CHAPITRE X
Quatre saicidet et quatre mésalliaDces en 4784. — L'auteur y ▼oit un mauvais présage. — Les Jansénistes parlementaires. -^ Leurs poursuites contre rArchevéque de Paris. — Une enquête au couvent des Capucins. — Interrogation de Pauteur à M. de Taileyrand. — Mort du Garde-des-Sceaux , M. de Lamoignon. — Réflexion sur les familles de magistrature qui quittent la robe pour Pépée. — Geneviève Galliot et le Prince de Lamballe. — M"»* la Duchesse douairière d'Orléans. — Un portrait de femme. — Une confidence. — Un mariage secret.
Parmi les symptômes de dissolution qui menaçaient Tordre social, on était principalement effrayé de la fréquence des suicides et de l'effronterie des mésalliances. Dans une période de moins de dix-huit mois, il y eut à Paris quatre exemples de suicide, avérés et constatés.
Un neveu du Président Le Rebours s'était brûlé la cervelle ; l'acte criminel et les circonstances du crime étaient manifestes, mais la famille était parlementaire et janséniste; aussi, le Procureur-Général de Fleury ne poursuivit point, ce qui parut un déni de justice abominablement scandaleux! Le peuple voulut empêcher l'admission du cercueil dans l'église paroissiale de St.-Séverin , et le curé, qui avait fait
SOUVENIRS DE LA MARQUISE DE GRÉQUY. 195 les obsèques, fut interdit par M. TArchevèque, mais le Procureur- Général eut mission du Parlement pour informer contre ce Prélat, qui ne s'en embarrassa guère et qui maintint fermement son arrêl d'interdiction.
Un vieuK frère-lai, du couvent des Capucins, s'é* tait coupé la gorge ayec un rasoir ; il était notoirement prouvé que c'était dans un accès de fièvre chaude; mais les bons chrétiens du Parlement n'en voulurent pas moins instrumenter contre le défunt, pour le faire traîner sur la claie, en conséquence duquel bon vouloir, ordre d'enquête, cédule en commission rogatoire et nomination d'un conseiller rapporteur, et puis descente de justice aux Capucins du faubourg St.-Jacques. Le Père Gardien (qui était le Prince Adrien Griroaldi), répondit humblement et raisonnablement à ces enquesteurs séculiers, qu^il était institué supérieur de cette maison pour y maintenir la règle monastique en y faisant la police de conscience, et qu'il n'avait rien autre chose à dire à l'autorité laïque en cette occasion ci. Quand on voulut allervérifieretconsta ter le corps du délitet du défunt, ou ne le trouva plus, parce qu'il était sous terre, et parce qu'aucun des religieux ne voulut désigner, dans le cimetière du couvent, la fosse du vieux frater. Ainsi, nul moyen d'enquête ni de procédure, nu de procès-verbal. Le supérieur fut assigné pour Hre oui, et fut ensuite décrété de prise de corps, ce (jiii fut une chose non moins scandaleuse que les lunérailles deSt.-Séverin. Le Roi fit évoquer l'affaire à son grand conseil , et c'était le seul moyen qui fût resté pour pouvoir soustraire les personnes reli^
gieuses à Tasurpation tyrannique et à ranimosité
des jansénistes parlementaires.
Si le jansénisme et le protestantisme, le déisme et le matérialisme, sont quatre choses distinctes, elles ne s'en tiennent pas de moins proche ; elles sont adhérentes, elles se croisent pour se fortifier; elles se précèdent pour se succéder inévitablement, un peu plus tard, un peu plus tôt, suivant les degrés de perversité dans Tintelligence et les volontés du cœur. Ce sont les anneaux d'une chaîne dont l'athéisme est le dernier. On ne saurait nier que la révolution française ait été préparée, produite et soutenue par les jansénistes. La constitution civile du clergé, de M. de Talleyrand, était du protestantisme tout pur. Je voudrais bien que l'Abbé Grégoire et TAbbé de Talleyrand, l'oratorien Fouché de Nantes et le franciscain Chabot, nous disent à quel anneau de la chaîne ils se sont arrêtés? Si je revoyais jamais le citoyen Talleyrand (lequel est aujourd'hui ministre de la république française), je le prierais de me le dire en son âme et conscience I il me répondrait sans doute qu'il a commis un suicide moral, en immolant à son ambition son honneur et sa conscience. Il me dirait peut-être aussi qu'il est
devenu tout-à-fait Allons, pas de jugemens
téméraires ! il n'est question pour aujourd'hui que des suicides matériels, tristes avant-coureurs de la révolution de 89 et de la séance du jeu-depaume !
