‹ Souvenirs de la Marquise de Créquy de 1710 à 1803 (volume 3)Chapitre 34 sur 36 · VI · texte numérisé non relu

VI

UiS SOUVENIRS

Léonard (pour le distinguer de son frère le Chevalier, dont l'emploi se bornait à couper les cheveux ), M. Léonard s'était vanté de coiffer la Duchesse de LuyneSy qui n'y regardait guères, avec une de ses chemises, et ce fut la bonne M"**^ Thibault, femme de chambre de la Reine, qui fut chargée d'en obfenir la permission de Sa Majesté. Cette jeune Princesse en accorda licence, à condition que sa Dame du Palais le permettrait ou ne pourrait s'en apercevoir, et M""" de Luynes arriva coiffée, sans s'en douter le moins du monde, avec une chemise de batiste ; ( heureusement que la Cour était en deuil ! ) Ce tour de force eut un succès prodigieux, et M™* la Vicomtesse de Laval se montra, deux ou trois jours après, avec un naperon damassé sur la tète et misà-pouf, ce qui fut trouvé d'une folie tout-à-fait charmante !

Demandez à ma nièce de Matignon s'il n'est pas vrai qu'elle se soit fait coiffer, en l'année 4785, à la jardinière^ avec une serviette bise (à litteaux rouges), dans laquelle M. Léonard avait artistement tortillonné un jeune artichaud , une tète de brocoli vert, une jolie carotte et quelques petites raves?

Dondon Picot en fut si charmée, qu'elle se mit à crier : — Je ne veux plus porter autre chose que des légumes! cela a l'air si simple^ des légumes I c'est f\vLS naturel que des fleurs! (1)

{\) Dondon Picot était un surnom donné par les auteurs des Actes des Apôtres et du PeHt Gautier , journaux aristocrates, à Mme la Comtesse Charles de Lameth , riche créole , dont le nom de famille était l'icot de GhAteau-Morand.

( Note de l'Éditeur. )

G^était donc le plus naturel et le plus simple qui était devenu le plus a la mode. On voyait des femmes et des maris qui s'embrassaient; on entendait des frères et des sœurs qui se tutoyaient : les Dames ne se reconduisaient plus entre elles et ne se levaient pli^ pour se saluer. On disait des femmes au lieu des Dames, et les hommes de la cour au lieu des Seigneurs, On invitait à souper en péle-méle avec les plus grandes Dames, des femmes de finance, et par exemple une petite M"*® de Favantine, qui se précipitait dans les salles à manger, en rudoyant et coudoyant la Baronne de Montmorency et la Prin-^ cesse de Léon , la Comtesse de la Châtre et la Duchesse d'Agenois , lesquelles ne s'aimaient guère et se donnaient toujours le bras, parce que de l'union vient la force, apparemment ? On se plaçait a table comme on l'entendait ; chacun tranchait à sa guise et mangeait à son gré de ce qu'il avait devant soi ; enfin, toute chose était devenue d'une simplicité si naturelle , que la Princesse Victor de Broglie s'était brûlée cruellement, et qu'elle avait failli s'estropier, en voulant détacher avec ses ongles une aile de perdrix qui se trouva trop chaude (4). Votre tante de Clermont-Tonnerre ne manquait jamais de retour*

(4 ) Sopbie-Rose de Rozen, alors belle-fille da Maréchal de Bro^ glie, et femme en deuxièmes noces de M. René-Marc deVoyer de Paulmy, ci-deTant Marquis d'Argenson , lequel est anjoiir-' d'hui secrétaire de la Société desDrùiU de VHomme, M. le Dut de Broglie , notabiHté doctrinaire est le fils de Mme d'Argenson et du Citoyen Victor Broglie , son premier mari.

{NoUdeVÉditevr.)

ner la salade avec ses doigts , et quand elle allait donner, après souper, de petits soufDets à son Stanislas (les prénoms ont toujours été beaucoup plus simples que les noms de famille, et bien autrement naturels que les titres)! on entendait le mari qui lui disait amoureusement et délicieusement : — 0 l'appétissante amie de mon cœur! quelle odeur de bon poivre, de fines herbes et d'excellent vinaigre è l'estragon ! tes jolies petites mains sont a croquer (>!)!

Le temps des singularités grandioses et des originalités piquantes était passé. La bizarrerie qui se montrait sous toutes les formes était sans esprit, sans élévation, sans banne foi. Ton pourrait dire, et par conséquent sans grâce naturelle et sans agrément. Comme la bizarrerie était devenue presque générale, elle était dépourvue d'intérêt et de curiosité pour les autres. Personne ne ressemblait à rien; maison se montrait dégingandé, dépenaillé, risiblement égoïste, etc., sans paraître original, et si l'on voyait pointer quelque ridicule hors de niveau, qui se détachait sur cet horizon de maussaderie terne et mesquine, c'était à grand'peine. Je vous parlerai néanmoins de la famille de Villiers, à la-

('l) On doit «apposer qu^il est question de la femme du Comte Stanislas de Glermonl-Toonerre , née de Rosières'-Sorany et depuis Marquise de Talani , laquelle était cousine-germaine de Mme de Gréquy , née du Muy et belle-fille de Fauteur. Madame de Talaru est morte à Paris en '1852 , en y laissant tous les souvenirs et tous les regets qui peuvent résulter d'un esprit distingué, d'une Ame élevée, d^un excellent cœur cl du caractère le plus généreux. (Note de l'Éditeur,)

DE LÀ MARQUISE DE GRÉQfJT. 221

quelle aucune autre ne pouvait être comparée pour Textravagance.

C'était la famille du monde la plus mal organisée pour t*élocution , et c'était une famille où tout le mbnde parlait toujours. La maman grasseyait en nasillant, le papa susseyait et bégayait, le fils aîné bredouillait, et sa sœur atnée bégayait et susseyait en zézéyant pour faire la jolie mignonne. Il y avait toujours dans un coin de leur salle une petite sœur qui était sourde et muette, à ce que disaient les autres, et qui n'en faisait pas moins un sabbat continuel avec des bruits étranges et des cris de sauvage.

Il est bon de vous dire à présent que M"" la Marquise était une fille de finance, et que sa grand'mère était la nièce et Théritière d'un riche dentiste, appelé Duval-Camus ; mais comme de Bièvre avait dit que la fortune de cette grand'mère avait fait crkr tout Paris f on ne la rencontrait jamais à l'hôtel de Villiers. Cette petite Marquise à prétentions était une camuse un peu mal envisagée, disait le Maréchal de Brissac, et du reste elle était informe , difforme et si courtement replète, qu'elle avait l'air d'un melon sur une borne. Je vous assure que la première fois que M"*® de Coigny répéta cette ingénieuse hyperbole (de mon invention), elle en remboursa force complimens qu'elle a soigneusement gardés pour elle , et je l'en tiens quitte. Ce que je vous dirai du caractère et des habitudes de M. le Marquis , c'est qu'il ne parlait jamais que de ses petites affaires, et toutes les fois que l'occasion s'en présentait, il se faisait conduire à l'hôtel des postes en

carrosse doré^ pour y réclamer contre la surtaxe d'uoe lettre. C'était quelquefois pour une erreur de six liards; et ce n'était pas du tout qu'il fût un ladre, mais c'est qu'il était un véritable cognefétu (\). M. le Baron, son fils aine, mettait du rouge et se balançait à l'escarpolette, quoiqu'il approchât de la quarantaine ; enfin , le jeune frère du Baron , M. le Chevalier, qui faisait les délices et Tespoir de la famille, était un brise-cœur, un matamore, un ramasse-ton-bras, qui avait la beauté, la tournure et la rhétorique d'un tambour-major. Je me souviens qp'il aurait voulu se battre en duel avec Lauzun, parce qu'un jour, étant acharné pouv assommer un pauvre chien qui l'avait éclaboussa dans la rue de Grenelle, en face de chez moi, Lauzun lui dit, en passant, avec un air emphatique et passionné, ces vers de Didon :

• Tu suças , en naissant , le lait d^ane tigresse ,

• Non , cruel , tu n^es point le fils d^une déesse !

