‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 6 sur 42 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Annuaire nécrologique pour ^1770. — Le chimîsie Rouellcf et son horreur du plagiai. — Sa définition de Thomme^

— Une espièglerie de M. de Buffon. — Le physicien. Mairan. — Son thermomètre au vestiaire. — Mot de cet académicien sur M^e du Ghâtelet. — Sa mort et son héri-* tage. — Le philosophe d'Argens. — Mot de Ghamfort sur leaf Marquis philosophes et la Foire-aux-Marquis, — Contributions imposées par le roi de Prusse sur ses pensionnaires à l'Académie de Berlin. — Colère de Voltaire et de Maupertuis contre cet impôt fiscal et cette mesure financière. — Gentil Bernard. — Son portrait et son caractère. — Le docteur SéuAC et M. Sénac de Meilhan, fils du docteur. — L'abbé d'Espagnac au pharaon. — Exécution de cet abbé contre M. de Meilhan. — Moncrif, historiographe de France. — Épigrammes et méchanceté de Voltaire à Tégard de Moncrif. — Le Poète Roy. .— Ses épigrammes et sa correction. -^ Un mensonge de M. de Voltaire; sa découverte et sa punition.

— M. de Crône et le Baron d'Hunolstein. — Leur étrange conduite à Fégard de Moncrif et de Voltaire. — Extrême vieillesse de Moncrif. — Ignorance oii Ton était sur son âge. — Son épitaphe. — Crébillon fils. — Ses deux portraits. — Le présumable et Teffectif. — Ses ouvrages et son mariage. — •Son parallèle avec Jean*Jacques Rousseau. -—Le nouvelliste Bachaumont. — Son caractère et ses Mémoires. — La Présidente Doublet de Persan . — Le Bureau d'esprit et les Nouvellesidrla-main, — Fâcheux effets de celte sorte de publication. — • Tracasseries à propos d'une épigramme. — Réclamation de la famille de Tauleur. — Explication. — Le Marquis de Mirabeau , le Lieutenant de police et le Bailly de Froulay. — Excuses du Marquis. — Véritable épigramme contre lui. — Bouts fimés remplis par M"»© de Créquy . — Autre épigramme de l'auteur en forme de dissertation littéraire.

Ladite année 1770 a vu mourir quantité de per- •sonnes célèbres dans li»s sciences ou connues dans la

littérature. Ce fut d'abord le fameux Rouelle et Tacadémicien Mairan, ensuite le président Héoault, le docteur Sénac et le poète Moncrif ; enGn le philosophe d'Argens , Crébillon fils y Gentil-Beroard et le nouyelliste Bachaumont. Procédons par ordre.

Ce que je TOUS dirai sur le célèbre M. Rouelle, c'est qu^il était le chimiste du Jardin du Roi^ et qu'il revendiquait toujours toutes les découvertes qui se faisaient de son temps. Il accusait tout le monde, et surtout les physiciens allemands , de lui Toler toutes ses idées, et Tépithète de plagiaire était pour lui le synonyme du mot scélérat. Pour exprimer riiorreur qu'il éprouva pour le crime de Damien, il avait dit que c'était un plagiaire ; et, comme il était grand patriote, il ne manqua pas d'appliquer la même épithète au Maréchal de Soubise après la bataille de Rosbach.

^ Mais, lui disait M. de Buffon, ce n'est pas un plagiat que de s'être laissé battre par des Prussiens ; c'est, au contraire^ une invention toute nouvelle de M. de Soubise.

— Allons donc, Monsieur! ne le défendez pasl s'écriait le chimiste; c'est un animal infime, ua double cochon borgne, un mulet cornu ! Je suis sûr qu'il a quelque chose de vicié dans la conformation Enfin c'est un être obtus; il est indigne

de porter le nom de Français ! je vous dis que c'est un ignare, un criminel, un plagiaire!

Si grave et si consciencieux que fût perpétuellement le Comte de Buffon, il avait pourtant fait à M. Rouelle une fameuse espièglerie ; mais c'était pour la prei '» '^^ liè^e fois d« s« vi<> sans

doute y et c'était d'ailleurs une mystification scientifique, ainsi que vous allez voir.

Il écrivit donc un Essai sur l'organistUian présumable des jmnes Centaures , dissertation qu'il adressa par la poste à son voiein M. Rouelle ; et celui-ci ne manqua pas de crier au voleur. — Il n'est pas, disaitil, une seule observation de ce plagiaire inconnu qui n'ait été pillée, effrontément pillée dans mes discours ou mes écrits I

Quand on l'avait fait sortir de ses cucurbites et de ses matras, il n'avait plus aucune sorte d'idée raisonnable. Toute pensée d'obligation religieuse ou de spiritualité lui était si complètement étrangère que le mot crime et le verbe pécher ne lui donnaient aucune autre idée que celle du plagiat^ Dieu, l'Ame et l'Avenir étaient pour lui néant, rien, moins que rien ; le doute lui manquait faute d'idée, et la brute n'avait pas plus de sécurité. — L'homme est un tube actif et digestif y ouvert à ses deux extrémités : voila sa définition de Thomme, et c'est tout ce qu'il avait vu dans l'Évêque de Marseille , le Président de Coste et le Maréchal du Muy, ses bienfaiteurs.

M. de Beauvau m'a conté qu'on parlait un jour, chez M. de Buîfon, des mouvemens naturels, et que c'était dans son cabinet, au Jardin du Roi. — Il m'est impossible, dit le Cardinal de Bernis, de ne pas baisser la tête lorsque j'entre dans une église.

— Il y a comme cela des mouvemens matériels et machinaux qu'il est impossible d'analyser et d'expliquer, observa le professeur de chimie; car enfin. Monseigneur, pourquoi les ânes et les canards baissent-ils toujours la tête en passant sous

DE LX MARQUISE DE CRÉiilT. :5

les portes cochères et sous les arcades les plus éle- ▼ées? J^en ai fait rexpérieuce : j*ai fait passer des ânes et des canards sous la porte Saint-Antoine ; j'en ai fait passer sous la porte Saiut-Dtnys, qui est bien autrement haute. £h bien , Messieurs , vous me croirez si vous voulez , mais je vous donne ma parole d^honneur que je n'en sais pas plus que

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