M. de Lamoignon (l'ancien Garde- des-Sceaux) avait été passer quelques jours à sa terre de Basville. On le vit sortir du château, habillé connue
un chasseur, en veste de ratine verte, avec un chapeau gris , des guêtres de peau fauve et ie reste du costume à Ta venant; ce qui devait être bien joli pour un Vice-Chancelier! II avait dit qu'il jillait se promener dans son parc afin d'y faire de l'exercice et d'y chasser sous bois. On l'attendit inutilement pour diner; on passa toute la nuit a le chercher avec des flambeaux, et Ton trouva qu'il était mort d'un coup de feu d^ns la poitrine. Son fusil n'était plus chargé, les traces du coup démontraient assez qu'il avait été tiré de bas en haut ; et l'on en conclut judicieusement qu'il avait péri par un accident involontaire. Vous imaginez bien que le Parlement de Paris ne s'ingéra pas d'en informer. Un ancien ministre de la justice! et ce qui paraissait bien autre chose en Parlement, un Lamoignon!.... Je ne manquerai pas d'ajouter que c'était un magistrat philosophe, à qui l'exemple de sou cousin M. de Malesherbes avait faussé la judiciaire, et ce dénouement de la vie d'un ambitieux n'afQigea personne, excepté la veuve et les enfans de ce magistrat.
Le dernier événement qui me reste a vous raconter fut bien autrement douloureux pour moi que la fin prématurée de ce Garde-des-Sceaux. Il ne s'agissait pourtant que d'une jeune orpheline, une simple paysanne ; mais avant d'en arriver à Geneviève Galliot, il faut que je vous parle de Louis-Stanislas de Bourbon, fils unique et malheureux héritier de M. le Duc de Penthièvre.
Le jeune Prince de Lamballe avait du jugement, de l'instruction, de la mémoire et de l'esprit, mais
c'était une sorte d'esprit sérieux dont on disait qu'il aurait pu se passer, ce qui m'avait paru sottement dit. Il était naturellement bienTeillant et bienfaisant ; il avait tous les agrémens et les inconvéniens d'un homme déterminé , ce qui me parait terrible et ce qui m'effraie toujours dans l'âge de l'inexpérience. Il était régulièrement bien fait, grand et robuste ; sa figure était l'expression de son cœur agité, généreux , passionné , sincère. Ses deux yeux n'étaient pas de la même couleur, ce qui donnait à sa physionomie quelque chose d'incompréhensible, et du reste , il était aussi beau qu'il est possible de l'être avec des cheveux roux.
Le Prince de Lambalie avait conservé de son éducation parfaite et de son instruction solide , un profond respect pour la religion , tout aussi bien que l'amour et l'habitude de la bienséance, ce qui dit assez Thorreur du scandale ; mais par-dessus toute chose, il a toujours gardé pour son père un sentiment de vénération tendre et craintif.
— Je ne lui montre pas toute la tendresse qu'il y a pour lui dans mon cœur, me disait M. de Penthièvre : il a besoin de me craindre ; s'il pouvait imaginer à quel excès je Taime , et les combats que j'éprouve, et toutes les violences que je me fais pour lui dissimuler quelquefois mon attendrissement , il m'en aimerait encore mieux , je le pense bien ; mais il en perdrait la frayeur de me mécontenter, et c'est un frein salutaire. Il en prendrait trop de confiance. A son âge, avec son ardeur et sa véhémence, il outragerait la Providence ; il offenserait le prochain ; il se corromprait, peut -être?... ah I ma chère
DR LA MAROUISE DE GRËQUY. 199
amie, si vous saviez tout ce que j^en souffre, et combien cette contrainte journalière avec un fils qui
m'est si cher est un rude effort pour moi ! J'ai
besoin de me dire souvent que c'est pour son plus grand bien que je me torture (il en pleurait cet ad«> mirable homme!), et si je ne Faimais pas autant, je n'en aurais jamais le courage I Si je ne mettais pas, comme dit l'apôtre, une sentinelle a mes lèvres qui s^ouvrent si naturellement pour lui dire avec effusion des paroles d'amour et de jubilation paternelle, et si la prudence ne venait pas raidir mes bras qui s'ouvrent pour l'embrasser et le presser sur mon cœur, il serait bien étonné de la faiblesse et de l'affection passionnée que j'ai pour lui !
M. le Duc de Penthièvre avait consenti, non sans répugnance et sans appréhension, je vous l'assure I à donner la main de sa fille unique à ce Duc de Chartres, qu'on a vu successivement Duc d'Orléans, anglomane et patriote, démocnite et terroriste. Le père de cette malheureuse Princesse a souvent eu l'occasion de se reprocher la déférence qu'il avait montrée, dans cette occasion-ci, pour la volonté du Roi ; car il n'est sorte de bienfaits dont cette indigne et perverse famille d'Orléans n'ait été comblée par les petits-fils de Louis XIV I
Le Duc de Penthièvre ne voulait pas fomenter l'aversion que M. de Lamballe avait naturellement pour son futur beau-frère ; mais quand on osait parler équitablement de son gendre en présence de son fils, on voyait qu'il en éprouvait une espèce de sécurité pénible et d'approbation douloureuse.