Il arriva qu'un jour chacun se demanda pourquoi tout Paris avait reçu des invitations pour une grande soirée chez la Marquise de Villiers? C'était pour entendre delà musique, et tout le monde y fut avec la persuasion que ce serait uneétrangeaffaire. On apprit en arrivant qu'il était question d'un coKcert vocal|

('l) Brandelis-Ârmand-Jacques de Villiers , des Sires de Tlle- Adam, Marquis de Saint-Georges et premier Châtelain du Oàtinais, Commandeur des Ordres de N.-D. du Mont-Carmel et Saint-Lasare , etc. , mort & GoblenU en 471M . {Noté de VâiU.)

et que toutes les personnes de la famille devaient y faire leur partie. Jugez Tagréable surprise!... On se forme en cercle, et c'était un maniaque appelé M. Dupont qui devait diriger toutes ces belles Yoix. — Monseigneur, Mesdames et Messieurs, commença par dire M. Dupont, en faisant une inclination profonde à M. le prince de Conty , vous allez entendre une cantate imitée du chant naturel au Rossignol; J'ose me Datter d'avoir eu le bonheur de l'écrire et de l'accentuer sous la dictée de la nature; et puis voila tous ces aimables en fans de la maison qui se mettent à chanter en fausset :

Ti-ô-oa , ti-ô-oa , ti-ô-ou ,

Spé tiou z^con*a.

Gou-orror-pipi ;

Ti-6, ti-ô,ti-ô, ti-ô-tixel

Gou-cio , cou-cio , coa-ciô f

Z'coa-6 , z^coa-6 , zVoa-ô ;

Garror-tioa ! z'quouâ-pipi , coui !

C'est ainsi qu'on nous la donna bien imprimée sur papier couleur de rose , la cantate ornilhologique et philomélique de M. Dupont de Nemours; figurezvous, si vous pouvez, les fous-rires, en entendant chanter sept à huit romances telles que celles-ci par une pareille couvée de rossignols?

Parmi les choses les plus ridicules de la même époque, il ne faut pas que j'oublie de vous rapporter une autre chanson que M" Necker avait composée pour la convalescence de sa mère, et qu'on

avait accueillie danç la famille et la société des Necker avec une approbation flatteuse. L'aveuglement de ces gens-là passait toute croyance, et Marmonte! était obligé de convenir que les vers de M"® et de M. Necker auraient été bien autrement plats s'il n'avait pas accepté la commission de les corriger. Voici donc cette belle poésie, corrigée du mieux possible, et dites-moi si l'engouement et l'admiration de ces Necker les uns pour les autres, n'avait pas tous les caractères de l'iniquité?

Air . Je «iw Uador, «a naisBomce ert tomiMme.

Moi qui goûtais la vie avec délice , Dans un instant j'ai connu le malheur.

Belle maman , témoin de ta douleur, J'ai dit : Pour moi la vie est un supplice.

En me donnant la plus digne des mères , Ciel , tu m'as fait le plus beau des préseas. Daigne Teiller sur ses jours bienfaisans , Ou tes faveurs me seront trop amères.

Oui , je crains moins la douleur pour uioi-méme , A tous ses traits je suis prête à m^offrir : Les plus grands maux c^est ceux qu'on voit souffrir A des parens qu'on révère et qu'on aime.

De mille maux l'essaim nous accompagne, Mais sont-ils faits pour un être accompli ? Ah I d'un objet de vertus si rempli Que la santé Soit toujours là compagne.

^sm^gm^mt

DE LA MÂKQUISS DE GRËQUY. 326

Dani le village oo nous dit qn elle habite | Et qu'elle suit toujours l'obscurité.

De la nature en sa simplicité , Jamais maman n'a passé la limite.

Des purs esprits l'essence est impassible j Ma mère a droit à cet heureux destin.

Ciel ! n'as-tu pas réuni dans son sein Un esprit pur avec un cœur sensible!

Les dieux, touchés de mon humble prière , Ont fait cesser le mal qui m'accablait Dans ce moment, hélas I il me semblait Qu'un jour nou?eau me rendait la lumière.

J'ai reconnu combien mon Ame est tendre ; Â quelque chose ainsi malheur est bon.

Dieu 1 gardes-moi de pareille leçon , Je n'aurais pas la force de la prendre.

Couplet ajouitépar M, Necher,

De mon papa voyes l'amour extrême :

Rien , m'a-t-il dit, ne peut vous désunir. Un seul instant pourrait tout me ravir; Ah ! par pitié , prenes soin de vous-même.

— Mais, Bonne-maman, ne pourrait-on pas trouver un peu d'injustice et de prévention défavorable

— Ah! vous croyez pouvoir me soupçonner, et

▼008 prenez les airs de me contrôler, monsieur mon petit-fils ! vous voulez dire, apparemment, que ces couplets sont de M''® Necker et que ce ne sont pas des vers de M"**^ de Slaél. En voulez-vous, des vers de M"'® de Staél? En voulez-vous qu'elle avait composés long-temps après son mariage, et qui furent accueillis dans sa coterie du Contrôle avec un transport d'admiration nompareille? Ecoulez cette chan* ion composée par M"^^ la Baronne de Staël pour M. fabbé Barthélémy, et chantée par elle à fin d'un eoupety à Chôtel du Contrôle^Général. Elle est sur l'air : Avec les jeux dans le village; j'aurai soin d'y marquer les bis afin que vous puissiez la retenir par cœur avec plus d'aisance, et j'espère que vous aurez Tamabilité de nous la chanter souvent?

Dans les champs heureux de la Grèce Vous qui saTez me transporter, Aux Tains essais de ma jeunesse Votre esprit peut-il s'arrêter !

Est-elle à Yos yeux une excuse?

Est-ce à vous compter tes ans?

Tributaires de votre muse, Toas les siècles tous sont présens. {Bis*)

Si Tons aves de l'indulgence

Pour un sexe souvent flatté,

Craignez-vous q ue Sapho s'offense

De ce mouvement de bonté.

Je ne sais si nous devons croire

Que son talent était parfait,

Mais j'aime à souscrire à sa gloire

Quand vous couronnci son portrait. {Bis»)

^fmmv'm

A Ton» vanter cbacun s'empresse Dans des vers qu'on fait de son mieux ; Louer le peintre de la Grèce Me semble trop audacieux.

De Cette Athène qu'on révère , Vous seul avex eu rapporter La lyre dW du vieil Homère j Donnez-moi la pour vous chanter. [Bis] (1).

le vous parlerai présentement du ménage Cessé dont les ridicules étaient également hors de ligne.

