtrai peut-être bien dénigrante et bien acerbe à l'égard de ce pauvre M. Bignon ; mais pensez donc que j'étais restée pendant plus d'un quart d'heure à l'Hôtel-de-Ville avant de m'asseoir à table et sans savoir si j'y trouverais place , et debout, toute droite, avec la main sur le dossier d'un fauteuil L,. Voyez la belle position pour la veuve de votre grandepère, et voyez si j'ai pu manquer d'écouter et d« retenir tout ce qu'on disait contre ce Prév6t-de«- Marchands!

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