Sœur affligée, épouse outragée, mère de douleurs I
100 SOUVENIKS
j'aurai souvent é parler de vous tristement et les larmes aux yeux, Princesse inconsolable I digne et vertueuse fille de M. de Penthièvre, vous que j'appelais quelquefois ma fille et qui m^appeliez toujours ma mère, avec une voix si douce et si confiante, avec cet accent d'affection pour moi que vous tenez de votre père , et que vous avez , tout comme lui , si touchant , si naturel et si vrai !
M. de Tessé protégeait beaucoup le peintre Oreuze, et me l'avait envoyé pour me montrer de ses tableaux {\), Ceux qu'il apporta chez moi consistaient dans une scène champêtre qui lui fut achetée cinq cents louis par M. de Penthièvre, et dans plusieurs portraits, de fantaisie, supposai-je, au nombre desquels il y avait une tête de jeune fille que je trouvai d'une beauté si noblement et si religieusement naïve , que j'en voulus faire acquisition pour la mettre dans mon oratoire, en guise d'image ascétique; mais — c'était un portrait il n'appartenait pas au peintre et Greuze avait l'air
contrarié de ce que cette peinture attirait à ce pointlà mon attention. Il y avait quelque chose de mystérieux dans l'embarras de ses réponses, — il ne savait pas trop — il ne pouvait pas dire et
l'idée que je ne reverrais jamais cette charmante
(^ ) Jean-Baptiste Greuze , né en ^726 , mort en ^ 805. Greuze d dû principalement sa célébrité à son intelligence du naturel et son amour du vrai. H est à remarquer que le caractère de ses conceptions marque toujours une intention morale. On ne connaît de lui aucune composition licencieuse , et Ton pemt dire de tous ses tableaux qu'ils réveillent la sensibilité en inspirant l'amour de la vertu. ( Note de l'Éditeur. )
DE LA MARQUISE DE CRËQUY. 201 figure était un véritable chagrin pour moi.J^en éprouvais une espèce d'attendrissement pénible , ainsi qu'une jeune fille mélancolique ou romanesque qui verrait un admirable garçon pour la première et la dernière fois de sa vie, sans savoir son nom? sans avoir eu seulement la consolation d'en avoir été remarquée! On vint m'annoncer M. le Duc de
Penthièvre : il acheta le grand tableau sans en demander le prix (Greuze était persuadé, bien justement, qu'il n'aurait qu*à s'en féliciter); mais S. A. S. le pria de lui faire une copie de ce tableau que j'aimais , et ce fut de si bonne grâce , avec tant de persistance et de courtoisie, que ce même tableau m'arriva tout justement pour la veille de ma fête, c'est-à-dire au bout de quinze jours. Je remerciai l'anonyme obligeant qui me faisait une galanterie de cette image archangélique , et je la fis d'abord exposer à l'adoration de mes fidèles, à côté de moi, dans mon second salon.
Deux ou trois jours après, j'écrivais le matin dans mon oratoire , on vient m'annoncer une visite , et j'entends que c'était M. de Pombal (>!). Je réponds qu'on ait à le prier de m'attendre , et j'arrive au bout d'un quart d'heure , sans avoir sonné pour qu'on vînt m'ouvrir les portes, attendu que je n'avais que ma chambre a traverser. J'ai toujours été de cette force-là ! (La Reine m'a conté que M*"^ de
(4) Dom Pedro-Jean-Scbaslion de SilTa-Tavora , Ménésès Vc Castro , Marquis de Pombal et d^Orugua. Il avait rté accrédité comme ambassadeur extraordinaire à Paris pnr le Roi ùa Portufjal , Dom Joseph de Brajjance , en 4759.
Maurepas lui disait un Jour. — La douairière de Criquy, Madame! elle est courageuse et résolue comme un dragon ! si les sonnettes étaient dérangées chez elle^ elle est capable de m' ouvrir les deux battans de ses por^ tes à elle toute seule, et je suis sûre que le^ ampoules ne lui seraient de rien? ) J^étais donc arrivée dans mon salon dont la porte était ouverte, et c'était sans aucun bruit par la raison que vous savez, puisque je ne fais jamais ôter mes tapis. J'aperçois M. le Prince de Lamballe, et non pas le Marquis de Pombal, Ambassadeur portugais , qui regardait fixement cette figure de femme avec une expression tellement étrange
— Chère maman !.. qui vous a donné ce portrait? comment se trouve-t-il ici?
— Mais, Monseigneur y c'est Monsieur le Duc de Penthièvre, qui me Ta donné!
— Mon père?.... c'est mon père!.... Et le voilà qui tombe comme un foudroyé , sans avoir eu le temps de chanceler ni de pâlir.