Il y avait eu par le monde une vieille sœur de la Princesse deRochefort, qui était Chanoinesse, et qui se faisait appeler la Comtesse Zéphyre de Rothelin; je vous dirai sans témérité qu'elle était contrefaite comme un sac de noix. Elle épousa tout d'un trait le Comte de Cossé, qui passait pour un veuf inconsolable, et qui, du reste, n'était pas moins ridicule et mieux bâti que sa charmante Zéphyre. C'est encore, au moment où je vous écris, un couple suffisant, prétentieux , amoureux et sémillant , passé la soixantaine. Représentez-vous d'abord une petite bossue dont la parure est toujours pimpante, a côte d'un grand bossu, noir et maigre, vide et flasque

(4) Avis de l'Éditeur^ Nous n'avons pu nous décider à re trancher la citation de ces deux morceaux de poésie composés par Mn»e de Staél , attendu qu'ils n'ont été publiés dans aucune édition de ses œuvres. On pourra vériûer Texaclitude de ces mêmes citations à la page 56 du quatrième volume, et la page 52 du tome cinquième des Lettres de GHmm , qui les envoie soigneusement et qui les recommande à ses correspondans cou ronnés comme s'iU éUient des cbefs-d'œuvres d'éloquence et d'élégance française.

et qai •'éeoale parler da haot du nei. Us parlent ordinairement tous les deux ensemble, et c'est arec le même son de Toix, de ces i^oix obtuses et maussadement obstruées, comme si Ton était tnrhvbi tu eerfew. Quand ils ne parlent pas cuisine , assignats ou tiers consolidé, et ceci n'anÎTe pas souvent, c'est pour se faire valoir l'un par l'autre qu'ils tous parlent l'un de l'autre, et c'est pour vous réciter toutes les pelles chausses qu'ils se sont tites. Par exemple, M™^ de Cessé vous expliquera comment son mari disait un jour à propos de la révolution, que c'était un orage dévastateur ^ et la Toila qui s'extasie d'admiration 1 Mais pendant ce temps-là, M. de Gossé racontait à son voisin comme quoi M"^ la Comtesse Zéphyre d'Orléans-Rothelin avait dit, long-temps avant leur mariage (et long-temps après Voltaire), qu'une traduction n'est jamais que le revers d'une tapisserie : 11 se transporte, il en éclate, il en trépigne, il se pâme! Quand on a le malheur de les avoir à dîner chez soi, ils commencent par regarder sur la table, et se concerter à voix basse avant de s'asseoir, et je vous assure que c'est avec un air affairé, scrutateur et sévère. Ensuite, ils se recommandent ou s'interdisent les plats qui sont à lear portée, en motivant leurs jugemens et se parlant * d'un bout de la table à l'autre.

— Mon Dieu ! Monsieur de Cessé , ne mangez donc pas du saumon, vous savez bien qu'il ne vous réussit pas!

— Ma toujours bonne, aimable et attentive, loi riposte son bossu , qui lui fait des mines de fidèle berger, je vous rends cent mille grâces î et il renonce

DB LA MARQUISE DE CRÉQUY. It9

à manger sa tranche de saumon, quMl renvoie d'an air de résignation sublime.

— Allez vite me chercher l'assiette de M. de Cossé, dit-elle brusquement a son laquais. — Vous savez bien, lui crie-t-elle de l'autre bout de la table, avec un accent d'erfroi courroucé, vous savez bien que le docteur Gastaldi vous a prescrit Tusage des toniques! Des toniques, mon ami, des toniques. — Allez reporter cela à M. de Cossé ^ et elle lui renvoie ce qu'il avait entrepris de manger sans épice ; mais c'est après avoir eu la précaution d'y semer une forte pincée de gros poivre.

— On n'a jamais été plus bonne et plus sensiblement soigneuse I Mangez de ces mousserons ^ Comtesse, lui crie-t-il en jetant sur elle un œil attendri , c'est moi qui vous en prie!.... Ils sont au blond de veau , c'est moi qui vous en réponds I Mangez de ces mousserons , chère et précieuse amie!....

— Qu'est-ce que dit M. de Cossé? demanda-telle, attendu qu'elle est très sourde.

— Je ne vous dirai pas , Madame , je n'ai pas entendu....

— Comment n'écoutez-vous pas ce que dit M. de Cossé? reprend-elle avec un ton de reproche et d'aigreur.

Je me souviendrai toujours qu'un soir de carnaval, à souper chez M'"^' de Guémenée, celle-ci proposa des petits pois à son voisin le Cardinal de Montmorency, Grand-Aumônier de France et grand ami de la bonne chère. — Avec plaisir, dit-il en chaffriolant. On va chercher des petits pois, mais

le mattre d^hôtel vient dire a la Princesse qu'on les avait placés devant M. le Comte de Cossé, qui n'en a pas laissé du tout. M'"^ de Guéinenée soulève son assiette , et voit sur le menu du souper qu*il devait s'y trouver deux casseroles de petits pois ; le mattre d'hôtel recommence sa tournée, ensuite il revient dire à sa maitresse que M'"® de Gossé a mangé les autres à elle toute seule : de sorte qu'ils avaient englouti pour six cents francs de petits pois , entre eux deux , sans compter les truffes blanches de Turin , dont ils avaient fait , comme on dit , cûrbUlat^ vide (4).

Une inconcevable folie de ce temps-là , c'était la manière de nourrir ses enfans. D'abord on commençait par les allaiter soi-même ; on n'avait que du mauvais lait à leur donner, et même on n'en avait pas du tout; mais c'était égal: — à la Jean -Jacques ! Vous pensez bien que tous les enfans de ce tempslà n'étaient pas assez résolument constitués pour résister à une nourriture insuffisante ou de qualité chétive ; il en mourait les deux tiers à la mamelle , et le surplus n'en échappait que pour aller mourir d'étisie après dix-huit ou vingt an nées de souffrance continuelle et de consomption. Mesdames de Rieux, d'Ëstaing , de Lusignan et de Gouffier , s'étaient

(4) M. le Comte de Gossé-Brissac , Sénateur de l'Empire et membre de la légiond^honneur , avait fiai par être chambellaD d« Mme Buonaparte la mère, qui ne Tappelait et ne parlait jamais de lui sans estropier son nom. — Ganova , disait-il avec un accent d^irritation très divertissant , Ganova n^est pas digne du nom d'artiste et de statuaire I Ganova n'est qu'un manœuvre... n a vieilU^ Madame Merr ( il a vieilli. Madame 1 1 1

m LA MAUQUISK DE CREQUY. 23 k

opînMtrées à nourrir leurs poupons, altendn que le lait et la sollicitude d'une mère ne sauraient être remplacés par le lait et les soins d'une mercenaire , etc. Ce qu'il en est arrivé , c'est que leurs héritiers sont allés ad patres, ainsi qu'on aurait dû le pressentir avec de pareilles nourrices. La «o//icitude maiemelle de ces Dames ne s'élant eiercée que sur leurs garçons , il ne leur est resté que des filles , et quand M. de Gouffier rencontrait chez moi Jean- Jacques Rousseau , il ne manquait pas de me dire: — C'est pourtant grâce à lui que ma maison va se trouver éteinte , vilain songe-creux 1 — Mais mon Dieu y Madame , qu'est-ce que c'est donc que la maison de Gouffier, me demanda-t-il ensuite (Jean- Jacques). Avez-voiis jamais ouï parler de l'Amiral ^e Bonnivet? — Sans aucun doute. — N'avez-vous rien lu sur les Ducs de Roannez?^— Voilà par exemple une famille dont je ne sais rien du tout. — Eh bien , lisez l'Histoire de France avant de faire des livres sur l'éducation. A la place du Marquis de Gouffier, je vous étranglerais !

