LE CHEVAL ET SON MAITRE
ALLBOOftlI.
Sur Pair : Il était une FiUe.
Bien loin de cette ville , Un seigneur déloyal
{\) Jean^Baptisto-RobertAuger, Baron de Montbion, etc. ; néà VersaiHeven 4755, niortà Paris en 4 820.0n8ait qn^il a ricbemeiit institué par son testament un grand nombre de prix qui doiv(*nt être décernés { au jugement de TAcadéroie française et de l'Académie des sciences), en faveur de ceux qui auraient fait VacUonla plus vertueuse, publié le meilleur livre de morale^ ou découvert le procédé le plus utile à l'humanité. Il a déshérité toute sa famille eu faveur de rhumauilé , de la morale et de la vurtu.
SOUVENIRS Eut autrefois un bon cheval ; Soumis autant qu^utile , Sur ce point capital , Jl nVait pas d'égal.
Au lieu de reconnaître Le senrice constant Qu*il en tirait à chaque Instant , Voilà qu^un jour le mattre , Parfois un peu brutal , Maltraita son cheval.
Piqué de Pinjustice , Le cheval se cabra , Comme aisément on Je croira ^ Un beau jour il se glisse Dans les bois , et s^en va , Plantant son maître là.
Celui-ci y plein de rage, Avec ses gens courait , Pour voir s'il le rattraperait.
Mais Pnutre, en son Imjfage , Lui dit : il n'est plus temps.
J^ai pris le mors aux dents t
On connaît assez la manière dont on a distribué jusqu'à présentées prix de vertu, de morale et d'utilité publique , à l'Académie française , et du reste, la composiUon de l'Académie sufat à l'explication. — Voilà que nous ne savons plus à qui décerner ces prix Monthionjàisaii l'an dernier M. RoyaUCollard, - pendant que la pauvre femme de M. Guizot était vivante, il n'y en avait que pour elle. { Note de VÉditeur.)
Le maître, dans la suite , Eut beau le menacer Et puis après , le caresser, Pour tout« réussite , H n^eut qu'un coup de pied , Il {ui estropié
Gela nous apprend comme C'est en le traitant mal Qu'on perd toujours un bon cheval.
Ce trait du gentilhomme , Qu'où a mis en français , Est tire de TanKlais.
Il est assez singulier que toutes les péripéties ré?olutionnaires nous aient été prédites avec une exactitude parfaite, et principalement par deux chansons, c'est-k-dire la Turgotine, en 4775, et ces couplets du sieur de Laclos, en 1778, à la distance de quiilze années pour le moins entre la publication de ces deux révélations démocratiques et les événemens de la révolution française. Cozotte assurait très sérieusement que le diable intervenait puissamment dans toutes les intrigues du Palais Royal, et qu'il avait dû se mêler de la composition de ces mêmes couplets? Ceux que j'ai fait copier ici ne sont pas moins à con* sidérer comme une révélation de la mauvaise volouté du duc d'Orléans, que pour leur exécution régicide; mais la Turgotine est d'une précision bien autrement prodigieuse; on y parle de tout, jusqu'à des noms de légumes qui seront inscrits à la place des saints dans le calendrier de 93. Si je ne vous la
reproduis point, c'est quelle e«t imprimée dans mille endroits, tandis que cette autre chanson régicide ne s'était débitée qu'avec une sorte de mystère.
L'extravagance des modes était devenue parfaitement d'accord avec celle des idées, et toutes les coutumes sociales participaient de la folie du temps. J'en avais vu d'outrageusement sottes et principalement sous4a régence. J'avais vu porter sur les tempes, ainsi que je vous l'ai déjà dit, des emplâtres d'onguent anodin pour soulager les vapeurs, et ces larges mouches étaient garnies de petits diamans, de pointes d'acier taillées a facettes, ou bien avec des grenats; c'était comme on voulait, pourvu qu'elles eussent l'air de vous avoir été clouées dans la chair. J'avais vu porter de la poudre d'or sur les cheveux, ce qui n'allait qu'aux blondes et ce qui rendait les brunes abominables ! J'avais vu les talons des chaussures excéder les prescriptions de l'équilibre, au point que l'on ne pouvait marcher que sur le bout des orteils. Enfin j'avais vu les dessins des meubles se dégingander et se déje'er comme de chétives personnes à qui la taille se tord et dont les membre» se tournent. Et puis toutes les formes d'ornemens se torturer sur les boiseries, dans les reliefs d'encadrement, les bijoux, la vaisselle et tout ce qui s'ensuit. C'était des contourneries et des tortillonages à bâtons rompus en dépit du bon sens et du bon vieux goût, avec des rinceaux brisés, des rameaux avortés , des coquilles estropiées , des Cupidons cachés dans une rose et mille autres figures impertinentes. Nous avions vu sur nos habits et nos lam-
bris des oiseaux fabuleux, des papillons eliiménques et biscornus, prodigieux insectes ! avec des feuillages absolument iuconnus des botanistes, et puis des fleurs! ah! des fleurs comme on n'en Yoit nulle part, et pas même dans le« serres ehaudes. On n^a jamais vu des animaux et des fleurs de cette nature et de cette physionomie-là que dans les fièvres chaudes.