Mon premier soin fut d'envoyer défendre ma porte, et je ne voulus le faire soigner que par notre fidèle Dupont, sa femme et leur neveu, parce que ce sont des gens à l'épreuve, et que je craignais qu'il ne parlât plus qu'il ne le voudrait.
Son évanouissement se termina par une hémor^ ragie tellement violente, que tous ses vôtemens , et surtout sa veste et sa cravate, étaient couvertes de sang, au point qu'on fut obligé d'envoyer à l'hôtel de Toulouse afin d'en rapporter d'autres habits.
J'aurais voulu pouvoir le consoler et le rassurer,
DE LA MARQUISE DE CRËQUY. tôt
ce pauvre jeune prince, je Taimais comme s'il avait été voire frère I II voulut rester avec moi toute la journée ; je ne reçus personne au monde , et voici la confidence qu'il me fit.
« Vous savez que dans mon enfance et pendant * mes promenades avec mon gouverneur, je m'é- « chappais souvent dans la campagne. Quand je me « sentais en liberté, mon cœur en tressaillait de joie f « J'allais me cacher dans nos belles forêts du Vexin « français (4) ; j'allais m'asseoir au bord d'un ruia- « seau pour y rêver ; j'entrais dans une chaumière et pour y manger du pain bis avec du lait ; je m'ar* « rétais à causer avec une vieille paysanne , ou bien « je suivais le convoi d'un pauvre manouvrier, der* « riôre les parens du défunt, jusqu'au cimetière de « leur village. Aussitôt qu'on me regardait avec un « air étonné, je m'enfuyais.
« J'entendis que mon père disait un jour à l'Abbé ff de Florian : — Laissez-le donc tranq uille; si nous a le tourmentons, il s'en ira peut-être si loin, que « nous aurons peine à te retrouver? Il est agité par « un esprit de mouvement et de liberté dont il ne « sait que faire et dont il ne fait pourtant pas roanff vais usage; et par exemple, hier, savez-vousce « qu'il est allé faire en s'échappant comme un ehe- « vreuil à travers les bois et les rochers , jusqu'à « deux lieues d'ici? il est allé dire ses prières du soir « avec l'ermite de la Chesnaye. Surveillez-le bien ,
(I) Le PrÎBCe àe LamWIf avait passé son enfanee et sa première jeunesse au château d^Aonet, dont son père était possesseur à titre de Priori d^Annei et Comte de Vexin. {Note de l'Àut.)
« mais ne le punissez pas ; je tous le défends, mon
« cher Abbé.
« 11 me semble que j'avais alors de douze à treize « ans ; mais ces paroles de mon père , prononcées « avec cette voix du cœur que vous lui connaissez , « firent beaucoup d'impression sur le mien. Mes « évasions devinrent moins fréquentes ; je craignais « d'inquiéter mon père et d'abuser de son extrême « bonté pour moi ; je n'obéissais pas toujours à cette tt bonne disposition , mais lorsque j'avais cédé à mon « premier mouvement d'indépendance et d'impé- « tuosité, j'en éprouvais du regret, du trouble, et « j'en restais malheureux, ce qui ne m'arrivait pas « autrefois, et c'était une sorte d'amélioration.
« En m'en revenant, par un beau soir d'été , c d'une de ces excursions, je m'étais arrêté sur les « rochers de la Thymerale, auprès de notre château « d'Annet. C'était, je crois bien , pour regarder le « coucher du soleil , mais je vis passer à côté de « moi une charmante petite fille, qui conduisait « une chèvre, et comme la pauvre enfant n'avait « pas la force de faire obéir cette bête rétive et « quinteuse, et qu'elle ne voulait pas lâcher la « corde qui l'attachait, elle fut entrafnée parmi des
« quartiers de roche où je la vis tomber Je m'é-
« tais élancé près d'elle , et je vis qu'elle avait une
« blessure au front J'essuyais son joli visage
« avec mon mouchoir , et c'était ses larmes qui « servirent de vulnéraire. Elle me souriait tout en « pleurant; je n'oublierai jamais son adorable sou- « rire , et je crois encore l'entendre dire avec une « voix argentine, avec un accent de bonheur et de
« sensibilité radieuse : Ce n^est rien du tovi^ rien du
« tout! Je voulus soumettre et conduire ce ca-
« pricieux animal : je m'emparai de la corde qui « rompit ; je détachai mon écharpe à franges d'or, « et j'amenais la chèvre en triomphe, iorsqu'en « tournant à l'angle de la Yennerie, je me trouvai « face à face avec mon père qui allait faire une pro- « menade, et dont la suite était nombreuse. J'en ff fus interdit de prime-abord, et puis je racontai « fidèlement et simplement ce qui s'était passé.