Une autre imagination folle, où Jean-Jacques Rousseau n'était pour rien, c'était celle d'empêcher lesenfans de manger à leur appétit, laquelle sottise avait succédé à celles de Mesdames de Blot , de Monaco, de Valbelle et Mte quante, lesquelles avaient entrepris de ne pas manger pour leur propre compte. On empêchait donc les pauvres enfans de manger de la bonne soupe et de la viande, à dessein de ne leur introduire dans le sang et les humeurs aucun élément de putridité. On les privait de manger du fruit à cause des vers ; point de confitures , à cause

delà poitrine et de la terreur des acides; jamais d*autre boisson que de l'eaa panée; c'est excellent poar les entrailles ; et jamais de pâtisseries, ce qui ya sans dire , a cause de l'estomac. On les nourrissait à la panade et la bouillie de gruau pour les bons repas, ensuite on leur donnait pour le goûter ainsi qu'au déjeûner, du colifichet emmietté dans du lait écrémé, comme on aurait fait pour élever des serins jaunes à la brO' chette. Le Marquis de Villeneuve de Trans disait que sa femme avait une perruche à qui l'on donnait bien autrement à manger qu'à ces quatre enfans I Gomme tous les enfans mouraient de faim , ils pleuraient tonte la journée. Ils en devenaient voleurs et menteurs : et même il y avait des garçons qui finissaient par se révolter. Les trois Béthune et les Choiseul s'étaient confédérés pour escalader je ne sais combien de murailles afin d'aller dévaster pendant la nuit, l'office et le garde-manger de la Duchesse de Sully , leur grand'mère ; mais la situation de^ petites filles était la plus lamentable, et comme elles n'ayaient pas la ressource et l'occasion de pouvoir voler commodément des croûtes de pain , des fruits verts et des carottes crues, les plus alertes et les plus déterminées s'en prenaient à la pâtée du chat.

Le petit de Saint-Mauris et sa sœur qui est aujourd'hui M""" de Nassau (i) , n'avaient pas eu la rougeole qui venait d'éclater à Versailles ; la Prin-

(4) Marie •Mazimilienne de Saini-Maaris de Montbarey , mariée en i 779, au Prioce Henry de Nassau , Comte de Saarbmok et Saarwerden. S. A. 9. est encore fivaulc. {Note de VÉéUmr.)

I>Ë LA MARQUISE DE CRÉQUY. iZZ

«esse de Montbarrey s'en tourmentait outre mesure, et je lui fis dire par votre père d'envoyer ses deux enrans chez moi, rue de Grenelle, où je les ferais loger en bonne exposition du plein midi.

On me les amène, et comme ils avaient les lèvres tachées de noir, de vert, de violet, de gros rouge et autres barbouillages incompréhensibles, je m'insinuai dans leur confiance, et j'en appris qu'ils n'avaient fait autre chose que manger depuis Versailles jusqu'à Paris^ des pains à cacheter dont ils avaient rempli leurs pochettes. La petite fille disait en pleurant qu'il ne fallait pas les dénoncer, parce qu'on les ferait mourir pour avoir été yoler les pains à cacheter du Roi , dans un arrière-cabinet de leur père où les secrétaires de ce Ministre avaient leurs fournitures de bureau.

Ils étaient affamés et maigres comme des chacals : — Attendez done, leur dis-je, et je commençai par faire donner à chacun d'eux une pleine jatte de soupe au riz. Ensuite on leur servit, et méthodiquement pendant six semaines, un bon potage à déjeuner, et pour le second repas , des c^^telettes grillées ou des pigeons étuvés à l'orge, des légumes au bouillon, delà compote; quelquefois des tartelettes en pâtisserie brisée, mais non pas feuilletée y ce qui va sans dire. On les faisait goûter avec des fruits, des tartines déconfitures, ou du laitage, et leur souper consistait régulièrement dans un beau poulet rôti (dont ils ne mangeaient que les ailes), lequel était flanqué d'un plat de chicorée, d'épinards ou de laitues bien cuites , et lequel était accosté d'un compotier de bons pruneaux d'Agen, aiguisés,

oomme on dit a l'ofGce, avec un peu de vin de Malaga, pour les faire dormir. Je les faisais bien laver avec de l'eau de veau, tous les matins , et de la tète aux pieds; on les baignait tous les samedis a la Dauphine (4) y et puis tous les quinze jours une ex* cellente petite médecine noire ^ avec du tamarin bien acide et de la bonne manne en larmes, quelques follicules de séné, un grain de soufre, un bouquet de cerfeuil, une pincée de rhubarbe, un scrupule d^aloès, un soupçon de jalap, enfin de la thériaque de Venise et de Télectuaire de kinorodon , le tout infusé dans de la tisane d'absinthe. Mais il doit vous en souvenir de mes bonnes petites médecines, et je suis sûre que l'eau vous en vient à la bouche? est-il friand!

S'ils avaient trouvé des pains à cacheter dans mes cabinets, ce qui n'était guère possible à cause de mes belles manières, je vous assure qu'ils n'auraient pas eu la tentation de les dérober pour les manger. A la suite de ce régime nouveau pour eux et qui était l'ancien régime pour moi , ils engraissèrent, ils s'égayèrent et s'embellirent; ils devinrent plus doux, plus confians, plus véridiques, et lorsque la* Princesse ou le Prince de Montbarrey venaient les Yoir, ils ne s'y reconnaissaient plus. — Comment, disaient-ils , nos enfans mangent tout ce qu'ik veu-

{i ) GV8t-à-dire dans une décoction de serpolet , de feuilles de laurier, de thym sauvage et de marjolaine , où Ton doit ajouter un peu de sel marin. Fagon prescrivait de faire prendre ces bains froids en hiver et tiëdes en été , afin d'établir autant d^accord que possible entre la sensibilité d« Tépiderme et la temp*érature. {Kote de l'Auteur, i

lent et n^en sont pas malades? ils sont devenus prodigieusement raisonnables !

Les enrans qu^on fait manger dans leurs chambres et qu^on laisse manger à leur appétit, ne sont jamais gourmands. C'est la moralité de mon historiette.

Si j'avais fini ce long article sans avoir parlé du Marquis de Laval, on pourrait dire qu'il manque quelque chose à ce chapitre de mes souvenirs , et yous pourriez supposer que je ne l'ai pas terminé consciencieusement. Je vous dirai donc que le Marquis, depuis Duc de Laval , était censé le remplaçant de l'ancien Évéque de Lisieux (M. de Matignon), pour lemonopoledu ridiculeavec privilège. Mais pour mon propre compte et dans l'opinion des personnes d'esprit, il se trouvait entre l'Évêque et le Marquis une différence énorme, attendu que si ce dernier disait quelquefois des choses étranges, il ne faisait jamais de bévues, et des bêtises encore moins. Il a toujours été Thonime du monde le plus honorable pour le caractère , le plus estimé pour le courage , et le plus délicatement sévère en fait de probité. Il a toujours été pleinement et hautement considéré pour sa loyauté politique et sa véracité scrupuleuse ; et du reste , il est tellement obligeant , soigneux et attachant par ses procédés , qu'il a toujours conservé de nombreux amis. C'est un homme d'un sens naturellement droit et si netr tement judicieux , qu'il a pour toutes les choses de calcul , et notamment pour les jeux de commerce , une aptitude incomparable. J'ai toujours pensé que toutes les étrangetés qu'on lui prétait n'étaient

pns de son produit ; mais comme il a le singulier défaut de ne jamais prendre garde aux mots dofit il se sert, il ne m'a jamais paru surprenant qu'il eût dit ce qu*on pourrait appeler sottement une bitiae. C'est une sorte d'infirmité qui provient de son indifférence pour les paroles , et qui tient souvent à sa préoccupation d'une chose absente. Il en résulte quelquefois des coq -à -l'âne et des amphigouris dont on l'amène incontinent à se divertir lui-même; mais pour en conclure qu'il est quidem farinœ que M. de Lisieux, il faut être absolument dépourvu de jugement et d'esprit.

