‹ Souvenirs de la Marquise de Créquy de 1710 à 1803 (volume 3)Chapitre 35 sur 36 · AVIS DE L'EDITEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L'EDITEUR

On a pensé que la reprodaction de la pièce saivanle , qai se rapporte à Messieurs de Cabières et de Yillette, se trouyerait mieux à sa place k la fin de ce volume, que parmi les autres pièces justificatives.

Lettre écrite de Provence à MM. les auteurs des Actes des Apôtres, en 479^.

( Opuscule du Marquis de Cubières. )

a Je vous prie , Messieurs , puisque vous voulez bien être mes correspondons à Paris, de vouloir me dire quel est un M. Villette qui s'est attaché depuis quelque temps à la rédaction de la Chronique nationale? Serait-ce par hasard, Monsieur le Marquis de Villette , Amphitryon du grand Voltaire et l'aimable déserteur de Tancien Journal de Paris? Alors c'est que la révolution , en changeant ses habitudes, lui aura fait abréger sa signature, et je n'aurais jamais cru qu'un personnage tel que

SOUVENIRS DE LÀ MARQUISE DE GRËQUY. 355 M. le W* de Yillette pût être ce qui s'appelle diminué

Si c'est en effet M. le Marquis de Villetle que la révolution aura jeté du Journal de Paris dans la ChroniqTU nationale, je prendrai, Messieurs^ la liberté de lui faire observer, comme bourgeois de cette ville, que je ne le trouve pas moins déplacé dans notre état, qu'il était intrus dans la situation qu'il vient d'abdiquer. Tel est le sort d'un anobli , lequel est toujours également étranger aux gentilshommes et aux bourgeois, et qui par conséquent doit passer toute sa vie dans les limbes de la société.

« Monsieur le Marquis de Villette n'a pu devenir tout-à-coup M. Villette impunément; je ne le souffrirai pas! Quoi donc! il aurait été bourgeois* gentilhomme pendant la première moitié de sa vie, et il serait gentilhomme-bourgeois pendant la dernière ! ce serait réunir trop d'avantages à la fois, et ce serait une accumulation de privilèges tout-à-fait scandaleuse. H ne lui manquerait plus que de devenir la coqueluche de toutes les femmes après avoir

été D'ailleurs, Messieurs, quand on fait des

sacrifices à la démocratie, il faut les faire en monnaie de bon aloi, et le sacrifice du marquisat de M. Villette est par trop billet de caisse. Je ne connais que M. Mathieu de Montmorency qui puisse se vanter d'avoir sacrifié quelque chose en renonçant à sa noblesse ; car vous savez sûrement que ce bon jeune homme ne veut plus être qu'un Mathieu tout court, en sa qualité d'Apôtre de l'abbé Sieyes et d'Évangéliste de la révolution. Parlez-moi de cette abnégation-là !

266 SOL'VENIRS

« Je sais bien que depuis quelque temps plusieurs gentilshommes qui se croient gens de lettres ont démocratisé leurs noms pour se rajeunir et recouvrer leur innocence littéraire. Ils ont dépouillé un nom chargé de mau?aises œuvres et tout couvert des iniquités de leur jeunesse, avec la prudence du serpent qui change de peau. Par eiemple» Monsieur le Chevalier de Cubières de Palmézeaux {i \ a trouvé moyen de tirer un fort bon parti de la révolution qui généralement n'est guère profitable aux officiers de nos Princesses. Il vient de publier un ouvrage sous le nom de Michd Cubières, Le voila tout nouveau venu dans la république des lettres; le voila reblanchi, regraité, mis à neuf; il peut renier l'ancien Chevalier, son homonyme, il peut s'en moquer même , et ceci prouverait combien la révolution française aurait agi profitablement sur son bon esprit et son bon goût. Enfin si Michel Cubières écrit jamais quelque chose de passable , on ne croira jamais que ce soit le même homme.