« Mon père ordonna qu'un gentilhomme è lui ir vint m*accompagner. — Je ne vous gronderai « pas pour aujourd'hui, dit-il en me souriant, M. « de Fénelon valait mieux que vous , je l'ai vu reff conduire au bercail , en habits d'évéque , une « pièce de gros bétail qui s'était échappée de l'éta- « ble d'une pauvre veuve ! Allez, mon fils.
a La petite fille n'avait pas osé s'approcher , de « sorte qu'elle n'entendit rien de ce que disait mon a père.
ê La mère de Geneviève Galliot était malade de
« la poitrine : pauvre jeune femme ! Elle était
« veuve d'un garçon de charrue qui servait dans « notre ferme de la \Scomterie , et qui avait été tué « par un taureau* C'était , disait-on dans le pays, « un honnête jeune homme et le plus beau garçon « de la principauté. La veuve de Remy Galliot ne t possédait pour tout bien que leur chaumière, « avec un petit jardin planté d'arbres fruitiers , « quelques ruches et de plus un arpent de terre
* ensemencé d'orge ou de seigle. £lle aurait gagné
• la vie de sa fille et la sienne avec sa quenouille,
miis sa ititfladie l'éin^ôchait àe filer Ex«
casez tous ees détailiB que je tous doûoe sur la fa^ mille de G^fierfève, et ne vous en étonnez pas.. . . ^
« Je dis à Baïklessen , notre genliihomiBe , que je me sentais fatigué , que jie le priais d'aller me chercher mon- carrosse et tpie j'irais le rqmnrdr& à rentrée du sentier qui condkiisarit au Fresnoy ; c'était le nom de ce petit hameau. Je A^'afraw à ma disposition qu'on louts d'or , et je dis a I» mère de Geneviève , avec embarras et paf je ne sais quel instinct de sentiment conFu» et d^affection délicate à' l'éga^rd de sa fille, que c'était ma mère , à moi , qfui lui envoyait cette pièce d^'or , et qu'elle ne la laisserait manq^ier de rieil. Elle commença par nous combler de' bénédictions et puis elle me demanda qui était ma mère?........
Je vous avouerai que je fus profondément trou-' blé par cette question qui était pourtant si naturelle et si facile à prévoir ; il me sembla qde ma réponse allait peut-être élever une muraille ou creuser un précipice entre cette pau?ré famille et moi. le lui dis en balbutiant et baissant les yeUx, que le nom de famille de ma mère était Modène, et la malade reprit d'une voix languissante en re-» gardant sa fille : -^ Ily a tant de bùurgeois par ici que mus ne connaissom point I — ^ Nous de-* meurofls tant loin du bourg! ajouta la jeune fille ayec une expression de reconnaissance et d'amitié dont mon cœur était dilaté.
Il Geneviève Galliot ne manqua pas de revenir sur les rochers de la Thymerale avec sa chèvre, et je ne manquai pas de m'y trouver le lende*
DE LA MAB^pSJE: 0E GRÉQUY. HOi
inain, I^ JQur;$ 8uiva^, ^ t jusqu'à la fin de Tautomne. ^e n'aTai$ qii'ane petite porjte du parc à friinchir^ J'arrivais presque toujours Je prejQoier , j'aj^orlais de i'faerbê pour la chèvre, qui s'en retournait les mamelles remplies. Nous faisions des Abapelleis el des cabanes avec des branchageSi et nous faisions des bouqye^ et des guirlandes avec des fleurs des chaipps. Iç lui disais ; Geneviève, vx>il dç rarjgent pour jl9 mère, et je te donnerai ppiir ies étrenpes une belle croix d'or... — Avec mil /çœMf 4'argent, disait-elle en éclatant de joie. -^ Avec un cœur d'or comme la croix I -^ je t'aîmetant, ma Geneviève, je t'aime tani, je voudrais pouvoir te donner toul ce que je possède et tout ce que j'aurai jamais! — Obi moi ms^if monsieur Louis I... Mais c'est que je n'ai riçA po^r yous, reprenait-elle avec un air de trJste9S<^ et de rèsignatiou douce et confiante, tf Je qoe souviens qu'un jour elle me fit présent d'^D bp^qu^t de primevères des bois, des primevère d'un jaune pâle, qu'elle avait cueillies pour moi. Je l'ai toujours gardé, ce bouquet; il est dans unç c^assetle où j'ai serré tout ce quç j'ai de plus précieux : une prière écrite par saint l4)i|is, une relique de la vraie Croix, une lettre dp iiotre.aieul Qenri lY, un bracelet de perles avec un portrait de ma mère, enfin des cheveux d^ ma sœur, et les primevères de ma pauvre petite amie, ma première amie, ma douce Geneviève !