Je ne sais s'il a jamais véritablement parlé d'une lettre anonyme, signée par tous les officiers de son régiment, ni des quatre coins de la cour ovale de Fontainebleau? Je ne sais s'il a jamais dit en parlant de sa belle-sœur, qu'elle avait des yeux comme une culotte de velours noir? (4) mais ce que je sais très bien , c'est qu'il disait quelquefois des choses très fines, et que certains individus s'attachaient particulièrement a les tourner en preuve assurée de son manque de jugement et d'esprit. On aurait dit que les sottes gens s'opiniâtraient à le retenir dans

(i ) M. le Baron Moaaîer , membre de la chambre des Pairs , a la charité de montrer à tout le monde une lettre autographe e signée d^un Ambassadeur de France ht Vienne dans laquelle on voit la phrase suivante : — n Je vais meUre les fers au feu « pour leur tirer les vers du nez et pour découvrir ce qu'ils « ont dans le ventre. » Si Ton concluait de cette trilogie de métaphores incohérentes que cet Ambassadeur français était dépourvu d'esprit , de talent et de capacité diplomatique , on aurait grand tort f ( Note de l'Éditeur,)

leur catégorie. Je vais tous conter son aventure avec Marécbal-de-Bië?res.

C'était chez M*"^ de Gastellane, au château de Luciennes et tout auprès de Paris. Le seigneur de Bièvres arrive et trouve au milieu de cinq à six personnes, un grand monsieur qu'il ne connaissait pas; il avait des talons rouges et des plumets blancs; c'était visiblement un homme de la Cour , et le petit Maréchal à la orécaution de se tenir dans la réserve, ainsi qu'il était de convenance et d'usage pour lui. (i)

Voilà que M'"^ de Castellane se mit à nous parler d'un ajustement nouveau qui s'appelait à ^innocence reconnue; lequel ajustement consistait dans une sorte de caraco taillé sur le patron du gros casaquin d'une paysanne de Normandie qu'on avait acquittée trois fois de suite après l'avoir condamnée pour vol domestique. Ce serait une histoire de servante à n'en pas finir.

— À l'innocence reconnue? dit le grand monsieur; J'aimerais mieux qu'on dise à la servante justifiée.,.. Et M. de Bièvres eut l'air d'observer que ce grand malicieux s'était souvenu du conte de La Fontaine avec beaucoup d'à-propos.

On dit ensuite qu'il faudrait aller faire une visite à M*"® de Lhospital, qui se tenait à Saint-Germain, où elle s'était tout-à-fait retirée.

(4 ) On avait fini par Tadmettre et le recevoir avec plaisir dans le plus grand monde , à raison de sa gentillesse , de set bonnes manières , et de la mesure parfaite avec laquelle il savait montrer les grâces et la finesse de son esprit. Mme de Lussan raimaii beaucoup. (Note de l'ÀiUeur.)

-^ BeHrée, dit le grand Monsieur, vous pouvez bien dire ratatinée l £t M. de Bièyres se dit à luimême, — et) Toila un que je n'oublierai pas. — Mais c'est qu'il est très joli ! le calembourg....

On amena les enfans de M"*^ de Castellane qui étaient élevés à la Jeanr-Jacques , et a qui la maman ne manqua pas de faire des mievretésen leur disant force niaiseries , comme de juste ; — Méchant enfant! qui voulez frapper maman ! bonne maman, qui vous a nourri de son lait, et qui vous a porté dans son sein pendant neuf mois!

— Consécutifs, ajouta l'inconnu, avec un accent mêlé d'admiration , de reproche et d'attendrissement.

— Ah ça, quel est donc ce grand serpent de Versailles qui fait de si bonnes moqueries et dont personne ne se doute à Paris? se demanda M. de Bièvres avec uii sentiment de rivalité rempli d'alarmes.

Il parait que le fils aîné des Castellane se trou^ vait en pénitence? — J'étais allée pour le consoler ce matin, disait sa mère en commençant le récit d'une aventure assez paérile, et je passais jusqu'aux lieux oit Con garde mon fils,

— Voilà, par ma foi s'écria l'homme aux talons rouges avec un air de surprise et de dénigrement à faire pouffer de rire , — voila un joli endroit pour élever un enfant !

— Madame, ayez l'extrême bonté de me dire le nom de ce Monsieur qui a tant de finesse et d'â-propos dans l'esprit? vint me demander le petit de Bièvres. Je lui répondis que c'était le fils afné du Maréchal

de Layaly et j'entendis que Maréchal-de-Bièvres s'écriait : — Par ma foi ! je voudrais bien que les imbéciles de la ville eussent autant d'esprit que les prétendus imbéciles de la Cour 1 il paraît qu'on est cruellement exigeant, à Yersailles? on n'est pas aussi difficile a Paris et c'est bien heureux pour moi ! . . .

Je reviens è M. de Laval , et je vous dirai qu'il y avait à Paris une vieille personne appelée la Marquise de Mauconseil, qui était une assez grande Dame poitevine et qui était bien malade. On ne s'en serait certainement pas tourmenté, si sa fille n'avait pas été fort à la mode ; mais comme cette fille, M"^^' d'Hénin , s'inquiétait assez naturellement pour la santé de sa mère , on se mit à s'émouvoir et s'enthousiasmer d'une si belle sensiblerie pour pour les inquiétudes de M"™« d'Hénin , qu'on ne vous permettait plus de parler d'autre chose ^ et que tous les amis de M""*^ d'Hénin n'agissaient absolument qu'en vue de cette maladie-là (*). Afin de ne pas s'éloigner de cette intéressante et précieuse malade, qui avait toujours été d'un caractère assez difficile et d'une humeur assez contrariante, et surtout pour ne pas abandonner M"*^ sa fille à ses angoisses et ses transes mortelles , on apprit que Mesdames de Turenne, de Poix, de Tessé, de Lauzun, de Bayes et de Brancas étaient allées s'établir auprès de ladite

(4) Ëtiennete-Cécilede Guyoost de Mauconseil, veuve de Charles-Joseph- Alexis de Bossut d'Alsace de Ghimay d'Hëoin- Ltetard , Prince do Saint-Empire. Nommée dame du Palais de la Reine en 4777 , inorle à Paris en 1 8^16 , Agée de 75 ans.