« Mais aucun de ces Messieurs n'a pu renouveler son baptême avec autant d'éclat que Monsieur le Marquis de Villette. Ils rentrent dans le monde comme ils étaient venus pour la première fois , c'est-à-dire à petit bruit et modestement, et tout ce qu'ils espèrent, c'est de profiter de leur expérience des choses et des muses, en prenant mieux leurs mesures en vers comme en prose « Mais la Chronique naiionale s'expose à devenir ôcan-

{i ) Frère de l'auteur de cet article.

daleuse en se chargeant des gaietés de feu M. ie Marquis de Villette, sans compter qu'elle ne reçoit de lui que les plaisanteries bien usées sur la vanilé de M. le Maréchal de Mouchy, Je veux bien dire plaisanteries parce qu'il y a d ns un certain monde une certaine quantité de personnes qui vivent aux dépens de ce Maréchal, et qui ne passent pour avoir de l'esprit que parce qu'il avait des ridicules. Il était pourtant bien à propos d'en Gnir avec les ridicules du Maréchal de Mouchy , dont nous sommes prodigieusement rassasiés. Quant à l'idée de lui faire porter son nom écrit sur ses talons rouges en forme d'exergue, je dis qu'une telle plaisanterie n'annonce pas beaucoup d'esprit, d'abord parce que M. le Marquis de Villette s'était avisé de porter des talons rougos en 1779, ce qui ne lui réussit pas agréablement, comme chacun sait; ensuite parce qu'il n'est ni vrai ni vraisemblable qu'un homme, fût-ce le Comte de Turficre, s'avisât d'un pareil moyen qui le rendrait ridicule en pure perle pour sa vanité. Quel est l'homme dont on va regarder les talons rouges, à moins qu'il ne soit pas en droit de les porter? Quand le cheval dit au loup dans Lafontaine :

« Lisez-mon nom écrit aatour de ma semelle , »

C'est qu'il a dessein de lui lâcher une ruade et de lui casser la mâchoire; mais le Maréchal de Mouchy n'a jamais tendu ce piège à personne ; il a toujours passé pour respecter les mâchoires et je n'ai jamais entendu dire qu'il ait donné de coups de pied

è qai que ce soit, pas même à M. de Villette, à qai je m*en rapporte volontiers pour cette expérienoe-là

« Le Marquis de Yillette a très mal passé la première moitié de sa vie : les gens de qualité se sont moqués de sa noblesse, et les gens de lettres de son esprit ; je conçois donc que M. le Marquis les ait pris en haine. Il lui plaît aujourd'hui de rétrograder Ters son origine et de marcher à reculons du côté de son berceau ; mais il dépend de nous d'éventer sa politique ; et voilà ce qui ne manquera pas d'arriver.

0 Vous me feriez plaisir aussi d'avertir la Chronique nationale de ne pas tant Téliciter la garde citoyenne sur le peu d'assassinats commis pendant cet hiver, ainsi que sur le petit nombre d'accidens endurés par les piétons, à moins que ce journal et M. Yillette ne yeuillent rendre grâce à M. Lafayette du peu de neige qui est tombé jusqu'ici et de la beauté du temps qu'il fait encore , après l'été de la Saint-Martin. H est question d'un âne qui était resté parfaitement sage pendant plus de mille ans , parce qu'il n'avait pas rencontre d'ânesse. Je conseille à la Chronique nationale d'imiter cette logique,, et de convenir que, si l'on n'est pas en risque d'être écrasé dans les rues de Paris , c'est qu'il n'y a plus de voitures, et que si l'on n'est pas en danger d'être égorgé dans les rues^ s'entend, je ne parie pas de THôtel-de- Ville et des prisons de Paris , c'est qu'il 's'y trouve un peu plus de sentinelles que de passans. Paris ressemble assez bien à un collège où il y aucait plus de professeurs que d'écoliers.

«r P. "S. Dites moi donc. Messieurs y s'il est yrai que feu M. le Marquis de Villette, n'ait aucun rapport de parenté avec le sieur Retaud de Villette , qui s'est trouvé compromis par M°*® la Motte à propos de son vol du collier? »

Fia M smÊuE voLum.

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