« Un jour, à la fin d'octobre, elle ne vint pas « à nos rochers où je l'attendis jusqu'au soir. Je
<f rentrai au château à la nuit close et dan» un état
f d'agitation fiévreuse; je laissai procéder a mon
« coucher comme à l'ordinaire, et je me relevai
« tout aussitôt que mes deui valets de garderobe ]
f se furent éloignés. Il était tout au plus dix heures
« du soir, mais comme mes parens se trouvaient à
« Rambouillet avec leur cour, il n'y avait dans le
« château que les personnes de la conciergerie avec
« les gens nécessaires a mon service, et je me pro-
« mettais bien de sortir de mon appartement avec
fl assez de précaution pour ne pas leur donner
« réveil. Il me semble, au restfi, que personne
« n'aurait eu assez l'autorité de me retenir. On ne
« me voyait jamais faire aucun acte de puérilité
« dangereuse ou déraisonnable; tous les dômes- -
« tiques de la maison de mon père m'affection-
a naient beaucoup et me craignaient un peu ; enfin,
« mon Gouverneur était à jouer au trictrac avec
u l'Abbé de Florian, dans mon grand cabinet, ce
(( qui les empêcha de m'entendre ouvrir la fenêtre
« de ma chambre. Je descendis en me crampon-
« nant avec les mains, les pieds et les dents, à
« tous les reliefs et les ornemens sculptés sur
« les murs de ma tourelle; j'atteignis bientôt la
(f petite porte qui s'ouvre sur la Thymerale et je
« m'élançai hors du parc, en bondissant comme
H un daim!
« Je ne sais comment je ne fus pas surpris d'à-
« percevoir de la lumière dans cette petite maison
« où Geneviève et sa mère auraient dû se trouver
0 endormies dans l'obscurité, au village, à l'heure
• qu'il était et pendant l'hyver?... Mais, du reste,
DE LA MARQUISE DE GRÉQin'. }09
il m'aurait semblé que rien De pouvait et ne de* Tait se trouyer dans Tordre naturel des choses, parce que Geneviève n'était pas yenue sur la Tbymerale; et quand on a le cœar troublé, on ne songe qu'à soi.
f Je restai plus d'un quart d'heure à contempler, par dessus la haie du petit jardin, la porte de cette chaumière; je n'osais pas en approcher, mais dussé-je attendre jusqu'au lendemain matin , j'étais sûr de la voir : elle me dirait la cause de son absence; elle était là, j'étais ici, tout auprès d'elle, et les mouvemens douloureux et désordonnés de mon cœur étaient apaisés. Il en avait besoin : j'avais senti battre le cœur d'un homme dans la poitrine d'un enfant, et j'aurais
cru qu'il allait se briser contre mes côtes!
Il me semblait donc que je n'avais plus rien à désirer, rien à craindre, et qu'il me suffisait, pour éprouver un bonheur parfait, de me tenir tranquille, à l'endroit où j'étais, jusqu'au point du jour.
A Cependant, je vis ouvrir la porte de la maison; il en sortit une petite vieille femme avec une lampe allumée qu'elle avait grand' peine à préserver du vent ; je la vis arriver auprès de la haie qui nous séparait, pour y couper une branche d'arbuste Je ne sais quelle idée sombre
traversa mon âme, et j'entrai dans ia chaumière à
la suite de cette vielle femme Geneviève, car
je ne m'occupai d'abord que d'elle, et je ne vis qu'elle ; Geneviève était à genoux auprès du lit de sa mère à qui le vieux curé de Rouvres administrait
2J0 M)IJVENm8
l'eitréme-onctioii. Je vins m^agenouiller é cAlé d'elle ; mais Geneviève ne jeta sur moi qu'un regard fugitif et distrait; presque indifférent. Ses yeuK étaient fixés sur la pale figure de sa mère, en contemplation douloureuse , en préoc* eupatioi) lugubre , en désolation de ce qui lui survenait sans avoir été prévu ni présumé par CAtte pauvre enfant. Le bon vieux prêtre se mit
ensuite à réciter les prières des agonisans
Mon Dieu! que c'est beau , les prières des ago* nisans! — îes avex-vous jamais enteqdues, pua bonne mère ?
c — Mon Enfant, coutinuez'^aioi votre récit, lui répondis-je, et ne vene^ p^s me distraira d# vos peipes par le souvenir de mes propre ^U (lietioQS.