(NotedeVÉditewr,)

M***^ de Maoconseil , afin d*y veiller à toar de rôle à côté de son lit. M'"* de Brancas nourrissait alors sa fille aînée, qui ne s'en trouvait pas trop bien ; et ceci, du reste, était sûrement plus fatigant et plus ennuyeux pour M""** de Brancas, que de passer les nuits à veiller et à causer avec la Princesse d'Hénin, que tout le monde aimait véritablement, et que personne ne voyait suffisamment à cause de son service i Versailles. Elle n'hésita pas (c'est M'"'' de Brancas dont il s'agit ) à sacrifier les obligations de la nature aux devoirs de l'amitié , ce qui fut trouvé sublime ; et les maris , les enfans et les do» mestiques de ces dames en sont restés pendant plus de six semaines avec la bride sur le cou. Je h*ai pas parlé des amans, parce que les Dames et les maris dont i! est question, n*avaient et ne devaient avoir aucune inquiétude semblable. Toutes ces belles Dames étaient campées dans les deux salons qui précédaient la chambre à coucher de M"** de Mauconseil. On avait dressé trois lits à sangles dans chacune de ces pièces; elles avaient amené de chez elles une demi-douzaine de femmes, qui couchaient dans la seconde antichambre sur des canapés. La première antichambre était occupée par les valets de la maison , qui dormaient sur les banquettes , et la salle d'audience de ces Dames était deven'ie la salle à manger, où la table restait couverte en permanence. Chacun s'ingéniait pour inventer et leur envoyer des choses exquises : c'était à qui contribuerait à garnir le buffet , et c'était une odeur de comestibles à ne pas tenir dans la maison. On voyait sur tous ces beaux vieux meubles et dans tous les coins

de ces grands salons sardorés , des bonnets » des corsets , des paquets , des coffrets , des sachets , des sultans, des flacons, des mantilles, ayec des pots de rouge et des pantouffles , et cet encombrement dépenaillé donnait parfaitement Payant-goût de ces maisons de d-devants, dont on a fait des maiswu d'arrH pendant la réTolution ; mais c^était à Texception de l'abondance des vivres, pourtant.

Jusqu'ici tout s'arrangeait pour le mieux. On commençait par faire sa toilette , on entrait et Ton sortait de fa chambre de la malade pour y rentrer et pour en ressortir la minute d'après , on allait se promener dans l'appartement , on s'asseyait pour manger ou pour copier les bulletins du docteur , on donnait des audiences à ses parens et ses intimes ; on écrivait force billets surtout , et l'on recevait des réponses toutes remplies d'admiration pour un dévouement si tendre et si généreux qu'il allait devenir un sujet d'orgueil national , aussi bien que l'exemple et l'envie des générations futures ! On était persuadé que les Aristogiton , les Harmodius et les Pylade étaient des Atrides et des cannibales en comparaison des amies de M""® d'Hénin !

Cependant les amies des amies s'ennuyèrent et s'enflammèrent. On avait appris que la Princesse de Turenne se trouvait un peu souffrante , ce qui n'était pas surprenant à cause du défaut d'air et d'exercice. Elle avait des amies intimes à n'en pas finir; on avait entrepris de l'arracher a ses fonctions d'hospitalière et quand on vit qu'elle y mettait une résistance invincible , on résolut de venir s'adjoindre aux autres recluses, afin de pouvoir VI U

7\2 SOUYEMBS

ge trouver à portée de rendre des soin$ à M ■*« de Tifrenne , (voilà ce qiie M"*** de Trans écrivait à son raari pour le faire patienter). Ce fnt nne invasion véritable; mais comme il anrait été cruellement inhumain de vouloir séparer la Duchesse de Lesparre et la Comtesse de Spinola , ( par exemple) de de la Princesse de Turenne, qui ne voulait pas s'éloigner de la Princesse d'Hénin, laquelle ne pouvait pas quitter sa tendre mère , et comme il y eut aussi deux ou trois bonnes amies de M"*^ de Tessé qui se mirent a s^enthousiasmer et s'inquiéter pour ma charmante nièce , on établit ces douze ou quinze femmes sensibles dans une galerie de tableaux où elles couchaient snr des bergères et des sophas, des coussins, des tapis sur des tables et toute espèce de choses y excepté des matelas, car elles ne voulaient pas entendre parler de matelas : pour lui mieux démontrer leur oubli d'elles-mêmes, et la sincérité de leur dévouement!

Les parens , les amis , les maris , les valets , et peut-être bien quelques galans (je n'ai répondu que de six personnes), ne manquèrent pas d'affluer dans cette maison dont toutes les portes étaient gran d'ouvertes, et 011 tout ceci formait une cohue nompareille! on passait les nuits à jouer dans ce long dortoir où les plus belles et les plus grandes Dames étaient rangées sur des malles, des coffres, des tapis roulés, et même snr des meubles de garde-robe recouverts de leurs sarreaux de toile de Perse. On n'avait rien vu jusque-là d'aussi prodigieusement sitiifle et naturel! il était de rigueur et d'obligation de ne s'y parler qu'à l'oreille, et c'était un luxe de

précautions, car celte même galerie était séparée de la chambre à coucher par cinq ou six grande^ pièces, et notamment par la salle à manger ou l'on trouvait toujours des gens qui réfectionnaient soit au buffet, soit sur de petites tables, en cotterie si ce n'est en famille, et le plus silencieusement pos*sible. On ne s'y parlait qu'à voix basse et jamais sans nécessité, c'était l'étiquette convenue ; et durant les repas généraux, il y avait une demoiselle de compagnie de M°°® de Tessé qui venait faire la lecture de quelque livre moral et attendrissant : c'était, je crois bien, les Délassemens de l'homme sensible, ou les Epreuves du sentiment de M. d'Arnaud-Baculard? Enfin les personnes les plus considérables ou les plus favorisées jouaient au loto dans la chambre de la malade, et les choses en étaient là pendant notre visite au château de Luciennes.

M">^ de Castellane ne manqua pas de me demander si je n'allais pas souvent chez IW" de Mauconseil? — On y va de chez moi, répondis-je, environ tous les huit jours. Je ne la connais guère, et j'ai déjà pris mon parti sur tout ce qui peut résulter de sa maladie.

Grande surprise ! et voilà que M*"® de Lévis se met à dire à M. de Laval : — Et vous, Marquis, vous allez sûrement y faire des reversis avec tous vos partenaires habituels?

—Pas du tout. Quand je fais tant que d^aller chez des malades , ce n'est pas pour y jouer aux cartes et pour y manger des foies de lottes. Rien que de voir passer l'apothicaire ou le chirurgien ce serait dans le cas de me faire rendre gorge ou de me faire gorger un Quinola !

244 SOUVENIKS

On entreprit de le pousser à bout d^argumentations ; mais comme il pensait a ce qu'il avait a dire, je ne saurais vous exprimer avec quelle fermeté d'intelligence et quelle solidité d'esprit il déjoua tout ce monde! Il se mit à persifler ces bonnes dames en faisant ressortir la ridicule et choquante affectation de ces momeries sentimentales et de ces dévouemens sans la moindre utilité, si ce n'était de faire proférer certains noms tout d'une haleine avec

celui de M*"** de Poix, ou celui de Turenne

— Dans le fait , ajouta -t- il, celle-ci est une Landgrave de Hesse , elle est cousine-germaine de rimpératrice , et ceci peut expliquer bien des choses

— Il n'entend rien à rien , me dit M"'® de Blot avec un air de compassion dédaigneuse.

Il était arrivé , dans Taprès-diner , beaucoup de monde au Château de Luciennes, et quand il fut question de nous en retourner à Paris , il se trouva que le Marquis de Laval était le seul homme de la compagnie qui e(it assez d'indépendance dans le caractère, avec un assez grand fonds de jugement et de bon esprit, pour ne pas fléchir et tomber dans une vogue absurde, et pour ne pas vouloir aller souper et faire sa partie chez M " * de Mauconseil.

Elle en réchappa ^ grâce à Dieu! car je ne sais quelle furie d'extravagances on n'aurait pas faite à ses funérailles! On envoya du faubourg Saint- Honoré des charretées de lampions dans le quartier St.-Denys, pour illuminer une vilaine et vieille petite rue qui porte le nom de Mauconseil : on

délivra vingl-cinq prisonniers qui devaient des mois de nourrice, et c'était ce qu'on pouvait faire de mieux; enfin , on célébra la guérisou de la vieille Marquise et le parfait bonheur de la Princesse sa fille, par une espèce de comédie champHre , où Dugazon et Michut dansèrent des rondes en sabots et chantèrent des hymnes en patais(\). Tout le monde en pleurait! et lorsqu'elle mourut six mois après , on n'y prit pas garde. Il parait qu'elle avait cessé d'être à la mode, et l'on n'apprit le retour de sa maladie qu'en recevant son billet d'enterrement.