J'avais donc vu des coutumes ainsi que des modes ridicules , en assez grand nombre, mais je n'en avais jamais vu d'aussi désagréablement insensées que celles de Tépoque où nous sommes parvenus. Les hommes étaient vêtus de ce qu'on appelait un fraCj mot anglais qui veut apparemment dire une sorte d'habit étriqué et ridiculement échancré sur les hanches, qu'il ne recouvre pas. €ette manière d'habit, qui formait la queue d'hirondelle, était, par exemple, en drap d'écarlate, avec de larges boutons composés d'un cercle en cuivre doré, lequel enchâssait un gros verre de montre qui recouvrait et maintenait agréablement des brins de mousse, des coccinelles, des sauterelles, et de petites mouches cantharides. Avec un habit rouge on mettait le plus souvent un gillet de mousseline , une culotte de soie noire et des bas chinés bleu sur blanc. Ooiiïure a la débâcle avec une petite queue sans bourse et sept à huit onces de poudre sur le collet et sur le dos de son habit. Deux longues chaînes de montre avec chacune un paquet de glands creux, de grelots, de petites clochettes, de sonnettes et autres sornettes qu'on appelait breloques; enCn, pour le complément de cette belle parure, on tenait une
badine y c'est-à-dire une petite gaule en bois souple, comme celles des valets de garde-robe pour épousseter les meubles. Le petit de Vérac était persuadé qu'on avait toujours porté des badines, et quand nous l'interrogions sur l'usage qu'on pouvait en faire , il nous disait que c'était excellent pour battre les chats.
Les jeunes femmes étaient misérablement habillées en fourreau de linon, de toile de Perse ou de petites soieries mesquines ; fichu de mousseline empesée, qui grimpait raidement jusqu'au milieu des joues et qui leur simulait, par de gros plis sur la poitrine, une sorte de protubérance exorbitante. Chevelure à grosses boucles poudrées , chignon flottant, souvent déployé dans toute la longueur des cheveux, et descendant, si faire se pouvait, jusqu'au bas de la taille. On les captivait alors dans un coulant d'écaille ou d'acier, de la longueur de cinq à six pouces ; et ceci, du reste, était une mode adoptée par les jeunes conseillers du parlement et autres magistrats qui se trouvaient dans la nécessité de porter leurs cheveux longs et dénoués^ en commémoration de la grande perruque à trois échevaux. C'était malheureusement la seule obligation qu'ils eussent conservée du temps de Louis XIV. Cette folle invention des cheveux flottans et poudrés (sans oublier l'emploi de la pommade indispensable pour y faire tenir la poudre), avait obligé de raccourcir le dossier des fauteuils, et ce fut l'occasion d'imaginer ces petits vilains sièges exigus à dos cirulaire ou chantourné, que vous verrez aujourd'hui dues presque tous les sa-
DE LA MARQUISE DE CRËQUY. Hll
ions ; meubles sans dignité , sans grâce et sans commodité surtout. Plusieurs maîtresses de maison se mirent à faire couvrir leurs meubles avec des housses, ce qu'on n'avait jamais vu jusque-là et ce qi'ii nous parut misérablement prévoyant; les autres se contentèrent de faire ajuster en haut de leurs dossiers une bande de taffetas qui reçut Télégante et délicate appellation de par-àr-graisse, et qu'on était obligé de renouveler plusieurs fois par mois, sous peine de saloperie. La M''® de Laigle en avait pris le parti de ue plus s'asseoir que sur des tabouretSy et la Duchesse de Fleury , pour plus de sûreté, faisait toujours apporter le sien (4). La coiffure des jeunes femmes était devenue si démesurément élevée, qu'on avait retiré les banquettes de leurs voitures, et qu'elles ne s'y asseyaient que sur des coussins piqués, qui n'avaient pas plus d'épaisseur qu'un sachet de Montpellier. Vous dire à présent ce que ces pauvres femmes se laissaient mettre sur la tète, au-dessus de leurs boucles poudrées, ce serait impossible à cause du désordonné, de l'informe et de l'inexplicable conBguration de tous ces gazillons chiffonnés qu'on appelait des Poufs et des Valgalas. On ne pouvait s'y reconnaître et je ne saurais m'y retrouver.
M. Léonard, coiffeur de la Reine, celui que Monsieuri Comte de Provence, appelait le Marquis
{i ) Anne-Madeleine-Françoise-Émilie de Monceaux d'Auxy , Tenve d^André-Hercule de Rosset de Rocosel , Duc de Fleory, Marquis de Périgaan , Comte de Venaoobre, etc. , morte à Parii en 4799.