f J'étais absorbé, reprit M. de Lamballe, diins celte gruode vision de la mort, qui m'apparais-^ sait pour la prefnièra fois, et certes la plus admi^ riibie ebose de la terre est une mort chrétienne ! Le lieu de la scène était une cabane isolée, ou l'on entendait mugir Taquilon qui tourmentait et venf^it raRaler jusque dans les flammes de Tétre, taudis qu'il agitait l'huis rustique et le petit vitrail à compprtimens dans sa résille de plomb ; il y ayait là-dedans une pquvre villageoise qui se mourait sur uo Ut de serge verte, deux enfans, un prélrç de campagne et une paysanne qui tenait un rameau de buis ; mais lorsque la malade ne respira plus, et quand l'homme de Dieu se leva pour dire ayec une expression d'autorité surhumaine : — Je vous absous, au nom du Père et
du Fils et du Saiot-Esprit; — partez, Ame chrétienne, et allez rejoindre votre créateur; il me sembla que les cieux venaient de s'ouYiir, et je m'écriai d'une ?oix forte : — Ainsi soit-ii 1 Le curé qui ne m'avait pas encore aperçu, retourna la tête en me disant : -^ C'e^t vous, Monseigneur?..... — Oui, mon bon Monsieur, c'est moi, répondis -je en lui serrant les mains, prenez soin de Geneviève ; prenez-la chez vous , Monsieur te Curé; je vous en priel je vous paierai la pension de Geneviève ; vous remmènerez chez vous, vous allez l'emmener chez vous pour qu'elle pe couche pas toute seule ici, n'est-ce
pas?
f Cet ancien Curé de Rouvres , qui est aujourd'hui Prieur d'Annet, a toujours éié le plus simplement charitable et le meilleur des hommes, — J'accepte volontiers, me dil-il , et sans rétribution d'artj[ent, la charge d'élever cette pauvre orphehne. I^^idée pçi ip'eq serait peuMtre pas venue \ mais |$i Providence a ses intentions qui dirigent qo^ opér^tion^, comme dit saint Thomas, et je pen^a que c'est le bon Dieu qui vous ^ fait veqîr ici l^i)t juste pour me recommander Geneviève au qioment de (a mort da sa mère , à cûté des reliques de cette sainte femme ; car son âme est devant le bon Dieu, Monseigneur, et c'était UQ aoga de vertu !
« Geneviève me sourit encore une fois à travers un déluge de Iprmes ; elle qe s'^tonoa point et ne se réjouit pas du tout de savoir qui j'étais; elle avait toujoum su que J'étais un i<mff09».
St2 SOUVENIRS
« et la qualité de Prince ne lui paraissait rien de
« plus.
f Elle aurait voulu rester auprès du corps de « sa mère, mais je la fis conduire par cette bonne « Tieille au presbytère de Rouvres aussitôt que le « Curé fut parti ; car il avait été mandé pour un <t autre malade à Tautre bout de cette paroisse. Ce « ne fut pas sans difficulté qu'on put la faire sortir m de cette chaumière, où son berceau se trouvait « encore auprès du lit de la veuve. (Imaginez que u c'était précisément dans ce berceau qu'elle avait « pris l'habitude d'entasser et d'arranger tous les « petits présens que je lui faisais. Pardonnez-moi « la puérilité de cette observation ; vous savez comff bien les moindres détails deviennent précieux, ff quand ils se rapportent a ceux qu'on aime par- « faitement).
« J'avais dit que je le voulais avec une gravité si <f ferme, que la vieille femme avait pris le parti de i m'obéir, et que la jeuoe fille en était restée saisie. « C'est qu'il était survenu dans mon âme une ré- « volution complète ; je me trouvais chaîné de Ge- « neviève, j'étais devenu subitement un homme, « lin être puissant par la volonté , et je vous puis « assurer qu'à partir de ce moment-là , je n'ai pas « eu, depuis l'âge de quatorze ans, une seule pensée « d'enfance.
« Lorsque je me trouvai seul et face à face avec « le corps de Suzanne, il me fut d'abord impos- « sible de prier ; il me semblait que j'avais à remn pKr, avant toute chose, une autre sorte d'obliga- « tion plus urgente et plus obligatoire. — Oh !
« fus-je dire à cette chair inanimée, à cette fignre « morte, a ce cœur inerte et ces entrailles muettes , « — Oh ! soyez en paix ! j'aime votre fille, je l'aime, « yotre enfant ! je la respecterai, je l'aimerai comme « on aime les anges du ciel, aTec qui vous allez
« veiller sur elle! — Je l'épouserai (lui
i dis-je avec l'accent d'une voix si profonde et si « mâle, que j'en fus surpris moi-même et que ma « propre voix me fit tressaillir, comme si j'avais i entendu parler un autre que moi ?) — J'épouserai « Geneviève, Geneviève Galliot, votre fille! je le « jure sur la sainte image du Christ que je fais tou- « cher à vos lèvres.... Et puis je me sentis le cœur « inondé d'attendrissement et dominé par un sen- « timent de respect ; je m'agenouillai sur le bord « de la couche mortuaire, je découvris discrète- « ment le corps de la défunte et je pris sa main « rurale et gercée, sur laquelle j'appliquai religieu- « sèment un baiser filial.