Retournons au fils du chirurgien Maréchal , qu'on avait fini par appeler sérieusement M. de Bièvres et qu'on avait fini par adopter dans le monde , en dépit de M"'® de Montesson et de M"™* Necker dont il se moquait a la journée , et peut-être aussi pour faire déplaisir à M. le Duc de Chartres qui ne le pouvait pas souffrir (2).

Quand on avait eu le malheur d'encourir la disgrâce d'un Prince du sang royal , il était d'usage et de précepte rigoureux, dans ce temps-là, qu'il ne fallait jamais rester dans une chambre , dans un cercle, ni même dans une compagnie si nombreuse qu'elle

H) Voyez les détails qui se trouvent rapportés dans la Correspondance de Grimm, vol. iil , pages 442 et suivantes.

{Notedel'ÉdUeuf.)

(2) Je vous ai déjà fait remarquer autre part que M. de Bièvres n^avait jamais pris volontairement et sérieutemefU la qualification de Marquis, Il était devenu seigneur de ce Marquisat ainsi que feu M. Gobelin Pavait été du Marquisat de Brinvilliers. Les petites gens pouvaient s^y tromper dans la ru.e, mais ceci n^arrivalt jamais jusqu^à nos antichambres.

ue SOUVENIRS

fftl , où l'on voyait arriver un pareil antagoniste. On s'esquivait poliment en le voyant paraître; c'était une affaire de convenance ; mais voilà ce que M. de Bièvres ne faisait jamais pour le Duc de Chartres, et personne ne Pen désapprouvait. On avait commencé par se libérer de cette sorte d'obligation envers M. le Prince de Conty , parce qu'il se forgeait continuellement des sujets de brouilterie avec tout le monde. Etiez-vous en procès avec la chan» cellerie de ce Prince, ou vous étiez-vous moqué de M"« la Comtesse de Boufflers? le Comte de Boulainvilliers venait vous faire une salutation profonde, en vous disant: — Monsieur le Marquis, ou Monsieur TAbbé , j'ai l'honneur de vous prévenir que Son Altesse Sérénissime est ici (\). C'était la formule d'exclusion suivant le protocole usité par ce Capitaine des gardes , et ce fut M. de Craon qui .s'en affranchit le premier. 11 s'était rencontré avec M . le Prince de Conty chez deux personnes dans la même soirée. Il répondit au premier avertissement qu'il en était bien aise , et il déguerpit , mais pour éviter la deuxième sommation de M. de Boulain* villiers , il alla lui dire avec un air affairé : — Monsieur, vous me feriez plaisir d'avertir votre Prince que je ne suis plus amoureux de la Yicom-

(1 ) Heory de Boulainvilliers , XIV« du nom, Comte de Saint- Siiyre H de Hauroy-sur-Somine. 11 ne faut pas le confondre avec M. Bernard de Boulainvilliers , prévosl de Paris, dont la mère ptait rbérilière de la branche aînée de c«tle ancienne famille , et pour lequel on avait érigé la Cbâtelaiuie de Boulainvilliers en Vicomte. ( Note de V Auteur. )

tesse de Rouault. C'était le sujet de la colère de Monseigneur, et tout le monde en rit sous cape.

M. de Bièvres était donc en disgrâce complète auprès du Duc de Chartres qui ne pouvait l'enri ^ sager de sang-froid , ce que Tautre affrontait sans la plus légère émotion et sans autrement s'embarrasser de ses airs d'hostilité ni de ses dénigremens. -^ Comme il est désagréable et ginguet! je le trouve laid ! mais c'est qu'il est véritablement laid 1 murmurait le Duc de Chartres en rougissant de colère. Aucun des siens, et si plat valet qu'il fût^ n'aurait osé faire sa (partie dans cette manière d'imprécation ridiculement sotte, car celui dont il parlait en ces termes était visiblement de la plus jolie taille, la plus agréable figure et la plus charmante physionomie du monde. C'était le visage régulier d'un jeune Grec sous un minois français , avec des vivacités contenues , de curieux sourires et des regards discrets qui disaient tout; il avait une tournure élégante , avec des mouvemens légers et souples; enfin , c'était la bonne grâce de France et de Paris personnifiée. Il n'est pas difficile de trouver de plus beaux hommes que les Français , mais rien n'était si joli qu'un jeune Parisien de ce temps-là.

Celui-ci disait avec un air de modestie respectueuse: — Si j'étais aussi laid que le dit M. le Duc de Chartres , il ne m'en voudrait peut-être pas auautant.....

Il avait fait en quatre ou cinq pages d'écriture une plaisanterie qui ne fit aucun plaisir au Duc de Chartres et qui réussit â merveille dans la société

de Paris. Gomme on n'osa pas l'imprimer pour la débiter sous le manteau , je Tais la faire copier.

mVEETISSEMEIYT À LA MODE.

i Moi , je suis gai I je suis gai comme un pinson ! vous n'avez pas d'idée comme je suis gai ? J'ai me à rire, è jouer des tours , à faire des farces , et c'est vous dire assez que je suis le meilleur homme de la terre, j'ai fait bâtir un pavillon , j'ai fait dessiner et planter un jardin superbe é Mousseaux ; j*y donne des fêtes » ah quelles fêtes ! c'est pour en mourir de rirft. , ah! ahl ah! ah! Imaginez que j'avais fait prier à diner un jeune vicaire de St-Philippe-du-Roule, et que nous étions servis à table.... ah! ahl ah! ah! servis à table par des négresses....

ah! ah! ah! ah! par des négresses toutes nues

ah! la rate! ah!.... c'est pour en mourir de rire! ce garçon-la n'osait pas lever les yeux, il ne voulait pas manger, mais nous l'avons fait boire.... — ah I sacristie! sacristie!., disait-il en pleurant... C'était â se tenir les côtes ! vous pensez bien qu'il est allé s'en plaindre et que nous avons soutenu qu'il était un menteur , un imposteur ! et ce qu'il y a de plus charmant, c'est qu'on l'a mis en pénitence dans un séminaire, pour lui apprendre à calomnier un prince ! un prince qui donne sa parole d'honneur ! un prince enfin, qui avait eu la bonté de lui donner à dîner dans son pavillon de Mousseaux ! ! ! Il en a pour six mois de prison , et j'en rirai jusqu'à la fin de mes jours ! Ensuite il faut vous dire que je donne des billets pour se promener dans mon parc è des

DE LA HÂAQUISE D£ CRËQUY. 241^

gens que je ne veux pas prier à dfner, car vous vous doutez bien qu^on ne peut pas donner a diner à tout le monde? mais vous allez voir que ceci n^est pas le moins divertissant. Il y a d'abord des pièges jon dit que c^est pour prendre des loups, jugez un peu, des loups à Mousseaux ! faut-il que l^s Parisiens soient bétes pour avaler des pilules comme celleslà, sans les mâcher)! Il y a donc des pièges tendus

contre les loups et les voleurs Ah! oui, des

voleurs, je t'en souhaite! Allez vous promener de ce côté là pour voir les sottes bourgeoises et ces benêts de maris que nous y faisons conduire comme si de rien n'était, et qui s'y prennent les jambes ! et qui

font des cris, et qui saignent Mais c'est qu'ils

saignent d'une manière inconcevable! et vous jugez comme c'est amusant de les entendre crier en les voyant saigner? Ensuite nous avons notre grotte où l'on est saisi par les bras et par les jambes en s'asfipyant, et quand c'est des femmes? et quand nous sommes cachés dans la grotte où nous fermons la porte? ah ! mais c'est qu'il faut voir les méchancetés infernales et les indignités que nous leur faisons!.... Enfin je vais vous dire encore autre chose, et voila ce qui m'amuse le plus. Nous avons un pont... ah ! ah ! ah ! ah ! ... Il y passait hier un marchand de la rue Grenier-St-Lazare. . . avec sa femme. .. ah ! ah ! ah !.. . avec sa fille et puis un enfant de quatre ou cinq ans...» ah! ah ! ah! ah ! (voilà le point-de-côté qui me reprend).... Je ne sais pas si je pourrai vous

dire ah! ah! ah! ah I ah! ah!...., ah! ah!....

ah ! si vous aviez vu tout cela se débattant dans la rivière Je les ai fait repêcher pourtant. Le père

avait la jambe cassée et la jeune 6lle donc I Ah 1

la jeune fille , quand nous Tavons retirée par les

jambes avec ses jupons par dessus la téie el

qu'elle criait comme une orfraie, et qu'elle s'est mise à dire que son pierrot de talfetas rose était abimé ! ndn jamais ! jamais je n'ai tant ri de ma vie ! La mère élait comme une momie toute couverte de vase, et l'enfant, ma foi , j'en suis bien fâché, mais l'enfant était tombé sous les autres à ce qu'il parait ; il n'avait pas eu la force de se débattre, e( on n'y pensait pas du tout, quand le père et la mère que j'avait fait mettre sur une charrette pour les lenvoyer chez eux, se sont mis à crier : — Le petit! — et le petit ! — Ah oui , où est donc le petit? a dit la jolie fille , qui s'est mise ensuite à nous dire des sottises en nous reprochant les rires que nous faisions.... — Voyez un peu cette petite salope à qui nous avons dit : — Mademoiselle, nous ne pouvons

pas nous empêcher de rire parce que vous avez

ah! ah! ah! ah! ah! parce que vous avez quelque chose parce que vous avez quelque chose d'extraordinaire parce que vous avez quelque

chose d'extraordinaire entre les hanches. •• Ensuite il a fallu prendre son sérieux. On leur a dit qu'on était bien désespéré de leur accident, mais que c'était de leur faute ; mais la vérité que je vous dirai, c'est que c'est un pont à bascule, et tout aussitôt qu'on y met les pieds , patatras ! Ensuite on leur a péché ce crapaud d'enfant qui avait la tête en bringues et l'estomac défoncé. Il paraît que son père et sa mère avaient marché dessus. Nous avons fait semblant d'en pleurer ; mais quand ils ont été partis

sur In charrette, ahl tonnerre de Dieu! peut-on rire comme ça ? C'est pour en mourir ! on en crève ! » Le petit de Bièvrcs était de la première force au jeu d'échecs ; M. d'Angiviilers se trouvait obligé d'en convenir, et Maréchal allait deux fois par semaine à Versailles afin d'y faire la partie de M. te Surintendant. Votre père m'a conté qu'il y jouait une certaine fois (le jeune de Bièvres) de toute sa force, mais que le vieux d'Angivillers n'en avait pas moins l'avantage sur lui. On entendit annoncer coup sur coup, dans le même salon de la surintendance, M. le Comte d'Eslaing, M. le Vicomte de Melun, M. le Marquis de Nesle et M. le Baron de Montmorency. Il y avait peu de monde ; et comme ces quatre personnages étaient brouillés à couteaux tirés, ils ne restèrent pas plus de cinq à six minutes en regard les uns des antres. Ceci ne manqua pas de fournir sujet à M""*^ la Comtesse d'Angivillers pour en disserter; et comme elle avait l'habitude de citer incessamment, elle entreprit d'appliquer à la quadruple inopportunité de cette rencontre fortuite un ou deux vers de M. de Voltaire, dont il ne lui fut jamais possible de se rappeler la fin.

« Je combattais , Seigneur, avec Montmorency, « D^Estaing, Meinn, de Nesle

Et chacun répétait continuellement , sans rien trou¥er, d^Estaing, Melun, de Nesle

— Et ce fameux coup-ci! poursuivit M. de Bièyres en appliquant son cavalier pour amener échec au roi ; ce qui lui ramena la partie tout-à-fait déses-

pérée, et ce qui terminail justeosent la citation de ces Ters de Zaïre que tout le monde cherchait, et dont le dernier hémistiche était ce fameux Coucyl

Ce fat, on est obligé de Pavouer, un heureux et curieuK Caltmbcurg, C'est ainsi qu'on s'obstinait à nommer ces sortes de jeux de mots (I).

{\ ) Tootet les plaisanteries de M. Maréchal de Bièvres n'étaient pas d'aussi bon goût ; je me rappelle eu afoîr cntenda conter une ou deux ^ue je n'ai pas enregistrées et dont je n'anrais pas dû garder le souvenir ; mais le ridicule y domine tellement sur Je reste, que j'en prends mon parti. Je les mettrai seulement à part des autres , en brebis galeuses et hors de l'étable.

On n'avait pu s'empêcher d'entendre parler d'un certain M. Dumoncel , babtle ingénieur et gros mangeur , qui ne se retendit et ne se refusait h rien pour se procurer tonte sorte de soulagement. Il ayait Tait grand bruit et s'était fait chasser du parterre de l'Opéra , parce qu'il était sourd , et tant il était malpropre. — Mais y Monsieur, fut lui dire ce drôle de garçon , à propos de oe qu'il venait d'entendre en marchant derrière lui sur le ront-Royal , mais , monsieur l'ingénieur des ponts et chaussées ( t'était avec un ton de reproche ) , à quoi servent donc les parapets?

L'autre historiette consiste en ce qu'il avait composé la musique et les paroles d'un trio chromatique qu'on devait exécuter chei une précieuse de Genève , appelée Mme Sismondi. Il y avait dans cette cantate des vers d'opéra tels que ceux-ci , par exemple :

« As-tu pu trahir tes sermens?

« Ah ! je sens palpiter mon cœur !

« Ah ! vous empoisonnes ma vie t

£t ceci n'était ni moins lyrique , ni plus mauvais que toute autre chose qui ne vaudrait pas mieux ; mais il se trouva qu'il avait ajusté tout cela de manière à ce qu'on fût obligé de chanter

fvar intonations entrecoupées. — As ta pu Ah ! je sens

Ah i voiis empoisonnez! etc.

Jugez du trouble et de la confusion qui s'ensuivit chez Mme Sismondi la pédante, et pour le jour de sa fête, en présence àe M°ie Necker ? L'irritation patriotique des Genevoises en fut à son comble, et Ton disait que si M. de Bièvres avait eu Ifl fantaisie d^aller à Genève , on aurait pu lui faire un mauvais parti.

C^est qu^elles ne plaisantent pas , les personnes de Genève I On sait que M. de Voltaire avait appelé Genève une république 'qui s*<igite auprès de mes terres, et ce quUl en est résulté, cVst quHl n'y a eu ni Genevois ni Genevoise qui ait voulu prendre part à cette souscription ouverte par les Necker, afin de lui ériger une statue 1 Oh est allé jusqu'à dire que Mme Necker en «Tait été biâmée très ouvertement. ( Note de VAutewr. )

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