i Pauvre Suzanne Faure, veuve Galliot , je vous « ai tenu parole , et le nom du mari de votre fille « est Louis de Bourbon, Prince de Lamballe et de « Gorentin. — Vous ne me connaissez pas, Mar- « quise de Créquy; vous connaissez la modestie « de mon père , mais vous ne savez pas combien « mon cœur a de simplicité? c'est à me faire ff douter quelquefois que je sois né du sang « royal »
Je lui répondis de ne pas tomber dans les déclamations philosophiques et les amplifications d'écolier. Il me raconta les funérailles de Suzanne et la bonne éducation de Geneviève, et l'histoire de leurs
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amoqrs , et comment lear mpri^fs secret avait été béni par un cl^apelain M Palai^**&oyal.... Vous sentez conibieii les confidences d^un jeune amoureux furent prolixes ; les détails en seraient inkerminebles^ et je n'ai pas besoin de tous les répéter, car qett^ partie 1^1 récit deA|. de Lamballe avait ju^^ I^en| la même physionomie que ce qui §e trppve dans tous Jes r4;>man$.
l\ afait dwP épousé cettç .pay^^nçe ^ Tinsy «de M. }e PujC de Penthièvre, ce qm ^4 ^^^ dire» et qooyennant l'assistance du J)q(24'04é9ns, q^j n'^ypit pas pianqué de calculer que les eI)f|ln^ proy^^nus d'un mariage secret ne pourraient jçijpais éjtre .cp^-< sidérés eomme apanagistes et ^mn^e héritiers de l'immeose fortune de M. 4^ Lanihaile dont il d^y^it épouser la sœur, laquelle Ducbjesse d'Orléaiis d^-^» viendrait nécessairemeiitl'unîjfiieMriti^edQ M* de Pentbjèyre en conséquence d'un pareil mm^g^» Sordide et crapuleux personnage I Vpijs yerrex bientôt ju^qji^'pn poi^T^it aller ^ bassesse et sa cprruption dans 1^ cupidité 1
-T- Regardez ht portraii de (Q^gevi^ve, et ditçs* moi comment VQU3 la trp^vpf ?...,.
-T- f^ n^ répoJ94mi pa^ ? «eU, Monseigneur ; je ne saurais vous approuver et je trouve inutile de vops adre^er des pj^rpjes de blâi^e. Voiis savez qu'on doit cpmpter si|r ma dUc^étion dans tous les cas, et surtout quand on a ma parole; mai^ vptre pèrel.... ayez pitié de h doujeur d'un père!,.*, la douleur d'i^n pripcel.... et si iç Pue 4'Orléaqs
yoys allait trahir? et si le Roi, le cbef de
votre maison , allait faire sévir contre cette patiT^e
DE LA xlÉ^RQUISfi ÙÊ Cft£Q(CT 215
jétiiye femme qaé vom m'a.v» fail aimer , sans ié tonnûïtte^ pafo&qM je^roils ce»naiB potr un hôlntne Yétiâiqpé et foyal, un vériiabié ptiâce
frai^çais
— « Je TiriiM, répli<fa»^t^ii en baftant la câm- « pagne Amoureuse et tu plaine de Tendre ; ^^ je a J'aime et je l'aimerai toujours de toutes les puis- « sances de mon cœur et de toutes les facultés de « mon âme! J'aime toute chose en elle, et jusqu'à ff l'infériorité de sa naissance. En pensant à la dis- « tance qui devrait nous séparer, je l'en aime plus « tendrement encore et plus fortement! Tout ce qui « touche a sa famille est devenu pour moi cher et « sensible, et presque vénérable. Si je vous disais « que j'ai fait exhumer son père etsa mère, et qu'ils » sont ensevelisdans l'église de Dreux, entre le « mausolée de la Duchesse Diane et le cénotaphe « d'Henri II.... Je vous avouerai pourtant que, si <v les parens de Geneviève n'avaient pas été des « gens respectables et honorés dans leur pays, c'est H une chose qui m'aurait arrêté peut-être, et qui, « du moins, m'aurait torturé! Car j'ai peine à H croire, encore aujourd'hui, que j'eusse pu supff porter cette sorte de chagrin!.... Mais, grâce à • Dieu I le mépris public ne saurait atteindre la « fille de la vertueuse Suzanne et de ce brave Remj « Galliot que tout le monde regrette. Je vous as- « sure que si l'on osait s'attaquer à la femme de « mon choix, à celle que je veux, que je dois dé- « fendre, je saurais bien me roidir contre les obsta- « des du rang et du sang! mais le Roi n'est pas « un tyran y Madame! Le Duc de Chartres est un
216 souvEmns de la marquise de gréqvy.
« Idche ! — C'est Trai, Monseigneur, mais c'est un « traître.... — Et du reste, poursui^it-il avec tf énergie, je connais mon père et je tous connais ; « si la persécution nous atteignait, c'est à tous que « j'irais confier ma femme, et tous séries la pre- « mtère à plaider pour nous ! »